LES VREGENS

Spécial cinq mars …

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Aujourd’hui, et donc pas pour bien longtemps, nous sommes le 5 mars. Le 5 mars 1971 fut un jour important pour moi. Onze ans plus tard, le 5 mars 1982, j’achevais l’écriture d’un texte qui devait servir de légende à un tableau peint par un ami, exposant une série de toiles quelque part en Lorraine. Ne me demandez pas de vous montrer une photo du tableau, je n’en ai pas. Je l’ai eu quelques temps chez moi, le tableau,  le temps d’écrire, et puis je m’en suis séparé. Par contre, j’ai gardé une trace du texte. Le voici :

Dérive en bleu

Il regarda la blessure : elle s’était déjà bien refermée. Une cicatrice encore sensible au toucher, mais en bonne voie de guérison, c’était presque inespéré, inimaginable quelques mois plus tôt, lorsqu’il s’était retrouvé seul, avec cette douleur au côté.

Elle était partie, douloureusement sans doute, rompant ce fil de vie à deux, devenue double vie, comme garée en double file. Pour l’un comme pour l’autre. Elle avait vidé les lieux jusqu’ici communs, pour un ailleurs plus solitaire mais plus personnel aussi. Ils allaient à peu près bien maintenant, disait-on, et ne se revoyaient que rarement.

Il pensa : « Comme le bleu peut changer avec le temps. »

Pendant longtemps, le bleu avait été une couleur intime pour lui ; par pur narcissisme d’abord, pour ses propres yeux, mais aussi pour ses yeux à elle, qu’elle avait grands et bleus, et pour ses pulls qu’elle portait à même la peau.

Et puis il y avait eu cette période trouble et confuse, qui vibrait encore dans sa mémoire comme un solo de saxo, lent, sombre et plaintif …

Il sourit : « Le bleu n’est plus ce qu’il était. »

Il regardait devant lui, de nouveau. Il faisait beau aujourd’hui et le ciel, bleu, emplissait la fenêtre. En arrière-plan, on pouvait y deviner comme l’esquisse d’une silhouette féminine ; cette idée le réjouit et le laissa rêveur un long moment.

Paris, le 5 mars 1982

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Written by Juléjim

5 mars 2011 à 13 h 55 min

Publié dans histoire, Tout et rien

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4 Réponses

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  1. Un bleu à l’âme , un souvenir si lointain qu’il est douceur autant que douleur .
    Le souvenir d’un instant sur lequel s’est construit sa vie d’homme , de Femme .

    Merci

    monasourire

    5 mars 2011 at 20 h 58 min

  2. « Comme le bleu peut changer avec le temps. »… j’admire la manière austère de ton texte de dire des choses si vraies. fixées pour toi comme un papillon au tableau du 5 mars, précisément. certains jours de l’année qu’on aurait envie d’effacer, de sauter. et le bleu change avec le temps, le son d’un instrument, telle matière douce ou rêche… merci beaucoup zulézim !

    zozefine

    7 mars 2011 at 12 h 48 min

    • Que tu apprécies ma prose c’est déjà très touchant pour moi, mais que tu l’exprimes de cette manière pleine de finesse et de délicate complicité, c’est comme une cerise sur un savoureux gâteau !

      Miam, miam … merki bocou !

      😉

      julesansjim

      7 mars 2011 at 14 h 53 min

      • j’aime ta prose

        zozefine

        10 mars 2011 at 12 h 27 min


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