LES VREGENS

@si, message de réabonnement, un décryptage maison

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la lettre d’@si d’incitation au réabonnement décryptée pour vous

je m’étais inscrite sur @si en pleine « crise grecque », dont le traitement par les médias me semblait simplement intolérable. je n’y ai pas vraiment trouvé de réponses à mes questions sur la grèce, mais un peu de nourriture mentale critique, et un lieu d’expression. et des ami(e)s. pas négligeable. mais voilà, c’était il y a un an, et j’ai commencé ces derniers temps à recevoir des messages me rappelant qu’il fallait me réabonner, si je voulais profiter du décryptage des médias que fait @si. et j’hésite. aujourd’hui, j’ai reçu mon 2ème ou 3ème rappel. et je dois avouer que si mon réabonnement était une conséquence directe possible de ce message, étant donné mon agacement très très profond à cette lecture,  je ne me réabonnerais pas.

mais pour expliquer cette réaction, je me suis dit que le mieux serait d’analyser ce texte, ou du moins une partie de ce texte, cette analyse valant décryptage, et ce décryptage valant explication de la réaction. ci-dessous, vous trouverez donc ma manière, à moi, personnellement, je, de lire ce texte « passe-partout ».

le texte reçu n’était pas en italiques. ci-dessous, la lettre reçue in extenso, les caractères gras sont d’époque, et j’ai mis en italiques les parties qui ont retenu mon attention. non que les parties exclues soient hors-analyse de même type, mais je voulais… faire court !

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Cher s… h…,

Dans une semaine, votre abonnement d’une durée de 1 an se termine. Et vous ne l’avez toujours pas renouvelé !

Mais ce n’est vraiment pas le moment de lâcher. Alors que la catastrophe de Fukushima et l’accélération des révolutions arabes nous imposent une vigilance particulière par rapport aux médias dominants, vous avez besoin d’@rrêt sur images, pour souligner leurs manipulations et leurs « oublis ».

-Depuis longtemps, nous souhaitions monter un débat entre Emmanuel Todd et Jean-Luc Mélenchon, deux penseurs ‘ »en dehors des clous ». C’est fait. Protectionnisme, révolution, rapport aux Etats-Unis: ils débattent de tout, en toute liberté. Ce n’est pas dans les vieux médias, que vous verriez ça! Vous devez regarder cette émission !

La catastrophe de Fukushima va emballer le débat sur le nucléaire. Mais entre l’arrogance des nucléocrates et du gouvernement, et les paniques parfois irraisonnées, comment se faire une opinion ? Nous serons là, pour vous aider à déjouer toutes les propagandes. Notre dossier sur le nucléaire (et les gaz de schiste) est ici.

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Cher s… h…,

l’adresse : ô lapsus calami… que moi j’écrive sans majuscules, ça me regarde. par contre, qu’un texte formel d’appel non seulement ne comporte pas les marques de civilité ordinairement employées pour ce genre textuel, mais également ne respecte pas les lois basiques de l’accord en genre des adjectifs, ceci ne peut que susciter chez le récepteur une réaction négative immédiate. celle-ci peut bien entendu être modérée par la suite du texte. mais cette impression de texte-tout-fait auquel on ne touche que marginalement et par ‘copié-collé’ donne une mauvaise impression a priori. diable, nous avons passé 51 semaines ensemble, on attendrait le signe d’une relation réelle dans cette ultime semaine.

– Dans une semaine, votre abonnement d’une durée de 1 an se termine. Et vous ne l’avez toujours pas renouvelé!

la première phrase énonce un fait. les caractères gras sont employés pour ce « 1 an », qui contraste ainsi avec ce « une semaine ». 1 an versus une semaine, sur ces 52 semaines, n’en reste qu’une… on pourrait y voir une sorte de dramatisation par cette confrontation entre tant de temps avec @si et si peu en reste. comme une condamnation à mort, faite à moi, via l’énonciation en « vous ». car cela m’est personnellement adressé, et je suis donc personnellement mise en cause. suit une phrase exclamative, qu’on pourrait interpréter de diverses manières (est-ce de la joie, de la colère, de la surprise, du dégoût, de l’admiration, de la crainte….?), et en quelque sorte modalisée par ce « toujours ». l’exclamation exprime une émotion forte de l’énonciateur à mon adresse[1], fortement ébranlée par le fait que, non, effectivement, je n’ai pas renouvelé mon abonnement. me voilà supposée, par empathie, prise aux tripes par l’émotion de cet énonciateur. le fait que celui-ci s’exclame est également plutôt flatteur. le « toujours » ajoute à cette émotion exclamée une nuance un zeste accusatoire, plaintive, qui devrait donc me plonger non seulement dans l’émotion partagée, mais également dans une sorte de culpabilité, que ce « cher » de départ (mais hélas, hélas, ce non-accord du plus mauvais aloi) en tant que premier mot de la lettre va modaliser un peu : je reste « cher » malgré le blâme implicite de ma négligence coupable. et c’est merveilleux, c’est le miracle de l’amour : on m’aime malgré tout.

– Mais ce n’est vraiment pas le moment de lâcher. Alors que la catastrophe de Fukushima et l’accélération des révolutions arabes nous imposent une vigilance particulière par rapport aux médias dominants, vous avez besoin d’@rrêt sur images, pour souligner leurs manipulations et leurs « oublis ».

dans la première phrase, quatre mots retiennent l’attention : « mais », « vraiment », « moment » et « (ne pas) lâcher ». quelle beauté déontique que cette première phrase ! il y a là de l’injonction amicale, une sorte d’obligation morale à « tenir » via une formulation modulée par la négation du contraire (tenir, c’est ne pas lâcher), avec une nuance un poil menaçante. on imagine aisément des contextes dans lesquels cette phrase, à la fois ordre et encouragement, serait parfaite : je suis suspendue dans le vide, les pompiers montent la grande échelle, quelqu’un près de moi m’exhorte : ce n’est vraiment pas le moment de lâcher, tu es presque sauvée, tiens le coup. et dopée par cette modalité, je tiens. enfin, je suis supposée tenir.

d’autant que « vraiment », une modalité assertive portant sur la valeur de vérité de l’énoncé (par ailleurs énoncé neutre, une sorte de généralité vraie pour tous), donne force à cette injonction à tenir : il ne s’agit pas seulement de tenir, mais tenir ici est la vraie réaction, la bonne, la seule, et c’est l’énonciateur qui l’asserte, énonciateur avec lequel j’ai une relation depuis 51 semaines (ah, mais que ce lapsus calami en clef de lecture est ravageur !). ajoutons que la référence au « moment » stratégique, quasi biblique (cf. l’Ecclésiaste, il y a un « moment » pour tout), pour une action vraie donne au tout un caractère d’urgence à agir. et si on ajoute cette phrase au paragraphe précédent, on a à la fois l’énoncé d’un problème (le non renouvellement) et la solution à ce problème, solution introduite par « mais » : il y a un problème « mais » ce problème a une solution…on imagine (et on induit) le soulagement du lecteur. tenir, ici et maintenant, car il y a urgence. d’autant que « lâcher », ce n’est pas seulement lâcher la corniche à laquelle je m’agrippe. c’est également lâcher des amis au premier virage, lâcher comme un lâche… qui peut se faire traiter, sans réagir, de lâche ?

suit l’exposé de deux éléments-événements qui justifient la réaction attendue, à savoir le renouvellement de l’abonnement à @si : la catastrophe de fukushima, et les révolutions arabes. ces deux événements, que l’on postule intéresser le récepteur[2], sont placés dans un environnement lexical non neutre, à savoir les termes « imposer », « vigilance » et « dominants ». à nouveau une injonction, forte cette fois, puisqu’à peine reformulée, elle donne l’énoncé suivant « nous devons nous méfier du traitement fait à ces deux événements  puisqu’ils sont l’objets des médias dominants, donc a priori médias tendancieux, ou mensongers, ou partiaux, du fait de leur dominance ». tout lecteur normal se suppose bien informé, vigilant et critique : on énonce donc implicitement que le récepteur de la lettre n’est pas un con naïf et/ou indifférent. à nouveau, une manière de captatio benevolentiae flatteuse.

le « alors que » en début d’énoncé mérite quelques mots. en effet, il établit une simultanéité entre la première phrase, dont l’action repoussée a priori serait un « oui, je lâche » et ce qui suit, plaçant le lecteur, interpellé et exhorté à tenir, face à une argumentation justifiant le fait qu’il tienne : il ne peut lâcher quand simultanément deux événements majeurs se déroulent et sont glosés par les dominants. cela rappelle certains reproches faits au nom de la morale, « quoi, tu ris, quand dans le monde tant de gens sanglotent ? », et sa version plus culpabilisante encore « quoi ? tu nourris soixante chats, quand tant d’enfants meurent de faim et de diarrhées ? ».

entre cette partie à peine analysée et ce qui suit, juste une virgule. mais cet « alors que » introduit en fait l’acmé du texte, son épicentre en cette période de tremblements de terre[3]. en effet, face à tout cela, le rédacteur crée un monde intersubjectif où, énonciateur omniscient, il connaît mon problème, celui de vouloir rester vigilante, problème qui crée un besoin, le besoin d’un site de décryptage des médias dominants, qui m’aide à cette vigilance. et cet énonciateur qui sait se mettre à ma place sait comment répondre à ce besoin. et ici apparaît enfin le nom de ce dont j’ai besoin, « @rrêt sur images », dont il explicite les fonctions, les rendant du coup véridiques, tout en étant modestes : c’est une aide, car je souligne grâce à @rrêt sur images les turpitudes de ces médias dominants.

on appréciera les guillemets dans « leurs ‘oublis’ » : car toute la vigilance du récepteur compris et interpellé dans son vécu par l’émetteur omniscient est là, dans le fait de se méfier de ces « oublis » qui, par la grâce des guillemets, sont immédiatement perçus comme n’en étant pas.

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pour alléger le propos, je ne tiendrai pas compte, à mon grand regret, de la mise en paragraphes de cette dernière « partie », qui mériterait à elle seule un développement.

ah, beauté de l’opérateur logique conditionnel « si (alors) », voilà qui place le discours dans une sphère argumentative immédiatement supérieure. on pose que ce qui suit « si » est vrai, et il faut avouer qu’il est vrai que je suis parmi les habitués du site, j’y suis même depuis 51 semaines, c’est dire ! une fois posé l’univers du discours (ce monde dans lequel je fais partie des habitués du site), la logique naturelle tend à considérer l’autre partie un peu comme un syllogisme : un raisonnement valide ne peut permettre de déduire du faux à partir du vrai. Le faux peut nous amener à dire du vrai ou du faux (ce serait le cas si je n’étais pas habituée au site), mais le vrai ne doit amener qu’au vrai, ce qui est une manière d’ajouter du nécessaire au suffisant. et le vrai déduit du vrai antérieur, c’est « (alors) nous savons pouvoir compter sur votre fidélité ». si tel n’était pas le cas, nous plongerions, l’émetteur et moi, dans le chaos effrayant et infini des illogismes les plus délirants, où le vrai conduit à n’importe quoi et où on pourrait bien admettre des tiers, exclus jusque-là, des A et non-A simultanément, bref l’angoisse des mondes parallèles se déversant dans notre monde à parallèles, le plus souvent.

c’est ainsi que cet opérateur logique conditionnel « si (alors) » agit comme une injonction à la raison du raisonnement : je suis habituée, donc l’émetteur est en droit (car en toute logique) d’attendre ma fidélité. attention, l’émetteur ne dit pas explicitement : si vous êtes habituée, alors vous êtes fidèle. non, ce serait trop gros. l’émetteur dit : si vous êtes habituée, alors nous sommes logiques, et logiquement nous attendons (souhaitons, supposons, espérons) que vous soyez fidèle. implicitement, si je suis infidèle, alors je brise une chaîne à la fois logique et appréciative, et je fais mentir une base de la communication humaine : la confiance, et en la raison et en l’humain. ne pas suivre l’autoroute ouverte par la logique revient à renier mon appartenance au même univers d’attentes et d’espoirs. lourde responsabilité, une fois encore teintée de culpabilisation.

une dernière remarque sur cette phrase, comparée à la phrase précédente. pour rendre plus clair le propos, je les cite à nouveau, en mettant en gras ce que je vise:

Alors que la catastrophe de Fukushima et l’accélération des révolutions arabes nous imposent une vigilance particulière par rapport aux médias dominants, vous avez besoin d’@rrêt sur images, pour souligner leurs manipulations et leurs « oublis ».

Si vous êtes parmi les habitués du site, nous savons pouvoir compter sur votre fidélité.

on remarque le « jeu » (à la fois comme activité ludique, mais également comme espace entre deux objets, dans lequel pourrait bien se glisser quelque grain de sable) dans l’utilisation des pronoms personnels : le premier « nous » recouvre toute la communauté formée par « eux » et « moi », c’est un nous tous ici qui est en jeu, confronté aux événements. or, dans la même phrase, on passe au « vous » (donc créant implicitement un monde d’énonciation en « nous », « nous » ce n’est plus « vous »), et « vous » s’adresse directement à moi. moi, j’ai besoin, mais pas eux, parce qu’eux sont @rrêt sur images, justement, fracture entre eux et moi soulignée dans le deuxième énoncé : l’opérateur logique ‘si moi…, alors eux…’ / ‘si vous…, alors nous…’. le mot final de « fidélité » revêt des nuances quasi maritales : entre eux et moi, que les places sociales et les fonctions séparent, une chose maintient le lien : cette loyauté qui est à la fois le fruit de la logique et l’enfant naturel de 51 semaines de relation.

l’utilisation partielle du caractère gras pour cette partie explicitement injonctive du texte (je cite : « faites-le dès maintenant ! », où à la fois l’impératif et l’exclamation enjoignent le récepteur à agir sans délai, c’est un ordre) est une sorte de redondance au mode de faire, qui est simple : il suffit de cliquer là. et les arguments pour procéder ainsi sont de poids, en effet : cliquer, c’est simple. pas de formulaire, rien de compliqué, juste cliquer. un peu comme il suffit de siffler vite vite pour faire venir jiminy cricket[4]. de plus cliquer là, tout de suite, permet d’éviter une chose dont la nature a horreur, le vide. cette interruption du service[5] dont je suis menacée occasionnerait-elle quelque crise de manque, quelque phase de ma vie chaotique, voire dévastatrice ? en tout cas, un vide, et l’éviter grâce à un simple clic semble un élément essentiel de l’injonction faite.

un rappel ensuite, ce « Rappel de la date de fin de votre abonnement : 30/04/2011« , avec la date en gras, comme si ce « Dans une semaine, votre abonnement d’une durée de 1 an se termine » n’avait pas suffit, et qui souligne l’urgence urgente de la chose, avec toutefois un petit côté formel-formulaire inquiétant, rappel de facture, rappel d’examen médical, propre à exciter une fois encore un certain malaise coupable.

la formulation qui vient ensuite : « D’avance, merci. Nous sommes très heureux de continuer à vous compter parmi nous » tient pour acquis le cliquer-c’est-si-simple et l’absence d’interruption, et on sait que tout actus interruptus déplaît à l’homme (et à la femme). aucun doute dans ce « d’avance, merci », et il ne faut s’attendre à aucun remerciement en cas de non-clic, soyons logique.  remercier d’avance, c’est tenir pour acquis le fait qu’on est justifié dans son attente. à nouveau, mépriser l’attente est culpabilisé : on m’aura remerciée pour rien, injustement, de manière imméritée. de plus, ne pas répondre à une attente, dans le potlatch infernal des relations humaines, c’est décevoir, blesser, offenser, déplaire. c’est donc à hauts risques pour les âmes sensibles : est-on prêt à jouer le mauvais rôle, et à initier du malheur communicationnel en ne (se) comptant pas parmi « eux » tout en recevant ce « merci » immérité ?

la signature, ah, la signature : un grand nom du journalisme, c’est donc signé personnellement et au nom de tous les gens qui l’entourent. c’est là où le lapsus calami de départ[6] se rappelle à notre bon sens critique. quelle personne va signer personnellement une lettre aussi injonctive après avoir loupé pareillement un adressage : « cher s… h… » ? et « l’équipe »… dans le fond, qui compose cette « équipe » ? car je sais, en toute certitude, que ceci est un mensonge, et que « l’équipe » ne ressent aucun bonheur ni aucun malheur à ma présence/absence parmi « eux ». rhétorique touchante, il est vrai, mais un mensonge tout de même. prétendre parler vrai, argumenter vrai, et boucler le discours sur un beau gros mensonge banal et désolant, c’est gênant.

s’il restait un tout petit sentiment, du côté du récepteur, d’une sorte d’impression d’intersubjectivité communautaire, celui-ci disparaît à ce « Pour ne plus recevoir nos relances, cliquez ici ». car il fait lire rétroactivement cette lettre peut-être personnelle (n’était ce départ avorté) en simple « relance », une de plus, et définissant ainsi un jeu (là, au sens réellement ludique) duquel il suffirait, pour en sortir, de cliquer à nouveau, mais sur un autre endroit. sans adieu, sans larmes, et sans demande d’explication. que c’est culpabilisant de ne pouvoir justifier le non-clic, frustrant aussi. cette simplicité dans la manière de quitter la communauté des @sinautes renvoie à l’angoisse profonde qu’on a probablement tous de disparaître ainsi, sans laisser de trace, juste un clic, dans une sorte de silence communicationnel. si je clique, c’est fini, et c’est tout. mais, j’y pense, y a-t-il un endroit, un seul, atteignable aussi par un simple clic, pour exposer sa position en tant qu’utilisateur de service (à part qu’il est clair qu’il s’agit d’un réabonnement, il n’est pas fait mention de mon statut d’abonnée – ni de cliente non plus, ni d’usagère d’un service non plus) ?

que conclure de ce décryptage ? avant tout, et je me bornerai à cela, que le texte injonctif est à manier comme une grenade dégoupillée. car selon comment le récepteur est luné, selon les termes utilisés, les choix stratégiques d’énonciation, et/ou les cordes sur lesquelles l’émetteur a joué inconsidérement, l’utilisation de ce genre de textes peut être inutile, voire contre-productif. lorsqu’en fin de lecture, le récepteur a l’impression qu’on le prend pour un con-cochon de payant, l’émetteur doit se poser quelques questions concernant son usage pragmatique des types de discours et des genres de textes, ne serait-ce que pour éviter les pièges redoutables tendus par le « parler vrai » traduit en format marketing.


[1] un énonciateur collectif, en l’occurrence DS et l’équipe, terme vague, on supposera une foule de gens entourant le chef et émetteur principal de cette lettre, cette remarque en quelque sorte en anticipation sur la lecture, qui donne a posteriori une couleur au texte

[2] et en soi ce postulat implicite est encore une manière d’injonction et de culpabilisation : quid du lecteur qu’indiffèrent et la catastrophe au japon, et les révolutions arabes ? cette possibilité n’est même pas envisagée, comme elle l’aurait été par une modalisation prudente en « si vous vous intéressez à… ». et il y a là aussi une sorte de chantage : que ceux que tout cela indiffère sortent, ils ne font pas partie de ceux à qui cette lettre s’adresse.

[3] pour votre bulletin tremblements de terre, voir ici : http://www.emsc-csem.org/#2

[5] le « service » désignant cette relation dont j’ai besoin pour voir clair, et là le choix lexical est très particulier, puisqu’il suppose qu’être abonné à @rrêt sur images, c’est profiter d’un service, payant n’oublions pas. or si @si est une sorte de service à la clientèle, une clientèle de happy few pas naïfs et tout à fait vigilants, on pourrait attendre que ce service réponde aux exigences des clients, les anticipe mais également s’en fasse l’écho, les forums ne couvrant de loin pas cette partie d’un service payant

[6] et je serai presque tentée d’y voir carrément une balle dans le pied et un vrai bel acte manqué réussi.

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Written by zozefine

23 avril 2011 à 19 h 19 min

18 Réponses

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  1. excuses post : j’ai toujours bien fait mes majuscules dans les autres textes. mais ici, pas. l’occasion était trop belle, après le « Cher s… h…. » d’autre part, si vous voyez un moyen de transmettre ça à @si, je suis preneuse.

    zozefine

    23 avril 2011 at 19 h 50 min

    • Si tu vas sur « contacts », tu n’auras que l’embarras du choix: écrire à DS, écrire au webmaster, écrire à propos de votre abo, écrire pour améliorer le site…

      florence

      23 avril 2011 at 20 h 03 min

      • 9000 caractères maximum…

        zozefine

        23 avril 2011 at 21 h 53 min

  2. Un question très certainement idiote : pourquoi classer ce billet dans la catégorie « défense animale », et « littérature » ?

    Gavroche

    23 avril 2011 at 22 h 03 min

    • et une réponse très certainement idiote aussi : pour qu’on me le demande, justement…
      (et sinon : en fait, je classe pratiquement jamais les textes, je trouve pas de catégorie pertinente. celui-ci, c’était pour ratisser large ;-)) )

      zozefine

      23 avril 2011 at 22 h 17 min

      • Perso, c’est le ton « qu’allez bien vous deveenir sans nous » qui m’agace par sa condescendance…
        Quelle prétention ! Quel absence de respect ! »Allez, petit mouton, paie, reviens vers ton berger, celui qui te montre la voie… »
        Quant au masculin cher suivi de S… ça frôle le pathétique… la lettre-type envoyée a tous les abonnés qui arrêtent leur abonnement, la panique qui gagne… et l’incompréhension : comment peut-il se passer de nous et nous qu’allons-nous devenir ?

        Ceci étant dit, je pense qu’@si et beaucoup de sites souffrent et vont être confrontés à une crise de plus en plus grosse en raison de la pauvreté du débat politique, du glissement progressif vers la nullité de tout ce qui compose la télévision, de cette casse culturelle et sociale qui est en train de déchiqueter à petit feu tout ce qui pouvait rendre plus intelligent, plus pertinent, etc.
        Notre société va mal, nos poltiques vont mal, nos media aussi, et nous n’allons pas aller mieux.

        clomani

        24 avril 2011 at 7 h 50 min

  3. En fait, le gros pb vient du décalage entre
    – d’un côté le ton humain, personnel (points d’exclamation, « nous », argumentation…)
    – de l’autre le côté message automatique, qu’on a et qu’on garde en tête dès le début avec le « cher » + prénom féminin.
    Et la boucle est bouclée à la fin avec ce « si vous êtes parmi les habitués ». Si? Ah bon, après tout ce message tellement personnel, en fait on ne me connaît pas?

    florence

    24 avril 2011 at 10 h 11 min

    • la question « si vous êtes… » est purement rhétorique car seuls les habitués reçoivent le message d’appel. par contre, ça permet ce raisonnement tordu en « si (alors) » qui me réjouit tant !
      oui, ce tuilage entre message perso – lettre automatique est très désagréable. typique du marketing le plus banal et plat.

      zozefine

      24 avril 2011 at 10 h 19 min

  4. C’est vrai, ce qu’écrit Flo : c’est ce contraste qui choque… la « familiarité » (vous faites partie des habitués) mais le raccolage du cochon de payant. Souvent des gens offrent des abonnemeents à des amis… donc peut-être cette formulation vaseuse est-elle dûe à ce fait ?
    N’empêche que ça ne donne pas envie en effet… et puis, j’insiste lourdement : comment parler de la télévision, de son absence absolue de pertinence depuis quelques temps. Hier, avec mes potes de Pornic, j’ai vu un reportage (sur l’affaire du mytho trucideur de Nantes) sur une chaîne toute info… un reportage sur RIEN : on avait cherché dans leur passé dans le midi : le maire ne les avait pas connus, le curetonn non plus… donc on n’avait que des gens qui parlaient de RIENS, d’INCONNUS… le comble du mauvais reportage rempli de vide. Voilà où nous en sommes ! Le rien remplit les JT ! C’est grandguignolesque, la télé… La semaine dernière, chez les Chalut/Gavroche, avec le Randal, on était morts de rire devant un reportage sur un cambriolage … on nous montrait le portrait-robot : le mec y figurait avec un passe-montagne !!! Pliés en deux qu’on était, les deux téléstravailleurs d’avant !
    Donc y’aurait de la matière à faire plein d’émissions ou de commentaires comiques, avec c’te télé merdique, mais je crois qu’à ¨@si, on n’a pas l’humour qu’il faut…
    Je sais, je suis hors sujet… mais vous devez commencer à vous habituer j’imagine ;o)).

    clomani

    24 avril 2011 at 12 h 41 min

    • j’ai pas la téloche, je peux pas jouer avec vous !

      zozefine

      24 avril 2011 at 22 h 17 min

  5. C’est marrant : pour moi, c’était la perspective de me laisser seul face au déferlement mensonger des élections présidentielles de 2012 (qui, à ma connaissance, ne se sont pas encore déroulées) qui incitait @si à participer à mon auto-sauvetage du marasme politico-médiatique dans lequel, sans eux, je ne manquerais sans doute pas de m’engluer.

    C’était il y a deux mois, et Fukushima n’évoquait qu’un possible cameraman d’un film de Kitano ; le printemps arabe avait certes commencé, mais n’était peut-être pas (à en croire mes relances) la priorité supposée de mes centres d’intérêts.

    Il est vrai que, vigilant comme je l’étais alors, les petites phrases qui auraient pu révéler ou non les intentions de DSK devaient retenir toute mon attention.

    Donc la promesse que l’on m’a faite alors, de faire d’@si le phare qui permettrait aux navires égarés dans la houle pré-présidentielle dominante de trouver le juste chemin vers la démocratie éclairée… Cette promesse est déjà périmée !

    Mais quel que soit le sujet, le mot d’ordre est toujours la vigilance.
    Alors restons vigilants !

    Il cherchait le Stop

    24 avril 2011 at 20 h 46 min

    • et en regardant (bon, rapidement) les différents plats au menu @sinien, fukushima et les révolutions arabes sont les parents pauvres des sujets traités. quasi rien, en gros.
      il y a une chose qui m’a vraiment fait tiquer, c’est le coup de leur « Vous éviterez ainsi toute interruption de service. »… là, je dois dire, même de très bonne humeur, c’est le genre d’appel vaguement menaçant qui me donne des spasmes nerveux. de même que pour ce « rappel », cette « interruption » fait penser interruption de connexion, de courant, de grossesse, de spectacle, de parole, bref tout actus interruptus traumatisant. et ce choix du mot « service »… argh, c’est marrant, en te répondant ça me refout de mauvaise humeur !!!

      ps : vigilance, en suisse romande, c’était un parti d’extrême droite, très actif mais sans grand succès, pendant une 20aine d’années, entre 65 et 85, et avant l’udc. me demander d’être vigilante, ça tombe mal, je connote tout de suite avec les fachos genevois !!!!

      zozefine

      24 avril 2011 at 21 h 46 min

      • La solution à l’interruption de service, ici, de 7mn48 à 8mn15:

        florence

        24 avril 2011 at 21 h 55 min

  6. ben figure-toi que je l’ai pas vu !! j’ai honte, soudain, et je sens que je vais me le regarder en entier : c’est à la fois touchant et drôle, et très génial.

    la très courte scène avec le kid sur le trottoir qui se cure les ongles et le flic qui passe, ça me fait très violemment penser à une bande dessinée américaine, bicot (winnie winkle en VO), ça se passe dans les années 30, donc pendant la dépression, toujours dans des rues vides, avec des palissades, à la fois glauque et charming… tu connais ?
    ça c’est l’adresse pour les images :
    http://www.google.com/search?hl=fr&biw=1010&bih=594&site=search&tbm=isch&sa=1&q=bicot&btnG=Rechercher&aq=f&aqi=g-s1g1&aql=&oq=

    zozefine

    24 avril 2011 at 22 h 15 min

  7. J’ai reçu la première relance aussi. Après ceci, est-ce que finalement tu l’as envoyé ? Parce qu’il y a au mins 2 changements notables, tout au début, le « cher » est devenu « bonjour » ce qui a le mérite de résoudre les problèmes d’accord ( et nettement plus correct pour moi, je n’ai pas la prétention de leur être chère autrement que par le porte-monnaie) ; et les majuscules au nom sont de mise.

    Pour le reste je n’ai pas encore droit à la pression des thèmes abordés mais ce n’est que le 1er message.

    Joli décryptage de ta part 🙂

    kakophone

    25 avril 2011 at 8 h 36 min

    • merci kako !
      comme quoi il y a du sujet parlant derrière ! eh oui, nous y passons ou passerons toutes et tous !
      l’envoyer était un peu le but de l’exercice, mais sur le site, on ne peut envoyer que 9000 caractères max. et mon « décryptage » en fait nettement plus…à moins de tailler dans la masse, mais j’ai jusqu’au 30 pour tourner là autour !!!

      zozefine

      25 avril 2011 at 8 h 58 min

  8. Ben tu l’envoies par morceaux, simplement 🙂
    Je ne doute pas que tu sauras découper correctement ton texte.
    Non?

    mebahel5

    25 avril 2011 at 10 h 39 min

    • ben voilà une astuce qu’elle est bonne ! merci !!
      plus tard : ben voilà, c’est fait, en 4 morceaux. mais toute la mise en page (les caractères gras, italiques, etc. bref tout ce qui fait le « sel » para textuel de la lettre et du commentaire) est passée à l’as. j’ai dit que je tenais l’original à leur disposition.

      zozefine

      25 avril 2011 at 11 h 07 min


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