LES VREGENS

La misère est à nos portes, on s’en fout, c’est bientôt Noël

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Des années que ça dure… Dans l’indifférence générale. Et soudain, d’un coup, on ouvre les yeux.  On s’aperçoit que des gens meurent, par centaines, à nos portes…

Voilà ce que j’ai lu aujourd’hui sur le site de Celestissima :

250 migrants Africains, dont 74 Erythréens voulant rejoindre l’Europe afin de demander l’asile politique sont détenus depuis un mois dans le désert du Sinaï  par des trafiquants. Ils sont menacés de mort s’ils ne payent pas chacun la somme de 8000 euros.

L’ultimatum expire aujourd’hui, le 5 décembre 2010, dans la totale indifférence internationale.

Seules des ONG italiennes se se sont jusque là préoccupées du sort des prisonniers. C’est en effet une conséquence directe de la criminelle politique d’immigration menée par Berlusconi. Depuis les accords italo-libyens, sur le contrôle de l’immigration clandestine, les migrants arraisonnés en méditerranée ou arrêtés, sont enfermés dans des centres de rétention en Libye, autrement dit, dans des prisons. C’est pour échapper à la police de Tripoli et se réfugier en Israël que les 250 migrants ont chacun payé 2000 euros à des passeurs. Mais ceux-ci n’ont pas respecté le marché  et retiennent le groupe en otage.

Six migrants ont déjà été exécutés. Il semblerait aussi que les ravisseurs aient déjà emmenés quatre autres personnes dans l’incapacité totale de payer  afin de les contraindre à une ablation d’un rein.
Ce qui indique aussi une monstrueuse complicité avec des structures médicales.
Le père Mussie Zerawi, président de l’association des droits de l’homme Habeshia est en contact téléphonique avec certains otages, les témoignages qu’il rapporte sont glaçants:

« Ils ne nous donnent pas d’eau potable » raconte une femme, nous sommes enchainés comme des animaux » et encore « Certains d’entre nous sont grièvement blessés, ils ont besoin d’être immédiatement soignés, ils ont la tête fracassée et les membres rompus. L’autre soir, quatre d’entre nous qui n’ont aucune famille pouvant payer la rançon ont été emmenés. On va leur prélever un rein pour le vendre. D’autres ont été marqués au fer rouge pour les obliger à téléphoner à leurs familles pour demander de l ’argent.  L’ultimatum est pour dimanche, après, ils nous ferons disparaître. » «Nous sommes enchainés, depuis trois jours nous n’avons rien à manger. Sauvez-nous

Finalement EveryOne, une organisation de défense des droits des humains a fait savoir à l’ONU qu’elle avait déterminé le lieu où sont détenus les otages. Le rapporteur de l’ONU chargé de lutter contre le trafic des êtres humains a confirmé que ce drame serait traité en priorité. D’après l’Ansa, le Mossad aurait aussi été alerté afin d’éviter que les ravisseurs empruntent les tunnels qui joignent l’Egypte et la Palestine.

source: Il Fatto Quotidiano, la Repubblica, Everyone, Tolerance, Fortress Europe, Diritto di critiqua , Informare per resistere

Monstrueux, inhumain, et tout ce que vous voudrez, mais pas nouveau… Parce que ça fait des années que ça dure, et que personne n’en parle. Sauf que là, ce ne sont pas des Etats qui jettent les gens dehors comme de vulgaires déchets, ce sont « des passeurs » qui retiennent de pauvres bougres en otages… Et là, tout d’un coup, on en parle. Un peu. Comme si ces passeurs ne faisaient pas que profiter d’un système mis en place par les Etats eux-mêmes…

Cela dit, rien de rien, pas un mot là-dessus dans les jités de notre « service public », où l’on cause de la neige qui a empêché Ginette, la pauvre, d’aller faire ses courses de Noël. Ou de ce pauvre Dédé, qui est resté coincé deux heures dans sa bagnole à cause des embouteillages. Sans oublier M. et Mme Durand qui n’ont pas pu prendre l’avion pour leurs vacances aux Seychelles…

Eh oui, ça fait des années que l’armée égyptienne « arrête » les migrants venus d’Afrique subsaharienne, Erythrée, Darfour, Somalie, et même Côte d’Ivoire. Elle les arrête à coups de balles dans la tête, pourquoi se gêner, tout le monde s’en fout. C’est loin l’Afrique. Et ce ne sont que des nègres qui veulent venir bouffer notre dernier crouton…

En octobre dernier, plus de 50 migrants soudanais avaient déjà été arrêtés par la police égyptienne, alors qu’ils tentaient de traverser la péninsule du Sinaï, pour atteindre l’eldorado israélien…

Parmi eux se trouvaient neuf femmes et six enfants « entassés » dans un container…

Ben oui, la traversée du Sinaï est une « étape obligatoire » pour les Africains qui tentent d’arriver en Israël, pour fuir la guerre et la misère. Au moins 34 migrants ont été tués, pas par des passeurs, mais par les garde-frontières égyptiens, juste depuis le début de cette année…

Le récit de la mortelle randonnée des migrants africains dans le Sinaï

Sadiq tient dans ses mains un document qui ressemble à un passeport. Couleur bleue de l’ONU, il signifie qu’il a le statut de réfugié. Il l’a obtenu auprès du Haut commissariat pour les réfugiés (HCR) en 2004, quand il est arrivé du Darfour avec sa femme, fuyant les persécutions. A l’intérieur sont rangés des factures d’électricité et un papier blanc et jaune qu’il déplie. C’est un certificat de décès délivré par les autorités égyptiennes. Il est au nom d’Haja Abbas Haroun, sa femme. Age : 31 ans. Cause de la mort : une balle dans le front. Nulle part il n’est écrit qu’elle était enceinte de sept mois. Nulle part, non plus, il n’est écrit qu’elle a été tuée par un soldat égyptien, dans le Sinaï, alors qu’elle s’apprêtait avec d’autres à passer la frontière vers Israël.

Haja est morte au tout début juillet 2007. Depuis ce premier décès, l’organisation Human Rights Watch a compté 33 morts identifiés et des dizaines de blessés, des hommes, des femmes et même des enfants. Dans un récent rapport, l’ONG écrit : « Il y a beaucoup de façons de mourir dans le Sinaï. Le voyage est difficile pour les femmes et les enfants. On peut aussi être touché par une balle et mourir faute de soins… » Avec la publication de ce rapport, Human Rights Watch demande la fin de cette pratique du « shoot to stop » : tirer pour arrêter les migrants qui tentent de passer la frontière, sans défense et sans arme.

La justification des autorités égyptiennes est toujours la même : ces décès sont malheureux, mais le Sinaï, et particulièrement la frontière, sont des zones très dangereuses ; il y a des terroristes et des criminels… Donc les soldats ont peur et ils tirent… Autre raison, Le Caire est soumis à une forte pression de la part d’Israël pour contrôler sa frontière, notamment depuis l’accession au pouvoir du Hamas à Gaza…

Pourtant, dans tous les cas où Human Rights Watch a enquêté, l’organisation affirme que rien ne justifiait l’usage de tirs. C’est aussi ce que raconte Sadiq : « Nous sommes arrivés en microbus dans le Sinaï ; nous étions une douzaine de personnes. Les passeurs bédouins nous ont conduits dans le désert et nous ont dit d’attendre la nuit en nous montrant la direction de la frontière. Ensuite, ils sont partis. Nous nous sommes assis, nous avons attendu une heure. Puis des soldats sont arrivés. Ils ont vu que nous étions assis, ils ont vu qu’il y avait des femmes et des enfants ! Ils étaient très proches. L’un d’eux a tiré dans la tête de ma femme qui portait ma fille d’un an et demi dans les bras. Ma femme est morte tout de suite. » Le reste du groupe sera arrêté. Sadiq sera détenu à Al Arich avec sa petite fille pendant deux semaines. Condamné à un an de prison, il a été libéré en août dernier après avoir payé une amende de 2 000 livres égyptiennes. Il vit désormais chez sa belle-sœur : « Sept de mes codétenus sont morts en prison. Depuis ma sortie, j’ai reçu 200 livres du HCR. Je n’ai rien, je veux retourner au Darfour… »

Human Rights Watch dénonce aussi les arrestations, les mauvais traitements, les procès et les retours forcés au pays de réfugiés pourtant protégés par la convention de 1951 et ses protocoles, dont l’Egypte est signataire. Ainsi, une cinquantaine de Soudanais ont été renvoyés dans leur pays en avril dernier, et 1 200 Erythréens au moins de juin. Beaucoup risquent d’y être emprisonnés et torturés, estime l’ONG. Israël n’est pas épargné : le rapport dénonce le renvoi l’an dernier par l’Etat hébreu en Egypte de migrants africains, réfugiés pour la plupart, Soudanais et Erythréens, en toute connaissance de cause…


Depuis 2006, on estime à 13 000 le nombre de migrants arrivés d’Egypte en Israël. Africains dans leur immense majorité. Ils sont surtout originaires du Soudan et d’Erythrée, mais aussi de Côte d’Ivoire. La question qui préoccupe les deux Etats a été évoquée au plus haut niveau lors d’un sommet Moubarak-Olmert en juin 2007. Peu après, les Israéliens annonçaient qu’en vertu d’un accord, les migrants seraient renvoyés en Egypte. Le Caire démentira au mois d’août suivant l’existence de tout agrément sur la question. C’est en juillet de la même année que les premiers coups de feu sont tirés par les gardes-frontières égyptiens, remarque Human Rights Watch, qui s’étonne de la coïncidence. Abeer Etefa, porte-parole du bureau du HCR en Egypte, dit ne pas avoir connaissance d’un tel accord :« Nous avons proposé de jouer les médiateurs pour trouver une solution et assurer la protection de ceux qui traversent, mais personne n’a donné suite. »

Le HCR recense 43 000 réfugiés et demandeurs d’asile en Egypte, un peu plus de la moitié étant originaire du Soudan. Mais, selon d’autres estimations, les immigrés en Egypte seraient entre 750 000 et… quatre millions ! Dans un pays de 76 millions d’habitants, où 44% de la population vit avec moins de deux dollars par jour et où l’inflation dépasse les 30% cette année, la vie quotidienne des réfugiés est extrêmement difficile et l’intégration impossible. « Ce n’est pas une option dans les pays en développement, précise Abeer Etefa, tout comme est impossible le retour au pays dans des conditions satisfaisantes de sécurité, comme au Darfour. » Reste donc une seule solution : «  La réinstallation dans un pays tiers. Mais il y a un désintérêt croissant des pays d’accueil traditionnels, comme les Etats-Unis. » Par ailleurs, « notre budget est le même depuis trois ans », souligne-t-elle amèrement. Elle fait le calcul : avec l’inflation et l’augmentation du nombre de réfugiés, c’est comme si les moyens avaient été divisés par trois.

Aux conditions matérielles très difficiles et à cette impression d’être dans l’impasse s’ajoutent le racisme et les mauvais traitements. Beaucoup d’immigrés se plaignent d’insultes et de violences, de la part des citoyens comme des autorités. Et puis, la plupart ont en mémoire les événements de la place Mustafa Mahmoud. Fin 2005, environ deux mille Soudanais campent depuis trois mois à proximité des locaux du HCR pour protester contre leurs conditions de vie et réclamer plus de départs dans les pays occidentaux. Les forces de sécurité égyptiennes donnent l’assaut contre le sit in une nuit de décembre 2005, faisant une trentaine de morts. Des centaines de manifestants sont arrêtés.

Egalement originaire du Darfour et demandeur d’asile depuis 2003, sans argent et lassé d’attendre son statut définitif de réfugié, condition d’un départ en occident, Ahmed Mohamed Shagour décide de faire le voyage en mai dernier avec sa femme et ses trois enfants. Il est pourtant au courant de ces dangers. Il n’ira pas plus loin qu’Al Arich, et sera arrêté avant même de rencontrer ses passeurs. Toute la famille sera détenue pendant 48 heures, sans nourriture. « J’étais interrogé par les renseignements, et j’entendais mes enfants pleurer de faim. Ils m’ont battu, dit-il en montrant un poignet aujourd’hui encore plus large que l’autre, et ont menacé de jeter mes enfants par la fenêtre s’ils continuaient à pleurer », se souvient-il. Les enfants aussi ont été battus. Il soulève le tee-shirt de son fils de 5 ans pour montrer les traces qu’ont laissées les coups de pied des gardes sur son dos.

La famille est ensuite conduite à Ismailia, puis au Caire, où on menace de les renvoyer au Soudan, jusqu’à ce que le HCR intervienne. Ahmed fera encore quinze jours de prison avant d’être libéré. « Nous avons logé chez des connaissances, avant qu’on nous demande de partir : les gens n’aiment pas être vus avec ceux qui ont fait le voyage vers Israël. » Ahmed et sa famille ont finalement trouvé un logement dans un quartier populaire du Caire. Deux pièces en briques, comme posées sur le toit de l’immeuble. Cela fait deux mois qu’ils n’ont pu payer le loyer. Au plafond, ils ont tendu des draps rouges. L’eau de pluie ou des immeubles voisins coule à l’intérieur. Les trois enfants dorment sur le lit, Ahmed sur le canapé, et sa femme au sol, sur une natte. Elle s’appelle Hawa et écoute sagement son mari raconter leur histoire ; puis elle intervient : « Depuis quatre ans que nous sommes ici, nous n’avons pas mangé un seul vrai repas : je n’ai pas de lait pour mon bébé. Tu me vois avec les habits avec lesquels je suis arrivée du Darfour. Hier soir, nous n’avons pas dîné, et regarde comment je reçois les invités : avec de l’eau du robinet. Je n’ai même pas de quoi leur offrir un thé ! », dit-elle en en haussant la voix. Le peu d’argent qu’ils ont provient d’une ONG, ou des ménages qu’Ahmed fait deux à trois jours par semaine. « Pas assez pour nourrir mes enfants. Je préfère retourner au Darfour. Entre la mort et ma vie ici, il n’y a aucune différence », lance Hawa.

Le HCR n’est pas épargné par le rapport de Human Rights Watch, qui lui reproche de faillir à la protection des personnes dont il est responsable et de ménager les gouvernements égyptien et israélien. L’agence des Nations Unies n’a jamais condamné publiquement la mort par balles de réfugiés dans le désert du Sinaï. Mais Abeer Etefa se défend : « Nous avons toujours réagi, mais pas forcément publiquement. Et je le redis : nous comprenons la sensibilité de la question de la frontière pour l’Egypte et pour Israël. Mais la vie humaine est précieuse : l’usage excessif de la force n’est pas admissible. » Elle reconnaît aussi : « Nous n’avons pas accès aux centres de détention, où sont emprisonnés les réfugiés. C’est une de nos demandes auprès des autorités égyptiennes. » Depuis la publication du rapport de Human Rights Watch, les agences de presse ont rapporté deux autres morts par balle…

Michael Kagan, professeur à l’Université américaine du Caire, spécialiste du droit des réfugiés, rappelle que l’Egypte comme Israël fait face à un problème qui n’est en fait que migratoire. « L’Egypte a l’air de croire qu’utiliser la violence pour protéger sa frontière est acceptable ; mais elle doit réaliser que tirer sur des femmes enceintes et des petites filles de sept ans n’est pas ce que veut la communauté internationale », estime-t-il. Pourtant, jusqu’ici, celle-ci est restée bien silencieuse. Comme le dit cette source diplomatique occidentale : « Les pays occidentaux ont décidé de regarder dans une autre direction. »

Et pour couronner le tout, l’Etat d’Israël construit des murs, encore des murs, toujours des murs. Il paraît que c’est pour préserver sa « judéité ». Juifs, sans doute, mais bientôt, seuls, contre le monde entier…

Pour enrayer l’immigration clandestine originaire du Soudan et de la Corne de l’Afrique, Tel-Aviv décide de faire construire un mur entre le désert du Néguev et celui du Sinaï. Avec l’approbation tacite du Caire.

Il s’appelle Ismaël et il est soudanais. Comme Moïse il y a plus de trois mille ans, ce jeune migrant clandestin rêve de traverser le désert du Sinaï pour rejoindre la Terre promise : Israël. Depuis deux ans, Ismaël vit de mendicité et de petits boulots à la périphérie du Caire. Le soir, il écume les cafés louches de la capitale, où des migrants en quête d’eldorado rencontrent des passeurs aguerris. « J’ai entendu beaucoup d’histoires sur le passage en Israël. Des gens qui ont été tués, qui sont morts de faim, de soif ou de fatigue. Je sais que c’est très dur d’y arriver, mais je suis prêt à le payer de ma vie. »

Migrants soudainais Israël août 2007

Appelée par les Bédouins « Darb el-Sudaniyyine » (« la route des Soudanais »), la frontière entre Israël et ­l’Égypte est un trait d’asphalte en plein milieu du désert aride du Sinaï. Jusqu’au début des années 2000, la frontière était peu fréquentée et donc très peu contrôlée de part et d’autre. Mais avec l’afflux massif de migrants subsahariens fuyant la guerre ou la misère, ce désert est devenu un lieu de passage extrêmement surveillé. À tel point que le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, a annoncé le 10 janvier la construction d’un mur sur une soixantaine de kilomètres, entre le désert du Néguev et celui du Sinaï. Une barrière de sécurité grillagée, munie de radars et dotée des dernières innovations technologiques en la matière, devrait être érigée d’ici à deux ans pour un coût de 1,5 milliard de shekels (environ 285 millions d’euros).

Pour Ismaël, comme pour la plupart des migrants, l’Égypte ne devait être qu’une étape du long parcours vers l’Europe ou Israël. Selon les estimations, il y aurait entre 500 000 et 3 millions de demandeurs d’asile subsahariens en Égypte, pour la plupart soudanais, somaliens, éthiopiens et érythréens. Coincé au Caire, où il attend d’épargner suffisamment pour payer son passage, Ismaël souffre de conditions de vie extrêmement précaires. « Non seulement les Égyptiens sont racistes, mais, ici, il est très difficile de trouver un travail ou de scolariser ses enfants. Surtout, on est à la merci de la police, qui n’a aucun respect pour nous. » Les Subsahariens du Caire n’ont pas oublié qu’en 2005 les forces de l’ordre avaient ouvert le feu près des bureaux du Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR), tuant plus de trente demandeurs d’asile soudanais. « C’est pour cela que je veux aller en Israël, explique Ismaël. C’est un pays démocratique et riche où il y a déjà une communauté africaine qui peut nous aider. »

De fait, « à la fin des années 1990, rappelle Lisa Anteby-Yemini, chargée de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), l’État hébreu avait accordé de nombreux ­permis de résidence à des réfugiés originaires du Soudan, d’Éthiopie ou d’Érythrée, et l’opinion publique israélienne leur avait réservé un accueil plutôt favorable ». Mais aujourd’hui, le discours d’Israël a bien changé. Devant l’afflux de migrants, le Premier ­ministre a parlé de « véritable tsunami ». « Israël, s’est-il inquiété, est le seul pays du monde développé accessible à pied depuis le Tiers Monde et l’Afrique. »

Selon l’armée israélienne, 7 554 migrants illégaux ont franchi la frontière entre l’Égypte et Israël en 2008. Grâce à un renforcement de la politique de refoulement, ils n’auraient été que 3 190 en 2009. Entre 100 et 200 Subsahariens essaieraient chaque semaine de traverser la frontière. Toujours selon l’armée, Israël abriterait 300 000 travailleurs illégaux. Un chiffre contesté par les associations de droits de l’homme, qui rappellent que les Palestiniens sont inclus dans le décompte.

Pour enrayer l’afflux de clandestins, Israël ne s’est pas privé de faire appel au Caire, qui a pris l’injonction au pied de la lettre, autorisant sa police à pratiquer la politique du « shoot to stop » (« tirer pour arrêter »). En 2008 et en 2009, 50 migrants, dont des femmes et des enfants, ont ainsi trouvé la mort. Face aux protestations des organisations de droits de l’homme, les Égyptiens répliquent qu’ils luttent contre les trafiquants et les terroristes. La perspective du mur israélien ne rencontre d’ailleurs aucune opposition en Égypte. « Cela ne nous concerne pas », s’est contenté d’affirmer le ministre des Affaires étrangères, sans doute plus occupé à la construction d’un autre mur le long de la frontière avec la bande de Gaza.

Le Sinaï est depuis longtemps un haut lieu de tous les trafics – marchandises, drogue, alcool, êtres humains – entre l’Égypte, la bande de Gaza et Israël, mais aussi avec la Jordanie et même l’Irak. Mais les autorités concernées n’avaient jamais à ce jour levé le petit doigt. « Les itinéraires migratoires actuels suivent d’anciennes routes de contrebande et ne font que réactualiser les commerces informels, déjà anciens », explique Lisa Anteby-Yemini. Depuis cinquante ans, les tribus bédouines, qui connaissent la région comme leur poche, ont développé une économie informelle florissante. Pour un passage, ils demandent entre 500 et 2 000 dollars. « Quand on est dans le désert, on est à la merci des passeurs, témoigne Ismaël. Ils prennent tout, argent, passeport… Parfois, ils abandonnent les gens dans le désert ou violent les femmes. » Après une « sortie d’Égypte » extrêmement périlleuse, les migrants arrivent en Israël et découvrent, pour la plupart d’entre eux, que ce pays est loin d’être une terre promise.

Poste frontière Egypte-Israël

Depuis quelques années, les Subsahariens sont de plus en plus stigmatisés au sein de la société israélienne. La communauté éthiopienne, la plus nombreuse et la plus ancienne, a beaucoup de mal à s’intégrer. Victime du chômage et de l’exclusion, elle est confinée dans des ghettos aux abords des grandes villes. Les migrants en situation irrégulière arrivés plus récemment s’entassent, eux, dans les bidonvilles de Tel-Aviv ou d’Eilat et vivent de petits boulots. Soupçonnés d’être des terroristes, des trafiquants de drogue ou des criminels, ils traînent une très mauvaise image. En novembre 2009, le président du parti religieux Shass, Eli Yishai, s’est même tristement illustré en accusant les milliers de travailleurs subsahariens d’être porteurs du sida.

« On agite la menace sécuritaire et économique que représentent les immigrés. Dans ces conditions, l’opinion publique ne se mobilise pas vraiment contre la construction du mur », analyse un spécialiste de la société israélienne. D’autant que pour les franges les plus conservatrices et les plus nationalistes de la population, ce mur est avant tout un moyen de « protéger la judéité du pays », comme l’a affirmé le Premier ministre lui-même. Beaucoup craignent en effet que la poursuite de l’immigration, qui concerne surtout des musulmans et des chrétiens, n’entraîne un déséquilibre démographique au détriment des juifs.

Les responsables de gauche et les associations de droits de l’homme, comme Human Rights Watch (HRW), se sont élevés contre cette mesure et s’inquiètent du sort des réfugiés. Ils dénoncent également le coût colossal du ­projet. Mais pour Israël, ce n’est finalement qu’un mur de plus. Le pays a déjà érigé une barrière de sécurité sophistiquée le long de la frontière avec le Liban pour se protéger du Hezbollah. Une autre le long de la frontière avec la Syrie, sur le plateau du Golan. Construite après 1967 pour barrer la route aux fedayin palestiniens, une clôture traverse la vallée du Jourdain jusqu’à la mer Rouge et isole Israël du royaume hachémite. Et il y a, bien sûr, les frontières hermétiques séparant l’État hébreu des territoires occupés : celle de Gaza et le « mur de la honte », tel que l’appellent les ­Palestiniens, en Cisjordanie, sur 510 km (810 km étaient prévus).

Les éditorialistes israéliens n’ont pas manqué de relever le paradoxe : avec le mur du Sinaï, Israël est en passe de devenir un pays ghetto totalement refermé sur lui-même. « Tous les enfants israéliens sont nés avec des images de clôtures dans la tête – celle notamment des camps de la mort pendant la Seconde Guerre mondiale. Or nous devenons un État asphyxié par des clôtures. Penser que telle est notre destinée a de quoi rendre fou », s’est désolé Eitan Haber dans les colonnes du Yediot Aharonot.

Et voilà ce qu’on lit dans certains journaux israéliens :

Le responsable de la commission sur les travailleurs étrangers, Yaakov Katz, du parti Union Nationale, avertit : dans quelques années, Israël comptera 100 000 Africains illégaux. Cette déclaration fait suite aux chiffres publiés par l’Autorité des frontières et de l’Immigration. Selon elle, durant la première semaine de novembre, un nombre record d’illégaux a franchi la frontière avec l’Egypte, soit 700 personnes alors que la moyenne mensuelle se situe autour de 1100. « Le nombre d’illégaux ne fait qu’augmenter ; nous l’avions déjà dit il y a un an. Il ne fait aucun doute que les habitants de Tel-Aviv vont demander à déménager en Judée-Samarie lorsque la ville va devenir africaine », a ajouté Yaakov Katz au début de la réunion de la commission.

Selon l’Autorité des frontières et de l’immigration, l’année 2010 a enregistré une hausse de 200 % des Africains arrivant en Israël, avec 10 858 entrées durant les dix premiers mois de l’année. A la même période en 2009, les chiffres plafonnaient à 4341 personnes. D’après les dernières estimations, 27 000 Africains résident actuellement en Israël. La majorité des nouveaux arrivants sont des hommes âgés entre 20 et 25 ans et la plupart sont originaires du Soudan et de l’Erythrée, puis du Nigéria, du Ghana, de la Côte d’Ivoire. En général, le passage en Israël se règle à prix d’or avec les bédouins égyptiens qui demandent près de 3000 dollars.

Le gouvernement israélien a déclaré son intention de faire cesser l’afflux d’illégaux africains, qu’il considère davantage comme des immigrants économiques que des demandeurs d’asile. Parmi les mesures étudiées : construire une barrière le long de la frontière avec l’Egypte, renforcer la coopération avec les forces de sécurité égyptiennes dans le Sinaï et resserrer la législation à l’égard des immigrants. A l’image de plusieurs rabbins de Tel-Aviv, ceux de la ville de Bnei Brak ont également publié une décision halakhique, interdisant aux résidents de louer les appartements de la ville à des immigrants africains.

Je me demande toujours comment il est possible qu’un peuple qui a vécu la Shoah puisse se comporter de cette façon… Et je n’aurai sans doute jamais la réponse.


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9 Réponses

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  1. On ne sait pas qui blâmer dans cette affaire… L’Europe, ça c’est sûr. L’Egypte, qui est en fait l’exécuteur des basses oeuvres pour Israël, l’Etat d’ Israël, les régimes érythréens ou éthiopiens qui n’ont rien à battre de la qualité de vie de leurs peuples et qui délogent leurs paysans sans les indemniser pour faire construire des routes par des Chinois, qui soldent leurs terres et leurs populations aux pays riches pour mieux s’en mettre dans les poches… etc.
    Quant à Israël, je viens de lire un forum sur lequel un sioniste, probablement, vantait les qualités d’accueil d’Israël vis à vis des populations soudanaises, etc. etc.
    Je vais être cynique : A longue échéance, Israël, seule enclave blanche perdue dans ce Moyen-Orient majoritairement arabe, ne tient que par la volonté des Ricains et la lâcheté arabe. C’est peut-être pour ça qu’on y maltraite aussi cyniquement les « autres », les non-Juifs. Ce sont peut-être leurs dernières cartouches. Tôt ou tard, avec de tels gros cons qui gouvernent ce pays, ça ne peut que mal finir.
    A part gueuler, qu’est-ce qu’on peut faire ? Moi j’ai mis l’article de Céleste (ou l’autre) sur mon fesse bouc mais bon, à côté de chez moi, il y a un jeune Roumain qui m’a dit dormir dans la rue. Et il a certainement eu un visa pour entrer.
    En gros, j’en ai marre de m’indigner et que ça ne serve à rien du tout ;o(.

    clomani

    5 décembre 2010 at 20 h 00 min

  2. beau complément à l’article de Céleste. Hélas je devrais dire.

    kakophone

    5 décembre 2010 at 23 h 35 min

  3. « Je me demande toujours comment il est possible qu’un peuple qui a vécu la Shoah puisse se comporter de cette façon… Et je n’aurai sans doute jamais la réponse.»
    j’ai la même interrogation depuis longtemps, ça restera un mystère en effet.
    Merci pour ce gros boulot.

    alainbu

    6 décembre 2010 at 12 h 07 min

    • Toutes proportions gardées, bien sûr, on peut aussi s’interroger sur ce que les citoyens français ont « appris » de la période pétainiste, de la collaboration, comme de la passivité face à l’occupant allemand, d’une partie importante de la population ; des exactions de la police et de l’armée française pendant la guerre d’Algérie, ou celle d’Indochine ; de l’attitude et de la mentalité des colons français en Afrique noire. Qu’est-ce que les espagnols ont retenu du franquisme , les portugais de Salazar, les italiens du fascime et de Mussolini, les russes du stalinisme ? Quant aux américains …

      ************************
      Durant mes études j’ai délaissé l’Histoire et j’ai eu des profs qui ont vraisemblablement manqué de charisme dans cette matière. J’ai eu grand tort et je le regrette. Les peuples ont la mémoire courte, hélas. Seuls ceux qui ont l’horreur marquée dans leur chair de façon indélébile sont plus enclins sans doute à retenir les leçons du passé. Pour les autres c’est le grand oubli et la triste répétition des mêmes erreurs.

      julesansjim

      7 décembre 2010 at 14 h 43 min

    • La réponse, pour moi c’est que nous ne sommes pas un peuple, ça c’est bidon, cette « expérience unique » est une construction artificielle. Sans remonter aux débats sur les origines, les descendants de rescapés des ghettos polonais, de Salonique et d’ailleurs sont je crois minoritaires en Israël, pour tous les autres c’est une espèce de socle théorique, pas du vécu.

      florence

      9 décembre 2010 at 23 h 21 min

  4. Un tout petit bout de réponse peut-être, et qui va dans le sens de ce que dit Florence, c’est la prise en compte d’une forte immigration de juifs russes en Israël. Les estimations actuelles vont de 13 à 20%.

    Voici l’extrait d’un article récupéré sur le site Reforme.net :

    … « Une communauté peu religieuse

    Marqués par le régime soviétique et sa forte tradition laïque, la majorité des Russes considèrent la judaïté comme une identité ethnique plutôt que religieuse. « Les Russes ne sont pas religieux et la culture juive leur est relativement étrangère. Ils sont complètement déjudaïsés, constate Claude Klein, spécialiste de la vie politique israélienne. Ils sont arrivés avec le sentiment de véhiculer une culture très forte et refusent l’assimilation. » Une « petite Russie » voit le jour au cœur d’Israël. Le russe s’inscrit dans le paysage urbain, devenant la troisième langue du pays après l’hébreu et l’arabe. Les librairies et les théâtres russes se multiplient. Cette communauté importe également ses habitudes alimentaires peu ortho-doxes. Des affrontements violents éclatent avec les religieux, furieux de voir s’ouvrir des magasins non casher, vendant de surcroît du porc ! Aujourd’hui, ces magasins font partie du décor et leur clientèle n’est pas exclusivement russe. Les Russes renforcent ainsi les forces laïques, luttant contre l’emprise des religieux au quotidien, tel le respect strict de shabbat ou les lois alimentaires du cacheroute. « Chaque vague d’immigration a rendu la société israélienne plus tolérante, estime Tamar Horowitz, sociologue spécialiste de la communauté russe. La vague russe, elle, pousse incontestablement vers une plus grande sécularisation. » …

    L’intégralité de l’analyse est là :
    http://www.reforme.net/archive2/article.php?num=3271&ref=3100

    julesansjim

    10 décembre 2010 at 15 h 25 min

    • Sans parler de la vague d’arrivée de pieds noirs des années 60, pas très directement marqués par la Shoah non plus!

      florence

      10 décembre 2010 at 20 h 45 min

  5. J’ai lu il y a quelque temps « l’invention du peuple juif », de Shlomo Sand…

    http://www.monde-diplomatique.fr/2008/08/SAND/16205

    Comme quoi, on crée un peuple dans un but purement nationaliste.

    Juste après la guerre, personne ne parlait de la Shoah. Comme si c’était tabou. Et puis, quand Israël a commencé à avoir une politique vraiment impérialiste, tout à coup, le génocide des juifs est revenu sur le devant de la scène, juste qu’à l’écoeurement. (Ce dont parle Nicolas Bedos dans sa chronique, dont je vous avais causé).

    Sauf qu’en Israël, curieusement, les rescapés de la Shoah étaient très mal considérés, comme des moutons ou des lâches…

    Il y a aussi une espèce de séparation entre les ashkenazes (venus d’Europe, notamment de l’est) et les séfarades, jugés trop « orientaux », vaguement « arabes »… Qui ont d’ailleurs encore aujourd’hui des écoles séparées, par exemple.

    Enfin, je ne partage pas l’analyse proposée dans l’article de Jules, le plupart des immigrants russes font partie du Shass, très réac, d’extrême droite, et aussi très proche des partis religieux.

    http://www.bbec.lautre.net/www/spip_truks-en-vrak/spip.php?article638

    L’histoire de cette région me passionne, parce que j’essaie toujours, désespérément, de comprendre…
    En ce moment, je lis Ilan Pappé, l’histoire de la guerre de 1948…

    Gavroche

    11 décembre 2010 at 11 h 48 min

    • Ce livre de Sand a été pour moi une révélation!
      Enfin, je dis ça, mais en réalité c’est justement tout le contraire d’un « livre révélé »: construit, serré… et même avec humour!

      florence

      11 décembre 2010 at 11 h 53 min


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