LES VREGENS

Il faut que je lise ce livre !

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Lorsqu’elle était étudiante notre fille aînée s’était abonnée au Monde, bénéficiant d’un tarif préférentiel. Lorsqu’elle a quitté le foyer parental elle a légué à ses « vieux parents » le dit abonnement. Et les vieux parents sont encore et toujours abonnés au Monde ! Depuis une dizaine d’années. Malgré tout. Et ils assument. Malgré tout.

Les abonnés reçoivent le supplément au Monde, avec la livraison du samedi. Ce samedi 4 juin 2011 la couverture du Monde Magazine est dédiée à Pierre Rabhi et la rédaction lui consacre un reportage à l’occasion de la sortie de son dernier livre : « Vers la sobriété heureuse ».

Comme tout ceux qui s’intéressent aux problématiques environnementales et au concept de décroissance je connaissais le nom de Pierre Rabhi ainsi que sa philosophie écologique, mais sans plus. Ces quelques pages de magazine m’ont donné envie d’en savoir plus. Parce que cet homme m’apparaît doté d’une sagesse apaisante et d’une ouverture d’esprit enviable ; parce que cet homme semble pratiquer un pragmatisme exempt de cynisme, nourri par une réflexion qui théorise des pratiques (ce qui lui a permis d’inventer l’agroécologie) ; parce que cet homme témoigne d’un parcours étonnant ; parce que ce père de cinq enfants a l’une de ses filles, Sophie Rabhi-Bouquet, qui est la principale animatrice d’un projet à l’utopie réjouissante ( le Hameau des Buis, dans le sud de l’Ardèche, est le premier éco-village à voir le jour en France – inauguration prochainement courant juin).

Une chose pouvait toutefois tempérer mon enthousiasme, c’est l’amorce du reportage. Le journaliste du Monde, Laurent Carpentier a intitulé son article « La princesse et le paysan – un conte écologique ». Il est vrai que le duo est insolite : une riche châtelaine et un pauvre paysan. D’un côté, l’argent et un tempérament foncièrement rebelle et révolutionnaire, de l’autre, la frugale authenticité d’un penseur autodidacte et la tranquille assurance d’une démarche respectueuse de l’humain et du naturel. Il faut donc faire l’effort d’oublier l’emballage médiatique pour ne s’intéresser qu’au contenu. Et il faut dire aussi que ça déménage ! La châtelaine a congédié l’agriculteur, jusqu’ici responsable de la gestion du domaine des Polignac à coup de pesticides et labours intempestifs et dévastateurs, afin de suivre désormais les préceptes du « petit maître ardéchois », préconisant la résurrection de la nature (écoute des saisons et du milieu, culture en biodynamie, réinsertion sociale et … « sobriété heureuse »).

Mais cette « association », aussi ponctuelle et temporaire qu’insolite, n’est qu’une illustration de l’influence progressive des idées, préceptes et pratiques agroécologiques de Pierre Rabhi. Laissons donc le journaliste à ses envies de storytelling et concentrons-nous sur l’essentiel, qui peut rester invisible ou incompréhensible aux yeux de certains mais qui moi, me touche profondément : « Comment expliquer aux bureaucrates que le silence c’est important, que la beauté du paysage c’est important, que la nature c’est important ? »  De même, tout Pierre Rabhi réside dans la façon avec laquelle il raconte l’achat de sa première vache :  » J’ai compris alors pourquoi celles-ci représentaient tant pour tant de peuples. Elle apportait un autre rythme dans la maison. » Et puis il y a l’expérience et l’expertise accumulées, voyage après voyage. Le Burkina Faso, le Maroc, le Bénin, la Mauritanie, l’Ukraine. D’abord pionnier, puis une voix qu’on écoute, au travers de ses écrits et de ses conférences. En 1997, il est conseiller auprès de l’ONU pour la lutte contre la désertification. En 2007, il crée Colibris, un mouvement associatif pour la Terre et l’humanisme. Lui dit s’inspirer de l’esprit des textes de Krishnamurti (un mystique indien dont le cœur de doctrine est exprimé dans l’aphorisme  » La Vérité est un pays sans chemins »), quant à moi le mot « colibri » me renvoie à Patrick Chamoiseau et son colibri dans « les neuf consciences du Malfini ».

Au final, comme  le journaliste du Monde Magazine, je m’interroge : « Drôle de tableau que ces êtres aux antipodes de l’échelle sociale fraternisant dans la quête de la beauté. A quoi se sont-ils reconnus, ces deux enfants qui veulent changer le monde ? »

Définitivement, oui, il faut que je lise ce livre ! « Vers la sobriété heureuse » Actes Sud, 140 p.,15 €.

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Written by Juléjim

6 juin 2011 à 15 h 55 min

7 Réponses

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  1. Le livre de Pierre Rabhi, je l’ai entre les mains, trouvé hier chez ma libraire aulnaysienne préférée. En exergue, une citation de l’auteur, formulée comme une profession de foi, un engagement pour le futur :

    « Désormais, la plus haute, la plus belle performance que devra réaliser l’humanité sera de répondre à ses besoins vitaux avec les moyens les plus simples et les plus sains. Cultiver son jardin ou s’adonner à n’importe quelle activité créatrice d’autonomie sera considéré comme un acte politique, un acte de légitime résistance à la dépendance et à l’asservissement de la personne humaine. »

    julesansjim

    9 juin 2011 at 15 h 22 min

  2. Merci Jules.
    Pierre Rabhi est également vice-président de l’association Kokopelli dont je cause régulièrement http://www.kokopelli.asso.fr/qui-sommes-ns/soutien.html

    alainbu

    10 juin 2011 at 8 h 48 min

  3. Dans les moments où l’on désespère de l’humanité c’est alors qu’il faut penser à cette galaxie d’associations de par le monde animées par des gens magnifiques ! Ça fait du bien au moral en même temps qu’à la planète toute entière.

    🙂

    julesansjim

    10 juin 2011 at 10 h 19 min

  4. Pierre Rabhi est très attachant, j’ai vu une interview télévisuelle de lui je sais plus quand, tout respire la douceur et la paix intérieure chez lui.

    superpowwow

    14 juin 2011 at 21 h 34 min

  5. […] Le dernier livre de Pierre Rabhi ne paie pas de mine, à première vue, une couverture sans illustration, un titre en lettres blanches sur fond vert, et le nom de l’auteur, d’un vert plus clair. 142 pages, 15 €, chez Actes Sud. Pierre Rabhi dit ce qu’il fait tout en faisant ce qu’il dit. Son livre est sobre, alors que son objet, complexe, pourrait entraîner de multiples digressions et développements annexes ; il pourrait aussi être sombre, tant les constats sur lesquels s’appuie l’auteur pour présenter sa démarche et sa philosophie ne portent guère à l’optimisme. Pourtant, sa lecture réconforte et réchauffe. Un bonheur de lecture. Comme une promesse, une espérance « vers la sobriété heureuse ». Si l’on pense au livre d’Edgar Morin, d’un format bien plus imposant avec un contenu beaucoup plus diversifié et développé, bien que les deux livres pointent la même direction vers des alternatives semblables, on n’en ressort pas dans le même état : après « La Voie » on se dit « c’est tellement complexe que ça va pas être possible ! pas tout de suite du moins … », après « Vers la sobriété heureuse » on se dit que quelque chose est possible, atteignable, là, tout de suite, à portée de main, à la portée de la volonté individuelle … et ça fait un bien fou ! […]

  6. merci zules, pour donner pareillement envie (de lire et de faire) et pour ce « La Vérité est un pays sans chemins » de krishnamurti
    mais ça me fait penser à un texte de vian (dit par vian dans son fameux disque avec fais-moi mal), je sais plus le titre, mais la phrase répétée c’est « pourvu qu’ils me laissent le temps ». hein, pourvu qu’ils nous laissent le temps…

    zozefine

    4 juillet 2011 at 12 h 03 min

  7. pour Zoze
    L’evadé
    Boris Vian (1920-1959)

    Il a dévalé la colline
    Ses pieds faisaient rouler des pierres
    Là-haut, entre les quatre murs
    La sirène chantait sans joie

    Il respirait l’odeur des arbres
    De tout son corps comme une forge
    La lumière l’accompagnait
    Et lui faisait danser son ombre

    Pourvu qu’ils me laissent le temps
    Il sautait à travers les herbes
    Il a cueilli deux feuilles jaunes
    Gorgées de sève et de soleil

    Les canons d’acier bleu crachaient
    De courtes flammes de feu sec
    Pourvu qu’ils me laissent le temps
    Il est arrivé près de l’eau

    Il y a plongé son visage
    Il riait de joie, il a bu
    Pourvu qu’ils me laissent le temps
    Il s’est relevé pour sauter

    Pourvu qu’ils me laissent le temps
    Une abeille de cuivre chaud
    L’a foudroyé sur l’autre rive
    Le sang et l’eau se sont mêlés

    Il avait eu le temps de voir
    Le temps de boire à ce ruisseau
    Le temps de porter à sa bouche
    Deux feuilles gorgées de soleil

    Le temps de rire aux assassins
    Le temps d’atteindre l’autre rive
    Le temps de courir vers la femme

    Il avait eu le temps de vivre.

    sgd

    4 juillet 2011 at 23 h 23 min


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