LES VREGENS

Noël c’est quoi?

with 7 comments

C’est mon billet de Noël, juste un texte, il n’y a que ça que je sais un peu faire.

Chaque année, les premières vitrines et les premières illuminations dans la ville me découragent d’avance. Puis au fil des semaines, je me mets au défi de trouver pour chacun THE petit cadeau qui lui montrera que j’écoute ce qu ‘on dit, que j’enregistre les envies, les goûts, les curiosités.

Je suis donc d’assez bonne humeur quand tôt le soir, on se retrouve en famille. Tout de suite, un truc qui cloche: c’est la seule fois de l’année où il y a les trois générations largement représentées. Forcément, on repense aux mêmes soirées dans l’enfance, mais là c’est à nous que des gamins s’adressent en disant Maman, ou Papa.

On ne m’avait pas prévenue mais nous qui avons en partie grandi ensemble, une fois les familles des 60s recomposées dans leur version 70s, ne sommes pas venus dans la même tenue qu’à l’époque. On dirait qu’ils se sont tous entendus pour porter un masque, ce soir. Zut, ce ne sont pas des masques, c’est juste qu’ils ont tous entre 40 et 50 ans, et superzut, je dois avoir l’air d’en porter un aussi. Les fringants quadras d’avant, eux, sont un peu fatigués et se sont versés un paquet de farine dans les cheveux.

Au secours, dans quoi je me suis fourrée? Qu’est-ce qu’on fête d’ailleurs? Pas Noël: on est juifs et il n’y a pas de sapin. Pas Hanoukah, que je ne sais même pas orthographier avec certitude: on est génétiquement athées et il n’y a pas de chandelier. Je crois bien que certains dans cette assemblée ont été baptisés mais ils n’ont pas dû remettre les pieds dans une église depuis cette occasion. Les synagogues c’est plutôt pour les enterrements. Parce qu’avec ce jeu de chaises musicales temporelles, forcément, les grands-parents d’avant ne sont plus là.

Bon, on tente de se raccrocher au point fixe: les cadeaux. En dix minutes, tout est éventré, il y a des papiers et des rubans partout, mais les trois chats de mon enfance, qui devraient entrer en scène pour leurs glissades là-dedans nous ont depuis longtemps faussé compagnie eux aussi.

Il faut se rendre à l’évidence, ce n’est pas une fête, ça ne peut plus être une fête. Quand c’est fini, c’est fini. Même si les enfants sont contents, même si mes cadeaux ont plu, même si ceux que j’ai reçus me plaisent. Je suis arrivée avec des objets, emballés, je repars avec d’autres objets, déballés.

Des objets. Je pense à mes grands-parents absents ce soir, à leur traversée de l’Europe, à l’âge que j’ai aujourd’hui, avec trois épaisseurs de vêtements superposées: on les avait laissés partir, mais sans bagages, sans objets: ce qu’on pouvait emporter, c’était ce qu’on arrivait à se mettre sur le corps. Après quelques semaines de transit dans un endroit indéterminé, au fin fond de leur pays enneigé qui n’était plus leur pays, ils ont embarqué comme ça dans un avion, et ils ont atterri dans une ville pleine d’orangers. Ce n’est pas du tout tragique, ils ont ainsi pu avoir deux vies, au lieu d’une. C’est juste que les objets, mêmes jolis, même bien emballés, même offerts, non, c’est vraiment pas ça.

Il y aura quand-même eu ce soir quelques regards échangés avec les deux vieux d’aujourd’hui (pas de mots, pas là-dessus): cette année 2010 qu’ils ont entièrement vécue par, pour, avec une chimio, se termine, et le seul convive qui s’est débiné depuis Noël 2009, c’est le crabe. Trinquons donc et fumons: tant que l’odeur du tabac de pipe paternel m’enveloppe, Noël n’est pas tout à fait mort.

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Written by florence

25 décembre 2010 à 1 h 21 min

Publié dans humeur, Tout et rien

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7 Réponses

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  1. Et tu le fais très bien, merci Florence.
    Texte émouvant, particulièrement la dernière phrase.

    alainbu

    25 décembre 2010 at 8 h 29 min

  2. ouais, ben des textes tu devrais en mettre plus souvent en ces lieux. tu décris parfaitement cette roue qui avance et les émotions qui vont avec, ce moment X de l’année qui ne signifie rien pour des athées, qu’ils fêtent tout de même, mais qui est aussi un point de ralliement, un moment où on se dit « bien, on en est où des vies et des morts, des espoirs et des déceptions, des rancoeurs et des réconciliations ? » … mais quelle chance tout de même de pouvoir vivre encore ce moment.

    pour moi noël a disparu le jour de pâques, ma mère (noëlle) née le 25 décembre, est morte le jour de pâques, hahaha, le rire. maintenant, noël, c’est devenu la période où les gens deviennent introuvables, les magasins sont fermés, et la radio est totalement inécoutable.

    zozefine

    25 décembre 2010 at 8 h 57 min

  3. Ton Noël, Florence, a dû ressembler un peu à celui d’hier, et au dernier auquel j’assistais, en Haute-Savoie. Mon beauf va commencer ses rayons le 4 janvier… et en 2004, j’étais au milieu de mes chimios.
    Entretemps, des « anciens » sont partis, un petit dernier est né chez ma nièce.
    J’avais fait un effort en 2004 parce que le décès de mon père nous avait rapprochées, ma soeur et moi. Depuis, je n’y retourne qu’en dehors des fêtes parce c’est plus tranquille. Vivre seule m’a rendue quelque peu sauvage. Certaines personnes de la famille s’emploient à me démontrer que, l’esprit de famille, c’est sympa. Hier soir mon cousin m’a appelée alors que nous étions 4 voisines esseulées à boire un coup. J’étais contente qu’il ait pensé à moi. Visiblement, dans chaque lignée, il y en a un qui s’emploie à réunir les liens qui se distendent. Dans sa lignée, c’est lui, dans la mienne c’est ma soeur.
    Quant aux souvenirs de Noël, ils ne sont guère gais : nous allions chez ma grand-mère paternelle qui faisait des tripes à la mode de Caen et des huitres en entrée. Je n’aimais ni les unes ni les autres. Mon père fêtait toujours un peu trop avec ses frères et soeurs, ma mère faisait la gueule parce qu’elle voulait être ailleurs. Nous rentrions pour la messe de minuit à laquelle nous assistions tous les 4, en ayant honte du hoquet paternel (et dire qu’il conduisait dans la nuit, bourré). Un soir de Noël il a emplafonné un arbre en faisant une marche-arrière… ensuite, comme il était malade, il passait le restant de la nuit « la tête dans le seau » et ma chambre était juste face aux W.C. ! Super nan ? ;o))

    clomani

    25 décembre 2010 at 10 h 29 min

  4. Encore, j’en veux encore, c’est tellement bien écrit et intelligent.
    « les chaises musicales temporelles  » !!!

    lenombrildupeuple

    25 décembre 2010 at 11 h 07 min

  5. Merci Flo.
    Tu écris bien et tu devrais continuer.
    Bises.

    mebahel5

    25 décembre 2010 at 17 h 01 min

  6. C’est très bien vu ce champ de ruines que devient le pied du sapin après la distribution des cadeaux. En quelques minutes il n’y a plus rien de ce qui aura peut-être pris aux uns et aux autres des heures, quelquefois des jours de réflexion, de recherche, de piétinement dans différents temples de la conso… Et puis, pour nos enfants (ou petits-enfants) d’aujourd’hui, c’est tellement « normal » cette montagne de cadeaux qu’on réduit à néant en si peu de temps, en attendant l’année prochaine…

    ******************************

    Ils ont tous raison les copains, Flo, tu écris bien, tu pourrais nous en faire plus régulièrement des cadeaux comme celui-là. Pas la peine d’attendre Noël pour ça !

    😉

    julesansjim

    26 décembre 2010 at 14 h 07 min

  7. Joli texte Florence, tu sais, noël, vu de ma paroisse (c’est une image), ça n’a plus grand sens pour personne, je veux pas dire religieusement parlant, mais en terme de repère plutôt, la générosité, la chaleur, le partage, c’est plus qu’une question de matériel dernier cri, de représentation et de vanité. Et d’oubli du reste, d’ailleurs.

    Et merci pour la bonne nouvelle.

    superpowwow

    28 décembre 2010 at 22 h 09 min


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