LES VREGENS

Selon son humeur …

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Allons-y, aller où

Le jour se lève, l’aube est bleuâtre. Des merles s’insultent mélodieusement d’arbre en arbre.

Un couple est couché sur le dos, main dans la main, hanche contre hanche. Le lit est large, ils se serrent au milieu. Ils sont habillés. La chambre est sobre, sombre.

a ° Tu dors ?

b ° J’ai l’air ?

a ° Tu ronflais un peu.

b ° Couché sur le dos c’est normal que ça fasse du bruit, et puis c’est ma cloison droite.

a ° C’est vrai, je sais, cette cloison dans ce nez.

b ° Alors quoi ?

a ° C’était juste pour dire, tu ronfles un peu.

b ° Et encore ?

a ° Que tu as l’air de dormir et en fait tu ne dors pas.

b ° Je ne pourrais pas. Et toi ?

a ° Moi quoi ? Si je peux dormir ? Tu le vois, non ?

b ° A moins que je rêve, tu ne dors pas non plus, nous ne dormons ni toi ni moi et nous parlons. C’est bien.

Silence. Les merles chantent, l’aube blanchit.

a ° Enfin, on va pouvoir le faire.

b ° Probablement, oui.

a ° Pas enthousiaste ?

b ° Attentif.

a ° On peut renoncer, on peut toujours renoncer. Tu veux renoncer ?

b ° On en a tellement parlé, on a fait le tour de la question, on a décidé sereinement de la date, de l’heure. On y est. On fait.

a ° Moi j’ai refait le tour de la question cette nuit. Encore une fois. Mais tu ne dormais pas, n’est-ce pas ? Tu as peur ?

b ° Non je ne dormais pas, et toi non plus, une histoire de cloison nasale. Pas peur.

a ° Tu es soulagé ?

b ° Mais non, pas soulagé. Pas vraiment. Comme en colère. En être là, malgré tout le reste.

Silence. Un rayon de soleil entre horizontalement dans la chambre et éclaire le lit.

a ° Oui, on en est là, malgré tout. Viens, allons-y, ça ne peut plus attendre.

Le couple se lève sans se regarder, sans se toucher. Ils font le tour, lentement, chacun pour soi, de la chambre, caressent les objets, se rejoignent devant le lit. Se prennent la main. Noir.

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Written by zozefine

29 septembre 2010 à 14 h 46 min

Publié dans humeur, Tout et rien

15 Réponses

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  1. C’est drôle, ça ressemble vraiment beaucoup à une nouvelle de Bradbury « The Last Night of the World » (1951). Un couple prend conscience que la fin du monde approche, l’accepte, et s’endort tranquillement côte à côte.

    ça commence comme ça:
    « What would you do if you knew that this was the last night of the world? »
    « What would I do? You mean seriously? »
    « Yes, seriously. »
    « I don’t know. I hadn’t thought. »

    et ça finit comme ça:
    « I’m tired. »
    « We’re all tired. »
    They got into bed and lay back.
    « Just a moment », she said.
    He heard her get out of bed and go into the kitchen. A moment later, she returned. « I left the water running in the kitchen sink », she said.
    Something about this was so very funny that he had to laugh.
    She laughed with him, knowing that it was what she had done that was funny. They stopped laughing at last and lay in their cool night bed, their hands clasped, their heads together.
    « Good night », he said, after a moment.
    « Good night », she said.

    florence

    29 septembre 2010 at 16 h 41 min

    • oh, tu aurais pu le mettre en entier, c’est beau. j’ai lu tout bradbury traduit VF, donc si je l’ai lu j’ai peut-être imité à ma manière, mais vraiment sans en avoir conscience (problème des plagiats, et des mauvais en particulier, quand on connaît les originaux). ce bradbury, ça me fait penser au sacrifice de tarkosky. mais bon, je pensais surtout tout petit moment de théâtre sur toute petite scène. avec petite ambiguité, selon que le verre est à demi plein ou vide !!!
      merci en tout cas pour cet extrait, ça me confirme que j’aime infiniment bradbury. tu m’apprends plein de trucs sais-tu ?? j’en suis encore à transmettre le screen pin autour de moi…

      zozefine

      29 septembre 2010 at 17 h 43 min

      • Mais en effet, ce texte pourrait se dérouler sur une scène. 1ère partie au salon, il y a même la description de l’éclairage, 2°partie au lit.
        Pour qui aime, la voici en entier:
        http://blog.udn.com/s222460428/1513820

        En cours, j’aime bien ensuite alimenter la discussion avec ça, même lassitude, mais pas du tout mêmes rapports humains:

        florence

        29 septembre 2010 at 18 h 43 min

  2. j’irai voir tes liens plus tard. juste te dire : c’est mon texte que j’imaginais « théâtral »… aussi parce que je sais qui et où, faut dire !

    zozefine

    29 septembre 2010 at 19 h 44 min

  3. J’arrive ici par hasard, je pensais que c’était un texte coquin de pow wow. En fait c’est un peu inquiétant.

    bysonne

    29 septembre 2010 at 22 h 36 min

    • il écrit des textes coquins pow wow ???

      zozefine

      29 septembre 2010 at 22 h 56 min

    • Plutôt confusément, j’ai trouvé une parenté avec certains dialogues d’Hiroshima mon amour (Resnais/Duras). Et puis j’ai vérifié… je suis en effet parfois très confus. Mais tout de même, ça sonne un peu comme du Duras, je trouve.

      PS : pow wow n’écrit pas seulement des textes « coquins » C’EST un sacré coquin !

      julesansjim

      30 septembre 2010 at 15 h 00 min

      • et ils sont où ses textes ??? au coquin ? il les cache ?

        quant à duras, je connais mal, détruire dit-elle m’est tombé des mains, par contre j’ai été complètement séduite par le marin de gibraltar. écriture, histoire, personnages, descriptions. that’s all. mais je dois avouer que me faire traiter de vaguement durassienne, un léger parfum comme ça, au retour des courses, c’est à la fois excessivement flatteur, et même drôle, et franchement inquiétant… entre bradbury et duras…

        à part ça, je suis pas comme certain(e)s, j’ai aucune fierté et j’accepte avec reconnaissance les critiques

        zozefine

        30 septembre 2010 at 18 h 01 min

      • tu connais pas son blog ?
        http://fmr-ides.blogspot.com/
        (il est dans les liens des « zamis » là à droite)

        alainbu

        30 septembre 2010 at 20 h 08 min

  4. « … me faire traiter de vaguement durassienne… »

    Mais il faut le prendre comme un compliment dis-donc, le Duras 59 (ou 50 « Barrage contre le Pacifique ») c’est pas de la gnognotte quand même ! Et l’Amant c’est pas mal non plus, le film aussi d’ailleurs.

    J’ai bien aimé la bio faite par Laure Adler, c’est bien écrit.

    julesansjim

    30 septembre 2010 at 21 h 19 min

    • ah juléjim, faut s’habituer, je dis les choses je-sais-pas-comment mais pas comme il faudrait, et je te jure, si j’avais été un tant soit peu blessée, d’abord j’aurais été très con, parce que c’est un très beau compliment qui me va droit au coeur et que je ne mérite pas, ensuite je l’aurais dit autrement.
      j’aime les critiques, les parallèles, les tiens ça me fait penser à. mais j’y réponds avec sérieux.

      mon frémissement, et qui me faisait RIRE, c’était qu’entre bradbury et duras, je suis habillée bien chaudement et confortablement pour l’hiver (et on verra à qui vous me comparerez le prochain !) mais en même temps rien ne fait penser à … moi ! quand on est soi, on se fait penser à soi, tu comprends ? et là je fais penser un peu à bradbury et à duras. et ça, je serais incapable de le faire. il n’y a que vous qui pouvez me renvoyer à un ailleurs de ces textes.

      franchement, je suis ravie et émue.

      zozefine

      30 septembre 2010 at 21 h 51 min

  5. Il m’a semblé percevoir l’influence de Marc Lévy. Aussi.

    ulyssem

    1 octobre 2010 at 8 h 43 min

    • ça c’est lâche, tu connais mon ignorance de la littérature française ! contemporaine en particulier. enfin, tant que c’est pas élizabeth, ou habermas…

      zozefine

      1 octobre 2010 at 9 h 35 min

      • J’ai hésité à la faire celle-ci.
        Si ces références à des grands auteurs (Bradbury, Duras) s’étaient appliquées à un de mes textes (mais je suis bien incapable d’écrire des textes comme les tiens), j’aurais cité un auteur un peu ringue par autodérision.
        La dérision pas auto c’est un peu plus délicat, mais j’ai finalement fait pour toi comme pour moi, sachant que tu n’es pas insensible au second degré.
        (Je ne connais pas non plus les bouquins de Marc Lévy).
        Si je devais citer à mon tour un auteur, sérieusement cette fois, je dirais… Cormac MCCarthy.
        Et là, je sais que je ne prends aucun risque.

        ulyssem

        1 octobre 2010 at 10 h 19 min

  6. cormac, cormac soi-même !! dommage qu’on puisse pas mettre un smiley… il y aurait plus que l’icône (pas religieuse, hein ?) pour « le » dire…
    SV(O). SV(O). SV(O). VS(O)?. SV(O).
    rââââââââh lovely.

    zozefine

    1 octobre 2010 at 14 h 49 min


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