LES VREGENS

métamorphose de la pensée – 2

with 4 comments

(Ce second « chapitre »-là est à lire après le premier qui est avant dans le blog…si vous lisez tout ça bien sûr !).

Les fissures dans le modèle géocentrique : quand on ne sait plus où mettre les choses.

Les mondes parallèles ont besoin du postulat des parallèles, non ?

Pour parler de cette révolution copernicienne, je vais tout d’abord parler d’autre chose. Depuis Euclide, une sorte de modèle géométrique qui fonctionnait bien dans la vie de tous les jours et qu’on pouvait sans honte utiliser pour organiser nos actions humaines était celui des parallèles. Voici la définition :  les parallèles sont des droites qui, étant situées dans un même plan, et étant prolongées à l’infini de part et d’autre, ne se rencontrent ni d’un côté ni de l’autre. On est d’accord, c’est un postulat, il faut l’accepter, mais la vie quotidienne est pleine de parallèles, non ?

De jolies parallèles, bien utiles dans nos vies quotidiennes

Toutefois, ce postulat-là était plus dur à avaler que les autres, et dès l’Antiquité a fait l’objet de nombreuses recherches géométriques – et philosophiques, soit pour le démontrer, soit pour le démonter. Jusqu’au moment où des mathématiciens, au XIXème siècle, ont purement et simplement fait sans ce postulat, qui dérangeait tant de scientifiques depuis si longtemps. Il dérangeait les mathématiciens, mais pas les architectes, pas les constructeurs de route, pas les charpentiers, pas les piétons. Pas le vulgum pecus, quoi. Légèrement affolés par les conséquences de cet abandon de postulat, certains géomètres à l’époque organisèrent des expéditions sur les sommets alpins, théodolites dûment arrimés sur les mulets, pour prouver que notre monde était bien euclidien. Si, dans une certaine mesure, ils « démontrèrent » bien que notre quotidien comporte des parallèles, par contre, sans la géométrie non-euclidienne, et l’espace courbe, Einstein n’aurait pas pu penser la théorie de la relativité générale.

Lobatchevski, Poincaré, Reimann, Klein, quelques Petits Malins de la géométrie non-euclidienne. Ici, passent une infinité de droites, qui passent par M et qui sont parallèles à D. C’est la géométrie non-euclidienne hyperbolique

Et pour les amateurs de mondes parallèles (…), eh bien on peut désormais penser le monde et se penser dans le monde simultanément selon 2 modèles distincts : un modèle avec des parallèles et un monde sans parallèles. Je crois que la complexité dont parlent les théoriciens des systèmes complexes commence déjà par la possibilité et la capacité de penser cette aporie, et de penser à partir d’elle.

On a vu, le postulat des parallèles a toujours dérangé et a purement et « simplement » été levé. Et la géométrie s’est métamorphosée. Un autre monde en a émergé. Notre monde piétonnier où règnent des parallèles a été englouti, assimilé, avalé comme un cas particulier dans ce monde où l’espace est courbe et où l’on circule, dans le cosmos, de galaxie en galaxie, en se passant des parallèles. Il y a eu changement de paradigmes et révolution. On se retrouve avec un appareil théorique géométrique plus « simple » (un postulat en moins), mais on conceptualise un Univers infiniment plus complexe.

L’Univers ? Complexe ? Ouarf !

Quand ça devient trop compliqué, alors il faut passer au complexe, qui est parfois plus simple…

Retour au géocentrisme. De même, le postulat des parallèles a toujours suscité les doutes et les contestations, même s’il a été opératoire et admis jusqu’au XIXème siècle, et qu’il reste, en quelque sorte, notre perception immédiate d’homoncule, et tout à fait opératoire dans la vie quotidienne, de même, le modèle de la Terre au centre de l’Univers a toujours été contesté, dès Aristarque de Samos (-IVème/-IIIème siècle), même si tout autre modèle ne peut être que contre-intuitif, parce que profondément différent de ce que nous racontent nos plus immédiates perceptions du Soleil et de la Lune qui « (se) couchent » plus ou moins ensemble…

Pour le plaisir en partie, mais surtout pour des raisons pratiques (enseignement, voyages, organisation agricole, projets de conquête, etc.), on représentait l’Univers en trois dimensions, au moyen de sphères armillaires (ou astrolabes sphériques), dans lesquelles chaque objet céleste connu était représenté à la fois dans sa taille supposée et dans ses mouvements par rapport à tous les autres objets connus. Nous qui connaissons le fin mot de l’histoire, héliocentrique, imaginons l’effroyable complication de ces sphères qui devaient tenir compte de tous les mouvements apparents et donc inapparents des corps célestes en partant du principe, faux, que la Terre était au centre de l’Univers. Chaque nouvel objet découvert était une véritable catastrophe à représenter et en deux dimensions, sur les astrolabes, et en trois dimensions, sur les sphères… Le modèle géocentrique, pour les géomètres, astronomes, mathématiciens, mais peut-être aussi pour tous les voyageurs au long cours partant à la conquête de nouveaux territoires lointains, craquait par tous les bouts.

Une sphère armillaire à Florence. Tout y est, donc c’est vraiment très très compliqué et presqu’inutilisable…

Et arrive Copernic. Copernic termine son ouvrage fondateur et révolutionnaire, « Des révolutions des sphères célestes » en 1530, celui-ci n’est publié que l’année de sa mort, en 1543, par un éditeur luthérien, et l’hypothèse héliocentrique ne sera admise par l’Eglise catholique qu’en 1750, après qu’un astronome, James Bradley, a établi, en 1728, la première preuve scientifique de la rotation de la Terre autour du Soleil par l’explication qu’il donne au phénomène de l’aberration de la lumière. On voit le problème : on avait depuis 35 siècles un modèle tout à fait intuitif et utilisable au quotidien par le piéton lambda, mais des représentations 2D et 3D de plus en plus compliquées à fabriquer, et surtout à utiliser, et donc une théorie qui commençait à prendre eau de partout. Copernic arrive, et simplifie radicalement le modèle en renversant le principe de base : c’est la Terre qui tourne autour du Soleil.

N’est-ce pas plus simple comme ça ?

Et là, ô merveille, la représentation du cosmos, qu’elle soit en deux ou en trois dimensions, devient simple, très simple, si simple que Dieu, qui est mathématicien, ne peut pas ne pas avoir eu ce plan-là en tête en créant le Cosmos. Et d’ailleurs, même si cette hypothèse héliocentrique est fausse (et plutôt blasphématoire, et en plus non prouvée au début), elle permet d’élaborer un modèle cohérent de tous les objets célestes connus du Cosmos, et bien plus cohérent que le modèle précédent, représenté dans la sphère armillaire géocentrique. C’est vrai, il n’y avait aucune preuve de cette rotation de la Terre, et il n’y en pas eu jusqu’en 1728 ! Simplement, ce modèle moins compliqué mais plus complexe bien que « simple » était infiniment plus puissant que le modèle ptoléméien-géocentrique. Et ce modèle tellement puissant, même sans preuve, parce que d’un coup, du fait de sa puissance, il permettait de résoudre toutes les aberrations d’observations et de calculs et de représentations qui freinaient la recherche et la connaissance, a été le modèle sur lequel la plupart des astronomes ont travaillé, dès sa publication, et ceci malgré les doutes que les astronomes avaient quant à la « réalité » de l’héliocentrisme : c’est peut-être faux, mais ça permet enfin de calculer, donc de prédire et de justifier.

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Written by zozefine

18 avril 2011 à 18 h 32 min

Publié dans Non classé

4 Réponses

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  1. J’ai déjà dû le dire ailleurs, peut-être dans un certain forum, mais voilà, si Dieu existait, ce serait bien que ce soit un type comme ça:

    florence

    18 avril 2011 at 22 h 09 min

  2. tu vois comme tu es ! tout de suite la peinture ! moi, je le voyais plutôt comme ça :

    zozefine

    19 avril 2011 at 11 h 13 min

  3. j’adore, vite la part III

    lenombrildupeuple

    28 avril 2011 at 14 h 10 min


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