LES VREGENS

Espèce de populiste !

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C’est un mot très à la mode en moment… C’est même devenu un lieu commun dans les commentaires des « analystes politiques » : dès qu’un mouvement ou un porte parole déroge aux règles du consensus et de la pensée unique, on le qualifie de « populiste ». Dans leur bouche, ce mot prend un sens très particulier. Comme le disait Marx, il reflète une idéologie.

Un article de Michel Soudais, dans Politis, 10 novembre 2010

Alors, le « populisme » qu’est-ce que c’est ?

Dans la réalité, le populisme existe depuis longtemps. C’était un parti américain au XIX° siècle, qui voulait défendre les intérêts des petits paysans. Mais aussi un courant russe de socialisme, ou encore des expériences très diverses de gouvernements et de partis politiques en Amérique latine. Et en France, aujourd’hui, on a Le Pen, Tapie, Mélenchon, allez hop, tous dans le même sac des vilains « populistes »…

Selon les « avis autorisés » (mais vous n’en faites pas partie, et moi non plus, comme disait Coluche) le populiste, c’est un affreux démagogue, qui met en péril la démocratie… Paraît-il…

Historiquement, l’émergence de mouvements populistes marque généralement une crise de la représentation politique traditionnelle, qui ne sait plus répondre aux attentes du peuple. On se rappellera l’émergence du parti nazi, ou du fascisme italien, au moment de la crise de 1929… On se souviendra qu’aujourd’hui, de moins en moins de gens vont voter… Faut dire que les candidats, c’est un peu bonnet blanc, et blanc bonnet.

Euh... j'hésite...

Or, et comme chacun le sait, le peuple est « par nature » incapable de se gouverner lui-même. Le peuple est très con. Il ne sait pas, lui, ce qui est bel et bon… Son avis n’est pas « autorisé »… Alors effectivement, en appeler au peuple, à des « revendications populaires » devient forcément illégitime, démagogique, et j’en passe.

Du coup, cette bonne vieille démocratie est quelque peu transformée en vieille chose, même si on tente de la maquiller un peu.

Aujourd’hui, il ne s’agit plus du « gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple », mais du gouvernement du peuple par ceux qui savent ce qui est bon pour lui.

Et c’est vrai à peu près partout dans le monde. Je me souviens de l’intervention militaire en Irak. The Economist avait titré sans rire « La démocratie se lève au Moyen-Orient ». Et tant pis si c’était à grands coups de pieds au cul. Soyons « réalistes », on ne pouvait pas attendre que ces cons d’irakiens se gouvernent eux-mêmes, en utilisant ce vieux truc éculé du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », il fallait la leur balancer à la gueule, la « démocratie ». Et le grand bordel avec, d’ailleurs…

Et c’est un paradoxe, si le monde libéral d’aujourd’hui se réclame du peuple, il ne peut tolérer que les classes sociales populaires se mêlent de politique. Et puis quoi, encore ?

Nos penseurs « autorisés » (pardon, mais j’adore ce mot, autorisés par qui, on se le demande…), encouragent l’apathie et l’absence d’engagement. Le peuple, on le convoque aux urnes une fois de temps en temps, pour qu’il « choisisse » parmi les membres d’une élite autoproclamée, issus des mêmes classes sociales (j’adore aussi le mot « classe politique », qui ne fait même plus frémir personne) recrutés dans les mêmes grandes écoles, formés par une pensée unique en économie …

Raymon Aron avait même affirmé que « génétiquement » seule une « minorité » de la population est « capable politiquement ».

L’Etat au service de la finance …

Alors, comme la Grèce ce printemps, aujourd’hui, c’est au tour de l’Irlande de payer la note de la pensée unique…

« Des prêts d’un montant global de 80 à 90 milliards d’euros devraient être accordés par le Fonds européen de stabilité financière (créé en mai 2010 lors de la crise de la dette publique grecque) et par le FMI »…

Oui, mais pas gratuitement, ce n’est pas un prêt sans intérêts, loin de là … Les banques irlandaises n’auront le pognon que si l’Irlande applique le plan d’austérité dont les modalités viennent d’être fixées par l’accord conclu entre le gouvernement irlandais, l’Union européenne et le FMI.

Elle devra :

Réduire de 24 750  le nombre de ses fonctionnaires (l’équivalent de 350 000 en France) ainsi que leurs salaires.

Baisser le salaire minimum, il passera de 8,65 euros de l’heure à 7,65, soit une baisse de plus de 11%.

Réaliser des coupes claires dans les dépenses publiques de santé, les allocations chômages, les allocations familiales pour « économiser » 2,8 milliards d’euro en 2014.

Augmenter le taux de la TVA (l’impôt le plus injuste) de 21 à 23%.

Instaurer une taxe foncière, et imposer la moitié de la population active (la moins aisée) qui jusqu’à présent ne payait pas d’impôt sur le revenu.

Par contre, le taux pourtant dérisoire (12,5%) de l’impôt sur les sociétés, ne sera pas revu à la hausse.

Et tout ça, pour « éponger la dette »… Mais dites-moi, elle vient d’où, la dette de l’Irlande ?

Réponse (source : extrait d’un article de Gérard Filoche)

« Le déficit était nul en 2007. En 2008 il atteignait 7,3% du PIB et 14,4% en 2009. En 2010, il culmine à 32%. Ces 32% de déficit proviennent (comme dans tous les autres pays européens) de la baisse des recettes fiscales mais surtout des sommes colossales versées par l’Etat irlandais pour sauver les banques privées irlandaises. Les 17,7 points supplémentaires du déficit de 2010 viennent d’un nouveau plan de financement des banques, plombées par la crise et l’éclatement d’une bulle immobilière. Au total, en trois ans, l’Etat irlandais a injecté 77 milliards d’euros pour remettre à flot ce secteur (à peu près le montant du prêt de l’UE et du FMI) : 46 milliards de fonds propres et le rachat de 31 milliards d’euros d’actifs risqués. Mais personne ne sait quel sera le coût définitif du sauvetage des banques tant leurs bilans recèlent d’ «actifs pourris», de créances irrécouvrables. »

Pourquoi donc alors, continuer une politique désastreuse, qui nous emmène droit dans le mur ?

« Les dirigeants néolibéraux de l’Union européenne ont décidé d’utiliser la dette publique comme un levier pour en finir avec les acquis sociaux des peuples européens. Ils appellent ça «la pédagogie de la dette». Les responsables de la crise, les banques, les spéculateurs pourront tranquillement continuer à spéculer et à préparer ainsi la prochaine crise financière. C’est ce qu’ils ont fait en Grèce où l’Union Européenne et le FMI ont mis un «plan d’aide à la Grèce» qui soutient la Grèce comme la corde soutient le pendu. Un «plan d’aide» qui s’attaque aux acquis sociaux des salariés grecs et livre les services publics aux multinationales. »

Bis repetita donc avec l’Irlande. En attendant le Portugal, et l’Espagne… Les étudiants britanniques ont remis le couvert de la manifestation, dégénérant en émeute. Le même jour, les jeunes Italiens protestaient eux aussi dans la rue contre les coups portés à l’université par le gouvernement de Berlusconi. Quant aux Portugais, trois millions d’entre eux ont participé à la grève générale.

Faudra-t-il donc une insurrection générale des peuples européens ?

Depuis trois jours, dans les jités du service public, silence total sur les manifestations anti austérité, partout en Europe. On parle seulement de « la vague de froid »…

« T’as vu, Ginette, la neige sur le périph’, putain j’ai mis trois plombes à rentrer, hein… »

Et chez nous aussi, l’austérité est à l’œuvre, imposée par la droite antisociale au pouvoir.

Question subsidiaire :

Qui trouve-t-on à la tête du FMI, qui impose la baisse des salaires, des dépenses de santé, des allocations ?

Un « socialiste » ? DSK, c’est ça. Le futur candidat de la « gauche ».

En même temps, tout le monde ne ronfle pas tranquillou comme « les éléphants du PS », qui vont commencer très bientôt à s’envoyer des vannes pourries à la gueule, pour savoir qui sera calife à la place du calife…

le PS enfin unanime

Les auteurs du Manifeste des économistes atterrés (Editions Les liens qui libèrent) étaient au micro de Daniel Mermet pour l’émission Là-bas si j’y suis du 16 novembre sur France Inter.

Extraits :

« Nous sommes dans un climat de politique économique où l’accent est mis de façon très forte sur la question de la rigueur. On voit la rigueur qui se diffuse dans toute l’Europe et nous étions atterrés d’observer un tel consensus. Il semble qu’on ait oublié d’un seul coup la leçon de l’entre-deux-guerres, qui était ces politiques déflationnistes qui se sont succédé en Europe (Laval, en Allemagne, etc.) et qui ont conduit à un chômage massif. D’un seul coup, c’est redevenu semble-t-il l’alpha et l’oméga de l’économie aujourd’hui : tout le monde est axé sur le déficit budgétaire, des politiques de rigueur, et ce que nous ont montré les leçons de l’histoire et de la théorie économique, c’est que ce n’est pas bon et que ça conduit à un chômage encore plus grand et à des difficultés encore plus grandes. Si tout le monde fait ça, ça va plonger l’économie européenne, l’économie mondiale dans la récession et finalement, on ne va pas améliorer beaucoup les finances publiques, ça ne va pas rassurer les marchés parce qu’on va avoir une récession qui va se prolonger, donc du point de vue économique c’est stupide. Et puis du point de vue social, ça veut dire qu’on va dire aux gens : « désolé, on n’a plus d’argent, on a donné tout l’argent pour sauver le système bancaire et financier, donc il va falloir diminuer le montant des retraites… » Dans certains pays, on baisse les allocations familiales, en Allemagne, on baisse le montant du revenu minimum, partout, on prend des mesures où on diminue les services publics, la protection sociale… »

« L’opinion gouvernementale, les relations inter-étatiques se sont centrées sur cette question du déficit budgétaire qu’il fallait d’un seul coup absolument équilibrer et ont perdu la mémoire des dysfonctionnements financiers qui étaient à sa source. On sait que l’Etat ne peut pas laisser les grandes banques faire faillite et donc, les actionnaires sont gagnants à tous les coups : ils laissent les managers prendre des risques maximum, parce que ça leur permet d’engranger des bénéfices maximum pendant toute la période de boum et ensuite, quand il y a un krach, eh bien l’Etat passe derrière et socialise les pertes. C’est ce qu’il vient de se passer, on est même dedans. BNP Paribas et Société générale viennent de publier des résultats faramineux pour le premier semestre 2010, alors qu’il y a encore quelques mois, on se demandait si ces banques allaient survivre. Qu’est-ce qui s’est passé ? L’Etat a sauvé le système, a baissé formidablement les taux d’intérêts – les banques se sont bien gardées de baisser les taux d’intérêts dans les mêmes proportions – et aujourd’hui elles affichent des résultats fantastiques pour leurs actionnaires, pour leurs traders, alors qu’on est en train de réformer les retraites pour baisser les dépenses publiques. »

« Ce qui est très paradoxal aujourd’hui, c’est qu’on nous parle de réformer le traité de Lisbonne pour introduire une surveillance budgétaire beaucoup plus forte sur les Etats, comme si l’origine de la crise, c’était un excès de dépense publique. Or c’est un diagnostic que nous réfutons complètement ! Les dépenses publiques en Europe ont eu tendance à diminuer en proportion du PIB depuis le début des années 2000. La crise ne vient absolument pas des dépenses publiques. La crise vient de l’instabilité financière, de la dérégulation financière et de la montée de l’endettement. Et les déficits viennent pour une bonne part des réductions d’impôts sur les catégories les plus aisées et sur les entreprises. On donne un chiffre mais qui n’est pas le nôtre, qui est celui de Monsieur Carrez, qui est député de l’UMP rapporteur du budget, qui a expliqué dans un rapport récent que les baisses d’impôts et de cotisations depuis le début des années 2000 coûtaient chaque année 100 milliards d’euros au budget de l’Etat. C’est pas nous qui le disons, c’est le rapporteur du budget UMP. Donc on peut dire qu’il y a eu une orgie, mais pas une orgie de dépenses sociales, une orgie de réductions d’impôts qui a contribué de façon massive à déséquilibrer le budget. Et aujourd’hui on veut faire payer ces réductions d’impôts aux budgets sociaux, en réduisant les dépenses sociales. Il y a là quelque chose qui est proprement atterrant d’un point de vue économique et social. »

Dans une interview récente, la présidente du Medef, Laurence Parisot indique : « Ce qui est prioritaire, c’est de continuer le travail de désendettement et de réduction des déficits publics. C’est absolument fondamental et si nous aggravons nos déficits et notre dette, si nous ne sommes pas capables de freiner ce cheval qui est emballé, les questions sociales seront encore plus dramatiques. »

Et deux jours après, voici ce qu’on peut lire dans la presse :

« la lutte contre les déficits est la priorité absolue du gouvernement français »…

Selon Jacques Généreux (la Grande Régression), les penseurs libéraux nous racontent « qu’on ne peut rien y faire »… Que c’est la faute à la mondialisation, et que les « marges de manœuvre » des Etats ont disparu. Ce serait le grand « complot » capitaliste à l’œuvre.

Sauf que cette mondialisation est bien le résultat d’une politique délibérée des gouvernements depuis trente ans. C’est la structure des budgets publics qui s’est modifiée, dans un sens conforme aux intérêts des plus riches :

  • progression des aides aux entreprises, mais baisse des indemnités de chômage et des remboursements de la sécu
  • gonflement des effectifs pénitentiaires, mais suppression des postes dans l’éducation
  • exonérations de cotisations pour les patrons, mais hausse des prélèvements pour les salariés
  • baisse des impôts sur les bénéfices, les placements financiers, etc… mais hausse des tarifs publics, des taxes sur la consommation et l’habitation…

Les attributions des Etats sont loin d’avoir régressé, au contraire, sauf qu’elles sont désormais détournées du bien commun, et mobilisées au service d’une minorité.

Et il est plus que temps de restaurer une véritable démocratie, au service de tous.

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8 Réponses

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  1. Sur le site du PG on trouve une vidéo de l’intervention de Jacques Généreux à propos de la dé-financiarisation de l’économie.
    C’est visionnable aussi ici :

    julesansjim

    1 décembre 2010 at 17 h 31 min

  2. BRAVO Gavroche;
    C’est un peu long mais il faut bien ça pour analyser la complexité des embrouilles des représentants du grand capital.
    ELECTIONS PIEGE A C…
    Je le dirai, je le répéterai et tant….et tant qu’il faudra : les élections c’est pas la démocratie.
    La démocratie, c’est avant et après les élections.

    papounic

    1 décembre 2010 at 17 h 35 min

  3. « les élections c’est pas la démocratie. »

    **************************
    C’est pas LA démocratie mais c’en est l’expression en tant que condition minimale. Nuance. Tu supprimes le droit de vote, qu’est-ce qui reste ?

    julesansjim

    1 décembre 2010 at 17 h 53 min

    • La révolution !

      Gavroche

      1 décembre 2010 at 18 h 34 min

      • … ou la dictature. Ou les deux à la fois. L’histoire des révolutions est assez édifiante pour qu’on ne se paie plus de mots. Un processus révolutionnaire ça se gère, et même sans doute que ça s’invente au fur et à mesure ; il y a des choix à faire, des orientations à faire accepter par la majorité, et pour décider, on n’a encore rien trouvé de mieux que le vote (même à main levée). Ce qui est sûr c’est que ça n’a rien à voir avec la foire politico-médiatique grand-guignolesque que l’on subit à chaque période électorale.
        Ce sont des questions lourdes et nous n’avons certainement pas toutes les réponses, notamment par manque d’expérience.
        Et comme le fait pertinemment remarquer gauchedecombat, avec 5 à 10% de « convaincus » ça ne fait même pas un contexte pré-révolutionnaire … Alors haut les coeurs ! qu’à cela ne tienne ! on peut déjà faire beaucoup mieux que l’existant !

        julesansjim

        3 décembre 2010 at 10 h 35 min

  4. comme ça fait du bien de lire tout ça…

    Dommage que pour l’instant, seulement 5 à 10 % de la population y croit vraiment.

    Va falloir bosser davantage pour se faire entendre !

    gauchedecombat

    1 décembre 2010 at 18 h 04 min

  5. Beau boulot, merci Gavroche.

    alainbu

    2 décembre 2010 at 8 h 31 min

  6. J’arrive après la bataille, mais:
    Je pense qu’il en va de « populisme » (au départ positif, puisque contenu dans le nom de certains mouvements ou partis) comme de « idéologique ». Maintenant ça voudrait dire: biaisé, pas objectif, pas réaliste, alors que ça voulait dire, positivement: s’inscrivant dans une idéologie, dans une vision du monde, donc… cohérent!

    florence

    5 décembre 2010 at 11 h 35 min


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