LES VREGENS

Comme une envie de parler d’Apocalypse bébé… et de D@ns le texte.

with 5 comments

Avant ce dernier livre de Virginie Despentes, je n’avais rien lu de cet auteur. Ni « Baise-moi », ni « King-Kong Théorie » ni rien d’autre. Et pour ne rien arranger je suis un homme, vingt et un  ans de mariage hétéro au compteur et quarante de plus si l’on parle simplement de l’âge du capitaine… Autrement dit « Qu’est-ce qu’un vieux schnoque d’hétéro comme toi peut trouver d’intéressant dans cette littérature là ? » est une question que l’on peut se poser et que je vous autorise à me poser. C’est même pour cela que je vais m’empresser de tenter d’y répondre !

D’abord, il y a eu l’entretien radio de Virginie Despentes avec Pascale Clarke dans « Comme on nous parle » ; c’était le 16 septembre 2010 sur france-inter. J’avais trouvé l’échange très intéressant entre les deux femmes ; il faut dire qu’elle touche sa bille la Clarke dans le genre « confessions intimes recueillies sans avoir l’air d’y toucher ». Puis, je découvrais que « D@ns le texte » venait d’accueillir la dame sur @si ! Là encore, l’intensité des échanges, la profonde humanité que révélaient les questionnements comme les réponses, m’avait interpellé. Voici l’extrait d’un des rares commentaires posté par mes soins dans le forum, à l’époque : « … Je ne suis pas sûr d’avoir envie de lire du « dépressif » en ce moment mais j’ai trouvé l’émission intéressante parce qu’intense et riche. Virginie Despentes m’intéresse en tant qu’écrivain mais également en tant que femme parce qu’elle me semble porter un regard décalé sur la « communauté » des hommes notamment et des hétéros aussi (hommes et femmes). Mais ce n’est pas facile, tant de choses nous séparent (l’âge, le sexe, la sexualité, le statut social…). Et pourtant c’est sans doute dans cette distance due aux différences que réside la richesse et l’intérêt du partage.
Lorsque Judith s’échauffe un peu pendant l’émission c’est ça que j’ai perçu, plutôt que de l’agressivité, une envie de mieux comprendre en même temps qu’un possible malaise de ne pas être sûre de comprendre. Ou bien encore la déception de ne pas pouvoir être d’accord… »

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Le titre « Apocalypse bébé » se retrouva donc sur ma liste d’attente…(*) Et le papa Noël passa par là… Désormais, j’ai donc lu ce « road-book », ce « polar social », cette « romance lesbienne », autant d’expressions lues et relues sous la plume des critiques et des sites de vente en ligne. Et puis du coup,  je me suis revisionné le « D@ns le texte » ! N’en déplaise à certain(e)s, « la » Bernard est une sacrée super lectrice ! et quel travail de mise en fiches, de déconstruction/reconstruction de l’architecture romanesque, de collecte de paragraphes ou de phrases particulièrement remarquables du point de vue de l’écriture littéraire. Tout cela sans avoir l’air de faire un cours, juste un coup de chauffe par moment, de passion pour le roman, d’envie de savoir, de comprendre, d’approcher une possible vérité. Et toute cette énergie là, moi ça me donne envie de lire, le plus souvent. Quand ce n’est pas aussi parfois des envies de pleurer de bonheur.

Rassurez-vous, je ne vais pas vous raconter le livre (un polar, vous n’y pensez pas !) d’ailleurs, pour peu que vous ayez été un tant soit peu intéressé, vous devez en savoir presque autant que moi sur le noyau dur de l’histoire. « Valentine disparue… Qui la cherche vraiment ? » Quant à la fin… motus ! Je me contenterai donc de dire que c’est un livre qui colle aux mains et aux yeux (et donc au corps et au coeur) : l’écriture est forte, linguistiquement forte, sensuellement forte, socialement forte. Et au bout du compte, il y a dans cette peinture sociale, ce patchwork socioculturel, un constat très pessimiste dont la nature est en effet profondément et authentiquement politique. Une profonde inquiétude  pour l’avenir de la jeunesse contemporaine, voilà ce que Virginie Despentes me semble exprimer avant tout dans son dernier roman.

Du peu que j’ai pu percevoir des uns et des autres, Apocalypse bébé est un livre qui devrait plaire à beaucoup d’entre vous, si ce n’est déjà fait bien sûr. Dans ce cas, faites-moi part de votre opinion. Un dernier argument, si besoin est, c’est ma douce qui a lu en premier et qui m’a dit : « C’est bien, c’est fort. C’est très fort ! »

Quoi encore ? Vous voudriez une preuve plus tangible sans doute ? un échantillon peut-être ? Ok, c’est parti. Extrait !

« … La Hyène relève les yeux vers le Christ. Ce serait si confortable de croire. La confession. Le pardon. Le rachat des péchés. La rédemption. Ce folflore admirable. Elle ne croit pas. Elle reste seule avec sa merde. Elle se force à ne pas oublier. Davantage tenue par l’orgueil que par le remords.

Elle l’a tué il y a vingt-cinq ans. Elle l’a attendu à la sortie de son travail. Elle voulait lui parler, lui faire peur. Elle l’a suivi sans qu’il la remarque, il ne la connaissait pas. Elle enrageait de se sentir idiote, ne pas avoir préparé ce qu’elle voulait lui dire. Elle ne pouvait pas rentrer chez elle sans rien faire. Derrière la gare, à l’époque, c’était presque un terrain vague. Il a remonté une rue déserte, palissades le long d’un grand chantier, il était trop tard pour que quiconque y travaille encore. Elle l’a rattrapé, retenu par le bras, elle se forçait à prendre l’air mauvais. Il l’a toisée, sans s’attendre à ce que ça le concerne personnellement. C’était un homme, il n’avait pas peur d’une gamine de seize ans. Vu de près, il avait vraiment la tête de la France du début des années 80, une France encore engoncée dans des idées de décence, d’autorité et de sens moral. Il lui a fait signe de déguerpir, sans un mot mais son geste signifiait « cessez de m’importuner ». Alors elle lui a mis un coup de sac, en visant la tête… » (p. 220)

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(*) je n’ai pas évoqué le Renaudot parce que j’ignore quelle valeur véritablement littéraire attribuer à ce Prix… littéraire. Goncourt, Renaudot, Femina… les jurys attribuent leurs prix ! Grand bien leur fasse ! Moi le seul prix que j’attribue à un livre c’est le plaisir que j’ai pris, ou non, à le lire.

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Written by Juléjim

30 décembre 2010 à 18 h 23 min

5 Réponses

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  1. J’ai beaucoup aimé ce livre. Même si j’avais détesté « Baise-moi ». Je crois que ce qui m’a fait changer d’avis, c’est Virginie Despentes elle-même, son humanité, sa fragilité, sa douceur. Son humour aussi.

    Curieux, d’ailleurs, quand on lit ses textes. Mais sans doute a t-elle mûri, ou peut-être moi qui ai grandi aussi…

    En tous cas, ce livre « parle » à tout le monde, homo ou hétéro ça n’a pas beaucoup d’importance. Il s’agit juste d’amour. Et de la grande solitude des personnages. Dans un drôle de monde, celui d’aujourd’hui.

    Gavroche

    31 décembre 2010 at 14 h 08 min

  2. Si Virginie parvient à écrire aujourd’hui « un livre qui parle à tout le monde » c’est peut-être parce qu’elle a bien grandi, justement, en mettant à profit sa grande intelligence et sa vivacité d’esprit, ainsi que son extrême sensibilité ?
    Et puis ce qui saute aux yeux, avec ce bouquin, c’est son talent d’écriture. Maintenant qu’elle passe à la réalisation, côté cinoche, on n’a peut-être encore rien vu, d’ailleurs…

    julesansjim

    31 décembre 2010 at 17 h 57 min

  3. Salut !!
    Excellent blog!!
    Je t’invite sur mon blog prosperecock.wordpress.com
    où j’écris des nouvelles et de la poésie…
    J’espère que ça te plaira!
    Bien à toi!! Bonne année!
    Thomas

    Thomas Cock

    31 décembre 2010 at 21 h 33 min

  4. Bonjour, je n’ai pas encore lu ce livre, offert à noël à ma chère et tendre, en revanche j’ai lu et relu son essai « king kong theorie », c’était brillant et oserais-je dire couillu.

    gooulven

    5 janvier 2011 at 15 h 04 min

    • Il n’est pas impossible que j’y mette aussi le nez un jour ou l’autre dans ce King Kong Théorie ».

      En tout cas « Apocalypse bébé » pour moi, c’est d’la balle !

      🙂

      julesansjim

      5 janvier 2011 at 18 h 50 min


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