LES VREGENS

Michel Houellebecq, un Goncourt dans l’air du temps…

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On n’entend plus que ça… Télés et radios, et même Arrêt sur Images, qui lui consacre deux articles en deux jours. Le grand Houellebecq a eu le Goncourt, pour son dernier roman, « La Carte et le Territoire ». On a les génies qu’on peut…

Le « regard cynique et désabusé sur l’époque » de Michel Houellebecq fait apparemment l’unanimité… Ben moi, je déteste.

Car bien loin de rejeter son époque, avec ses provocations à deux balles, cet admirateur de Nicolas Sarkozy et de Jean-Pierre Pernaut est bien dans l’air du temps. Il est même le coauteur d’une correspondance avec Bernard-Henri Lévy, c’est dire …

En septembre 2001, quelques jours avant les attentats du 11 septembre, il manie déjà le concept du « choc des civilsations », qui a eu ensuite le succès que l’on sait. A l’occasion de la sortie de son roman « Plateforme », ou l’histoire d’une romance anéantie dans un attentat islamiste, le magazine « Lire » l’avait interviewé :


Extraits :

Pour l’Islam, ce n’est plus du mépris que vous exprimez, mais de la haine ?

M.H. Oui, oui, on peut parler de haine.

Est-ce lié au fait que votre mère s’est convertie à l’islam ?

M.H. Pas tant que ça, parce que je ne l’ai jamais prise au sérieux. C’était le dernier moyen qu’elle avait trouvé pour emmerder le monde après une série d’expériences tout aussi ridicules. Non, j’ai eu une espèce de révélation négative dans le Sinaï, là où Moïse a reçu les Dix Commandements… subitement j’ai éprouvé un rejet total pour les monothéismes. Dans ce paysage très minéral, très inspirant, je me suis dit que le fait de croire à un seul Dieu était le fait d’un crétin, je ne trouvais pas d’autre mot. Et la religion la plus con, c’est quand même l’islam. Quand on lit le Coran, on est effondré… effondré ! La Bible, au moins, c’est très beau, parce que les juifs ont un sacré talent littéraire… ce qui peut excuser beaucoup de choses. Du coup, j’ai une sympathie résiduelle pour le catholicisme, à cause de son aspect polythéiste. Et puis il y a toutes ces églises, ces vitraux, ces peintures, ces sculptures…

Votre personnage principal en arrive à prononcer cette phrase : « Chaque fois que j’apprenais qu’un terroriste palestinien, ou un enfant palestinien ou une femme enceinte palestinienne, avait été abattu par balles dans la bande de Gaza, j’éprouvais un tressaillement d’enthousiasme… »

M.H. La vengeance est un sentiment que je n’ai jamais eu l’occasion d’éprouver. Mais dans la situation où il se trouve, il est normal que Michel ait envie qu’on tue le plus de musulmans possible… Oui… oui, ça existe, la vengeance. L’islam est une religion dangereuse, et ce depuis son apparition. Heureusement, il est condamné. D’une part, parce que Dieu n’existe pas, et que même si on est con, on finit par s’en rendre compte. A long terme, la vérité triomphe. D’autre part, l’Islam est miné de l’intérieur par le capitalisme. Tout ce qu’on peut souhaiter, c’est qu’il triomphe rapidement. Le matérialisme est un moindre mal. Ses valeurs sont méprisables, mais quand même moins destructrices, moins cruelles que celles de l’islam.

Quant aux propos qu’il fait tenir au narrateur de « Plateforme », ils sont du même tonneau : « L’islam ne pouvait naître que dans un désert stupide, au milieu de bédouins crasseux qui n’avaient rien d’autre à faire – pardonnez-moi – que d’enculer leurs chameaux. Le soir tombait : quelques moutons terminaient leur journée. Eux aussi étaient stupides, peut-être encore plus que le frère d’Aïcha ; mais aucune réaction violente n’était programmée dans leurs gènes. »

Poursuivi en justice par des associations musulmanes pour injure raciale et incitation à la haine religieuse, Michel Houellebecq sera finalement relaxé. On n’ose imaginer ce qui se serait passé si à la place de « musulman », Houellebecq avait utilisé le mot « juif ».

D’autres extraits de cette interview sont révélateurs du machisme de Houellebecq, persuadé de son bon droit d’homme blanc… Où l’on découvre que la prostitution, c’est bien, et que la pédophilie n’existe plus en Thaïlande… C’était bien la peine de hurler après le Fredo Mitterrand, tiens…

Plateforme est tout de même une apologie de la prostitution!
M.H.
Ah oui! Mais ça, j’assume à fond parce que je sais que j’ai raison. La prostitution, je trouve ça très bien. Ce n’est pas si mal payé, comme métier… En Thaïlande, c’est une profession honorable. Elles sont gentilles, elles donnent du plaisir à leurs clients, elles s’occupent bien de leurs parents. En France, je sais bien qu’il y a des oppositions, mais je suis pour une organisation rationnelle de la chose, un peu comme en Allemagne et surtout en Hollande. A mon avis, la France a une attitude stupide.

Vous êtes tout de même partisan de certaines barrières? Contre la pédophilie, par exemple?

M.H. Oui, oui, bien sûr. Je n’ai jamais été pour. Mais j’ai pourtant bien cherché en Thaïlande, et je n’ai rien trouvé. Je crois d’ailleurs que le pays n’est pas conseillé aux pédophiles, ou qu’il ne l’est plus.

Salopards de pauvres, c’est leur faute, s’ils se prennent des bombes sur la gueule :

Vous écrivez aussi: «L’humanitaire me dégoûte.»
M.H.
Bien sûr qu’il y a des victimes dans les conflits du tiers monde, mais ce sont elles qui les provoquent. Si ça les amuse de s’étriper, ces pauvres cons, qu’on les laisse s’étriper. Les nationalistes sont des primates. Si les gens sont suffisamment cons pour rêver à une Grande Serbie, qu’ils meurent, c’est ce qu’ils ont de mieux à faire. Et les coupables ne sont pas les dictateurs, ce sont les individus de base qui ne pensent qu’à se battre. Ils aiment avoir un fusil entre les mains, ils aiment tuer, ils sont mauvais. Quelqu’un qui prend une arme pour défendre une cause, quelle qu’elle soit, me paraît essentiellement méprisable.

Sur les banlieues :

Quand vous décrivez la violence des banlieues, et en particulier la ville nouvelle d’Evry, cernée par des hordes de barbares, vous tenez un discours «sécuritaire».
M.H.
Oh ça, ce n’est pas nouveau… c’est mon côté chevénementiste! Evidemment que la police doit agir quand des gens ont un comportement qui n’est pas conforme à la morale. Le maintien de l’ordre est une chose normale. Il n’y a pas de raison d’être menacé dans la vie quotidienne. Dans le roman il y a cet aphorisme que j’aime bien: «La gendarmerie est un humanisme.»

Sur De Gaulle et Pétain, sur l’idée de résistance :

Partagez-vous l’admiration des Français pour le général de Gaulle?

M.H. Euh… quand j’étais jeune, il m’énervait beaucoup. Non… finalement… j’ai plus de sympathie pour Pétain! Je trouve ça facile d’aller faire le malin à Londres sans affronter les difficultés réelles du pays. Je n’aurais certainement pas été collaborateur, mais pas du tout pour des raisons idéologiques. La moitié de mes amis sont juifs, et je pense qu’il en aurait été de même à l’époque, parce que les juifs sont plus intelligents et plus intéressants que la moyenne. Je ne sais pas à quoi c’est dû, mais c’est comme ça. Non, au fond, je crois que j’aurais été un collaborateur essayant de sauver des juifs, mais je n’aurais pas été à l’aise… Je ne suis pas plus courageux que les autres… même plutôt moins.

C’est ce même Houellebecq, interviewé en 2000 chez Ardisson, au sujet du Goncourt manqué de peu, qui déclarait qu’il n’avait pas eu le prix, car sa maison d’édition, Flammarion, n’avait « pas de ligne budgétaire pour acheter les jurés » …

Sa mère, pied-noir, ancienne militante au Parti communiste algérien (et absolument pas convertie à l’islam) a raconté au journaliste Denis Demonpion, auteur d’une biographie non autorisée sur Houellebecq, que son fils lui avait fait une terrible scène, quand il a appris qu’elle souhaitait se faire enterrer à Alger. Michel Houellebecq aurait alors tenu des propos violemment racistes pour tenter de la dissuader…

Sur ses lecteurs :

Voici les propos de Houellebecq, reproduits par Marc-Edouard Nabe, dans son roman, « Le Vingt-Septième livre », paru en 2009 : « Si tu veux avoir des lecteurs, mets-toi à leur niveau ! Fais de toi un personnage aussi plat, flou, médiocre, moche et honteux que lui. C’est le secret, Marc-Édouard. Toi, tu veux trop soulever le lecteur de terre, l’emporter dans les cieux de ton fol amour de la vie et des hommes !… Ça le complexe, ça l’hu­milie, et donc il te néglige, il te rejette, puis il finit par te mépriser et te haïr »…

Contrairement à ce qu’il prétend, Houellebecq est donc parfaitement à sa place, bien dans l’air du temps, méprisant, machiste, raciste décomplexé, il n’aime pas les gens. Disons le, c’est réciproque.

Mise à jour du 12 novembre 2010 :

L’article ci-dessous date de 2005 :

Les faux subversifs : Dantec, Beigdeber, et Houellebecq…

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Written by Gavroche

10 novembre 2010 à 16 h 37 min

16 Réponses

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  1. c’qui est bien, c’est qu’ça va inciter Pérec à revenir pour rendre son prix, y en aura p’ête même d’autres qui suivront, ça f’ra un défilé vachement sympa… on aura du plaisir à les revoir…
    faisons un rêve, I’m a dreamer…

    randal

    10 novembre 2010 at 17 h 58 min

  2. Je n’ai pas lu « Plateforme » et je ne lirai probablement pas « La carte et le territoire » avant longtemps. J’en resterai donc à « Extension du domaine de la lutte « et aux « Particules élementaires », lus certes, mais aussi vite oubliés.

    Les réponses de Houellebecq à l’itw de Lire sont affligeantes de cynisme et inquiétantes pour leur irresponsabilité d’un strict point de vue sociétal ; que la Justice ait pu le relaxer est stupéfiant !
    Ce dandy fumeux et snob m’apparaît comme un anar (ou un nanard) de la pire espèce, ceux qui à force de vouloir être en marge de tout finissent par se retrouver à droite, voire à l’extrême-droite.

    Ce qui est inquiétant, et l’attribution du Goncourt en est peut-être un signe révélateur, c’est que par les temps qui courent le cynisme et l’irresponsabilité civique sont des valeurs montantes, et pas seulement chez les zélites.

    julesansjim

    10 novembre 2010 at 18 h 06 min

  3. Je pensais que je devais être honteux ou désolé de trouver Houellebecq et ses bouquins sans intérêt ( je n’ai lu que « l’extension… ») et que son œuvre ( médiatique et littéraire ) ne devrait donner prise à aucune passion, disons pas plus qu’une notice de magnétoscope, juste que c’est fadasse et ne mérite pas vraiment le déplacement.

    lenombrildupeuple

    10 novembre 2010 at 18 h 44 min

  4. Sinon, ( saleté d’esprit d’escalier ) le dessin est chouette.

    lenombrildupeuple

    10 novembre 2010 at 18 h 45 min

  5. Rien lu du mec… tant il me déplaît. Depuis le début d’ailleurs. Je n’aime pas les mecs qui ne respectent pas ses éventuels lecteurs et se montrent volontairement cradoc, de l’intérieur comme de l’extérieur.
    En revanche, j’ai lu M.E. Nabe ;o)).

    clomani

    10 novembre 2010 at 19 h 12 min

  6. Ce type est un moraliste sous couverture (bien mitée) que je rapproche de Zemmour, petit, moche et sans envergure, avec donc de la provoc pour faire office de guitare à pécho.
    Je sais c’est réducteur, mais c’est comme ça que je le ressens.
    Par ailleurs, au-delà même du contenu, je ne vois aps en quoi le contenant (la forme … plate?) a de quoi faire se pâmer un public.
    Bon j’avoue avoir très vite refermé une truc qu’on m’avait prêté, je ne sais même plus quoi tellement ça m’a pas marquée.

    mebahel5

    10 novembre 2010 at 19 h 58 min

  7. Heu, heu… c’est fou la cote qu’il a chez les vregens le chouchou à le Goncourt !

    Ouarf, ouarf…

    😉

    julesansjim

    10 novembre 2010 at 21 h 01 min

  8. Je suis comme beaucoup, le Droopy de la provoc’ à deux balles, j’ai jamais pu lire plus d’un dixième de ses bouquins, c’est objectivement de la merde!

    superpowwow

    10 novembre 2010 at 21 h 52 min

  9. Excellent billet et merci pour les liens. Je ne savais rien du personnage maintenant je sais.Je partage donc tout à fait votre conclusion.

    asse42

    10 novembre 2010 at 23 h 57 min

  10. […] Je me suis renseigné. J’avoue que je me contrefous du Goncourt et autres prix littéraires qui ne sont qu’une mascarade de plus pour attirer le gogo et déplacer le chaland. Mais je me suis dit quand même il faudrait que je me renseigne sur ce qui fait le succès d’un écrivain dans notre pays, la France! Voui… […]

  11. je ne vais pas détonner. jamais lu et jamais eu envie de lire, ni de l’écouter d’ailleurs. Et c’est pas la lecture de cette itw qui va me faire changer d’avis !
    Je trouve aussi qu’@si en fait beaucoup trop là-dessus, façon de surfer sur le buzz du néant, décevant.

    kakophone

    11 novembre 2010 at 8 h 02 min

    • « Je ne vais pas détonner »

      J’espère pour toi! Mieux vaut détoner en toute tranquillité! ;o)

      superpowwow

      13 novembre 2010 at 16 h 52 min

  12. J’ai visionné ce matin le dernier D@ns le texte avec Nathalie Quintane et Eric Hazan, animé par Hubert Artus.

    Et ben ça change de Houellebecq ! Nathalie a été invité pour « Tomates », un texte poético-politique , semble-t-il, et qui donne à penser comme on donne à manger. Une nourriture textuelle, en quelque sorte. Eric Hazan est revenu en tant qu’éditeur du fameux texte « L’insurrection qui vient » parce qu’il en est question dans le texte de Nathalie. De ça et de bien d’autres choses…
    Enfin bref, ça vaut le détour, je crois. Au moins le D@ns le texte.

    julesansjim

    11 novembre 2010 at 15 h 19 min

    • Belle émission visuellement aussi: ça parle lentement, et on a le temps de regarder les mains des deux invités, dont ils se servent beaucoup pour accompagner leur parole, des mains très différentes. J’aime bien aussi quand on voit le regard d’un invité écoutant l’autre.

      florence

      12 novembre 2010 at 7 h 47 min

  13. Je ne lis presque jamais de romans. J’ai toujours du mal à entrer dans les fictions des autres. J’ai pourtant lu « Extension du domaine de la lutte » lors d’une petite hospitalisation. Je dois reconnaître que je l’avais lu facilement, ce qui n’est pas une preuve d’intérêt, j’en conviens, mais qui pour moi est quand même un exploit pour un roman.
    Je n’ai rien eu envie de lire de lui par la suite, ce qui n’est pas une preuve de désintérêt, j’en conviens, mais qui pour moi est quand même un indice.
    Ce que je lis dans ton article m’incite à penser que j’ai eu raison de ne rien lire d’autre.

    asinuserectus

    11 novembre 2010 at 17 h 52 min

  14. […] vous avais parlé en son temps du Goncourt Houellebecq, qualifié de « génie de la littérature », comme Onfray (ou en ce moment Enthoven) était […]


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