LES VREGENS

La mondialisation expliquée à mes enfants

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Pour la plupart des gens, y compris à « gauche », la mondialisation évoque la notion d’un monde uni, d’un monde formant un village planétaire, bref, d’un monde sans frontière. Cette conception est soutenue par des organisations internationales comme le FMI, l’OMC, etc… Il paraît que c’est inéluctable. Enfin, c’est cette bonne vieille Tina qui le dit. Le pire, c’est que la plupart des gens ont fini par y croire, forcément.

Cette mondialisation là a bénéficié des progrès technologiques, qui ont permis l’expansion partout sur la planète des mouvements financiers. Elle a bénéficié aussi de la position du capitalisme, qui est désormais le seul système économique.

Normalement, définir la mondialisation comme « l’unification du monde » signifie que l’on parle de l’interpénétration des cultures, des technologies et des économies. Les libéraux prônent effectivement « plus d’ouverture » pour arriver à une paix mondiale et à une suppression totale des frontières. Sauf qu’il s’agit surtout d’une « mondialisation économique »… On prône la libre-circulation, mais des marchandises et de l’argent seulement …


Parce que pour le reste, les murs se dressent toujours aux frontières des pays riches, pour empêcher le « déferlement » des hordes de barbus et autres africains (salauds de pauvres) qui s’ils venaient chez nous, feraient rien que venir manger le peu de pain qui nous reste.

Et du coup, point de « coopération », mais de la bonne vieille « concurrence », évidemment. Entre les ouvriers français et les ouvriers chinois, entre les paysans américains et les paysans africains…

Car si la « coopération » existe bel et bien, elle n’est pas pour vous, ni pour moi, mais pour les bien nommées « multinationales »…

« Actionnaires de tous les pays, unissez-vous…! »


Évidemment, pour tous ces gens-là, les libéraux comme les « sociaux-démocrates » bon teint (ça va vraiment finir par devenir une insulte), les doux dingues qui rêvent encore, les malheureux, les inconscients, les idéalistes, à un monde plus juste, ne sont que « des rigolos », des « révolutionnaires en pantoufles », et en plus, d’abominables privilégiés qui roulent en 4X4 et qui bouffent bio, et qui ne savent pas ce qu’ils disent…


Le plus drôle, c’est que d’après l’institution wikipediesque, « la conception altermondialiste est généralement vue comme une théorie économique et sociale proche du socialisme, notamment parce qu’elle prend la défense des plus pauvres. »

C’est hilarant, non ? Je ne sais pas vous, mais je trouve que ça fait vraiment très longtemps que les sociaux-démocrates ont abandonné ces vieilles valeurs ringardes de solidarité, de fraternité, pour se tourner résolument vers un discours appelé « réaliste »… Même s’ils continuent sans rire à se réclamer de Jaurès…


Mais ils ne sont pas les seuls...

Alors, la « mondialisation par le marché » est-elle synonyme de progrès humain, si elle ne profite pas équitablement à tous ?

Selon le rapport 2001 du PNUD, 1% des plus riches disposent d’un revenu égal à celui des 57% les plus pauvres. Partout dans le monde, l’inégalité a augmenté entre 1960 et 1990.

Entre 1990 et 2000, malgré malgré le doublement du PNB mondial, le nombre des victimes de la faim n’a pas évolué, et selon le Programme Alimentaire Mondial, 9 millions d’êtres humains meurent encore de faim chaque année.

Selon les défenseurs de la vulgate libérale, l’économie serait régie par des lois « naturelles » et immuables… Le libéralisme est pourtant le résultat d’une politique parfaitement concertée, qui n’a rien de « naturel », et « d’inéluctable » : les gouvernements vendent leurs populations au sacro-saints « marchés ». Ils « sauvent les banques » (qui restent privées), avec l’argent du peuple, qui en contrepartie, est soumis à ce qu’on appelle « la rigueur », ou « la politique d’austérité ». Il faut bien trouver l’argent quelque part. Bref, aujourd’hui, les hommes et la nature ne sont plus que des marchandises comme les autres.



Et toutes ces « institutions supranationales », comme l’OMC, le FMI, la Banque mondiale ou le G20 ne sont évidemment pas élues. La démocratie, pfff, l’invoquer serait tout simplement « populiste », et tout le monde sait que le peuple est un con. Le peuple ne sait pas ce qui est bon pour lui.

L’OMC, par exemple. Son but affiché est de « réduire les obstacles au libre-échange »… C’est grâce à elle (si on peut dire), que dans le nord les exploitations agricoles deviennent tentaculaires, pardon, « compétitives », (et tant pis pour les petits, aujourd’hui, une exploitation agricole ferme tous les quarts d’heure en France) et que les petits paysans du sud abandonnent les cultures vivrières, au profit d’immenses exploitations de soja ou de maïs OGM destinés à l’exportation … Rasant pour ce faire les forêts primaires.


Et chez nous, les paysans ne bouclent encore leur fins de mois que grâce à la fameuse PAC (43 % du budget de l’UE) qui devrait d’ailleurs cesser d’exister très bientôt, en tous cas dans sa forme actuelle…

A l’OMC, les négociations se font à huis clos, le pouvoir de décision appartient à des « comités techniques » composés d’ « experts » issus des lobbies d’intérêts privés. Les pays pauvres n’ont d’ailleurs aucun moyen de s’opposer aux décisions de l’OMC, qui ne se préoccupe guère des domaines sociaux et environnementaux, qui sont pourtant largement influencés par ses décisions.

En outre, l’OMC a signé des accords sur « la propriété intellectuelle », y compris sur des « marchandises » vitales, comme l’eau ou les médicaments… Ce qui fait que les labos ont tout à fait le droit de vendre leurs produits le plus cher possible, même aux pays pauvres… On ne fait pas dans le charity business. La mort des enfants qui n’ont pas accès aux soins, c’est ce qu’on appelle en jargon « des dommages collatéraux »…

Ce qui n’empêche pas les mêmes labos de tester leurs médicaments sur des enfants africains…

Quant au FMI, c’est une institution qui regroupe 187 pays, et son rôle est de « promouvoir la coopération monétaire internationale, de garantir la stabilité financière, de faciliter les échanges internationaux, de contribuer à un niveau élevé d’emploi, à la stabilité économique et de faire reculer la pauvreté ».

Enfin, dans les textes, parce que dans la réalité…

On l’a vu récemment avec la Grèce, et ces derniers jours pour l’Irlande, en langage wikipediesque, le FMI « fournit des crédits aux pays qui connaissent des difficultés financières qui mettent en péril l’organisation gouvernementale du pays, la stabilité de son système financier (banques, marchés financiers), ou les flux d’échanges de commerce international avec les autres pays. »

Traduction : quand le système financier (les banques) est en danger, le FMI « met au pot »…

Toujours selon wikipedia, « Lors d’une crise financière, pour éviter qu’un pays ne puisse plus rembourser ses créanciers, le FMI lui prête de l’argent le temps que la confiance « des agents économiques » revienne. Le FMI conditionne l’obtention de prêts à la mise en place de certaines réformes économiques visant de manière générale à améliorer la gestion des finances publiques et une croissance économique équilibrée à long terme. »

Traduction : « l’amélioration de la gestion des finances publiques », ça veut dire se débarrasser des fonctionnaires, qui font rien qu’à profiter… Milton Friedman a gagné la partie, fin de l’histoire, comme disait Friedrich Hayeck… Quant à la phrase « réforme économique », en français, c’est « serrage de ceinture généralisé, enfin, seulement pour les pauvres, faut pas déconner, non plus… ». Et ça s’appelle aussi du chantage…

Parmi les « mesures concrètes » exigées par le FMI, on trouve, l’ouverture du pays aux capitaux étrangers et au commerce international, la libéralisation du marché du travail et la réduction du poids de l’État, en clair, la privatisation des entreprises.

C’est ce qu’on appelle en jargon économico-éfemiesque, le « consensus de Washington ». Ben oui, tous ces machins sont évidemment installés au pays du saint des saints, Wall Street…

Les interventions du FMI se sont multipliées dans les pays en développement à partir des années 1980, et aujourd’hui, les multinationales sont confortablement installées dans tous les pays du sud pour exploiter leurs ressources, et au passage leurs populations. Ça s’appelle « l’ouverture aux capitaux étrangers »… On l’a encore vu en Haïti en janvier, avec l’arrivée de Monsanto, qui souhaitait fourguer ses semences OGM aux paysans…


La « déréglementation du marché du travail », autre idée fréquemment mise en avant par le FMI pour « soutenir la croissance économique ». Par exemple, pour la France, le FMI a encouragé le gouvernement à « lutter contre les rigidités sur le marché du travail ». Traduction : casser le Code du Travail… Il encourage aussi le gouvernement à « éviter de nouvelles revalorisations du SMIC », et à limiter les phénomènes « de « passager clandestin » (free rider en angliche) pour le versement des revenus d’inactivité. C’est à dire à ne plus indemniser ces grosses feignasses de chômeurs, qui font rien que profiter…

Mais la mondialisation, c’est aussi les « multinationales », qui, elles, vont de mieux en mieux :

  • Comme Monsanto, qui se prépare en loucedé à breveter le vivant… Les européens ne veulent pas d’OGM, ça ne fait rien, ceux qui savent, les experts, les « scientifiques » qui hantent les couloirs bruxellois nous en feront bouffer quand même…
  • Comme Roche, ou Pfizer, qui avec leurs brevets et le prix de leurs médicaments, empêchent les pays pauvres d’avoir accès aux soins.
  • Comme Total qui exploite de la main-d’œuvre pas chère en Birmanie…Tout en battant des records en matière de bénéfices…
  • Comme BP qui a pollué durablement le golfe du Mexique, tout ça pour économiser sur la sécurité
  • Et toutes les autres qui délocalisent là les salaires rasent le bitume…

Un autre monde est possible

On peut légitimement se poser la question : à quoi sert de se développer en exploitant de plus en plus intensivement des ressources qui ne se renouvellent pas et dont l’épuisement est prévisible si ce n’est à « aller plus vite dans le mur » ?


J’ai gardé, naïve passéiste que je suis, le souvenir de toutes les luttes sociales, les vraies, en 1789, 1793, 1830, 1848, 1871, 1936, et 1945… Ne nous leurrons pas, nous n’obtiendrons rien simplement en le demandant gentiment…

Alors, voilà ce que je veux, moi :

Je veux que la dette publique des pays du Sud soit annulée. Parce qu’ils l’ont déjà remboursée plusieurs fois avec les intérêts… Parce que ces dettes ont été contractées par des gouvernements antidémocratiques pour maintenir leur pouvoir (exemple, le Chili de Pinochet) et/ou qu’elles sont le résultat de la colonisation.

Je veux que soient reconnus à tous les êtres humains le droit à la souveraineté et à la sécurité alimentaire, à l’emploi, à la protection sociale et à la retraite.

Je veux que l’agriculture ne soit jamais libéralisée, elle nous permet à tous de manger.

Je veux que l’éducation, la santé, les services sociaux et la culture, ainsi que tous les services publics ne soient jamais libéralisés ou privatisés, ils nous appartiennent, à nous, le peuple.

Je veux interdire toute forme de brevetage du vivant et de privatisation des biens communs de l’humanité, l’eau notamment.

Je veux que la charte des Droits de l’homme contre toute forme de discrimination, de sexisme et de racisme soit appliquée partout, et que tous les pays qui ne la respectent pas soient condamnés, même Israël.

Je veux garantir le droit à l’information pour tous, la fin de la concentration des médias dans les grands groupes privés, je voudrais que les journalistes soient indépendants…

Oui. Je sais. Je suis indécrottable. Je fais partie « des bobos bien-pensants d’ultra gauche », « des révolutionnaires d’opérette ». Et j’ai gardé la capacité de m’indigner. Comme Stéphane Hessel, 93 ans aux pelotes. Je ne me résignerai jamais. Je n’accepterai jamais. Contrairement à d’autres.


 

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Written by Gavroche

26 novembre 2010 à 12 h 16 min

2 Réponses

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  1. putaing, ta forêt déforestée pour mettre à la place du soja pour la viande (je suppose), ça m’a arraché une larme… et pourtant j’abuse pas des boissons à le col hic ah les coliques à l’école lis queue… pourtant. à nouveau, article super costaud, gavroche, et tu veux de bien belles choses de première nécessité. et on les veut toutes et tous avec toi.

    zozefine

    26 novembre 2010 at 13 h 04 min

  2. Joli coup de gueule qui je partage totalement.
    Et excellent billet que je m’empresse de diffuser, merci Gavroche.

    alainbu

    27 novembre 2010 at 11 h 18 min


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