LES VREGENS

Qu’est-ce qu’on fait maintenant ?

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Demain, après-demain, un jour viendra, peut-être ...

J’ai lu tout récemment un article brillantissime de Serge Quaddrupani dans Article 11. Parce que l’urgence, aujourd’hui, à mon sens, elle est là : qu’est-ce qu’on fait maintenant ?

On va voter en 2012 (enfin, ceux qui y croient encore) une poignée d’entre nous va aller manifester derrière les bannières d’un syndicat, on va signer des pétitions sur le ouebe, râler devant les jités, s’énerver, se préparer un bon vieil ulcère d’estomac, ou un mal au dos carabiné, en vertu du principe : « j’en ai plein le dos », et ça va servir à quoi ?

Citant Franco Berardi, un des animateurs du mouvement autonome italien des années 1970, Quaddrupani écrit :

« Ça va durer. Ce n’est pas une explosion fugace, c’est une génération dans son ensemble qui se met debout, c’est la déclaration de l’autonomie de l’intelligence collective face à la putréfaction d’un système corrompu, violent, inculte et mourant. C’est le changement du climat culturel qui annonce une décennie de conflits et de construction d’un monde affranchi de l’exploitation. »

Quaddrupani parle de l’urgente nécessité de construire une théorie de la révolution qui ne porte pas en elle les germes d’une nouvelle forme de totalitarisme capitaliste. Si on veut sortir des luttes parcellaires, souvent exaltantes mais toujours vaincues, il faudra bien que se construise une nouvelle vision du monde collective, un imaginaire et une théorie de la révolution à opposer à la vision dominante. Un tel projet reposait autrefois sur une contre-culture centrée autour de la figure de l’ouvrier d’usine, terrain commun aussi bien du stalinisme que de ses critiques les plus radicaux. C’est une nouvelle contre-culture qui doit naître, qui est en train de naître, et qui ne pourra se développer que sous la forme où elle a pris naissance : en réseau.

De nos jours, le développement d’une théorie de la révolution ne peut être qu’une œuvre collective et pratique. Au XIXe siècle, un seul individu, un Marx ou un Rimbaud par exemple, pouvait encore concentrer dans ses productions quelques-unes des tendances les plus subversives de son époque. Au XXe siècle, comme l’illustrent la régression continue d’un Debord depuis son premier et unique livre important (La Société du Spectacle) ou les insuffisances arrogantes de tant de revues portant l’empreinte d’un ou deux personnages, le paradoxe consistant à faire de la critique sociale une pratique individuelle (ou de micro-groupes) est devenu insoutenable. L’ambiguïté des temps, la multiplicité polymorphe des luttes, la difficulté à établir la distinction entre radicalité féconde et stérilité dogmatique imposent à l’élaboration théorique de rester au plus près des pratiques et de leur polyphonie. Ce qui devrait aussi permettre de surmonter le paradoxe central de l’époque, à savoir l’impossibilité de définir un sujet révolutionnaire..

Car l’idée qu’il existerait, quelque part dans la société, un groupe social qui, par sa place dans les rapports de production, aurait ontologiquement la possibilité, rien qu’en défendant ses intérêts propres, d’accéder à une lutte universelle menant au dépassement du capitalisme, cette théorie-là – nommons-la théorie marxiste classique du prolétariat – a toujours été inadaptée au réel. Elle est aujourd’hui d’une fausseté totale et manifeste.
Il ne s’agit pas non plus de substituer à la figure de l’ouvrier celle du « sans » (-travail, -papiers, etc.), mais de concevoir qu’il y a des luttes plus ou moins importantes, en fonction de leurs possibilités de dépassements. Avec pour enjeu que ces luttes se rencontrent, se transforment mutuellement et se fondent – jusqu’au point critique où s’amorcera le grand dépassement, celui du mode de production capitaliste.

Si le noyau central de la pensée d’ultra-gauche, la théorie marxiste classique du prolétariat, a perdu son assise pratique avec la transformation profonde du travail et l’essor du « general intellect » – à savoir, l’intelligence collective en réseau comme force productive entraînant toutes les autres -, ce courant historique a pourtant laissé un héritage fécond. Citons l’anti-électoralisme (et ce ne sont pas les aventures du NPA qui nous convaincront de la nécessité d’aller aux urnes), le refus de l’antifascisme consensuel (et ce n’est pas la comédie, en 2002, du vote gauchiste pour Chirac contre Le Pen qui nous fera changer d’avis), la nécessité de l’autonomie des luttes par rapport aux syndicats (et ce n’est pas le comportement des centrales dans le dernier mouvement social français qui peut en démentir la pertinence), et enfin la conviction que la forme parti et tous les appareils pyramidaux, quelle que soit la bonne volonté de leurs membres et dirigeants, finissent toujours par acquérir une logique d’autoconservation. Syndicats et partis défendent l’exploité en tant que tel, c’est pourquoi ils ne mettront jamais fin à l’exploitation.

Mais l’autonomie des luttes et des organes qu’elles produisent spontanément (comités de grèves, « interpros », assemblée générales, coordinations…) ne saurait garantir que s’amorce le dépassement. Nécessaire mais non suffisante, l’autonomie est une forme qui ne garantit pas la richesse du contenu. C’est ici que nous entrons dans un débat où l’ultra-gauche historique ne peut plus servir à grand chose : dans l’état actuel du monde, que faut-il détruire, transformer, ramener à la vie ? Quelles richesses voulons-nous partager ?

Alors, cet article a suscité pas mal de commentaires sur le site, et certains sont très intéressants, et pas seulement les réponses de Quaddrupani à ses contradicteurs.

D’utilité publique, parce qu’il pose les bonnes questions, et nous invite à réfléchir, cet article est à lire ici.

Les extraits de l’article sont en italique, et j’ai mis en gras ce qui me paraissait important…

Du coup, tiens, je vais (re)lire « L’insurrection qui vient« .

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4 Réponses

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  1. […] raison, les Vregens : quand est-ce qu’on fait quoi ? En voilà une bonne question […]

  2. Merci Gavroche !
    J’en profite pour remettre ici cette pétition
    http://www.convergencedesluttes.fr/petitions/index.php?petition=12

    alainbu

    28 avril 2011 at 14 h 18 min

    • Ouaip Alain ! je me retrouve bien dans le texte de cette pétition !

      Signé !

      🙂

      julesansjim

      30 avril 2011 at 14 h 49 min

  3. Je viens de m’énerver avec de pauvres jeunes qui quêtent sur la voie publique nantaise pour une ONG où « on s’occupe des pauvres dans les pays lointains »… les djeun’s vous esssspliquent combien c’est utile de s’occuper du tiers monde…
    Et moi de leur esssspliquer à chaque fois que c’est du néo-colonialisme, que c’est fastoche de donner un peu de fric chaque mois à une ONG et de le mentionner sur la déclaration d’impôts, ce qui nous fait croire qu’on va payer moins d’impôts…
    Chaque fois, je suis consternée par le manque de connaissance de ces jeunes… la dernière m’a dit : « vous savez, il y a les produits Yves Rocher qui sont de notre côté » pour me convaincre de l’utilité de leur ong ! Vous répondez alors « mais c’est à côté de nous qu’il faut regarder, et arrêter de croire à ces fausses solutions néo-colonialiste, etc. » et là y’a plus personne…
    Donc, oui, partante pour un combat, un vrai, avec un début, un milieu et une fin qui débouche sur de l’espoir. Pas ces solutions à la mords-moil’noeud qu’on vous propose dans les rues, dans la presse ou ailleurs.
    Merci Gavroche ;o)

    clomani

    29 avril 2011 at 15 h 49 min


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