LES VREGENS

Et si on chantait ?

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En 1976, j’étais instit dans une école élémentaire de la région parisienne. Un cours préparatoire, des enfants sympas et attachants, des parents peu envahissants, plutôt confiants et coopératifs, des collègues vieillissants et donc assez plan-plan. J’avais 27 ans, 6 ou 7 années de métier et je rêvais d’une autre école. Avec les enfants, nous chantions tous les jours et je les accompagnais à la guitare. Ils adoraient ça et moi j’avais l’impression de les ménager un peu en leur offrant ces quelques minutes de bonheur, entre deux leçons de lecture ou deux exercices de maths…

Mais ce que je ne leur ai jamais chanté ce sont les textes que j’écrivais chez moi sur des mélodies que je composais sur ma guitare. Comme par exemple, ce texte, composé sur une grille de blues, que j’avais intitulé « Le blues de l’instit ou Complainte d’un fonctionnaire qui déconnecte ».

Ça disait ceci…

Quand la cloche retentit

Que la récré est finie

Faut s’dépêcher d’rentrer

Pour s’mijoter une dictée

Maths, lecture et écriture,

Faut leur mener la vie dure

A ces bambins surexcités

Sinon ils risquent de tout casser !

 

C’est l’blues d’l’instit

Qu’est fatigué de sa journée

C’est l’blues d’l’instit

Qui en a marre de cravacher…

De cravacher…

 

A onze heures, une larme de café

Ça vous aide à y retourner

Midi, mousseline, cantine et cris

J’ai les oreilles qui coulent à grand bruit

A trois heures, on n’a pas terminé

C’qu’était prévu pour la journée

Plus question d’parler mathématique

Tant pis on f’ra d’la gymnastique !

C’est l’blues d’l’instit

Ecoutez-le vous comprendrez

C’est l’blues d’l’instit

Pourquoi il a besoin d’congés…

Besoin d’congés…

 

L’heure c’est l’heure

Faut pas déborder, faut pas traîner

Et surtout pas rêver

A une école sans horloge

Sans cadences et sans sucres d’orge

Les programmes aussi, c’est les programmes

Et bourre et bourre et ratatam

Quant aux gosses qui restent sur l’carreau

C’est normal, c’est qu’des fils de prolos !

 

C’est l’blues d’l’instit

Qui n’en finit pas de crever

C’est l’blues d’l’instit

Qui n’en finit pas de rêver…

Oui, de rêver…

 

A autre chose, à un ailleurs

Loin des cités crématoires

Un truc qui ressemble au bonheur

D’apprendre à vivre, d’apprendre à voir

Un rêve fou, me direz-vous

Du fond de votre vie tranquille

Mais s’il faut vivre VOTRE vie de fous

Autant s’en rêver une… à l’asile !

 

A l’asile ? tu déconnes l’instit !

Eh ! l’instit ! tu déconnes !

 

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Written by Juléjim

15 février 2011 à 16 h 05 min

Publié dans Banlieues, Education, Musique

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11 Réponses

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  1. You got the blues Jules 😉
    Dommage qu’on ne puisse pas entendre la musique sur ces paroles.
    Tiens ça me donne envie de réécouter du Bill Deraime

    alainbu

    15 février 2011 at 16 h 37 min

    • Je dois avoir un enregistrement sur bande magnétique quelque part mais je n’ai plus le magnéto adéquat depuis longtemps…

      Si ça t’amuses tu peux mettre le texte en musique selon ton propre feeling. Merci pour le lien vers le grand Bill.

      🙂

      julesansjim

      15 février 2011 at 18 h 12 min

  2. nan mais t’exagères jules, depuis que je suis passée tôt ce matin j’ai julien clerc en tête. zut quoi ! ;o)

    le blues de l’instit ne date pas d’hier quoi, mais ça n’a pas été en s’arrangeant

    kakophone

    16 février 2011 at 7 h 30 min

  3. tu as pas un lecteur de K7 dans ta bagnole ? tu bricoles un max, en enregistrant avec un micro externe, tu fais un fichier son que tu nous envoies, même super crade ? elle est jolie ta chanson, mais tu chantais déjà ça à 27 ans, encore tout jeune instit’? et les autres, tes chansons, tu les caches ?

    comme ma prof de psy et freud disaient (comme me l’a rappelé quelqu’une), il y a 3 professions impossibles : éduquer, soigner et gouverner. on sent à lire cette liste toutes les tensions et les contradictions entre laisser faire et toute-puissance mégalo, avec les infinies variations entre les 2 extrêmes. on pourrait ajouter juger, d’ailleurs (à moins que ce soit compris dans le « gouverner »).

    zozefine

    16 février 2011 at 11 h 54 min

    • Ce n’est pas tellement pour la musique ou le son de ma voix que j’ai eu envie de vous dévoiler ce texte. Ce serait du cabotinage narcissique. Cela dit, en toute modestie, lorsque je relis aujourd’hui ces paroles, je me dis que je pense toujours la même chose, peut-être même en pire, tant le sentiment d’urgence d’une nécessaire révolution pédagogique me troue les entrailles.
      Oui, Chatel et ses prédécesseurs me filent toujours autant le blues avec, de surcroît désormais, un sentiment d’impuissance très douloureux.

      ********************

      Sur une bande magnétique sont enregistrées 7 ou 8 chansons ; ça a été fait assez proprement sur un Reevox 4 pistes il y a plus de 30 ans. Il suffirait que je trouve la personne-ressource qui dispose à la fois du matos et du savoir-faire nécessaire pour numériser et stocker ce modeste pécule sur un CD.

      julesansjim

      16 février 2011 at 14 h 36 min

      • Cool ! Donc c’est fastoche. Demande à JS.

        alainbu

        16 février 2011 at 16 h 41 min

      • L’Olympia c’est pour bientôt qu’on réserve à l’avance?

        superpowwow

        17 février 2011 at 20 h 05 min

  4. Moi je n’ai essayé qu’une fois de passer aux zélèves une chanson que j’avais bricolée… Il faut dire que j’avais enregistré le truc sans leur dire que c’était moi qui chantais (J’avais pris une voix de rappeur-raggamuffineur pour le coup, ça collait aux arrangements, et aucun n’a vu la supercherie, tant j’imagine il leur semblait impossible d’imaginer leur prof en train de raggater).
    Les paroles n’étaient pas de moi, mais d’un autre barbu un poil plus vieux(
    « Le carré de l’hypoténuse
    Est égal, si je n’m’abuse
    A la somme des carrés
    Des deux autres cotés »)
    Ça a eu l’effet escompté :pour une fois, ils savaient réciter un théorème. Mais l’avaient-ils compris pour autant ? Je ne sais pas si c’est une bonne expérience ou non, de vagues réticences sur la question du « savoir à n’importe quel prix ? » et autres…
    En tout cas, le blues de l’instit, ça sonne bien !

    Il cherchait le Stop

    16 février 2011 at 13 h 32 min

    • Yo! Ziva comment qu’t’es top moumoute commme type! Et t’es prof de ouac?

      superpowwow

      17 février 2011 at 20 h 03 min

      • wow tavu coman k’tu m’esprime ?
        tu m’la pete pa komass wesh, ok ?
        ta tropeur de t’aficher l’intélo ou wak tu fé janre t’é tro un kankre ?
        top moumoute, C koi ? tu fé ton mozar ? té tro 1 ieuv ?
        prof de bouffon ke j’suis, man, et C pa un pleonasme ki va m’la ramnner !

        Il cherchait le Stop

        17 février 2011 at 20 h 25 min


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