LES VREGENS

Juste en passant

with 13 comments

J’avais lu il y a très très longtemps The Songlines (Le champ des pistes) de Bruce Chatwin. Et aujourd’hui j’ai traîné mon fils au Musée du Quai Branly, où l’on voit dans des conditions idéales un panneau entier de peintures sur écorce d’Australie.

Ce livre et ces images parlent d’une très étrange mythologie dont le grand attrait, pour moi, est qu’elle fonde une identité qui prend racine sur l’exact contraire d’un terroir. Tout y est mouvement, souffle, fluidité,

ce que Chatwin résume d’une formule: There is a connection between instinct and story telling.

D’après ce que j’en ai compris, voici l’histoire: une entité divine primordiale a rêvé des créatures, et ainsi leur a donné naissance. Celles-ci, se mettant en marche, ont créé le monde en nommant les lieux qu’elles traversaient. Cette époque s’appelle Dreamtime (le temps du rêve), on avait l’air de s’en donner à coeur joie:

Les paysages d’aujourd’hui sont les sillages de ce parcours, les reliefs et les creux sont les traces des pas, des luttes, des accidents de ces ancêtres. Les hommes doivent éternellement refaire le chemin, redire la légende, qui est à la fois un récit, et la carte du territoire.

Les hommes d’aujourd’hui et les esprits d’autrefois coexistent dans ce mouvement physique sans liturgie. Il y a de méchantes bêtes cornues…

… et des braves kangourous:

Après, j’idéalise sûrement. Cette histoire de base se complique de subtiles hiérarchies entre ces ancêtres totémiques. Répéter en boucle le même récit des origines a un côté labyrinthique stérile. Le livre de Chatwin se  perd parfois dans d’obscurs développements sur la sélection naturelle, lui aussi idéalise ces sociétés où selon lui la seule hiérarchie est celle de la résistance à la marche.

D’un autre côté, cette peinture telle qu’elle se pratique aujourd’hui a quand-même bien changé, mais les initiés se retrouvent toujours dans ces dédales, paraît-il:

L’ancienne couverture:

Publicités

Written by florence

18 février 2011 à 0 h 57 min

13 Réponses

Subscribe to comments with RSS.

  1. Je reprends mon souffle , merci Florence .

    J’aime que l’on me raconte encore et encore les histoires d’avant l’histoire , qui nous donnent les clefs du présent si l’on prend le temps de se poser pour écouter et entendre ces voix , ces compréhensions infinies de l’environnement des premiers êtres debout .
    Esthètes . Le monde leur semblait harmonieux , ou eux se sentaient en harmonie avec ce monde .

    monasourire

    18 février 2011 at 8 h 17 min

  2. Eh bien tu peux « passer » plus souvent Flo 😉
    Merci pour ce voyage dans l’espace et dans le temps.
    (l’avant dernière image appelée « Chatwin » n’apparait pas, il m’est déjà arrivé un truc semblable avec overblog, jamais compris pourquoi.)

    alainbu

    18 février 2011 at 8 h 53 min

    • Grrr, c’est la 2° fois que ça m’arrive aussi, je vais essayer de la virer, j’ai toujours peur de faire une fausse manip’, bon, je plonge!
      (Mais vraiment, ce recoin du musée a une atmosphère et une disposition MA-GIQUE!)

      florence

      18 février 2011 at 9 h 16 min

      • Bon ben j’y comprends rien: j’ai fait la manip « modification » et rien n’a changé! Si un(e) plus expert(e) passe par là…

        florence

        18 février 2011 at 9 h 21 min

      • Flo, lorsque j’ai eu un problème d’image instable sur un billet Gavroche m’avait conseillé d’enregistrer mes images gougueulisées sur mon ordi pour ensuite les basculer dans la biblio du blog. Je ne sais pas si ça correspond à ton cas mais depuis je n’ai plus remarqué de problème.

        ****************************
        J’aime beaucoup cet art là, son graphisme, ses couleurs. Superbe. Entre le figuratif et l’abstrait.

        julesansjim

        18 février 2011 at 21 h 03 min

  3. Oh, Flo, merci pour ce rappel ! J’ai vu un reportage à la télé l’autre jour sur cette expo.
    Il y a 20 ans, ma collègue qui lisait Chatwin m’a longuement parlé du bouquin. Je me suis empressée de l’acheter et je me suis perdue dans ses dédales… et le livre m’est tombé des mains car pas accroché ! (sigh)
    En revanche, je me suis fortement intéressée à ces « rêves », cheminements/initiations/histoires totémiques des Aborigènes d’Australie. Il y a une dizaine d’années, avait eu lieu une expo du côté de La Vilette où des Aborigènes composaient leurs « chemins » sous les yeux ébahis du public parisien. Je m’étais interrogée sur les « rêves » navajos (il me semble) dessinés dans le sable par le « medecine man » et qui s’effacent avec le vent.
    Si c’est une expo temporaire du Musée du Quai Branly, il faut absolument que j’aille la voir. J’adore ce musée (même si, en tant qu’étudiante en ethno, j’avais signé une pétition contre la marchandisation de l’art de l’ancien Musée de l’Homme). Mais le Musée de l’Homme avait été mon refuge du dimanche à mon arrivée à Paris, où je me sentais si seule.
    Pour en revenir à ces « dessins », à droite de mon lit, j’ai collé 11 cartes postales reproduisant des rêves qui surveillent mes nuits.

    clomani

    18 février 2011 at 9 h 40 min

    • Ce n’est pas une expo temporaire, c’est tout au fond de la zone Océanie des collections permanentes.

      florence

      18 février 2011 at 10 h 09 min

  4. merci pour ton texte, merci d’avoir ramené à la mémoire cette culture magique et tellement complexe, et merci pour ces illustrations, je ne connais guère d’art religieux plus serein et plus lumineux que ces peintures (qui se font aussi sur le sable, un peu comme certains mandalas). du temps où j’intervenais sur @si, j’avais écrit cela :

    «  »un autre bouquin, qui a été une vraie claque aussi :
    Barbara Glowczewski : Du rêve à la loi chez les Aborigènes – mythes, rites et organisation sociale en Australie., Paris, P.U.F., 1991.

    où on constate qu’on peut vivre dans une culture pratiquement dénuée d’objets matériels, d’artefacts (une famille nucléaire se balade dans le bush avec en tout et pour tout 5/6 objets, dont des objets de culte… comptez le nombre d’objets, de choses, qu’il y a autour de vous…), une culture matérielle vraiment pas coûteuse du point de vue de l’empreinte écologique, mais dont la vie mentale, spirituelle, psychique et dont l’organisation sociale sont délirantes de complexité et de subtilité… pour rendre compte des liens de filiation (dans le cadre des lois sur l’interdiction de l’inceste) que manipulent mentalement les vieux sages qui ont la mémoire de ces choses, il faut faire appel à des modèles mathématiques très complexes…

    c’est un très très beau bouquin, troublant car pour des « wasp » occidentaux, ce contraste vie matérielle – vie mentale est extrême. on a tellement l’habitude de mesurer la qualité de vie dans une culture aux choses, biens, artefacts, richesse matérielle, et d’y placer de l’intelligence comme cerise sur le gros gras gâteau, que constater qu’une culture peut être autant « intellectuelle » et « complexe » et aussi peu « matérielle », ça pose question. » »

    il y a aussi un film, le pays où rêvent les fourmis vertes, de werner herzog, dont je garde un souvenir ébloui. et aussi un autre film, j’arrive pas à le retrouver, c’était un anglais qui avait vécu très longtemps avec les aborigènes, était parti et, dans son vieil âge, était retourné les voir avant qu’ils ne disparaissent, en tout cas avant que les vieux sages de son âge ne meurent avec leur sagesse. et il avait obtenu le droit de filmer et donc d’être initié à la production de ces oeuvres sacrées. c’était merveilleux et infiniment émouvant.

    et le coup du pénis coupé en deux dans le sens de la longueur avec un petit silex bien taillé, histoire d’imiter le kangourou et de bien bien se rappeler les secrets révélés, c’est aussi eux.

    à visiter : ce lien http://www.aietech.com/leblog/2008/7/28/australie-terre-de-tous-les-venins.html, où on apprend que c’est en australie que vivent les animaux les plus venimeux au monde (serpents, poissons, araignées, crapauds, etc.), et on imagine ces petits hommes à poil et pieds nus se baladant inlassablement dans le bush, connaissant leur biotope comme nul autre…

    ce qui est troublant, c’est que quand on compare notre culture occidentale dont on est si fiers avec ce type de cultures, on se rend compte à quel point celles-ci sont subtiles, complexes, fragiles, à côté de la nôtre, qui est d’une grossièreté et d’un simplisme terrifiant : mais c’est la nôtre qui gagne dans cette bataille désespérée. économiquement, linguistiquement, politiquement, religieusement.

    zozefine

    18 février 2011 at 9 h 42 min

    • Je l’ai lu, Zozé, ce bouquin… il m’a complètement « transcendée »… je me souviens très bien d’où et quand je l’ai commencé… et combien j’ai eu du mal à retomber dans la vie quotidienne après.
      En revanche, 10 ans plus tard, j’ai vu un article où on accusait Barbara G. d’avoir complètement pipeauté son bouquin…
      Et je me suis dit : et alors ? Si elle l’a pipeauté, il est vachement bien documenté et bien écrit, puisqu’elle a réussi à me faire partager son « rêve initiatique. »

      clomani

      18 février 2011 at 17 h 56 min

      • tu crois qu’on peut retrouver cet article ? j’avais fait un boulot titanesque sur la prohibition de l’inceste, et ce bouquin m’avait posé beaucoup de problèmes (entre autres l’interdiction sur je sais plus combien de générations, 12, ou 100, peu importe, mais tellement qu’il fallait un sacré programme d’ordi dans la tête pour calculer ça, ce que faisaient les sages avec leur tête sans ordi, tout ça dans la hutte enfumée)

        zozefine

        21 février 2011 at 9 h 48 min

      • mais le fait demeure : elle peut pipeauter des résultats, pas l’existence même de ces tribus ni la complexité, vérifiée par ailleurs, de leurs cultures.

        zozefine

        21 février 2011 at 9 h 49 min

  5. En fait, je suis éblouie par cet art qu’on dit « primitif » . Ca me parle plus que les peintres du XIXe par exemple…

    clomani

    18 février 2011 at 9 h 43 min

    • oui, c’est mystérieux… mais à « art », il faudrait ajouter « religieux », même si ça me troue de dire ça. idem pour les fresques néos (ha, la grotte chauvet, l’analyse du mouvement d’une lionne… et lascaux, etc.). qu’est-ce qui arrive autant à nous toucher, et souvent plus que l’art qui est proche de nous et de notre vision du monde ? peut-être ça, justement.

      zozefine

      21 février 2011 at 9 h 45 min


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :