LES VREGENS

Je t’aime moi non plus !

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Je parle du sport, de mon rapport au sport. Un peu compliqué. Car je fais partie de ceux qui ne rejettent pas d’emblée le sport dans son entier, toute idée de sport et tout ce qui y touche, de près ou de loin, je veux dire.

En résumé, il y a deux choses qui m’intéressent (encore et toujours) dans l’univers sportif : quelques valeurs humanistes, et les bienfaits, physiques et mentaux, que l’on peut retirer d’une saine pratique, en amateur.

Personnellement, avant de devenir un quadra marathonien, puis un sexa trottinant trois fois par semaine en sous-bois, j’ai pratiqué l’athlétisme pendant quelques années. Du sprint, du demi-fond et même du cross-country. Depuis, quelque chose s’est inscrit là, dans mes fibres musculaires et mémorielles. A jamais, je crois.

Cependant, à l’exception du plaisir esthétique que me procure la beauté du geste, dans le spectacle sportif, je rejette tout le reste : la star du foot qui arrive à l’entraînement en Ferrari, celle qui méprise et conteste l’arbitre sur le terrain, le champion cycliste qui roule à l’EPO ou au sang transfusé, les magouilles mafieuses de la FIFA, le commerce des joueurs qui s’achètent et se vendent au plus offrant, les banderoles racistes de supporters alcoolisés et fanatisés, les violences interclubs, la fièvre nationaliste et patriotique qui transforme le terrain de jeu en champ de bataille, les commentateurs médiatiques hystériques et chauvins, la beaufitude profonde qui fait de chaque fan de foot un sélectionneur-entraîneur national … etc … etc …

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Lorsque j’ai entendu parler du dernier film de Régis Wargnier, intitulé « La ligne droite »,  j’ai tendu l’oreille : une femme, sortant de cinq ans de prison, devient l’entraîneuse d’un athlète devenu récemment aveugle.

J’ai d’abord pensé qu’il s’agissait de l’adaptation au cinéma d’un roman éponyme d’Yves Gibeau (*) lu il y a bien longtemps, mais, renseignement pris, il semble que Wargnier n’ait gardé que le titre, l’histoire du roman différant beaucoup de celle du film , malgré quelques rares points communs. Que savait-il réellement de ce roman et de son adaptation filmique (**) ? J’ai peine à croire qu’il ne se soit intéressé qu’au titre … Mais passons.

Ce réalisateur est un fan d’athlétisme ; il a d’ailleurs déjà réalisé deux documentaires sur le sujet, « Coeurs d’athlètes » et « D’or et d’argent » avec Haile Gebresselassie, Hicham El Guerrouj et Heike Drechsler. Trois superbes champions. Aussi a-t-il pris soin de restituer ce qui fait l’essentiel de l’athlétisme : les efforts qu’il faut consentir à l’entraînement pour s’approcher du geste technique parfait. C’est sans doute la partie la plus réussie du film, à mon sens, car celle qui relève du jeu dramatique des acteurs m’a semblé perlée de quelques imperfections … Lourdeur de certaines répliques, outrances dans le ton parfois … quand il aurait fallu maintenir sur ce plan la même efficace légèreté, la même fluidité des foulées griffant le Tartan de la piste !

 

Heureusement, il y a l’histoire de ces deux jeunes gens, deux athlètes en quête de rédemption. Ils vont s’épauler, s’entraider, se chercher aussi, pour finir par se (re)trouver. Wargnier s’appuie alors sur les valeurs d’entraide, de solidarité, de ténacité et de courage que connaissent et pratiquent l’immense majorité des adeptes de ce sport exigeant, aux antiques racines. Le film y puise toute sa signification humaniste et altruiste. A travers les multiples obstacles que la vie s’ingénie souvent à jeter dans les jambes, ce film nous dit aussi quelque chose des vertus du combat et de l’opiniâtreté qu’il est nécessaire de mettre en oeuvre lorsqu’on veut atteindre le but que l’on s’est fixé, au bout de la ligne droite !

Et puis, il n’y a pas que le message qui est beau, les acteurs aussi sont superbes. J’en mets trois sur mon podium personnel : Rachida Brakni, Cyril Descours et Seydina Baldé.

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(*)résumé du roman d’Yves Gibeau, « La ligne droite » Grand prix de Littérature sportive en 1957 : « Peu après la paix de 1945, un entraîneur, Julius Henckel, retrouve par hasard Stefan, un des meilleurs coureurs à pied de l’avant-guerre, porté disparu en 1943. Mutilé, désespéré, Stefan se cachait sous un faux nom et supplie qu’on l’abandonne. Pourtant Julius entreprend de lui redonner le goût de la vie, de l’effort, de la victoire. Et Julius foulera de nouveau la cendrée… Un beau roman d’amitié, de courage, de ténacité, à découvrir ou à redécouvrir. »

(**) résumé du scénario du film « La ligne droite » réalisé en 1961 par Jacques Gaillard : « Stéphane Lambert, qui promettait de devenir un grand champion de course à pied, a, pendant les combats de la guerre, en 1940, perdu une main. Profondément traumatisé, il décide de rompre avec son passé et se fait, à son retour, marchand de journaux. Retrouvé par hasard par son entraîneur, Heckel, ce dernier obtient de lui, et avec difficulté, qu’il le suive dans sa maison vosgienne où, en compagnie de sa femme, il a pris sa retraite. Entre le jeune homme, agressif et farouche, et Heckel, paternel et orgueilleux, les heurts sont continuels. Seules, la bonne volonté et l’attention de Thérèse (la femme de Heckel) parviennent à maintenir l’équilibre. Peu à peu, cependant, et grâce à une habilité vigilante, Heckel redonne à Stéphane le goût de la performance ; Stéphane reprend son entraînement, et se trouve, assez rapidement, en mesure de disputer des compétitions. La première, peu importante, tourne court, Stéphane s’étant blessé peu après le départ. Mais sa rencontre avec Gordon, militaire noir américain, grand champion (nous sommes en 1946) va transformer la vie de Stéphane. Les deux hommes s’entraînent ensemble. Au championnat du monde, à Paris, après une course remarquable, Stéphane arrive second, derrière Gordon. Stéphane ne sera peut-être pas un très grand coureur. Mais il est sur la bonne piste et, en tout cas, il a repris le goût de vivre. »

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Written by Juléjim

15 mars 2011 à 18 h 30 min

6 Réponses

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  1. sport… hobby… activité physique… merci zimézule pour ton texte, ça me renvoie à mes expériences, c’est bien !

    avec mon ex physicien néo zélandais hautboïste taiseux sosie de chabal, j’ai très vite compris, dans ma passion amoureuse, que c’était marche ou crève. alors j’ai marché. donc fait beaucoup de choses, des folies pures et des trucs plus sages.

    mais là où je le bénis sans réserve c’est pour la varappe, la grimpe, le free-climbing….ce fut une expérience mystique, j’ose le mot.

    dans le rapport à l’autre (il faut faire confiance absolue : quand on assure l’autre, qui peut tomber à n’importe quel moment – et peter avec ses 85kgs et moi avec mes 58 à l’époque, quand il tombait de 3/4 mètres, je vous jure qu’il avait une confiance aveugle en moi – idem, quand je grimpais en tête, bon, il se cassait moins les mains mais il était toujours là, prêt)

    dans le rapport à soi-même : devenir compétent, savoir qu’on sait installer le matériel, faire des noeuds qui tiennent, croire en sa force physique, les doigts tiennent, les pieds tiennent, vaincre la peur viscérale du vide, de se faire du mal, de l’inconnu, apprendre à bouger et surtout à respirer, savoir faire silence en soi et jouir pour finir, très profondément, de la verticalité, du paysage

    dans le rapport aux choses : faire confiance au matosse, le baudrier, les sandales, les cordes, les dégaines, les mousquetons, les coinceurs, et aussi les minuscules grattons sur lesquels il faut faire porter tout le poids du corps…

    mais aussi : se méfier tout le temps, porter le casque, rester vigilant à 200% lors des rappels à la descente, rester attentif à la météo, faire gaffe au moment des pipis (surtout pour les femmes, faut enlever le baudrier)

    et puis, à la fin (enfin, avant la descente), en haut de la voie et si on a le temps : profiter avec son jules du paysage, des fleurettes s’il y en a, pique-niquer, et confirmer le pacte de confiance

    zozefine

    16 mars 2011 at 13 h 32 min

    • Nous avions un peu échangé sur le sujet, ailleurs, je me souviens. Un point commun de plus ! 😉

      J’ai découvert la varappe, d’abord sur blocs (Bleau), puis en falaise (Calanques) entre 25 et 30 ans. Puis l’alpinisme, que j’ai pratiqué essentiellement dans les Alpes pendant 5 ans, rocher, mixte roche/glace et un peu de glacier.
      Je n’ai pas grand chose à ajouter à ce que tu décris, si ce n’est qu’à mes yeux on est au-delà du sport lorsque l’on part à l’assaut d’un sommet en cordée avec un ou deux compagnons. Le sport, même amateur, est lié à un système (des fédés, des clubs, des dirigeants, des subventions, des championnats etc…)qui carbure à l’esprit de compétition auquel il est difficile voire incohérent d’échapper. Or, la seule compétition qui vaille quand tu grimpes en cordée c’est celle que tu dois gérer par rapport à toi-même : vaincre tout ce qui pourrait te contraindre à renoncer (à commencer par la chute grave). Et plus l’environnement est hostile, plus la course est de niveau relevé, plus le défi personnel est important.

      D’une façon moins « exposée » j’ai retrouvé ce même esprit de compète individuelle, indépendamment du système sportif donc, lorsque j’ai abordé la distance du marathon en course à pied, à 38 ans. Il s’agissait de finir, d’abord, puis de faire de mieux en mieux, à chaque nouvelle sortie. Une mise à l’épreuve perso progressive, en quelque sorte.
      Autre point commun avec l’alpinisme, la nécessité d’être solidaire en cas de course en équipe. On ne laisse pas un copain en difficulté dans le mur du 30e km par exemple. On l’attend,on l’encourage et on finit ensemble ! De même qu’on n’abandonne pas un compagnon de cordée en pleine paroi ou au fond d’une crevasse !

      julesansjim

      16 mars 2011 at 15 h 04 min

  2. Le sport en solitaire, ou le sport en solidaire? Avez vous entendu parler de l’Ultimate Frisbee? Dont la devise en Anglais est « The most fun wins! ». Un sport d’équipe, mixte, sans arbitre puisque chacun est son propre juge et a lors d’un conflit: toujours raison!
    Lors des tournois, il y a deux gagnants, le vainqueur de la finale du tournoi comme d’hab, mais aussi une équipe élue par tous les participants comme gagnante de l’esprit du jeu. Allez visiter le site de la fédération française ou la video de l’initiative Israelo-Palestinienne sur YouTube. Amitiés, JD

    frisbee16

    16 mars 2011 at 13 h 46 min

  3. faire du bloc, c’est un peu comme faire ses gammes. et bleau, c’est vraiment la forêt la plus étrange que j’aie jamais parcourue. tellement bizarre ces immenses arbres, ce sable, ces blocs ronds. à tinos (l’île en face) il y a dans la zone de vollax des milliers et des milliers de blocs tout pareils, mais personne pour les grimper – faut dire, pas un arbre, ça donne pas vraiment envie sous le cagnard !

    avec peter, à part le jogging quotidien, on faisait en duo des courses d’orientation, sur 2 jours, avec tout le matosse dans les sacs à dos (tente, bouffe, flotte, chaussettes de rechange, sac de couchage, etc.), je te dis pas le calvaire… en fait, c’est une course qui a été importée d’écosse, et en écosse ça se passe en octobre, donc dans la peuffe, la pluie ou la neige, la boue. peter l’a faite 3 ou 4 fois là-bas avec un ami, il en revenait toujours cassé à un point inimaginable, je faisais urgentiste pendant la semaine qui suivait, mais il n’a pas poussé le sadisme jusqu’à m’y emmener. ouf (car mon amour aveugle m’aurait fait accepter bien sûr).

    au cours d’une de ces courses, dans la région de besançon je crois, je me rappelle 2 crève-coeur, mais pas le temps de s’arrêter (quasi pipi sur soi… déjà qu’il me faisait couper mes brosses à dents pour le poids) : un passage de col sous une ombre immense, c’était un gypaète volant au-dessus de nous, et une clairière COUVERTE d’amanites des césars, moi qui suis une cueilleuse de champignons passionnée mais tellement peu récompensée, j’ai failli en pleurer !! (surtout que le rata du soir c’était du déshydraté dégueu en plat de résistance et du porridge collant-sucré en dessert).

    et puis pour la course, ben bizarrement, je préfère courir que marcher. quand j’ai la fritte, une petite course, c’est mon premier choix.

    on fait assez anciens combattants, hein ? mais on sait tous les deux à quel point ce sont de vraiment très très beaux moments, parce que tellement intenses.

    zozefine

    16 mars 2011 at 16 h 28 min

  4. cher ami grimpeur, lis ça : moi qui suis nudiste et grimpeuse, je dois dire que quelque chose m’enchante beaucoup dans cet incident : http://www.20minutes.fr/article/692806/insolite-elle-enleve-vetements-rejoindre-plage-nudiste-retrouve-coincee-falaise

    zozefine

    24 mars 2011 at 8 h 29 min

  5. Ah ! Ah ! Ah ! quelle belle insouciance/inconscience de la part de cette jeune femme !

    Le parc de Torrey Pines donc … hum,hum … y aurait-il là une piste qui expliquerait cette envie irrépressible de se dénuder afin de se faire sau…ver par un grimpeur-sauveteur ?

    😉

    julesansjim

    24 mars 2011 at 18 h 21 min


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