LES VREGENS

Parenthèse équestre

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Un billet léger pour se changer les idées en ce dimanche automnal.

Malgré la présence parmi les rédacteurs de ce blog d’une cavalière émérite et passionnée, je réalise qu’on n’a jamais causé chevaux par ici, alors je mets ce petit texte que j’avais rédigé racontant mon expérience vécue il y a quelques années avec l’ami équidé.

Bien qu’ayant été fana de western dans ma jeunesse, je n’ai jamais eu de bonnes expériences en tant que cavalier. Lors d’une promenade j’avais eu la peur de ma vie à l’occasion d’un virage à angle droit au galop.

Beaucoup plus tard, alors qu’on avait eu une rentrée d’argent impromptue, ma copine me dit : « je veux un cheval ». Ce que femme veut…
La voilà donc scrutant les petites annonces en quête de l’animal de son rêve. Elle n’y connaissait rien. Elle avait demandé à un copain connaisseur à quoi ressemblait la race hongre ! Le même pote nous rencarda avec le patron de son ranch, qui avait des chevaux à vendre. Je l’ai bien sur accompagnée et il nous présenta un jeune alezan croisé trotteur, tout juste débourré. Il avait été baptisé « Pomme » mais devint rapidement «Pommy », peu après le versement de la somme convenue.

Pommy en pleine démonstration aux Grandes Terres à Eygalières

Ma compagne n’avait jamais fait d’équitation et avait entrepris d’apprendre seule, comptant sur sa simple expérience avec les animaux, essentiellement les canidés, avec qui elle avait toujours eu un excellent feeling (parfois même un peu démesuré).

Le manadier nous avait bien présenté la monitrice équestre qui avait monté un centre dans son ranch, mais la copine n’en voyait pas la nécessité. On a su plus tard par le copain qui nous l’avait présenté, que le maquignon avait parié que nous lui revendrions dans les six mois la bête, découragés que nous serions par l’absence de progrès de mon amie dans la pratique du sport équestre.

C’était mal la connaitre.
Quelques semaines plus tard, elle n’avait pas lâché prise, avait apprivoisé l’équidé et faisait partie des « vedettes » du ranch, et jurait en cœur avec les virils gardians à l’apéro le samedi soir ! Elle s’était tout de même résolue à prendre des cours au club et s’était fait un tas d’ami(e)s dans le milieu de l’équitation en général.

Un peu plus tard, une de ses copines qui avait elle aussi fait l’acquisition récente d’une jument, décida de s’en débarrasser pour cause de découragement, j’ai eu droit à une crise de larme et nous avons sorti les quelques économies qui nous restaient afin d’acquérir l’animal menacé par un avenir incertain.

Tornade est un trotteur plein papier, réformée des courses suite à un accident et n’étant plus toute jeune elle aurait pu finir à l’abattoir.

Nous étions alors mitoyens d’une manade et Jo, le patron du lieu, nous loua un hectare au pied de la tour de l’usine à café, pour un loyer de….un litre de pastis par mois (et comme il buvait peu il avait un stock impressionnant pour les amis).
J’avais pris un ou deux cours avec une éducatrice confirmée car ma compagne manquait de pédagogie à mon endroit pour ce qui était de l’apprentissage de la monte. Pommy sentait bien mon inexpérience et me montrait ostensiblement sa mauvaise humeur par la position de ses oreilles, dès que je m’aventurais à le monter.
Je me contentais donc, avec une grande motivation, d’aider à l’entretien des deux alezans. Eau, nourriture, construction de clôture etc…

Deux ou trois ans plus tard, nous avons déménagé pour raison professionnelle. On avait trouvé un joli petit mas, modeste, au pied des Alpilles, avec plus d’un ½ hectare de terrain. Ce qui nous avait décidés à louer cette maison, c’était l’aménagement des dépendances. Il y a avait une immense grange avec trois box et deux greniers à foin, ainsi que trois stalles, le tout construit par les anciens locataires, amateurs de chevaux. Nous nous sommes rapidement liés d’amitié avec l’équipe gérant le centre équestre voisin, et surtout avec sa patronne, Chantal. Ma copine y passait beaucoup de temps, cours, ballades, randos. Le week-end j’avais installé la clôture du terrain chez nous, réservant une partie pour aménager une carrière. Nous avions notre fournisseur de nourriture, foin de Crau, granules, céréales, ainsi qu’un maréchal ferrant, qui nous racontait les anecdotes avec les célébrités locales.

Puis nous nous sommes séparés. Je restais dans la maison avec ma fille qui allait avoir trois ans, tandis que mon amie déménageait à plus de 60 kilomètres de là, avec son ainée. Il fallait trouver une solution pour les chevaux. Je ne pouvais pas m’en occuper convenablement en vivant seul avec un enfant jeune et en travaillant. Même si ça ne me déplaisait pas, ça prend du temps de les nourrir, nettoyer les boxes, les sortir, les rentrer, curer les pieds etc…
Pommy est donc parti à 300 mètres de là, nous l’avons « prêté » à Chantal, et il est depuis devenu un spécialiste de la voltige et est monté en cours par les adultes.

Tornade a grimpé peu après dans un van en direction du sud. J’avais ma fille dans les bras et j’ai pleuré en voyant s’éloigner le convoi. Elle a été également « prêtée » à une copine qui a un ranch près de Sète.

Depuis elle a pouliné deux fois et vie une retraite paisible au bord des étangs.

Tornade aux Écuries du Loup Blanc à Mireval

 

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Written by alainbu

14 novembre 2010 à 12 h 05 min

12 Réponses

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  1. Mon rêve de petite fille… Avoir des chevaux.

    M’a fichu le blues encore plus que tout le reste, finalement.

    Parce que je n’ai jamais pu concrétiser. J’ai longtemps habité en ville, j’étais seule avec mon gamin, je bossais, alors…

    Et maintenant, je suis un peu trop vieille pour apprendre…

    Gavroche

    14 novembre 2010 at 12 h 38 min

    • Désolé pour le blues 😦
      Mais franchement, je ne crois pas qu’il y ait de limite d’âge pour commencer à faire de l’équitation, d’autant que je crois savoir que tu n’es pas encore dans le 3ème (âge), renseigne toi, non ?

      alainbu

      14 novembre 2010 at 12 h 57 min

      • Avoir des chevaux, je le vois comme un quasi sacerdoce, être tout le temps près d’eux, s’en occuper, les aimer à temps plein, quoi. Comme tous les animaux de la maison, chiens, chats… Je suis un peu extrême, comme fille. Mais ça, vous le saviez déjà.

        Alors, entre la recherche d’emploi, la restauration de notre maison, et la gueule que ferait randalounet si en plus je lui rajoutais des chevaux… 😉

        Je vois mon connard de voisin, une espèce de bas de plafond qui sait tout mieux que tout le monde, qui a au moins une dizaine de chevaux, et s’en occupe tellement mal que deux sont mortes l’an dernier. Et le pire, c’est que c’est moi qui en ai été malade.

        Gavroche

        14 novembre 2010 at 13 h 05 min

  2. Un récit, en forme de tranche de vie, très touchant Alain. Je comprends que l’on puisse s’attacher très fortement, passionnément, à un animal tel que le cheval. La littérature et le cinéma sont riches d’exemples édifiants.
    Etant un peu plus jeune, une liaison amoureuse de quelques années m’a permis de faire quelques ballades à cheval et quelques heures de manège…
    C’était au temps où mes lombaires me laissaient cool du dos !

    julesansjim

    14 novembre 2010 at 14 h 05 min

  3. oh, elle est chouette ton histoire !! enfin, chouette et dans le fond assez triste, car la vie laboure les rêves d’une façon terrible. tu ne dis pas si tu montes encore ! et ta fille, qui a moins peur de l’exorciste que de l’ado de idi i smorti ? quand les vrégens se décideront à passer à syros, je vous emmènerai chez eleni, ma pharmacienne, qui a entre 10 et 20 chevaux. elle est dingue, tout son fric passe là, et le manège est un peu glauque, mais elle ne demande que ça, que des gens viennent monter ses chevaux. je suis comme juléjim, j’ai un peu peur pour mon dos…

    zozefine

    15 novembre 2010 at 15 h 01 min

    • Tu as raison ce n’est pas très clair, mais j’ai très peu monté. Juste pour quelques cours et ballades et j’ai rapidement privilégié mon rôle de palefrenier 😉
      Ma fille a pris des cours jusqu’en 2009 dans un centre quant à sa sœur et leur mère elles ont tout arrêté depuis 10 ans, bien qu’elles ne désespèrent pas de récupérer les bestiaux près de chez elles un de ses quatre, mais ça fait des années qu’elles le disent.

      alainbu

      15 novembre 2010 at 15 h 48 min

      • Ce qui est bien avec les chevaux c’est que bien soigné ça peut frôler les quarante berges.
        Mon double équestre, sur le dos de laquelle j’ai commencé, a vécu jusqu’à 38 ans et « travaillait » encore quelques heures par semaine histoire de… Ma mimi!
        Et le record dans mon (ex, sniff) ranch c’est la Baronne, 42 ans, elle ressemblait plus à rien mais se tapait un genre de galop de temps en temps, et aussi des siestes inopinées sur la route, paske la Baronne a passé se retraite en liberté la journée!

        Et ici:

        Vous pourrez voir certaines de mes anciennes montures:
        Gerta la frisonne, Starlight le connemara, Altesse la shetland avec laquelle je pouvais freiner directement avec les pieds par terre…. Etc, et ça remonte à vingt voire trente ans!

        Purééééééééééée ça me manque!

        Allez, si y en a qui vont en Bretagne un de ces 4, allez donc:
        http://www.qype.fr/place/759816-Ranch-de-la-Torche-Plomeur
        ici, demandez Lydia et dites que vous venezde la part de Sylvaine…

        sylvn70

        15 novembre 2010 at 16 h 49 min

    • Ah te voilà ! 😉
      Puisque tu parles d’âge, peut-être as-tu entendu parler de cette asso dans les Pyrénées qui milite pour le déferrage des montures permettant d’aller jusqu’à tripler leur espérance de vie c’est par là http://www.equi-libre.fr/fr/les-chevaux-et-nous/elevage/vie-cheval.html
      En ce qui concerne les « miens », le mâle a dans les 16 ou 17 ans et la jument dans les 25 ans je pense.

      alainbu

      15 novembre 2010 at 17 h 17 min

      • oh purée, 32 ans pour Tornade me dit-on dans l’oreillette, ça file, ça file…

        alainbu

        15 novembre 2010 at 22 h 36 min

  4. il y a aussi une association en france qui recueille les vieux chevaux (ou les jeunes bien usés par les courses) destinés à l’abattoir…

    zozefine

    15 novembre 2010 at 17 h 58 min

    • Chais pas si c’est la même ou pas, mais le Ranch de la Torche recueillait de mon temps et toujours maintenant me semble-t-il les protégés du CHEM:

      sylvn70

      16 novembre 2010 at 16 h 49 min

  5. […] oncles et tantes étaient agriculteurs dans le Vaucluse, tout près de l’endroit où nous avions atterris avec nos chevaux, et côté paternel dans les Alpes en Chartreuse il y en a un certain nombre, comme le cousin […]


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