LES VREGENS

Au boulot, bande de feignants !

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Le Conseil constitutionnel vient tout juste d’entériner la loi : nous allons désormais bel et bien travailler plus pour (faire) gagner plus aux actionnaires… Tout le monde est bien sagement rentré s’avachir sur son canapé, avec des chips de chez Lideul, et une sous-marque de pastaga… Plus les moyens de se payer Fauchon, hein…

Vous croyiez que ça suffisait comme ça, qu’on avait assez donné ? Eh bien pas du tout, c’est pas fini, et la guerre continue.

Le Medef repart à l’assaut du « pacte de solidarité » hérité de 1945, et a discrètement mis en ligne, le 26 octobre, un rapport de l’Institut Montaigne, qui avance, sans rire, « 15 propositions pour l’emploi des jeunes et des seniors ».

L’Institut Montaigne ? C’est un « think tank » créé en 2000 par Claude Bébéar, ancien PDG d’Axa, et accessoirement, membre du Club le Siècle… Ce « laboratoire d’idées » se déclare (là encore sans rire) « dépourvu de toute attache partisane ». Mais il est financé par quatre-vingt grandes entreprises, parmi lesquelles : Areva, Barclays, BNP-Paribas, Bolloré, Bouygues, Dassault, Ernst & Young, LVMH, Sanofi-Aventis, SFR, Total, Vinci, Veolia… Des structures absolument pas « partisanes » et qui se gardent bien d’exercer une quelconque influence sur les politiques, et le sens de l’intérêt général…



Que trouve-t-on dans ce rapport ?

Il semblerait donc que le taux d’emploi des jeunes de moins de 25 ans et des plus de 55 ans soit désespérément bas en France. Ils découvrent l’Amérique. Chez nous, près d’un jeune sur cinq vit sous le seuil de pauvreté, un sur trois décroche un premier job qu’après plus de deux ans et demi de galères, de contrats bidons, et autres stages payés au lance-pierre.

Et puis, il semblerait aussi que « Le fossé générationnel s’est désormais creusé entre les « Baby-boomers », qui bénéficient d’une des retraites les plus longues du monde, et la « génération chômage » née dans les années 1980 », d’après l’Institut Montaigne. Et ça aussi on vous l’a déjà dit, les vieux sont des feignants qui font rien que profiter de la misère des jeunes. Voilà.

Du passé faisons table rase

La preuve, quand on pose la question : qui est  responsable ?

On pourrait répondre :

– Les grandes entreprises qui, d’un côté, recourent abusivement aux stages, et de l’autre se débarrassent de leurs salariés de plus de 55 ans à la moindre occasion ? Non.

– Les exonérations sociales et fiscales (172 milliards d’euros en 2010 ) ? Non plus.

– Les discriminations que subissent les jeunes, diplômés ou non, issus de nombreux quartiers populaires ? Pas du tout.

– La quasi absence de représentativité des nouvelles générations au sein des « instances démocratiques » nationales (seuls 4% des députés français ont moins de 40 ans…) ? Encore non.

Le coupable, c’est le « pacte de solidarité » mis en œuvre au sortir de la Seconde Guerre mondiale. À savoir : la Sécurité sociale, l’assurance chômage, la retraite par répartition, la semaine des 40h, la création du salaire minimum… Tous ces obstacles au remplissage de poches doivent donc être levés…

Le sacro-saint CDI d’abord. C’est vrai, comme disait la mère Parisot avec cynisme, l’amour est aléatoire, pourquoi le boulot ne le serait-il pas, hein ?

Car pour les libéraux de l’Institut Montaigne, le CDI est synonyme de « rigidité inadaptée ». Il est donc proposé de le rendre plus « flexible ». En clair, d’en faire un CDD, et sans la prime de précarité, faut pas déconner, non plus. Ce contrat plus « flexible » permettrait aux patrons de changer unilatéralement la nature du poste, les fonctions, la rémunération ou encore le temps de travail. Il pourrait ainsi virer un salarié à l’issue d’une mission soi-disant indéterminée… Et le salarié partirait avec une main devant, une main derrière.

« La France s’illustre par un droit du travail particulièrement contraignant, qui crée des effets de seuil sécurisant pour ceux qui sont du bon côté de la barrière ». Conclusion : faisons passer tout le monde du mauvais côté au nom de l’équité.

« La hausse continue des salaires tout au long de la carrière professionnelle », à cause de l’ancienneté, est un frein à « l’attractivité des seniors ». À défaut de baisser les salaires, comment ne pas les augmenter ? Très simple. Il est proposé de généraliser, pour « les postes de management », les rémunérations variables qui viendraient compléter un salaire fixe. En clair, les primes au mérite…

Mais ce n’est pas tout. L’institut demande la suppression pure et simple de l’âge légal de départ à la retraite. Et l’allongement à 44 ans, d’ici 2020, de la durée de cotisation pour obtenir une retraite à taux plein (en 2012, ce sera 41 ans, mais pour les patrons, c’est insuffisant).

Quant à la décote (appliquée aux pensions des feignants qui n’auraient pas assez cotisé, elle devrait passer à 7% par an. Au lieu de 1,25 % à 2,5 % par année de cotisation manquante (ce qui en fait déjà l’une des décotes les plus fortes d’Europe).

Ben oui, les retraités, comme les étudiants, sont des inutiles, il faut bien le dire. L’Institut Montaigne suggère de développer « l’employabilité tout au long de la vie ». Le travail en alternance et l’apprentissage doivent se généraliser dans l’enseignement secondaire et supérieur. Histoire que les étudiants apprennent davantage de compétences utiles pour les actionnaires, plutôt que des savoirs pas vraiment rentables à court terme, et susceptibles d’aiguiser l’esprit critique. Ce que disait l’article de Juléjim il y a quelques jours.

Les élèves apprentis seraient payés avec « de vrais salaires à temps partiel » , mais c’est quoi, un « vrai salaire » (un Smic ? Un salaire de directeur de l’Institut Montaigne ?). En parallèle, la taxe d’apprentissage payée par les entreprises doit être supprimée, mais l’État est invité à verser une allocation de 300 euros par mois pour compléter les « vrais salaires » des élèves apprentis. Ou comment transformer 2,2 millions d’étudiants en main-d’œuvre à bas coût au nom de la lutte contre le chômage, et aux frais de l’État…

Pour ces gentils « penseurs » de l’Institut Montaigne, l’heure est grave, car comme on vous l’a assez répété, il y a trop de vieux par rapport aux actifs… Tout ça, c’est à cause de la « dé-mo-gra-phie »… Exit la question du partage des richesses.

Sauf que selon la Commission européenne elle-même, et l’Insee aussi, au passage, la part des salaires dans la valeur ajoutée des entreprises a considérablement baissé en trente ans. Concrètement, ça veut dire des salaires très bas au profit d’une meilleure rémunération du capital … 196 milliards d’euros de dividendes versés aux actionnaires en 2007, contre 40 milliards en 1993.


Quant aux exonérations fiscales dont bénéficient les entreprises, ils représentent plus de 172 milliards d’euros en 2010 ». Soit dix-sept fois le déficit actuel des caisses de retraite.

Mais le mot « actionnaire » n’existe pas dans le rapport de l’Institut Montaigne, pas plus que le mot « exonérations fiscales ». Curieux, non ?

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Written by Gavroche

22 novembre 2010 à 17 h 51 min

Une Réponse

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  1. Quand ces gars là se donnent la main, c’est pour nous la foutre sur la gueule !

    lenombrildupeuple

    22 novembre 2010 at 18 h 35 min


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