LES VREGENS

Terrorisme d’Etat…

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Le monde est plein de gens pas très recommandables, ça, on le savait déjà… Et certains plus que d’autres, parce qu’ils avancent masqués. Même si c’est interdit pour vous et moi dans les manifs… C’est autorisé, et même recommandé pour certains.

Vous connaissez aussi le goût prononcé de notre président pour les réseaux. De droite, voire d’extrême droite. A peine si on a remarqué parmi les courtisans de notre grand chef un grand moustachu un peu replet, j’ai nommé Alain Bauer, LE « spécialiste » des questions d’antiterrorisme et de sécurité, invité partout sur les plateaux de télévision, et même sur notre site préféré, pour causer de son domaine de prédilection.

Alors je vais vous parler du dénommé Alain Bauer. Vous vous ferez votre opinion par vous-mêmes, enfin, si vous lisez les liens que je donne, bande de feignants. Espérons que vous ferez partie du petit 1 % de gens qui lisent les notes en bas de page… Dixit l’ami Schneidermann.

Alain Bauer, donc. Toujours du côté du manche, c’est-à-dire de celui du pouvoir et du sacro saint Dieu Pognon … Ce gars là est partout. On le voit régulièrement aux côtés de Nicolas Sarkozy, il préside l’Observatoire national de la délinquance. Il était également présent aux vœux à la presse de Brice Hortefeux.

En 1993, il a 31 ans, il est déjà l’un des conseillers du Premier ministre Michel Rocard (eh oui, il est au PS) après avoir été le conseiller du promoteur immobilier Christian Pellerin, encore un pauvre gars injustement condamné.

La même année, il devient le N°2 de la SAIC / NSA pour l’Europe. La SAIC c’est une boîte privée, discrète, qui fournit l’administration américaine en matos électronique de pointe, qui a quand même fait 5 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 1999… Discrète, mais efficace…

En 1994, Alain Bauer crée sa propre société privée de conseil en sécurité AB associates, dont la secrétaire, en tous cas jusqu’en 1997, est Nathalie Soulié, illustre inconnue pour la plupart des gens, mais qui se trouve être aussi la compagne de… Manuel Valls…

Dans le capital de cette société, qui trouve t-on ? Eh bien, on retrouve par exemple, la SOCADIF, la société d’investissement de l’ex-journaliste d’extrême droite Patrick Grumelart, qui avait tenté de racheter Minute.

Le nom d’Alain Bauer revient (avec encore, celui de Manuel Valls, mais aussi celui de Dominique Strauss-Kahn, de Jean-Christophe Cambadélis, de Jean-Paul Huchon, ou de Julien Dray) dans l’affaire de la MNEF dont il est l’un des administrateurs sous Mitterrand. Sous Chirac, Alain Bauer devient le grand maître du Grand Orient de France jusqu’à sa démission en 2005.

Bon. Mais les affaires sont les affaires, notre héros ne va quand même pas se laisser abattre pour si peu…

Et il va devenir « l’expert en criminologie » du gouvernement, tout comme son copain Xavier_Raufer (de son vrai nom Christian de Bongain, militant d’extrême droite, co-fondateur des groupuscules « Occident chrétien » et « Ordre nouveau ») avec lequel il cosigne plusieurs ouvrages, dont notamment « Que sais-je » sur les violences urbaines ou  » Le nouveau chaos mondial »… Les deux lascars enseignent tous les deux en Chine, à l’École supérieure de police criminelle et au Centre de recherche sur le terrorisme et le crime organisé.

Et en 2002, le « criminologue » auto-proclamé Alain Bauer se voit décerner le prix Orwell des Big Brother Awards France, pour avoir apporté du grain à moudre au discours sécuritaire, mais aussi pour avoir fait la promotion de sa société, censée offrir justement, des « moyens » de combattre l’insécurité ambiante… Juste récompense de ses bons et loyaux services, il est nommé président de l’Observatoire national de la délinquance.

Car quelques mois après l’élection présidentielle de 2002, Nicolas Sarkozy s’installe Place Beauvau et invite M. Bauer. « Il m’a dit précisément ce qu’il retenait de mes suggestions et m’a proposé une rencontre au moins mensuelle pour évaluer sa politique. A l’exception de Michel Rocard, c’était pour moi inédit chez un homme politique.» De là naît leur complicité. Il circule alors comme chez lui au ministère de l’Intérieur…

C’est encore lui qui, en juillet 2004, va révéler au big boss de l’UMP que son nom figure bel et bien sur les fameux listings Clearstream.

Fin 2006, le ministre de l’Interieur lui remet les insignes d’officier de l’Ordre national du mérite, avec cette phrase flatteuse qu’il n’oublie pas:« Rien au ministère ne se fait sans les conseils, l’impulsion, les idées d’Alain Bauer.»

Pendant la campagne présidentielle de 2007, il aide son ami Nicolas,qui lui a imposé le tutoiement, à préparer ses grandes émissions de télévision, sur les questions de délinquance, de sécurité, de banlieues, de justice. Il organise même en l’honneur du futur président un dîner réunissant les Francs-maçons de « Dialogue et Démocratie française »…

En août 2007, il publie une « étude » sous l’égide de la police de New York, dont le titre est : « La Radicalisation en Occident : la menace qui grandit parmi nous », où l’on parle essentiellement des hordes de mahométans fanatiques qui font rien qu’à vouloir mettre nos femmes sous la burqa, et aussi manger notre pain…

Et en novembre, Nicolas Sarkozy, qui l’emploie déjà comme « conseiller », lui confie avec Bernard Squarcini (qui était à l’époque directeur de la DST), la mission d’assurer la protection et… d’encadrer Rachida Dati, suite à la sortie du livre « La tricheuse » (qui avait révélé qu’elle n’avait jamais décroché le diplôme d’ HEC, qui peut pourtant être validé avec un minimum d’efforts…)

C’est encore Alain Bauer qui recommande en 2008 le maintien du fichage ethnique lors du dépoussiérage des fichiers de police… A ce moment là, ce bon Bauer est déjà « conseiller officieux » de la nouvelle Direction Centrale du Renseignement Intérieur (DCRI), notamment en matière de lutte anti-terroriste.

Et Bauer, grâce au « décèlement précoce » (sans doute at-il une boule de cristal dans sn bureau) désigne en 2008 une nouvelle menace intérieure, j’ai nommé « l’ultragauche »… C’est lui qui envoie à plusieurs responsables de la sécurité intérieure, des exemplaires de «  L’insurrection qui vient » (Editions La Fabrique), agrémentés de notes persos sur la « résurgence » d’une nébuleuse mouvance, qu’il compare à Action Directe, susceptible de devenir « violente » …

Bauer, dont la société de conseil en sécurité accumule désormais les contrats juteux avec les collectivités locales et les entreprises, se flatte même d’avoir attiré l’attention de Michèle Alliot-Marie sur Julien Coupat. Une manière de fabriquer un ennemi tout désigné, qui va justifier la création de la nouvelle structure du renseignement intérieur, permettant ainsi de criminaliser toute dissidence sociale, bien utile, en ces temps de « crise économique ». On l’a vu récemment, même le droit de grève et de manifester sont remis en question aujourd’hui, dans le pays des « droits de l’homme »… Les syndicalistes, les jeunes, les grandes gueules, allez hop, au gnouf…

En 2009, malgré la polémique, il est nommé professeur au Conservatoire national des arts et métiers. Le décret créant cette chaire de « criminologie », et l’attribuant à ce grand « expert », est signé par Nicolas Sarkozy lui-même…

Alors, dans l’émission « ce soir ou jamais » du mardi 09 février 2010, Frédéric Taddéi avait réuni sur le même plateau Maître Thierry Lévy (un des avocats qui défend toujours les inculpés du 11 novembre, deux ans après, il a été aussi le président de l’Observatoire international des prisons de 2000 à 2004, il vient de publier Plutôt la mort que l’injustice, au temps des procès anarchistes), face à notre VRP en criminologie, qui lui aussi avait publié (encore un) livre : Les terroristes disent toujours ce qu’ils vont faire. Dans lequel un chapitre fait référence sans rire aux « révoltes invisibles »…

Tous deux étaient invités pour parler de la loi loppsi2. T.Lévy était revenu notamment sur les conséquences de l’implication de M. Bauer sur le « fiasco judiciaire » de Tarnac. Il avait également soulevé les ambiguïtés du « criminologue »: être d’un côté, l’instigateur d’une société plus sécuritaire en participant activement à la stratégie de la terreur, et de l’autre, en retirer des bénéfices par le biais de sa propre société privée de conseil et solution en sécurité… Vous avez dit « conflit d’intérêts » ? Meuh non, voyons… La république de Sarkozy est « irréprochable »… Puisqu’on vous le dit.

Toujours hyper actif, notre ami Bauer… Début février encore, il a accompagné le big boss à Pékin… Et devinez pour quelle noble cause ? Pour remettre les insignes de Chevalier de l’Ordre National de la Légion d’Honneur à Monsieur He Bingsong, directeur du Centre de recherche sur le terrorisme et le crime organisé, Vice-Directeur du Centre de recherche pour le droit pénal et la justice à l’Université de science politique et de droit de Chine à Beijing. Il faut bien entretenir les liens… Et un petit machin rouge à la boutonnière, ça fait toujours plaisir, n’est-ce pas…

Seulement voilà. He Bingsong n’est pas seulement un expert de la criminalité en Chine. L’intéressé a fait parler de lui, l’an dernier, au moment de l’exécution d’un ressortissant britannique atteint de troubles mentaux, Akmal Shaikh, condamné à la peine capitale pour trafic de drogue. A l’époque, toute l’Europe, la Grande-Bretagne évidemment, mais aussi la France avaient dénoncé cette exécution.

Face à cette avanlanche de critiques, le professeur He Bingsong avait déclaré sur china.org.cn, un site d’informations proche du gouvernement, qu’il était « déraisonnable et inutile pour tout pays étranger de salir la loi chinoise pour tenter d’y appliquer ses propres lois ». Et d’ajouter « que la Chine devrait ignorer ces interventions et ne céder à aucune pression politique étrangère ».

C’est Jules Renard je crois, qui disait que « le deuil des convictions se porte en rouge et à la boutonnière. »

Au tout début de cette année toujours, notre grand homme a également été nommé par Valérie Pécresse membre du conseil d’administration du groupement d’intérêt public appelé « Conseil Supérieur de la Formation et de la Recherche Stratégiques« , en qualité de « personnalité qualifiée ». Ce machin devrait chapeauter à terme tous les instituts de recherche en matière de sécurité, civile et policière (notamment l’Institut national des hautes études de sécurité, l’Institut des hautes études de défense nationale, le Centre des hautes études de l’armement, l’Institut d’études et de recherche pour la sécurité des entreprises). Cela permettra aussi au pouvoir présidentiel de contrôler tous les instruments d’analyse et de renseignement du pays…

Le « CSFRS » est composé de :

l’Etat représenté par le Premier ministre ainsi que les ministres de l’enseignement supérieur et de la recherche, de l’intérieur, de la défense, de la justice et des libertés, des affaires étrangères et européennes, du budget, de la santé, de l’écologie et de l’énergie.

• l’Institut des hautes études de la défense nationale (IHEDN), l’Institut national des hautes études de sécurité (INHES), le Centre national de la recherche scientifique (CNRS), l’Université de Paris II, l’Université technologique de Troyes, l’Ecole nationale d’administration (ENA), l’Ecole polytechnique, l’Ecole nationale des ponts et chaussées, l’Ecole des hautes études commerciales (HEC Paris).

• SANOFI-Aventis, EADS France SAS, Euro RSCG, EDF, Total SA, la Société nationale des chemins de fer français (SNCF), la Caisse des dépôts et consignations, SAFRAN SA (fusion de Sagem et de la Snecma), la Régie autonome des transports parisiens (RATP).

Le « CSFRS » a pour objet « le soutien, la coordination et l’animation des efforts développés en matière de recherche stratégique et de formation dans les domaines de la sécurité et de la défense de façon à permettre l’élaboration et l’actualisation d’instruments de référence de niveau international. »

Ce bon Bauer est bien en cour, il le dit lui-même, « Nicolas est un ami »,il a donc obtenu le feu vert sarkozien pour regrouper les différents instituts chargés de la formation et de la recherche dans la défense et la sécurité, en deux nouveaux sous-ensembles :

– le premier, dit le pôle « sécurité intérieure », issu de la fusion de l’INHES et de l’IERSE (Institut d’Etudes et de Recherche pour la Sécurité des entreprises) qui sera chargé notamment du crime organisé et du terrorisme, de la justice pénale, de la sécurité civile, de la sécurité sanitaire, de la sécurité des entreprises et de l’intelligence économique.

– le second, dit le pôle « défense-affaires étrangères » issu de la fusion de l’IHEDN et du CHEAr (Centre des hautes études de l’armement) et chargé de la culture de défense, de l’armement et des actions internationales.

Evidemment, les vrais scientifiques, les chercheurs et même les militaires (c’est dire) sont réticents.

Les universités et le CNRS n’avaient déjà pas apprécié la création d’une « nouvelle criminologie » française émanant directement du pouvoir politique, un projet qui évidemment, s’inscrivait dans un programme beaucoup plus vaste de mise sous tutelle de la recherche, sur les questions de sécurité et de justice pénale. Ils exprimaient déjà de sérieuses mises en garde depuis janvier 2009, à travers une pétition (qu’il faut lire, car elle est édifiante) dans laquelle ils dénonçaient le dernier rapport sur la « sécurité globale » d’Alain Bauer, sa volonté de regrouper et de contrôler, sa conception biaisée de la connaissance scientifique, sa légitimité et ses compétences douteuses, sa confusion entre vraie recherche et banale « expertise » pour l’administration.

« Prétendre centraliser les financements de la recherche tout en s’assurant le monopole de la conservation et de l’interprétation des données du domaine pénal c’est inévitablement déboucher sur une pensée unique étroitement assujettie à des préoccupations politiques et opérationnelles. »

Les militaires n’ont pas apprécié non plus « l’homme pivot » nommé par l’Elysée, et ont fait savoir qu’ils n’avaient pas attendu la nomination d’un criminologue venu du ministère de l’intérieur pour s’intéresser aux questions de stratégie… Je vous ai parlé récemment du livre d’Hacène Belmessous, « Opération banlieue », ben, on est en plein dedans…

Du grain à moudre :

A lire, une analyse du sociologue Laurent Muchielli, sur « la violence et l’insécurité urbaine » de notre ami Bauer :

Alain Bauer et Xavier Raufer, les marchands de peur

Extrait 1 :

« Il manquait à l’opinion, aux médias, à la classe politique un document concret, clair, bref, un livre qui allierait à la description froide de la situation, la présentation détaillée des méthodes efficaces pour tenter de maîtriser les violences urbaines » (p. 6).

« Toutes les données disponibles montrent que, depuis 1982, la criminalité s’est enracinée dans plusieurs centaines de quartiers urbains et périurbains de la France métropolitaine. Des zones où, souvent sans partage, règnent des délinquants toujours plus jeunes, toujours plus violents et toujours plus récidivistes  » (p. 4).

En apparence, des « faits clairs et précis ». En réalité, dans le contexte, une liaison suggérée entre immigration clandestine et insécurité, les auteurs louant le « réalisme nouveau des médias » qui n’hésitent plus à évoquer les « facteurs sociaux mais aussi ethniques » de l’insécurité… Hugues Lagrange avec son « Déni des cultures » n’a donc rien inventé…

Un article de Serge Quaddrupani, les duettistes du cirque antiterroriste…

Et aussi, pour rigoler un peu :

Alain Bauer victime d’un odieux canular…

Enfin, pour terminer sur une note optimiste, juste pour dire, tous les Bauer et consorts ne pourront jamais empêcher la solidarité…Je vous ai donné récemment par mail un lien pour visionner un doc de Canal sur « les 9 de Tarnac ».

Vous le retrouverez ici…

Et sinon, une bonne nouvelle :  La création des « Amis de la Commune de Tarnac » le 1er décembre 2010


 

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4 Réponses

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  1. Merci Gavroche pour cette synthèse à propos de ce bonhomme peu recommandable: c’est d’utilité publique. A noter juste que d’après wikipedia, il est né en 1962, il avait donc 31 ans en 1993 et non 26

    dessper

    10 décembre 2010 at 12 h 10 min

  2. … comme quoi, interrogés dans le cadre d’@si, les loups semblent des agneaux. donc un mec très très dangereux ! merci gavroche, les écailles tombent en masse hors mes oculaires, ça fait quasi mal.

    zozefine

    15 décembre 2010 at 10 h 39 min

  3. Merci encore, si on cherche on peut trouver: la télé ne dit pas tout!!

    Michel LAURIOU

    22 mai 2016 at 15 h 13 min


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