LES VREGENS

Retour en terre d’espérance, avec Pierre Rabhi

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Le dernier livre de Pierre Rabhi ne paie pas de mine, à première vue, une couverture sans illustration, un titre en lettres blanches sur fond vert, et le nom de l’auteur, d’un vert plus clair. 142 pages, 15 €, chez Actes Sud. Pierre Rabhi dit ce qu’il fait tout en faisant ce qu’il dit. Son livre est sobre, alors que son objet, complexe, pourrait entraîner de multiples digressions et développements annexes ; il pourrait aussi être sombre, tant les constats sur lesquels s’appuie l’auteur pour présenter sa démarche et sa philosophie ne portent guère à l’optimisme. Pourtant, sa lecture réconforte et réchauffe. Un bonheur de lecture. Comme une promesse, une espérance « vers la sobriété heureuse ». Si l’on pense au livre d’Edgar Morin, d’un format bien plus imposant avec un contenu beaucoup plus diversifié et développé, bien que les deux livres pointent la même direction vers des alternatives semblables, on n’en ressort pas dans le même état : après « La Voie » on se dit « c’est tellement complexe que ça va pas être possible ! pas tout de suite du moins … », après « Vers la sobriété heureuse » on se dit que quelque chose est possible, atteignable, là, tout de suite, à portée de main, à la portée de la volonté individuelle … et ça fait un bien fou !

Pour avoir connu dans l’enfance la pauvreté et la misère sur le continent africain, pour avoir  ensuite constaté et fait l’expérience, en France, de l’aliénation que peuvent distiller certaines formes du  travail (à l’usine comme au champ), Pierre Rabhi a patiemment mais résolument tissé une philosophie existentielle et écologique, ce qu’il nomme aujourd’hui « la sobriété », antidote aux multiples ravages de la surconsommation.

« Il m’a toujours été difficile de définir, de décrire la sobriété telle que je la ressens depuis de nombreuses années. En faire une option de vie est déjà beaucoup, mais cela est loin d’en révéler la subtilité. Elle peut être considérée comme une posture délibérée pour protester contre la société de surconsommation ; c’est dans ce cas, une forme de résistance déclarée à la consommation outrancière. Elle peut être justifiée par le besoin de contribuer à l’équité, dans un monde où surabondance et misère cohabitent. Le monde religieux en a fait une vertu, une ascèse. En réalité, c’est un peu tout cela, mais plus que cela. Je n’ai rien trouvé de mieux pour l’exprimer que le petit récit tout à fait véridique qui suit. »

« Ce qui suit » relève à la fois du conte africain et de la parabole initiatique. D’un côté, de jeunes agriculteurs qui exultent après avoir doublé la récolte, grâce au recours à « la poudre des Blancs », de l’autre, un vieillard, le Sage du village, qui suggère aux jeunes gens d’alléger leur peine, puisque la poudre des Blancs semble le permettre, en ne cultivant plus désormais que la moitié des parcelles. Car « en toutes circonstances, gardons la mesure des choses pour que la satisfaction puisse toujours habiter notre âme. » conclut le vieux sage.

De la même façon, Pierre Rabhi, le Sage, ne fait la leçon à personne, encore moins la morale. Il fait et dit ce qu’il fait. Sa parole, comme sa pensée, est libre. Il réconcilie pragmatisme et spiritualité. Le corps et l’esprit. Cet homme-là est une sorte de « jardinier des âmes ». Lire « Vers la sobriété heureuse » c’est comme faire une pause à l’oasis avant de reprendre notre traversée du désert, en emportant un « je ne sais quoi » de différent. Car la révolution écologique que nous suggère cet expert en agroécologie ne signifie pas un retour à la bougie, ni même un retour à la terre obligatoire pour tous, il s’agit avant tout d’un retour sur nous-mêmes, nos valeurs, nos us et coutumes, nos modes de vie, notre rapport aux autres et au monde.

« J’avais alors vingt ans, et la modernité m’est apparue comme une immense imposture. » (Pierre Rabhi)

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Written by Juléjim

26 juin 2011 à 10 h 15 min

5 Réponses

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  1. Excellent, ça donne vraiment envie, je crois que je ne vais pas résister dès que je peux de me le commander, merci « frérot » !

    alainbu

    26 juin 2011 at 12 h 30 min

  2. Gavroche

    26 juin 2011 at 21 h 02 min

    • Merci ! Je suis d’autant plus heureux qu’à entendre Rabhi parler de la décroissance et de la sobriété heureuse, j’ai la sensation d’avoir bien capté l’essentiel de son message. Dès que je peux je me procure « Du Sahara aux Cévennes ».

      Est-ce la fenêtre médiatique qui va s’ouvrir bientôt pour la présidentielle de 2012 permettra à des personnalités telles que Pierre Rabhi de se faire entendre du plus grand nombre ?

      julesansjim

      26 juin 2011 at 21 h 35 min

  3. Bonsoir Juléjim Merci de cette lecture…

    Vers une sobriété heureuse… le nombril va encore dire que ce n’est pas pour moi 😉

    sgd

    26 juin 2011 at 22 h 40 min

  4. la sobriété heureuse. voilà peut-être notre utopie de l’an 2010. ce qui semble terrible, c’est qu’il semble, pour y arriver, après beaucoup de chemin et de sagesse, devoir passer par l’hystérie du plus encore plus toujours plus. et j’ai peur que parfois ce toujours plus ferme la porte définitivement à la sobriété heureuse, celle des biens et des pensées.

    zozefine

    4 juillet 2011 at 9 h 48 min


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