LES VREGENS

Peoples of Europe, rise up !

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J’ai reçu récemment dans ma boîte mail un article intitulé « Islande, la révolution silencieuse… » Il faut dire que nos médias n’en ont guère parlé, l’Islande, c’est loin…Sauf quand leurs saloperies de volcans au nom barbare nous empêchent d’importer des fraises de Pétaouchnock en plein hiver. Ou de partir en vacances aux Seychelles, pour ceux qui peuvent encore.

En 2008, confrontée comme tout le monde à la faillite brutale du système bancaire, l’Islande a fait le choix de nationaliser les banques. Parfaitement.

Dès février 2009, a lieu la révolution des casseroles à Reykjavik…

Geir Haarde, chef du Parti conservateur, qui gouvernait le pays depuis l’indépendance du pays en 1944, quitte le pouvoir, sous les quolibets, les oeufs pourris et le fromage blanc (véridique)…

Les élections législatives de 2009 ont amené au pouvoir une coalition de gauche formée de l’Alliance (groupement de partis composé des sociaux-démocrates, de féministes et d’excommunistes) et du Mouvement des Verts de gauche. C’était une première pour l’Islande, tout comme la nomination d’une femme, Johanna Sigurdardottir, au poste de Premier ministre.

Mais très vite le pays doit faire face à la faillite d’Icesave, une banque en ligne dont les opérations étaient tournées notamment vers le Royaume-Uni. Sous la pression de la commission européenne le gouvernement soumet un projet de loi au parlement prévoyant le règlement de la dette par l’Etat islandais. Le parlement vote le renflouement des banques. Le texte prévoit le paiement échelonné d’ici à 2024 d’environ 3,8 milliards d’euros, soit l’équivalent de près de 40% du produit intérieur brut annuel de l’île, déjà ruinée par l’effondrement de ses banques en octobre 2008. Chaque islandais aurait dû payer 100 € par mois pendant huit ans, pour rembourser les dettes de la banque… Et non 10 € par mois, comme l’indique le site d’un élu du Front de Gauche ici.

Et tous ceux qui se tiennent un peu au courant de l’actualité avaient déjà entendu causer, c’était le 6 mars 2010, du référendum islandais.

Car leur président, Olafur Ragnar Grímsson (on voit bien que ces gens là descendent des vikings, pour s’appeler Ragnar…) un peu plus démocrate que le nôtre, il faut bien le dire, avait tout bonnement refusé d’entériner la loi « Icesave », votée par le Parlement, un peu poussé par l’opinion publique, et des pétitions circulaient déjà dans le pays, pour envoyer promener les banques…

Un Parlement composé, rappelons-le, d’une coalition de « gauche »…

Sans surprise, les islandais ont refusé, à 93 %, de raquer pour la faillite de la principale banque privée islandaise, Icesave.

Evidemment, ce vote populaire a immédiatement provoqué « l’ire de Bruxelles », et la chute de l’Islande dans l’estime des agences de notation-qu’on-sait-pas-qui-c’est… Mais on s’en tape.

Enfin, pour ceux que ça passionnerait, des infos ici…

Sinon, ils sont beaux, les islandais. Comme les grecs, dans un autre genre… (A part le rigolo de BFM, oeuf corse)

La preuve :

janvier 2010

mars 2010

En Islande se construit un nouveau «Contrat social»…

Le 27 novembre dernier, a eu lieu la consécration de cette révolution. Un événement, comparable à la nuit du 4 aout, superbement ignoré par les médias, et notamment en France. C’est sûr que si on compare au serrage de vis anti-démocratique que vivent la plupart des pays européens, l’exemple islandais ne fait pas vraiment l’affaire de nos politiques, et de l’oligarchie qu’ils représentent. Autant on avait causé du volcan dont personne n’arrivait à prononcer le nom, autant là… ce fut un silence assourdissant…

Ce jour là, une Assemblée constituante a été élue, à la suite d’un appel à candidatures (tout le monde pouvait se présenter à l’exception des élus nationaux, à condition d’avoir dix-huit ans révolus et d’être soutenu par au moins trente personnes) auquel ont répondu 522 citoyennes et citoyens. C’est parmi eux qu’ont été choisis les 25 constituants. Car oui,

c’est une nouvelle constitution qu’il s’agit d’écrire entièrement, et pour cela on a décidé de faire confiance au peuple souverain. Et non pas à des députés godillots, comme chez nous.

Les constituants se réuniront à partir de la mi-février 2011 et rendront leur copie avant l’été. Parmi les propositions qui reviennent le plus souvent, on peut noter la réaffirmation de la séparation de l’Église et de l’État, la nationalisation de l’ensemble des ressources naturelles et une séparation claire des pouvoirs exécutif et législatif.


En particulier, seront soumis à la décision de cette Assemblée :

– les bases de la constitution islandaise et ses concepts fondamentaux;

– l’organisation des branches législatives et exécutives et les limites de leurs pouvoirs;

– le rôle et la place du Président de la République;

– l’indépendance de la magistrature et leur surveillance des autres détenteurs de pouvoirs gouvernementaux;

– les mesures pour les élections et les circonscriptions électorales;

– la participation des citoyens au processus démocratique, y compris l’organisation de référendum, y compris un référendum sur une loi constitutionnelle;

– le transfert des pouvoirs souverains aux organisations internationales et la conduite des affaires étrangères

– les affaires environnementales, y compris la propriété et l’utilisation de ressources naturelles.

En Islande, les activités en faillite furent séparées du reste des banques, ce qui permet aujourd’hui d’avoir un système bancaire au service de l’économie nationale.

Certes, l’Islande n’est qu’un petit pays d’environ 320 000 habitants. Elle donne cependant là une belle leçon de démocratie aux grands États. En France, la réforme constitutionnelle de 2008 a été entièrement rédigée à l’Élysée, et les parlementaires ne l’ont adoptée qu’à deux voix près. Aujourd’hui où, partout en Europe, les parlements sont soumis aux chantages d’institutions soumises aux intérêts financiers (OMC, FMI, BCE) pour voter des plans de rationnement des populations et de pillage des fonds sociaux et publics, où on donne de plus en plus le pouvoir à ceux qui amplifient les dégâts en profitant d’un système de privilèges et d’inégalités, cet évènement indique, une fois encore, que seule la souveraineté du peuple permettra de trouver une issue politique à la crise économique et sociale.

Dans une interview avec l’agence d’information financière Bloomberg, le Président Olafur Grimsson explique :« La différence [avec l’Irlande] c’est qu’en Islande nous avons laissé les banques faire faillite. C’étaient des banques privées et on n’y a pas injecté d’argent pour les maintenir à flot ; l’Etat n’a pas à assumer cette responsabilité. »

Il renchérit :« L’Islande se porte bien mieux qu’attendu » et ajoute : « Peut-on demander aux gens ordinaires – les agriculteurs et les pêcheurs, les enseignants, les docteurs et les infirmières – d’assumer la responsabilité de la faillite des banques privées ? Cette question, qui fut au cœur du débat dans le cas de la banque islandaise Icesave, va être la question brûlante dans de nombreux pays européens. »

Vidéos :

6 octobre 2010

1er novembre 2008

Entre 2008 et 2009, Helgi Felixson a filmé ses compatriotes dans leur quotidien après l’effondrement du système bancaire de l’île :

Liens :

Les ressources énergétiques doivent rester la propriété des islandais.

Le FMI débloque une nouvelle tranche d’aide pour l’Islande

Quand l’Islande réinvente la démocratie

Se révolter pour sauver la démocratie, entretien avec Alain Touraine

Le-modele-islandais, in Le Monde Diplomatique, mars 2010

L’Islande, refuge de la presse libre

Association pour une Constituante, et pas seulement en Islande…

Sur le site Droit Public. Net

L’article de wikipedia

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Written by Gavroche

22 janvier 2011 à 12 h 12 min

6 Réponses

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  1. Quel boulot, Gavroche ! Je n’ai pas encore eu le temps de tout visionner ni de voir tous les liens…
    Ca promet d’être passionnant…
    Viiiite, que les Islandais fassent tache au Nord, et les Tunisiens au Sud ! On finira peut-être par y arriver, nous, à c’te putain de révolution !

    clomani

    22 janvier 2011 at 19 h 49 min

  2. très intéressant ce doc 🙂
    un peu plombant aussi parce qu’il ne traite que de la crise, j’espère qu’il y en aura un autre qui montrera comment les islandais ont réussi à redresser la barre.
    mais ça ne me rend pas très optimiste pour ce qui est d’cheunou, c’est pas demain la veille qu’on aura une assemblée constituante.

    kakophone

    22 janvier 2011 at 23 h 42 min

  3. Juste pour dire que je suis un peu débordée de copies et de divers trucs au boulot en ce moment, mais je lis les articles. J’attends d’avoir le temps de regarder les vidéos pour commenter à retardement!

    florence

    23 janvier 2011 at 9 h 45 min

  4. ce pays fait rêver…merci gavroche pour ce dossier, qui démontre qu’au moins, quelque part au monde, quelque chose est possible
    toutefois : en allant musarder sur les données brutes, je reste un peu… disons sceptique.
    je vais pas tout vous copier/coller, à part un tout petit passage, mais ce que j’ai trouvé sur bibliomonde me laisse penser que cette capacité à réagir de cette manière est à lier à une certaine « tonalité » culturelle. ne pas oublier que c’est une île très « loin » de tout, avec une population minime, une immigration faible, une très forte homogénéité à tous points de vue. un labo parfait pour des tentatives d’autre « gouvernance », mais le prix me semble élevé.
    donc allez musarder comme moi sur :
    http://www.bibliomonde.com/donnee/islande-population-10.html
    http://www.bibliomonde.com/donnee/islande-immigration-170.html

    et dégustez lentement ce :

    L’Islande a par ailleurs accueilli en janvier 2000 son premier réfugié politique : un Congolais de RDC. Les mentalités évoluent peu à peu. Le temps est loin où le gouvernement islandais demandait aux Américains le rapatriement aux États-Unis des soldats noirs de la base militaire de Keflavik.

    zozefine

    23 janvier 2011 at 15 h 45 min

  5. Merci pour les liens sur le reportage d’Arte, vraiment intéressant. Je n’ai pas encore tout vu mais ce policier géant qui négocie avec les manifestants le sourire aux lèvres est très sympathique. Cela dit compte tenu de la taille du pays et de leur manière de vivre due aux conditions climatiques et géographiques, il est un peu difficile de faire des comparaisons avec nos puissantes et arrogantes nations du G5, G20 ou G chais pas combien, même si il y a beaucoup à apprendre quand même.

    alainbu

    24 janvier 2011 at 22 h 11 min

  6. […] : pour plus de détails sur cette révolution islandaise (et autres soubresauts du capitalisme financiarisé agonisant), n’hésitez pas à regarder […]


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