LES VREGENS

Changer de vie…

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C’est l’ami Nombril qui m’a donné l’idée. En faisant allusion dans un mail à la chanson de Brassens, « l’Auvergnat »…

Qu’il me compare à demi-mot, à « l’hôtesse, qui sans façon, m’a donné quatre bouts de pain quand dans ma vie il faisait faim », ça m’a mis les larmes aux yeux. Alors, j’espère que quand je partirai, « quand le croque-mort m’emportera, il me conduira à travers ciel, au père éternel… »

Retrouver ceux que j’aimais, que j’aime toujours, les inconnus et les célèbres, qui m’ont aidé à vivre, et qui ne sont plus là.

En 2005, j’ai quitté la ville. Faut dire que je n’en pouvais plus. La foule, le bruit, les vapeurs d’essence, l’agressivité. Même si j’habitais un coin de paradis préservé, à dix minutes à pied du métro, et vingt minutes donc, du centre-ville. Une vieille maison, un jardin en ville, ça vaut de l’or…


Limitrophe des désormais célèbres « quartiers Nord », notre petite rue était une « traverse », une des rares qui restent à Marseille.

Les traverses, ce sont d’anciens chemins muletiers, très étroits évidemment, qui « traversaient » les anciennes propriétés campagnardes des bourgeois marseillais du XIXème siècle. Situées en banlieue, et face à la mer, elles leur permettaient de venir en villégiature à la campagne pendant l’été… Tout en surveillant l’arrivée des bateaux chargés de marchandises.

Pour embêter les voleurs de pommes, ces propriétés étaient très souvent entourées de vieux murs de pierre. Y avaient poussé aussi de très belles et grandes vieilles maisons, un peu décrépites aujourd’hui, mais pleines de charme, et très souvent orientées plein nord, pour garder toute leur fraîcheur au moment des plus fortes chaleurs.

Au début des années 80, il existait même encore des fermes aux alentours. Les dernières.

Et sur le terrain d’un de mes voisins, il y avait même des biches… Depuis, le pauvre, il a été tué par un cerf (ben oui) et sa propriété a été bradée par ses enfants, à un promoteur, qui a construit une « résidence de luxe », quelque chose comme cent apparts, avec place de parking et tout le toutim… Ce machin s’appelle « le Parc de la Vigie », parce qu’à cet emplacement, il y avait une tour, dite de « vigie », sans doute bâtie au début du XIXème siècle, et classée. Puisque c’était, là aussi, la dernière encore debout à Marseille. Ce qui ne l’a pas empêchée d’être démolie, le service du patrimoine de la mairie de Marseille ayant donné sa bénédiction. Business is business.


Aujourd’hui, je vis dans le Lot. Le département qui faisait sa pub en disant « Le Lot, une surprise à chaque pas. » Depuis, les grands pontes ont trouvé un autre slogan, très con : « Très patrimoine, très terroir, très Lot »… Ou un truc du genre. Les « communicants » sont passés par là, et ont dû se faire payer une fortune pour pondre une connerie pareille…


Ma maison est en pleine campagne, dans un petit hameau. Mes voisins sont charmants, il faut dire qu’ils ne sont là qu’au printemps, et qu’ils repartent dès les premiers frimas. Donc, je reste seule l’hiver, avec mes chiens et mes chats, le Randal, et des animaux sauvages qui viennent parfois me rendre une petite visite. Les seuls empêcheurs de vivre tranquille, ce sont les quatre pelés de chasseurs du coin, qu’on entend de loin en loin pratiquer leurs sport favori qui consiste à trucider de petites bêtes qui ne leur ont rien fait. Ce qui ne les empêche pas d’emmener bobonne au supermarché remplir le frigo, et de balancer des saloperies chimiques sur leurs cultures. La connerie est la même partout. Cela dit, mon terrain est en refuge (voir mon article précédent ici) et je veille… Nanmého.

Un immense chêne accueille les visiteurs...

Bref, tout ça pour dire que j’ai quitté la ville, et que je ne regrette rien. Même si je suis loin de tout, je mets une petite demi-heure pour aller à Cahors. Comparé au temps que je passais dans les embouteillages, faites le calcul…

Je me suis adaptée : un grand congélateur pour ne pas sortir tous les jours, je fais la cuisine avec les légumes de mon jardin, et ceux fournis par le paysan bio du coin, toutes les semaines. Ma voisine m’apporte des œufs de ses poules, en échange de quelques biscuits ou d’un pot de confiture maison, quant à la viande, j’en mange une fois tous les quatre ans, ou quand on m’invite, et que je veux être gentille… Je ne touche pas au foie gras, même si je vis dans le Sud-Ouest, parce que manger le foie malade d’un animal torturé, très peu pour moi…

Je fais mon pain, des gâteaux, ben oui, j’aime ça, faire la cuisine. J’invente, j’innove, je crée… Et quelle joie de voir les autres se régaler… Non ? Si.

Je lis, j’écoute la radio le matin en prenant mon café, dans la cuisine l’hiver, avec un chat sur les genoux, sur la terrasse face à la vallée l’été…

Terrasse entièrement faite maison...

Je me promène sur « mes terres » (hahaha) avec des bottes en caoutchouc. Je mets les mains dans la terre qui sent bon au printemps, je dérange des milliers de vers de terre, je fais mon compost. Je plante des arbres et des fleurs.

Gavroche en plein travail...

Au printemps prochain, je vais installer des ruches, pour faire revenir nos amies les abeilles, qui sont partout en train de disparaître. J’aurai peut-être du miel un de ces quatre, mais ce n’est pas le but. Juste donner une maison à ces petites merveilles qui créent la vie en butinant de fleur en fleur.

J’aimerais bien aussi, un jour, avoir des ânes.

Ceux-là, c'est ceux d'une amie...

C’est drôle, plein de gens ont envie aussi de quitter les villes, mais ils ne le font pas.

Un pourcentage impressionnant de ceux qui voudraient bien…

Les publications sur le sujet abondent :

Quitter la ville pour vivre à la campagne

Quitter la ville, mode d’emploi

Quitter la ville et changer de vie

A l’époque où j’ai pris la décision de partir, il y avait déjà plein d’articles et autres brochures sur le sujet. Comme quoi, je n’étais sûrement pas la seule à avoir le désir de me « mettre au vert ». Des magazines comme « Village Magazine », qui existe toujours, ou même « Quitter la ville », qui lui, a disparu…

Village magazine, le site…

Y’avait même une chaîne de télé là-dessus, « Demain », ça s’appelait…

Demain

C’est vrai, pour bosser c’est plus dur. Mais finalement, quand on regarde aujourd’hui les chiffres du chômage, ne vaut-il pas mieux réfléchir ? Vivre autrement, avec moins… ? Se passer de plein de trucs qu’on croyait indispensables… Comment on vivait avant les écrans plats, les téléphones portables, et les canapés en cuir pleine fleur de chez Confo, fabriqués avec la peau d’animaux martyrisés, eux aussi ?

Aujourd’hui, je glande, aux frais de la princesse … Je me paye toute seule comme une grande une formation de correctrice … La solidarité nationale a ses limites, faut pas pousser mémé dans les orties non plus, quand même. Quand j’ai demandé de l’aide, Paul Emploi n’a même pas répondu. Ils sont débordés, 1800 postes supprimés, les fonctionnaires, ça coute cher, contrairement aux actionnaires… (rire)

1800 postes supprimés en 2011, article du Monde, 4 novembre 2010

Alors j’ai rendez-vous bientôt, je n’ai pas vu « ma conseillère » depuis début août… Faut refaire votre CV qu’elle m’avait dit, la brave dame… Paraît qu’en bonne logique, je devrais la rencontrer tous les mois… Hahaha…

Bref, ma formation se termine en juin. Après, je vais chercher. En télétravail. Les sites abondent, sauf que consulter les petites annonces est généralement … payant. Pas de petites économies. Les arnaques aussi : comment gagner des millions d’euros quand on ne sait rien faire, qu’on a pas de diplôme, et de chez soi… En plus.

Là aussi, même si la France est en retard, j’allais dire comme d’habitude, petit à petit, ça vient. Les mentalités changent. Même si les trois quarts des employeurs veulent le beurre, l’argent du beurre, et même la crémière… ! Soyez auto-entrepreneur, qu’ils disent… Ben oui, ils économisent les cotisations sociales, cette bonne vieille valeur racornie qu’on appelait il y a peu la solidarité, et qu’eux appellent les « charges »…

Oui, je veux bien bouger de temps en temps, aller voir comment vivent les citadins pressés (comme des citrons ?), stressés, entassés… Mais jamais plus jamais, même pour un pont d’or, je ne vivrai dans une grande ville…

Et puis, de toutes façons, je vis comme avant, ma maison est ouverte. Sur les gens, sur le monde. Oui, ça a été la seule concession au modernisme ambiant, avoir internet pour me relier aux autres, ceux que je n’aurais jamais rencontré autrement. Ceux d’ailleurs, ceux qui font autre chose, ceux qui pensent différent, mais en même temps qui me sont proches… Ceux avec qui j’aime bavarder, rire et partager autour d’un verre, virtuel certes, mais un jour, peut-être…

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14 Réponses

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  1. Bon ben c’est une invitation au voyage en quelque sorte ? T’inquiète, Gavrochou, c’est noté. Tu ne perds rien pour attendre, comme disait ma mère quand on avait fait une connerie avec le frangin mais qu’elle avait autre chose à faire avant de s’occuper de nos oignons.

    Elle est top la terrasse faite maison, parole de bricoleur !

    @ bientôt in IRL ! En plus, Cahors est une très belle ville, j’y suis été … ben… un été justement, mais y a longtemps déjà.

    julesansjim

    20 décembre 2010 at 18 h 18 min

  2. Texte touchant.
    Concernant : « je mets une petite demi-heure pour aller à Cahors. Comparé au temps que je passais dans les embouteillages, faites le calcul… »
    je dirais même qu’il vaut mieux 1/2 heure de trajet sur route de campagne qu’1/2 heure de bouchon.
    Et merci (aussi) Nombril car non seulement grâce à toi on pu lire ce billet, mais en plus avec la 1ère vidéo j’ai pu retrouver la suite d’accords qui me manquait pour jouer « l’auvergnat » le 25/12 avec ma mère 😉
    Bon, sinon je sens que d’ici peu le hameau devoir se préparer à accueillir quelques « estrangers » 😉

    alainbu

    20 décembre 2010 at 18 h 31 min

  3. gavroche, ça m’étonne que tu forumes pas sur la gazette des jardiniers, causer lombric, butte et piérides !!! et merci pour ce portrait, allez, va, ce texte vaut bien une missive audio visuelle … encore que de toi on ne voit que le dos. et ça donne simplement envie de vite venir vous voir, de franchir cette porte déjà tellement ouverte par ce que par ailleurs toi et randal écrivez.

    c’est marrant comme on est prêt(e)s à se simplifier la vie radicalement, pourvu qu’on soit au vert. je connais personne qui cherche à se la simplifier aussi radicalement en restant en ville.

    zozefine

    20 décembre 2010 at 20 h 06 min

    • gavroche, si jamais tu as besoin d’aide jardinière, ou tu as envie de partager tes expériences, si tu as une détermination à faire (il y a une crack absolue, pour tout, flore et faune) ou si tu as envie de pousser un coup de gueule, je te file l’adresse du forum des jardiniers fous : http://gazette-des-jardins.les-forums.com/forums/, ils sont très chouettes. et ça c’est un topic assez typique, avec un bon éventail des réactions possibles : http://gazette-des-jardins.les-forums.com/topic/945/le-propre-au-jardin-une-sequelle-ideologique-pa/

      zozefine

      21 décembre 2010 at 8 h 04 min

      • Merci ma Zoz pour les liens. J’m’en vas y jeter un œil.

        Et pis t’inquiète, je mettrai quand même une lettre vidéo un de ces quatre sur ton tuyau, dès que randalounet aura le temps de prendre sa caméra, et qu’il fera bô. C’est plus zouli au soleil, la campagne…;-)

        Gavroche

        21 décembre 2010 at 11 h 21 min

  4. Me retrouver cité, qui plus est en même temps que Brassens…

    Bon sinon, test pour correctrice : Y’aurait-i’ pas une faute de frappe : « Cela dit, mon terrain est en refuge » ?

    Et elle est effectivement super top la terrasse.

    lenombrildupeuple

    20 décembre 2010 at 21 h 16 min

    • Tu as tout à fait raison. En bon français, j’aurais dû écrire : « J’ai transformé mon terrain en refuge pour la faune sauvage… » 😉

      Gavroche

      21 décembre 2010 at 11 h 15 min

  5. Ca donne envie, vraiment… Je m’en veux d’être née campagnarde et d’être devenue citadine. Car je l’avoue, j’aime bien marcher sur le bitume, on s’y casse la gueule comme sur les petits chemins campagnards (enfin moi ça m’arrive car je ne vois pas les trous dans les trottoirs).
    J’aime surtout observer les gens. Depuis mon arrivée à Paname, dès que je suis dans un transport en commun, je regarde autour de moi.
    Le seul problème, c’est qu’avant, il y a 40 ans quand je suis arrivée à Paname, c’était plutôt sympa. Là, quand j’observe, je ne vois que de la misère, de la solitude, de la branchitude, des gens perdus dans la lecture de leurs SMS, ou dans l’écoute de leur MP3, qui parlent un langage que je ne comprends pas, qui ignorent les autres et vous poussent pour mieux s’étaler. Z’ont tous des mentalités de 4×4 !

    clomani

    21 décembre 2010 at 9 h 36 min

    • A propos de « mentalité de 4X4 » (moi qui en ai un, patapé, silvouplé), j’ai lu ça y’a deux jours :

      http://blog.monolecte.fr/post/2010/12/19/A-la-louche

      Mais non je déprime pas…;-)

      Et à propos de vrais gens, je sais pas si vous avez z’eu l’occase d’aller sur le blogue « l’inconnu du métro »(dans les « liens de Gavroche »…)

      Gavroche

      21 décembre 2010 at 11 h 19 min

  6. Je dois être une citadine-consommatrice pour de faux: pas de voiture, mon travail est à distance piétonne, et très peu de gadgets: malheureusement même pas un appareil photo pour vous montrer le coin de nature un peu nordique et déjà bien sauvage que j’ai parcouru la semaine dernière.
    Les élèves s’exclamaient: Eh! Y fait froid! C’est mouillé par terre!
    Ben oui, on leur répétait: ça s’appelle l’hiver mais regardez, là: Vous avez déjà vu un château fort les pieds dans l’eau et des sommets enneigés depuis la plage? Et levez les yeux: vous voyez d’où viennent les ciels des tableaux anglais qu’on vous avait montrés?
    Ah ouais madame, qu’est-ce que c’est bô!

    florence

    21 décembre 2010 at 9 h 48 min

  7. Joli texte, joli coingg… dis donc, si on faisait une IRL de nouzaut dans ton joli coingg au printemps, non?

    mebahel5

    21 décembre 2010 at 12 h 26 min

    • C’était un peu le but : recréer une « épicerie tapie dans l’ombre… » Ouarf.

      J’espère qu’il y en aura bientôt plein, partout…!

      Gavroche

      21 décembre 2010 at 12 h 38 min

  8. Gavroche, je sais pas si c’est la date de naissance, mais on a beaucoup de goûts en commun, dont le moindre n’est pas d’avoir…un ou deux ânes! C’est tellement mignon, c’est tellement gentil, c’est de la crème de bestiau ces trucs-là, j’adorerais aussi, ça fait longtemps que je le dis! ;o)

    Ton coin a l’air sympa, sait-on jamais…

    superpowwow

    22 décembre 2010 at 1 h 32 min

  9. ouaip, j’en fais partie des ceusses qui aimeraient bien partir mais qui ne le font pas. Mais je sais que ça viendra un jour, faut pas perdre espoir ;-p
    Les ânes que je préfère, ce sont les baudets du Poitou, j’en suis fan, en plus il n’y en a plus trop je crois.
    D’accord avec Meb, une IRL s’impose ;o)

    kakophone

    22 décembre 2010 at 9 h 04 min


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