LES VREGENS

Histoire(s) de Gitans

with 16 comments

Je dois avoir du sang gitan

Ça expliquerait pourquoi c’était à moi que Canett venait demander un crayon ou tenter d’échanger son image froissée du chocolat Poulain contre mon stylo plume neuf quand il passait deux-trois semaines par an dans ma classe d’école élémentaire. Les autres l’évitaient consciencieusement. Sa famille venait tous les ans s’installer sur un terrain dans mon village, son frangin plus âgé faisait la manche sur la place de l’Horloge à Nîmes en chantant des chansons a capella.

De plus aujourd’hui c’est l’anniversaire de Manitas de Platas, régulièrement croisé dans Montpellier ou aperçu en terrasse de « L’Étoile de Mer » à la Grande Motte.

http://www.midilibre.fr/2011/08/06/ambassadeur-de-la-nation-gitane-manitas-de-plata-fete-ses-90-ans,367595.php

Quelques photos avec ses amis les stars (clic pour agrandir)et anecdotes (clic aussi)

Il y a deux ans j’avais aussi particulièrement apprécié le touchant doc de John-Paul Lepers tourné en majorité dans le coin.

Mais ce matin très tôt j’ai écouté une redif de « un temps de Pochon » sympathique petite émission de quelques minutes qui ponctuait « et pourtant elle tourne » jusqu’à ce que ce crétin de Val ne la supprime :

https://cafemusique.files.wordpress.com/2011/08/untitled_1.mp3

L’émission date de début 2010 et traite du sort subi par les tsiganes sous Vichy, rapport au film « Liberté » de Toni Gatlif fraichement sorti.

Extrait :

Henriette Asséo, chercheuse au CNRS et spécialiste des Tsiganes http://crh.ehess.fr/document.php?id=422 :

« Il faut bien situer cette histoire dans sa dimension franco-française intra nationale, c’est-à-dire qu’à l’occasion de l’occupation, le régime de Vichy qui gardait la prétention idéologique à maitriser le territoire national,  alors qu’il avait été dépossédé de tous ses pouvoirs mais pas des pouvoirs de répression, a traduit le terme de « Zigeuner » par quelque chose que les administrations connaissaient très bien, c’est toutes les familles qui étaient enregistrées dans ce qu’on appelait le régime des nomades, et que tout le monde connait au travers de la possession du carnet anthropométrique. C’est plus que le carnet de circulation [qui est toujours obligatoire pour les personnes n’ayant pas de domicile fixe à partir de 16 ans], toutes les personnes enregistrées dans le régime des nomades l’étaient d’abord familialement, avec les enfants, on ne pouvait pas en sortir. Et il interdisait de prendre, en 1940 quand elle a été créée pour tous, la carte d’identité. Donc c’était un régime administratif de discrimination. Il était indépendant de la nationalité, et à 95 %, les familles qui ont été internées pendant la guerre au titre de l’internement des Tsiganes, étaient de nationalité française. Les Bohémiens de France de nationalité française était la population la plus surveillée de France déjà avant la guerre. Donc il y a un anachronisme à la fois historique et politique fondamental à éviter, cet internement est une affaire franco-française, elle doit être reconnue en tant que telle !

À la libération on ouvre les camps, tout le monde est libéré sauf les Tsiganes, qui y restent pendant l’année 45/46 ; Ils ne seront libérés qu’en 46 quand l’ordre d’assignement de 39 sera levé. »

Voici également une interview en vidéo où Henriette Asséo fait le lien entre la période de Vichy et ce qu’il en est aujourd’hui (et encore c’était avant les délires de notre Suprême national) :

On peut trouver également pas mal de détails historiques sur les camps Tsiganes de Vichy sur cette page :

http://aphgcaen.free.fr/cercle/tsiganes.htm

Voici la bande annonce du film en question

(que je n’ai pas encore vu mais ça ne saurait tarder, on peut le trouver ici http://www.megaupload-premium.com/telechargement-films/libert/ )

Aujourd’hui en Europe les plus stigmatisés sont les Rroms.

En Hongrie le gouvernement a voté une loi contraignant les bénéficiaires d’aides sociales à faire des travaux d’intérêt général dissimulant à peine le fait qu’elle est essentiellement dirigée contre les Roms, sans doute sous la pression de quelques milices d’extrême droite.

Chez nous évidemment, depuis le discours de Grenoble de qui vous savez, cette population continue de subir discrimination, amalgame et idées reçues.

Allez, encore de la musique et encore du Gatlif avec un extrait du formidable Swing

En tous cas si j’en ai, c’est du sang de gitan sédentaire, pantouflard comme je suis… 😉

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16 Réponses

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  1. C’est toujours pareil: il y a quelque chose, là, que les imbéciles qui sont nés quelques part ne supportent pas…

    florence

    9 août 2011 at 12 h 42 min

  2. « Ces gens-là, il y en a trop dans cette ville, nous souhaitons qu’ils aillent ailleurs » Jean-Claude Gaudin.
    http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/societe/20110810.OBS8329/marseille-la-ville-prend-un-arrete-municipal-pour-expulser-des-roms.html

    alainbu

    10 août 2011 at 9 h 06 min

  3. Merci pour son message à jf dont voici le très bon blog http://lamauragne.blog.lemonde.fr/

    alainbu

    11 août 2011 at 11 h 27 min

  4. alainbu

    11 août 2011 at 12 h 38 min

  5. Comme c’est curieux, la vie et ses coïncidences : je rentre d’un « camp de travail » familial pendant lequel j’ai dû, entres autres choses, partager les repas et ses discussions animées (et bien arrosées) avec frères, sœurs, beaux-frères et belles-sœurs. L’un de mes beaufs est un beauf bien de chez nous, qui fait, notamment, une fixation sur les « manouches ». C’est semble-t-il la seule catégorie qu’il connaisse dans le genre « voleur de poules », ce qui lui permet de mettre tout ce qui ressemble de près ou de loin à un gitan dans le même panier (de préférence « à salade »). Ma chère et tendre, qui est pourtant la douceur même, a fini par lui dire qu’il tenait des propos dignes des nazis et de l’époque vichyste. Chaude ambiance.
    On choisit pas sa famille …

    http://www.wat.tv/video/ne-quelque-part-maxime-leforestier-hn9d_2gjnj_.html

    julesansjim

    12 août 2011 at 16 h 52 min

    • Pis rien que cette expression « voleur de poules ». Y a beaucoup de propriétaires de poules, à Montreuil? Dans quelle réalité on se place quand on parle par images comme ça?…

      florence

      12 août 2011 at 23 h 41 min

  6. Lorsque l’on réfléchit/réagit à l’aide de clichés comme ça on passe forcément à côté de la réalité puisque l’on ne s’appuie que sur des représentations généralisantes et subjectives. Dans le cas de cette expression « voleur de poules » l’erreur est sans doute plus énorme encore puisque la perception est très fantasmatique. Sans parler du potentiel insultant de l’expression.
    S’agissant de mon beauf il vit en province, dans une commune du Loir et Cher, urbanisée mais rurale. Ce qui n’excuse rien pour autant. Il y a du déficit culturel dans tout ça, le concernant, et de la frustration sociale aussi : études courtes, formation professionnelle bricolée, parcours professionnel compliqué, désir de réussite sociale contrariée par divers obstacles socio-économiques …

    ;-(

    julesansjim

    13 août 2011 at 10 h 21 min

  7. chaque culture a son bouc émissaire préféré, toujours un bouc émissaire à la fois fragile mais rogneux, le bouc quoi, pas la chevrette… et les pouvoirs en place ont tout intérêt à alimenter le mythe, quoi de plus confortable pour détourner l’attention. les émeutiers anglais, les grecs, les roms, les albanais. vae victis. et ce qui terrifie dans ces histoires, c’est que quelque part ressort une sorte d’immonde division du monde, les riches, les gros, contre les pauvres, les maigres (cf le papier de flo sur l’inde), et un racisme anti-pauvres, anti-déclassés, anti-laissés pour compte.

    zozefine

    15 août 2011 at 8 h 12 min

  8. Dans le Sud, parmi les nombreux noms qu’on donne à ces populations, il y a aussi « caraque » qui vient de l’Occitan « caraco » qui veut dire Gitan mais au sens péjoratif.
    Quand je vivais dans le Gard on disait aussi « piche », qui signifiait également Gitan au sens péjoratif, voire même tout simplement « clochard » ou personne sale. Mais je n’arrive pas à trouver les origines du mot. Quand je suis venu sur Montpellier j’ai constaté qu’il était synonyme de « frimeur ».

    alainbu

    15 août 2011 at 10 h 07 min

  9. « je n’arrive pas à trouver les origines du mot. »

    **********************************

    Ben tiens moi j’ai trouvé ça, qui vaut ce que ça vaut :

    http://www.cnrtl.fr/etymologie/gitan

    julesansjim

    15 août 2011 at 15 h 29 min

    • J’veux pas dire de bêtise, mais je pense qu’Alain parlait plutôt du mot « piche ».

      Il me semble que « piche  » désigne également en gitan le pénis. ( par ailleurs, il sonne à mes oreilles non-ibérophones comme espagnol, faudrait aller voir par là )

      Est-ce un retournement d’insulte ou une auto-désignation teintée d’affection (comme le  » biloute  » des ch’tis) ? je ne sais pas.

      lenombrildupeuple

      21 août 2011 at 20 h 19 min

      • Oui en effet c’était sur « piche » que je me posais la question.
        J’avais bien pensé que ça venait de « petit » (pichon, pichot en languedocien ou pitchoun en provençal), il y a aussi la « picharelle » qui est une sorte de fontaine, ou « picarel » qui est un poisson, pfff, il faut que je demande à un vieux 😉

        alainbu

        22 août 2011 at 9 h 46 min

  10. Un sacrée bonne chanson

    alainbu

    14 septembre 2011 at 17 h 00 min

  11. […] plus du sang gitan (supposé) j’ai également du sang […]


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