LES VREGENS

Le peuple est mort

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Le peuple des pauvres, JF Favre 2008

On en a beaucoup parlé ces temps derniers.

De la démocratie vacillante de nos contrées.
De Frédéric Lordon, en passant par Jacques Généreux, et Michea, bien sûr.

Tout le monde s’indigne, et pas seulement Stéphane Hessel, des « dérives immorales » du libéralisme.

Mais le « néo-libéralisme », c’est quoi ? Quelles sont les caractéristiques de cette phase nouvelle du capitalisme ?

La réponse est assez simple : étendre la même logique à tous les domaines de la vie sociale et individuelle , comme une espèce de « mise aux normes » des cerveaux…

Concurrence généralisée, universalisation du modèle de « l’entreprise », extension aux individus de la problématique « gestionnaire » du capitalisme : on parle de « capital humain », de « ressources humaines », de « marché » du travail…

En clair, les normes qui régissaient jusqu’à aujourd’hui uniquement les entreprises privées deviennent celles qui règlent nos institutions, nos services publics, et même tous les domaines de notre vie.

La conception néo-libérale de l’existence, c’est la compétition agressive entre les gens, liée à un désir illimité de profit (le fameux angle alpha de Lordon, qu’il convient de réduire, pour pouvoir être heureux, ou au moins rentrer dans la norme…) paraît-il naturel, irrémédiable, évident, humain… Une « raison du monde ».

Pourtant, le principe fondateur du libéralisme « classique », c’était la limitation, voire la non-intervention des gouvernements.

Et que constate-t-on aujourd’hui ? C’est que les gouvernements n’arrêtent pas d’intervenir, justement … Pour sauver les banques, réduire la dette, remonter la note vers A+. Et surtout, pour organiser cette « raison du monde » tellement « logique », les Etats appliquent systématiquement aux secteurs non marchands (la culture, par exemple) les normes du secteur marchand. Même plus besoin de privatiser.

Bref, l’État ne limite pas ses interventions, il les transforme, pour étendre la logique des marchés absolument partout. Et une chose est claire, si le capitalisme financier s’est développé de manière exponentielle depuis les années 2000, c’est à la suite d’une volonté politique. Cet éclatement n’est pas venu de rien, il participe d’une logique.

C’est bien l’État qui a favorisé le capital financier, comme « moteur de la croissance », en privatisant les grandes entreprises, c’est lui qui a « réparé les dégâts » à chaque crise, avec l’argent des contribuables, c’est lui qui instaure les règles économiques favorables aux seuls actionnaires, c’est lui qui devient boursicoteur-prêteur à la Grèce par exemple, en empochant les intérêts au passage…

Le libéralisme, ce n’est pas du tout le « laisser faire »… Au contraire. C’est le résultat d’une politique délibérée, bien loin de la « nature », dont le but est de construire un monde basé sur la concurrence entre les individus. Du coup, évidemment, à quoi peuvent bien servir les institutions ? Les députés, le président, l’administration en général ne relèvent plus de « l’intérêt général », du « bien public ». Nos élus ont juste un mandat, qu’ils ne tiennent même pas de leurs électeurs, mais d’instances qui échappent à tout contrôle, et qu’ils ont eux-mêmes installé dans leurs prérogatives, en leur laissant le soin de pondre des normes, aujourd’hui internationales…

Ben oui, dans notre monde, un commissariat, c’est comme Carrefour, il faut faire du « chiffre », être « efficace », « compétitif ». Les services publics ne sont plus « des services rendus au public » (payés avec nos impôts) mais doivent être « rentables ». Les usagers deviennent des « clients ».

Le peuple n’existe plus. Il a été dissous dans le grand tsunami de la concurrence mondiale. Il reste une « population » qui choisit son futur manager une fois tous les cinq ans.

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Written by Gavroche

18 mars 2011 à 13 h 21 min

Une Réponse

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  1. Ce n’est pas tant « le peuple » qui n’existe plus que la conscience d’être le peuple. La multitude populaire, dans sa grande diversité, ne se retrouve unie, semblable, que dans l’acte de consommer. Et encore, si cet acte lui permettait de juste restaurer ses « forces productives », on pourrait espérer qu’une partie de cette énergie soit utilisée pour résister, se défendre, critiquer et combattre le système marchand mondialisé qui l’aliène et l’exploite ! Comme « au bon vieux temps ». Et bien non, il n’a plus guère ce « loisir » là, non plus, désormais,car les marchands ont parallèlement inventé des produits culturels prêts à être consommés, par le truchement de programmes télé bas de gamme et de produits dérivés « récréatifs (dvd, play-station, consoles wii, applications iphone, lecteurs mp3 etc…).

    Alors oui, il y a les analyses et les livres de Todd, Généreux, Lordon, Ariès, Michéa, Morin … mais il y a qui pour les lire ? qui pour éventuellement leur apporter une critique constructive qui fasse avancer le débat en même temps qu’elle éclaire le chemin des possibles et inspire les décideurs et autres responsables politiques ?
    Pas grand monde et parmi ces quelques-uns quasiment pas un parmi les plus concernés, c.a.d les plus pauvres.

    La seule alternative serait-elle donc dans un pessimisme éclairé ?

    Je pense à un poème de Julos Beaucarne, auquel il suffirait de remplacer le mot « enfant(s) » par « homme(s) » ou par « peuple(s) pour évoquer le massacre néo-libéral sur un mode poético-cynique :

    « Sur le bord du monde

    Sur le bord du monde, y a des (enfants) peuples qui marchent
    Ils sont fragiles et doux comme des brebis que le loup va dévorer
    Et puis voilà que viennent des troupeaux de télévisions, des troupeaux d’instituteurs, d’endoctrineurs
    Et les (enfants)peuples se noient dans la mer de la raison raisonnante
    Et (l’enfant)le peuple n’aspire plus à être lui-même
    Sur le bord du monde marchent des (enfants)peuples
    Il ne faut presque rien pour qu’ils tombent dans l’abîme, précipités hors d’eux-mêmes. »

    Julos Beaucarne

    😦

    julesansjim

    18 mars 2011 at 17 h 11 min


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