LES VREGENS

La lecture chez les jeunes : état des lieux et enjeux.

with 11 comments

A l’occasion du Salon du livre 2010 de Montreuil le quotidien Le Monde propose un article sur la lecture et ses enjeux scolaires, à partir des résultats d’une récente étude de l’OCDE sur le sujet. Depuis le milieu des années 80, une rengaine tristement décliniste tourne sans discontinuer dans la tête des adultes, parents comme éducateurs : « les jeunes lisent de moins en moins de livres ».

« L’ouvrage Et pourtant ils lisent, écrit par Christian Baudelot, Marie Cartier et Christine Detrez en 1999, est un premier pas fait dans l’analyse d’un soi-disant désintérêt de la lecture chez les jeunes. Il exploite une étude effectuée de 1989 à 1999 auprès de 12 000 élèves âgés de 15 à 18 ans et concernant le nombre et le type d’ouvrages lus (hors ouvrages scolaires) par ces élèves. Il en ressort que les adolescents n’ont plus le même rapport à la lecture que les générations précédentes. On vient en effet d’assister non pas à la mort, mais à la fin du sacre du livre… Ce dernier n’apparaît plus comme le premier vecteur culturel – comme cela a pu être le cas dans les années soixante par exemple – et encore moins comme le seul ; il devient un média parmi tant d’autres… »(1)

Où en est-on en 2010 ? A en croire Jean-François Hersent, chargé de mission au service du livre, « la pente amorcée dans les années 1980 suit son chemin ». Pourtant, la lecture s’avère être un investissement pour la réussite scolaire (ainsi qu’un élément d’intégration aux yeux des parents). En 1993, le sociologue François de Singly développait une théorie selon laquelle « la lecture-pour-soi » n’avait pas d’impact sur la réussite scolaire (in « Les jeunes et la lecture ») ; cette théorie est aujourd’hui invalidée par l’OCDE qui considère que « le cercle vertueux transformant les bonnes lectures en bonnes notes ne fait aucun doute. Bonnes notes en français, et même en sciences, puisque l’OCDE souligne que la maîtrise fine de la langue est une condition globale de réussite. »(2) Mais qu’entend-on par « bonnes lectures » ? Eric Charbonnier, expert à l’OCDE, précise :  » Les élèves de 15 ans qui diversifient leurs lectures sont plus performants que ceux qui les limitent ». Des lectures diversifiées donc, mais aussi la lecture de textes longs (livres de fiction, ouvrages documentaires…) selon les évaluations Pisa il y a un écart de 71 points (539 contre 468) entre petits lecteurs et amateurs de textes longs et variés(la moyenne Pisa se situant à 500). « En dépit d’une offre de qualité, les petits français ne sont pas de gros lecteurs. La France compte un tiers de petits lecteurs qui diversifient peu leurs lectures pour seulement 16,8 de lecteurs de textes longs. » (2) Faisons l’impasse sur des comparaisons avec d’autres pays européens bien plus performants, telle que la Finlande, c’est trop cruel …

Que faire pour sortir de ces résultats médiocres ? L’OCDE suggère aux pays qui veulent vraiment réduire leurs inégalités sociales de développer les politiques publiques en matière de lecture. « La lecture casse un peu le déterminisme sociologique, rappelle Eric Charbonnier. Les jeunes de 15 ans, dont les parents ont un statut professionnel peu élevé mais qui s’investissent beaucoup dans la lecture, obtiennent en compréhension de l’écrit de meilleurs scores que ceux dont les parents ont un statut professionnel moyen ou plus élevé, mais qui ne s’intéressent guère à l’écrit. »

François de Singly

Et puis, il y a le rôle capital des familles. A condition de ne pas faire, là non plus, n’importe quoi. Pour Jeanne Siaux-Facchin, psychologue spécialiste des apprentissages, « Pour les parents, il y a souvent confusion entre lecture, lecture de fictions, lecture de fictions intelligentes et de littérature classique. » Autrement dit, nombre de parents rêvent que leurs enfants lisent surtout Tolstoï ou Balzac ! Par ailleurs, le moment « lecture du soir » (souvent cité par les parents dans les enquêtes sur les pratiques culturelles) n’est plus pensé comme un temps de partage mais d’apprentissage. Tellement la lecture est considérée comme une assurance anti-échec, aux yeux de nombreux parents.

Or, particulièrement avec le public pré-ado et adolescent, trop de pression devient vite contre-productif en terme de motivation. Car il ne suffit pas de lire beaucoup et de façon variée, encore faut-il aussi y prendre du plaisir. Et ceci à tout âge, du reste. Bref, on n’est manifestement pas arrivé !

(1) « Les adolescents et la lecture » Roxane CAILLON Université Villetaneuse Paris XIII

(2) Le Monde du 3 décembre 2010 article de Maryline Baumard (accès payant pour les non-abonnés au monde.fr)

Publicités

Written by Juléjim

4 décembre 2010 à 20 h 35 min

11 Réponses

Subscribe to comments with RSS.

  1. Oui, ça me paraît essentiel : lire n’est pas une corvée, un devoir, un travail, un effort, mais une joie… !

    C’est comme ça que je l’ai toujours ressenti. Et que j’ai essayé de le « faire passer »…

    Merci Jules.

    Pourquoi est-ce qu’on pense aussi souvent pareil,
    hein ?

    Viens de regarder Nabe. Bof, bof. Très chiant. Pour moi aucun intérêt. Mais je suis une indécrottable grognon, alors… ;-))

    Gavroche

    4 décembre 2010 at 21 h 31 min

    • « lire n’est pas une corvée, un devoir, un travail, un effort, mais une joie… ! »

      Et si je te disais que sur mes 3 enfants, éduqués pareillement pour ce qui concerne la lecture, seule l’aînée est lectrice. Les deux autres ont lu pendant leur scolarité , par obligation/soumission mais maintenant… c’est plutôt mp3 et dvd, un peu cinoche aussi.
      C’est toujours les cordonniers etc… etc…

      **********************
      Nabe ? connais pas. J’ai lu le texte d’intro à l’émission et puis quelques commentaires. Bon. Je me tâte…

      Edit à l’admin : l’image du salon 2010 m’a l’air cryptée, impossible de la récupérer. J’en ai mis une autre, plus drôle.

      julesansjim

      5 décembre 2010 at 9 h 55 min

  2. Alors, à 15 ans ceux qui lisent beaucoup ont de meilleurs notes que ceux qui lisent peu.
    OK, mais s’il y a un lien de causalité entre la pratique de la lecture et la réussite scolaire, n’est-il pas également inverse ?
    Et combien d’autres facteurs interviennent dans la réussite scolaire ?
    Je suis sûr que l’on peut déterminer une corrélation statistique entre, mettons : le nombre de fois que l’on est allé en vacances de neige (tout schuss) et la compétences linguistique en Anglais (to speak).

    En parlant de cercle vertueux, l’OCDE reconnait implicitement qu’il ne suffit pas de développer les politiques publiques en matière de lecture pour régler l’aporie.
    Mais bon, ça peut pas faire de mal, c’est déjà ça de pris.

    lenombrildupeuple

    4 décembre 2010 at 21 h 33 min

    • Beaucoup de choses dans ton com.

      Le lien entre lecture et réussite scolaire ça s’appelle une corrélation en stats comme tu le dis et c’est vrai que par le truchement des chiffres et des formules ça « travaille » tellement la réalité des faits qu’on peut faire dire tout et n’importe quoi. Par exemple, le mauvais état de la dentition de certains enfants peut très bien être corrélé avec des difficultés patentes dans l’apprentissage de la lecture etc… Mais je ne vois pas bien où serait l’intérêt pour les experts missionnés par l’OCDE de dire ou faire dire n’importe quoi. Comme si le discours de cette organisme c’était aussi de la … diplomatie.
      😉
      Cela dit, notre système éducatif est élitiste et sélectif ; l’un des filtres (parmi d’autres) c’est la maîtrise de la langue (orale et écrite). Notre enseignement est beaucoup fondé sur deux modes de transmission : oral et écrit (donc lecture/écriture).Du coup, dans la recommandation OCDE j’ai l’impression qu’on dit « Adaptons-nous au constat ». On pourrait aussi s’attaquer à transformer le système en valorisant d’autres approches d’apprentissage et d’enseignement moins conditionnés par les compétences proprement langagières des élèves. Mais c’est peut-être trop demander ?
      Et puis, les politiques publiques, en effet, notamment en matière de lecture publique (biblios, animations, fête du livre etc…)c’est nécessaire mais insuffisant. Et là la France n’est pas mal lotie. Et pourtant…

      julesansjim

      5 décembre 2010 at 10 h 24 min

      • « Mais je ne vois pas bien où serait l’intérêt pour les experts missionnés par l’OCDE de dire ou faire dire n’importe quoi. Comme si le discours de cette organisme c’était aussi de la … diplomatie. »

        Voilà, c’est exactement ça la question…
        Comme dirait Védrine, faut produire du papier, des rapports.

        Je vois tous les mois, au boulot des rapports sans cohérence ni sens, avec des stats malmenées ( ou bien menés au contraire ) et je m’interroge toujours quant à savoir si mes responsables ne remarquent pas les arnaques stats ou font semblant de ne pas les remarquer.
        Quoi qu’il en soit, ces rapports deviennent des vérités sur lesquelles se construisent des stratégies d’actions.
        Par mauvais esprit caractérisé, je trouve que beaucoup de ces rapports institutionnels sont argumentées sur la base d’analyses statistiques strictement performatives. ( a fortiori si elles sont spectaculaires et déterministes )

        lenombrildupeuple

        5 décembre 2010 at 11 h 18 min

  3. Tiens ? Y’a de la pub ici maintenant ? 😉
    Pas encore lu le billet mais merci d’avance Jules.

    alainbu

    5 décembre 2010 at 11 h 38 min

  4. « Comme dirait Védrine, faut produire du papier, des rapports. »

    Et là, mine de rien (ou par cynisme ou désabusement) il énonce une vérité , je crois, qui est que quand un système crée son administration c’est aussi pour verrouiller le dit système, pas que pour gérer rationnellement. Ce qui donne raison à la fois à Laborit, lorsqu’il dit que ce sont les mutants (les rebelles ?) qui font évoluer les systèmes, et aussi au concept d’entrisme cher aux trotskistes.

    Après, on va s’étonner (ou s’indigner) que l’affaire Wikileaks réjouisse et fasse rigoler tous les gauchos de la planète ! Il faut être vraiment réac et du côté de l’establishment pour ne pas trouver ça réjouissant et positif quand même, malgré les incertitudes sur les motivations réelles des principaux protagonistes.

    😉

    *****************
    Wouh ! j’ai des problèmes avec cette 1ère image, celle de Pef a été squeezée aussi (c’est pour ça qu’Alain parlait de pub je suppose ?). J’aimerais que celle-ci soit acceptée, elle est trop cool.

    julesansjim

    5 décembre 2010 at 11 h 47 min

    • Concernant les photos que l’on veut garder :

      il suffit de les enregistrer dans la « bibliothèque » du blog. Et elles restent dans l’article. Au besoin, rajouter dans la légende le nom du photographe, ou celle de l’agence…

      Ce n’est que pour les vidéos (qui pèsent lourd) que l’on utilise le lien web.

      Fin de la leçon, vous pouvez reprendre une activité normale…;-))

      Gavroche

      5 décembre 2010 at 17 h 18 min

  5. « c’est pour ça qu’Alain parlait de pub je suppose ? »
    oui oui c’est bien pour ça 😉

    alainbu

    5 décembre 2010 at 20 h 08 min

  6. Dans mon billet, il est question de l’enquête évaluative PISA. Mais qui dit « évaluation » en pédagogie dit aussi « précaution » notamment dans l’interprétation des mesures et résultats.
    Ceux qui souhaiteraient en savoir plus sur le sujet prendront peut-être un « café … pédagogique » ?

    C’est par là : http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2010/12/07122010Accueil.aspx#edito

    julesansjim

    7 décembre 2010 at 17 h 31 min

  7. et pourtant ils lisent, quel merveilleux bouquin !!! tu sais tout le mal qu’on dit de la lecture à voix haute. et c’était mon sujet de thèse. pas qu’à l’école, mais aussi à l’école. et pour ma récolte de données, j’ai passé des mois dans une école primaire, à observer/enregistrer tous les degrés et des centaines d’élèves dans un quartier où les classes étaient réputées difficiles, avec 20 sur 25 élèves non francophones de naissance en moyenne.

    les institutrices, formées à l’école « la lecture à voix haute c’est caca » (et à ma grande tristesse, un des leitmotivs de mon département de didactique), ne pratiquaient pas la chose de manière explicite, mais pourtant la lvh était tout le temps présente (par exemple dans la lecture des énoncés d’exercices, etc.). pour passer à plus costaud, j’avais décidé de « tester » les gosses, histoire de voir ce qu’ils pensaient de la lvh. donc, en accord avec l’administration, je les prenais les uns après les autres, petite enquête, s’ils lisaient à voix haute, si c’était difficile, etc., et puis je leur proposais de me préparer et de me lire un petit texte – et ça seulement s’ils le voulaient. j’utilisais des poèmes dans paroles de prévert, donc pas faciles, pas formattés gosses.

    il y a PAS UN gosse qui ait refusé, j’ai des HEURES de lecture de poèmes, et putain, pas mal dits, hein, les gamins se préparaient comme au théâtre, c’était génial. les gosses, ils ont TOUT, ils sont prêts à tout, ce sont des étalons derrière la barrière de départ, ils ont soif d’expérimenter, de vivre, de tester, de montrer.

    putain bordel de merde, quel gâchis….

    zozefine

    15 décembre 2010 at 11 h 03 min


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :