LES VREGENS

« On n’a effectivement pas le pouvoir qu’on imagine ne pas avoir. »

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Eh bien, je ne me suis pas noyée! Me voici arrivée à bon port, soit la dernière page de Capitalisme, désir et servitude de F.Lordon. Oui, j’ai failli me transformer en Titanic en heurtant deux icebergs en forme de mystérieux vecteurs p.54 et 181. Oui, je me suis parfois sentie perdue au milieu du silence de la mer face à des mots comme: licéité, subsumant, apodictique, scotomisation. Là j’avoue que les hublots de mon petit sous-marin jaune se sont trouvés embués et ne m’ont plus rien laissé discerner du paysage environnant. Il faut dire que je n’étais pas très équipée: une année de lycée il y a plus de 25 ans côté philo, et quelques émissions d’ @si côté économie.

Et puis j’entamais la traversée avec deux objections lues ici et là. Ce qui en fait m’a aidée à bien accrocher puisque j’ai mené la lecture à la recherche de réponses à ces objections.

La première était à peu près: pourquoi se compliquer la vie avec de la géométrie vectorielle et des affects, quand la psychanalyse a déjà révélé toutes les forces inconscientes qui nous gouvernent? Si j’ai bien compris (je ne vais pas le redire à chaque fois, mais ce préliminaire devrait se répéter au début de toutes les phrases qui suivront), il s’agit d’y rajouter un étage, ou plutôt un pont vers l’extérieur, la vie sociale. C’est-à-dire que ce n’est pas juste notre histoire familiale personnelle qui décide de nos obsessions et mouvements, mais notre environnement social et économique aussi.

Un peu comme en psychanalyse donc, il ne s’agit pas de s’affranchir de désirs illusoires, ou d’éteindre notre flamme, mais de reconnaître que cette flamme est à apprivoiser, pour apprendre à la diriger vers ce que nous aurons choisi, nous, et pas vers ce que la société décrète valable. Tout le livre s’évertue donc à faire tomber de leur piédestal tous les objets de désir qui paraissaient cruciaux (propriétés diverses, statut..) pour se focaliser sur la maîtrise de notre force interne.

Et voilà la deuxième objection que j’avais lue: si tout est affaire de forces quasi-physiques, de causes et d’effets, toute révolte n’est-elle pas vaine? Rassurez-vous, non! Ce qu’il faut, c’est se débarasser de l’illusion qu’on peut se défaire de toute chaîne ou contrainte quand on se révolte. Oubliez la sacro-sainte « liberté » (l’environnement néo-libéral n’est pas plus libre que le libertaire qui a soi-disant mis à bas tous les jougs, tiens, ça ressemble un peu à Michéa), pensez maîtrise et efficacité. La révolte réussie c’est celle qui contrôle les forces à l’oeuvre (pas celle qui les nie) pour les rediriger, qui prend en main la contrainte. Ce qui suppose aussi de cesser de comparer ces forces telles qu’elles s’exercent aujourd’hui aux lois naturelles de la physique.

Là, je finis par comprendre en quoi les petits dessins de vecteurs sont plus que des gadgets: tout est affaire, dans la société, non d’ensembles ou de classes qui s’opposent, car elles veulent s’approprier la même chose, mais de forces qui poussent et tirent, et qui essaient de capter la force des autres (pas les possessions des autres) pour encore croître et embellir (voir le vocabulaire: un directeur donne la direction, par exemple).

Reste quand-même une objection, la mienne cette fois: la conclusion est bien optimiste!

Lordon explique qu’aussi parfait que soit l’embrigadement de tous dans la société néo-libérale, il reste toujours un petit vestige de la contre-force qui mijote au fond de tout salarié: la peur. Et cette toute petite trace pourrait reprendre de la vigueur si seulement une étincelle arrivait. La petite goutte qui dévie le lit du torrent.

Et là encore, optimisme: la colère réveillée se dirigerait pour tout le monde dans la même direction, il n’y aurait pas éparpillement stérile du mouvement ainsi déclenché.

Pourtant, ces derniers jours, je crains d’être en train d’assister précisément à cet éparpillement.

Et il ne me reste plus qu’à espérer que je n’ai pas déclenché par cette présentation du Lordon la force irrépressible du sommeil.

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Written by florence

22 octobre 2010 à 23 h 27 min

Publié dans économie, humeur, Société

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14 Réponses

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  1. Bah non ca va, j’me réveille.
    Bon alors ok il fait des ponts, sauf que justement:
    « C’est-à-dire que ce n’est pas juste notre histoire familiale personnelle qui décide de nos obsessions et mouvements, mais notre environnement social et économique aussi. »
    j’objecte: on sait en psy que ce qui construit notre inconscient et tout le reste(je fais court), est au croisement de l’histoire personnelle interne et externe, l’externe étant l’environnement familial, donc social, donc économique et culturel.
    L’interne est donc particulièrement sensible à… l’environnement.
    Exemple-type: la construction du Surmoi.
    (et encore je fais simple)
    Donc je maintiens,je préfère lire C.Dejours en ce qui concerne notre rapport au travail (quand je dis ‘notre’ je veux dire le rapport que chacun entretient avec et le rapport que le système social a construit.)
    En tout cas merci pour ce résumé qui me paraît bon.

    mebahel5

    23 octobre 2010 at 8 h 45 min

  2. Florence, j’ai tout compris ;o))… ton topo est super clair et je te remercie d’avoir digéré le bouquin de Lordon j’en ai été fort éloignée depuis 2004 et que je m’en éloigne encore plus.
    Je ne peux dire qu’une chose, qui concerne mes rapports au boulot : devenir parisienne et travailler dans des media ont complètement bouleversé le chemin pré-tracé (et un peu inculqué) par le noyau familial.
    40 ans plus tard, je n’ai toujours pas maîtrisé ma flamme ;o))… est-ce grave, docteurs ?
    Et aussi chapeau pour être capables de vous accrocher à de tels bouquins. J’ai du mal à lire des livres « prise de tête »… je me garde ça pour mes vieux jours… ;o))

    clomani

    23 octobre 2010 at 9 h 35 min

  3. merci florence. déclencher le sommeil ? tu parles !! au réveil, au contraire, ça réveille un max !!! en fait, ton résumé, tu devrais le mettre sur le forum. c’est une bonne idée de faire cette lecture avec des objections en poche, c’est vrai que ça permet une lecture qui doit répondre à ces objections, c’est très finaud comme démarche.

    je crois qu’on a une vision extrêmement restrictive de freud (maman papa bébé), qui a quand même écrit totem et tabou. il y a aussi des freudiens qui ont écrit sur « plus grand » que la cellule familiale (lire la note de lecture de rojas sur « de la horde à l’état » d’enriquez (http://1libertaire.free.fr/HordeEtatEnriquez.html) qui est un « grand » livre – dessous, je copie-colle les questions auxquelles, selon rojas, cherche à répondre ce livre). et le tout dernier freud était très pessimiste en ce qui concerne notre petite individualité avec tout son appareil psychique confronté non pas à la famille mais à la civilisation en tant que processus de domestication du « ça » – en somme.

    je reste donc persuadée que l’apport du discours psy, qui a été développé dans le champ (psycho) sociologique, aurait été plus pertinent que l’utilisation fumeuse de ce déterminisme très piétiste de spinoza. et donc je reste dubitative et plussoie mehabel.

    avec en tête l’idée que le prix à payer pour une cohésion sociale, et une « civilisation », est une renoncement certain aux désirs de toute-puissance et autotéliques du bébé que nous sommes encore et toujours, je crois que nous posons mal le problème : il ne s’agit pas de savoir que nous sommes déterminés par notre environnement social, économique, politique, culturel, mais jusqu’à quel point cet environnement, nous y tenons assez, il nous protège suffisamment, pour que nous lui sacrifions nos désirs de toute puissance – de liberté.

    AUCUN groupe humain qui vise à être pérenne, qui vise la durée, ne tient sans ce sacrifice. des lois, alors, et des tabous, et des injustices, des contraintes. et maintenant, plus aucun groupe humain ne peut vivre sans l’ensemble des groupes : la globalisation, the corporation.

    par contre, reste toujours la possibilité d’un (non)lieu, u-topia, qui ne vise à rien d’autre qu’au bonheur maximalisé de ses membres, hic et nunc, avec en frontispice « pourvou qu’ça doure »…

    et voilà les questions :

    Pourquoi les individus et les groupes sociaux “marchent-ils” à la croyance et éprouvent-ils la nécessité de vivre dans l’illusion, le travestissement et la méprise ?

    Pourquoi le social est-il avant tout le règne de la certitude et de l’oubli de la vérité ?

    Pourquoi des individus qui, isolément, sont parfois capables d’une pensée libre et rigoureuse, s’obstinent-ils, lorsqu’ils sont en groupe, à soutenir les actions les plus absurdes et les moins susceptibles de favoriser la réalisation de leurs désirs ?

    Pourquoi l’obéissance est-elle si facile, la servitude volontaire si fréquente alors que la révolte est si difficile et le désir autonome si fragile ?

    Quel rapport existe-t-il entre le destin individuel et le destin sociétal, en particulier en quoi un “malaise social” peut-il déterminer des conduites pathologiques individuelles ? inversement, quel est le rôle, dans la dynamique sociale, des individus présentant des anomalies psychologiques ou souffrant d’un délire de grandeur, quoique inaperçu en tant que tel ?

    Qu’est-ce qu’il y a dans le jeu social individu-société qui fait apparaître de grands leaders charismatiques et rédempteurs?

    Quelles sont les raisons qui animent la société civile à être de plus en plus soumise à l’Etat dans son processus d’homogénéisation mortifère et dans ses procédures de massification ?

    Pourquoi, par crainte de l’anarchie et du développement de la “ lutte de tous contre tous”, les hommes multiplient-ils les institutions qui fournissent à l’Etat les bases comme les réalités de son pouvoir ? Une telle prolifération qui manifeste des ramifications multiples de phantasmes de l’“ un”, peut-elle être freinée, et à quel prix?

    Pourquoi l’antisémitisme, comme forme de racisme les plus exacerbé, non seulement ne s’est pas résorbé avec les siècles, mais est-il devenu cela même à partir de quoi on peut penser le monde moderne, monde de la destruction tranquille, scientifique, sans culpabilité; monde de l’expansion narcissique qui dénie tous les liens avec autrui et qui fait de l’autre un être à exploiter, dont la souffrance peut être source de jouissance ou à tout le moins d’indifférence ?

    zozefine

    23 octobre 2010 at 9 h 50 min

  4. Oh, chic, je suis plussoyée par Zoze 🙂
    En en plus elle essplik bien 🙂 (moi j’ai toujours la flemme..)

    mebahel5

    23 octobre 2010 at 11 h 36 min

  5. « Les « réformateurs » comptent bien sur les effets de l’individualisme comme condition solitaire, où chacun par devers soi est abandonné à ses propres calculs, et n’a pas d’autre choix que de composer avec le système tel qu’il s’offre à lui, hors de sa portée. »
    Là:
    http://blog.mondediplo.net/2010-10-23-Le-point-de-fusion-des-retraites

    mebahel5

    23 octobre 2010 at 12 h 00 min

  6. « Pourquoi l’antisémitisme, comme forme de racisme les plus exacerbé, non seulement ne s’est pas résorbé avec les siècles, mais est-il devenu cela même à partir de quoi on peut penser le monde moderne, monde de la destruction tranquille, scientifique, sans culpabilité; monde de l’expansion narcissique qui dénie tous les liens avec autrui et qui fait de l’autre un être à exploiter, dont la souffrance peut être source de jouissance ou à tout le moins d’indifférence ? »
    j’suis sûrement pas bien réveillé… mais je comprend rien à cette question ! quel antisémitisme ? anti-juif ou anti-arabe ? est-ce bien la forme de racisme la « plus exacerbée », et pas le racisme anti-noir, succédant au racisme anti-jaune, avant de le voir prochaînement revenir ( je fais confiance à nos petits maîtres à penser germano-pratins…)
    La forme de racisme la plus exacerbée c’est bel et bien la peur de ce qu’on ne connait pas, et par là-même la peur de l’autre, qui est différent de soi. Et le lien fait entre ce racisme et l’exploitation de l’homme par l’homme me semble très artificiel. cela relève du pouvoir de quelques-uns sur la masse des autres, et c’est plus un retour à la « féodalité » qu’ à l’émanation d’une barbarie trop courante, hélas, et régulièrement revisitée par l’Histoire. Bref, si tu peux développer ton idée…

    randal

    23 octobre 2010 at 12 h 45 min

    • ce sont les questions listées que relève rojas auxquelles ce bouquin s’efforce d’apporter une réponse, bouquin écrit en 1980. et il fait évidemment allusion à la shoah. de toute façon, l’antisémitisme dans « de la horde à l’état » d’enriquez n’est en tout cas pas l’objet du livre, dont le sous titre est  » essai de psychanalyse du lien social ».
      voilà ci-dessous un copié collé d’une partie de la 4ème de couverture de ce livre :

      « Oeuvre d’un sociologue, cet ouvrage, foisonnant d’idées, élabore, en prenant appui sur les textes sociologiques de Freud, une analyse des formes du pouvoir dans les sociétés modernes.
      Car on trouve dans la pensée psychanalytique de quoi comprendre le paradoxe de la servitude volontaire : pourquoi les hommes qui se veulent libres et désirent être heureux s’en remettent-ils à des tyrans, chefs ou États, au point que la démocratie apparaît comme une idée toujours neuve ?
      Comprendre le lien social, c’est saisir la part que prennent la domination, les conflits, la violence sourde ou visible. C’est envisager les rapports entre sexes, entre générations, avec ces nouveaux emblèmes du sacré que sont le travail et l’argent, c’est mettre en relation les mécanismes du pouvoir avec ceux de la paranoïa et de la perversion. Les sociétés contemporaines, où paraissent prédominer l’économie et la rationalité, sont en fait traversées par Éros et Thanatos.
      Les grandes notions freudiennes ne sauraient donc être circonscrites dans les limites de la psyché individuelle : pulsions, fantasmes, projections ne cessent d’agir dans le champ social. »

      ça me semblait logique de parler de ce livre, dans un fil sur lordon, qui utise des concepts spinoziens dont l’arrière fond est très religieux.

      zozefine

      23 octobre 2010 at 13 h 43 min

  7. Avant tout : clap clap clap ! un grand bravo à Flo pour sa synthèse très claire du Lordon ! Je suis d’autant plus bluffé que je fais partie de ceux qui sont prudemment restés au bord de la piscine… à regarder barboter les plus courageux.
    🙂
    ****************************
    Ce matin, j’ai entendu le philosophe Antonio Negri sur inter. C’est un spécialiste de Spinoza et il vient de faire paraître un livre intitulé « Spinoza et nous ». Il paraît que c’est aussi du costaud. La 4e de couv’ est reproduite sur le site de france Q par ici :

    http://www.franceculture.com/oeuvre-spinoza-et-nous-de-antonio-negri.html

    julesansjim

    23 octobre 2010 at 17 h 29 min

  8. qu’est-ce qui se passe avec le spinoza ? il est tombé dans le domaine public ou quoi ? là, moi, je comprends pas, mais pas du tout. enfin, j’ai toujours été nulle en philo morale spéculative, et j’ai toujours sorti ma mitraillette dès qu’il y a dieu en avant propos, prolégomène, a priori, principe et postulat. et justification alpha et oméga des propos.
    mais c’est quand même bizarre cette mode. à mon avis, il y a à décrypter sérieux…
    plus ancien, bouveresse a écrit sur spinoza, et deleuze.

    zozefine

    24 octobre 2010 at 18 h 29 min

    • J’essaie de répondre à certaines de tes remarques, mais je ne connais pas la plupart des lectures que tu cites, donc juste à partir du Lordon:
      – dieu, piétisme, tout ça: il s’est quand-même assez vite fait « excommunier », enfin à peu près: il s’est pris un « herem » définitif.
      – concernant tes 4 1ers « pourquoi » dans ton commentaire là-haut, je crois qu’il y a méprise: Lordon récuse tout à fait la notion de servitude volontaire, il prétend qu’il y a embrigadement par lavage de cerveau en quelque sorte: une habile pression sur la peur d’un côté, et une vraie propagande.
      – il n’est pas question du tout de renoncer à la toute-puissance de chacun. C’est plutôt reconnaître comment la puissance de chacun peut s’exercer, ne pas la laisser utiliser, mais au contraire décider de la diriger soi-même.
      En fait toute son analyse du capitalisme tourne autour de la notion de capture: des biens mais surtout des énergies de tous. Avec à l’opposé, son appel à un système que tu dis utopique, où le bonheur de chacun se chercherait « sans passer par la case capture. »

      florence

      24 octobre 2010 at 18 h 59 min

      • bon, comme je fonctionne par associations d’idées et que j’aime la psy, et comme je trouve qu’on limite toujours le discours freudien sur l’appareil psy à une histoire maman papa bébé, je voulais juste dire qu’il y a des socios versés en psy comme enriquez, et « de la horde à l’état », gros pavé, est un pavé du genre qu’on garde soigneusement pendant ses déménagements, parce que c’est un pavé d’or. et pour vous donner envie, mais je vois que je me suis mal exprimée, je vous donnais un lien avec un texte de rojas qui a fait une belle analyse de ce bouquin, et j’en avais copié-collé les questions (que je n’ai donc pas écrites moi) qu’il posait et auxquelles il LUI semblait que ce bouquin écrit en 1980 répondait.

        donc pas faire de contre-sens historique, mes références datant de longtemps AVANT lordon ne pouvaient pas lui « répondre ». ni répondre à ta lecture fine. simplement, je renvoyais à un ailleurs de lecture, qui, personnellement, me semble plus pertinent.

        quant à « il n’est pas question du tout de renoncer à la toute-puissance de chacun », aux yeux de la psychanalyse, et en particulier du freud des derniers écrits, tout le problème est justement là : l’effort à fournir de la part d’une culture pour survivre et des individus pour être intégrés à cette culture implique justement le sacrifice individuel de la toute puissance du bébé, et donc de ce qui reste de ce sentiment dans nos psychés d’adultes.

        et on est baisés d’un côté comme de l’autre : soit on baste notre « toute-puissance » de bébé, on s’intègre pour survivre, et on devient des névrosés qui bricolons pour malgré tout garder une part de rêve, mais tellement congrue; soit on ferme les écoutilles, adieu monde cruel, on dit « jejejejejeje », on cultive son « à chacun sa part de toute puissance », et on devient simplement au mieux psychotique, au pire rien, des zombies nombriliques, des égoïstes à bonne conscience, aveugles et satisfaits de leur moi.

        bah, c’est un choix, hein !

        zozefine

        24 octobre 2010 at 21 h 12 min

    • J’ai fait Lettres modernes, en étudiant libre, après le boulot. Pas philo donc. Je ne connais l’œuvre de Spinoza que de façon superficielle et parcellaire, mais sur la base du peu que j’ai compris je ne suis pas étonné (et encore moins choqué) par le fait que Lordon, bien qu’économiste, y soit allé voir de plus près, puisque ce sympathique garçon semble être préoccupé par la question du bonheur des gens. Etant bien placé, en tant que spécialiste de la financiarisation de l’économie capitaliste, pour savoir que « l’argent ne fait pas le bonheur » il semble logique qu’il finisse par se demander « Alors quoi ? que faire pour s’extraire de la domination/aliénation que l’argent (et les préoccupations matérialistes qui vont avec)exerce sur la grande majorité d’entre nous ?
      Dans Wiki,les deux premières lignes de présentation de l’Ethique (partie à laquelle Lordon s’est essentiellement intéressé) sont parfaitement éclairantes sur ce point :

      « La fin ultime de la philosophie, selon Spinoza, c’est la constitution d’une authentique éthique du bonheur et de la liberté. Décrite en particulier dans l’ Éthique, mais aussi dans les autres œuvres, l’éthique spinoziste consiste d’abord à concilier déterminisme et liberté. Une telle proposition, va à l’encontre de la croyance au libre-arbitre, qui n’est que méconnaissance des causes qui nous déterminent… »

      Par ailleurs, il y a cette idée chez Spinoza selon laquelle l’Homme doit se méfier de ses passions et guider ses actes par la Raison (« Par définition, toute action est une idée adéquate et complète qui procède de l’entendement, tandis que toute passion est une idée inadéquate car incomplète qui procède de l’imagination. »). Avec ça on peut faire appel à Spinoza lorsque l’on veut calmer de jeunes excités en colère contre une injustice ou une réforme, par exemple. C’est très pratique : « Calmez-vous jeune homme, ne vous laissez pas emporter par vos pulsions passionnelles, faites appel à votre raison etc…etc… » Je peux témoigner, j’y ai eu droit moi-aussi à une époque. Et ça, c’est très énervant en effet.

      Par contre, le propos de Negri n’est pas du tout celui-là. Dans l’émission « Parenthèses », outre son dernier livre, il a été interrogé sur la situation revendicative actuelle en France. Et il avait l’air tout réjoui le cousin transalpin, regrettant qu’en Italie ses compatriotes soient moins réactifs aux berlusconneries de leur président !
      Et puis, n’oublions pas que Spinoza pensait au XVIIe siècle ; il ne serait pas très raisonnable de prendre ses idées au pied de la lettre sans faire un minimum de transposition en accord avec notre propre siècle.

      julesansjim

      25 octobre 2010 at 17 h 37 min

  9. Dans le genre économiste non orthodoxe, je viens d’en découvrir un au hasard d’une lecture. Il s’agit de René Passet qui fut le 1er président du Conseil scientifique d’ATTAC, si ça peut situer un peu le bonhomme. Il vient de publier un pavé de 1000 pages « Les grandes représentations du monde et de l’économie à travers l’histoire : de l’univers magique au tourbillon créateur »
    ll vient d’accorder un entretien à télérama mais le texte n’est pas encore en ligne.
    Par contre, j’ai trouvé un lien vers un site libertaire avec des extraits de textes plus anciens et des réponses à quelques questions :

    http://1libertaire.free.fr/RPasset02.html

    julesansjim

    24 octobre 2010 at 20 h 23 min

  10. EDit : je mets l’info sur un nouveau commentaire pour qu’il ne passe pas inaperçu en modif sur le précédent :

    l’entretien télérama/Passet est en ligne :

    http://www.telerama.fr/monde/rene-passet-le-neoliberalisme-creuse-les-inegalites-a-l-echelle-mondiale,61595.php

    julesansjim

    26 octobre 2010 at 11 h 41 min


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