LES VREGENS

Petit récit d’une expérience professionnelle (manière aussi d’écouter un peu de musique)

with 8 comments

J’ai bossé dans une petite maison d’édition régionale mais ayant pignon sur rue depuis le milieu des 70’s. L’éditeur était un vrai passionné. Il passait son temps à lire les manuscrits, recevoir les auteurs ou bien écrire lui-même. Je passais des heures à écouter ses anecdotes passionnantes sur la genèse de tel ou tel ouvrage.
Malgré tout il savait faire preuve d’opportunisme. Plutôt à gauche à l’origine, il n’avait pas hésité à passer à l’autre bord par intérêt financier (subventions), il n’était pas rare qu’il signe un auteur en détestant ses écrits mais juste parce que celui-ci avait un pouvoir quelconque (journaliste influent par exemple, ou encore le bouquin d’un politique). J’assistais quasi quotidiennement à des règlements de comptes verbaux avec d’anciens auteurs, des journalistes ou d’autres éditeurs pour raisons politiques ou financières.
La maison ne roulait pas sur l’or mais le gérant et sa femme s’octroyaient des avantages confortables et l’entreprise vivotait.
Puis le vent a tourné et les subventions ou autres aides se sont envolées, et l’éditeur vieillissant et sa femme décidèrent de se retirer et de vendre le fonds avant le dépôt de bilan qui se profilait.

Le petit jeune qui a repris est arrivé avec sa minuscule expérience dans le domaine, mais avec du fric et des tas d’idées soi-disant innovantes qui allaient dépoussiérer cette vieille maison assoupie. Résultat, il ne lisait aucun manuscrit – exceptés ceux du genre qu’il affectionnait mais il y en avait très peu – et publiait à la va-vite, sur la fois de la réputation d’un auteur, pour griller une maison plus ou moins concurrente, ou encore pour les beaux yeux d’une écrivaine. La seule véritable innovation étant de publier le plus possible en réduisant les coûts au maximum.

Il n’y avait plus aucune ligne éditoriale, ça partait dans tous les sens. Les libraires avaient de plus en plus de mal à comprendre la politique du boss et ne suivaient plus.
L’ambiance en interne entre les six salariés était déplorable, les projets foireux et les magouilles se suivaient, les histoires de coucheries du patron et les complications qu’elles engendraient prenaient le pas sur les préoccupations purement professionnelles, même les soucis judiciaires commençaient à apparaitre.
Le boss passait ses journées à trainer on ne sait trop où, il débarquait en général au bureau en fin d’après-midi pour deux ou trois rendez-vous vite expédiés et faire le « tour du propriétaire », puis il envoyait un stagiaire à l’épicerie du coin et descendait une bouteille de rouge.

J’ai fini par fuir à grandes enjambées cette entreprise, même si (avec le recul et bien loin de tout ça) il y avait parfois un côté sex and drugs and rock’n roll assez jouissif.

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Written by alainbu

7 août 2010 à 22 h 11 min

8 Réponses

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  1. Souvenirs… Putain, c’est gé-nial !!!
    Merci, Alain…!

    Gavroche

    7 août 2010 at 22 h 23 min

  2. Les vrégens ont des vies… intéressant (et démoralisant pour l’édition mais c’est aut’chose…)

    mebahel5

    8 août 2010 at 9 h 26 min

  3. Eh bien, le monde de l’édition est aussi beau que celui de l’odieuxvisuel !
    Our world is so beautifull !
    Moi qui vais mettre les deux pieds dans la vraie retraite dans deux mois, je plains les générations post baby-boomeuses qui sont confrontés à ce monde du fric et du rendement. Je n’ai aucune envie d’empêcher les jeunes d’accéder au travail en continuant à travailler. Le travail est devenu de l’esclavage. Aliénation pure et simple à part quelques exceptions… nous devons être des consommateurs disciplinés, nous devons avoir des besoins, donc nous devons marner pour avoir le minimum de fric pour survivre pendant qu’on nous crée de nouveaux besoins tous les jours ! (jamais sans mon Ipod, Ipad, alcool, drogue, dépendance etc.) !
    C’est beau, un monde déliquescent, la nuit ou le jour…

    clomani

    8 août 2010 at 11 h 22 min

  4. Moi, cette histoire rejoint mes interrogations sur l’importance des « chefs » dans les groupes petits ou plus grands. J’ai l’expérience d’un proviseur gentil, fin même, mais mollasson, pas toujours net dans ses positions, et c’est toute l’ambiance du lieu qui se plombe.
    On est pourtant des grands, pourquoi n’arrive-t-on pas à se passer d’un chef pour qu’un truc tienne?
    Je trouve ce constat déprimant. Peut-être qu’il y a plein de contre-exemples?

    florenceia

    8 août 2010 at 11 h 29 min

    • Il y en a au moins un … Ici !
      J’espère que nous tiendrons…
      No pasaran !

      Gavroche

      8 août 2010 at 11 h 37 min

  5. Yes nous sommes en vraie démocratie ici, non mais !

    Merci Alain pour ta tranche de vie et la zique.

    bysonne

    8 août 2010 at 13 h 23 min

  6. Merci Alain pour cette tranche de vie. Tiens, ça me fait penser que sur ce blog, il y a beaucoup à dire sur Hadopi et Loppsi.

    Sinon…tu connais Joe Satriani? ;o)

    superpowwow

    8 août 2010 at 15 h 14 min

  7. Oui pas mauvais, mais un peu trop connoté immigré italien rigolo, dans « maman j’ai raté l’avion » il est affligeant ;o)

    alainbu

    8 août 2010 at 17 h 27 min


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