LES VREGENS

La rage…et le désespoir

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Pas beaucoup écrit ces dernières semaines.

Le monde comme il va, ailleurs, partout, pis ici, bof…  La crise qui jette les peuples dans la misère en occident,  et pire encore ailleurs, où les gens meurent, comme en Somalie,  ça n’incite guère à l’espoir, tout ça, comme une impression de ramer sec, mais à contre-courant…  Bref, la rage.

Et surtout, surtout, ce qui me déglingue grave, c’est l’indifférence des gens, le chacun pour soi, le repli, le « je ne vais pas bien, j’ai tout le temps mal quelque part, j’ai même pas envie de causer aux autres, ils me font peur les autres, et pis enfin, je les emmerde, les autres, j’fais c’que j’veux, et pis t’façon, ça sert à rien, je suis déjà fatigué, malade, mort (rayez la mention inutile) et voilà… ma gueule, ma gueule, ma gueule, ma santé, mes gosses, ma baraque, mon boulot que j’aime pas/plus (ou mon non-boulot)… mon mal-être, mon malaise, mon malheur, mes p’tits soucis, moi, moi, moi, toujours moi … »

La religion n’étant plus vraiment à la mode (sauf chez les mahométans, forcément intégristes) on se tourne vers la « spiritualité »… Séminaires, séances de relaxation, de stretching, de coaching, ces machins ont le vent en poupe. Et coûtent la peau du cul. Faut dire que pendant qu’on se regarde le nombril, le monde tourne sans qu’on s’en aperçoive, et surtout sans que ça nous dérange.

Ce qui n’empêche d’ailleurs pas les gens d’aller de plus en plus mal, et même de se suicider. Chez France Télécom, chez Renault, chez les flics, à l’ONF, chez les paysans. Dans les prisons. Le peuple ne lutte plus. Il se tue. Plus définitif. Plus simple.

Faut dire que les syndicats n’incitent pas à la révolte, hein. Plutôt au consensus mou, tiens, je me souviens de la photo du sieur Thibault lors du pince-fesses à l’Elysée, une coupe de champagne à lamain…

La fréquentation des puissants, ça l’fait, comme on dit.  Mâme Notat et le gars Kessler, ex-CFDT, sont au Siècle. Ça roule pour eux, merci.

Quant aux politiques … Est-ce bien la peine de redire ce que je dis depuis des mois ?

Ben ouais. Il n’y a pas qu’en Grèce, que les pauvres deviennent encore plus pauvres :

Les mesures d’austérité votées en Grèce en 2010.

La tragédie grecque

Chez nous, au-delà des nouvelles mesures de serrage de ceinture annoncées hier (avec le truc rigolo que Fillon a annoncé, « exceptionnellement, les gros riches vont sortir 200 millions d’euros sur les 11 milliards prévus …) les inspecteurs du travail n’existent plus,  ni les médecins du travail… Bientôt, la « durée légale du travail » ne sera plus qu’un souvenir.  Et ça ne dérange personne. C’est l’été.

Suppression de la loi sur la durée légale du travail

Le pire, c’est que les « socialistes » applaudissent :

Ces nouveaux contrats remplaceront la loi…

Les députés approuvent la réforme de la médecine du travail.

Et c’est pareil pour l’inspection du travail.

Mais c’est pas grave, rappelez-vous, c’était en 2004, deux inspecteurs du travail ont été purement et simplement assassinés. Pour la presse de l’époque, un banal fait divers…

Alors, il ne reste plus qu’à s’indigner bien gentiment sur les places de nos charmants villages, contre le gaz de schiste (mais uniquement quand il est à nos portes, hein, Fukushima, c’est loin…), contre une prison qui doit se construire près d’ici (des conditions de vie des taulards en général, on s’en tape, en revanche, si on est emmerdé soi-même personnellement par les miradors, les sirènes, alors là…)

Et quand on s’est bien indigné, on va au bistrot se taper une mousse. Je sais plus où j’ai lu que la plupart des gens qui se disaient « écolos » l’étaient uniquement pour leur pomme, pour leur santé à eux.

La preuve, même le bio est devenu un business. Et qui rapporte gros.

Sauf que bouffer bio et se soigner aux médecines douces n’empêche pas les gens d’aller de plus en plus mal. J’ai lu dans le Diplo de ce mois, un passionnant article sur les « Golden Grünen » … Ces « nouveaux » verts allemands, tous anciens députés écolos, qui bossent désormais pour les labos, et même pour le nucléaire. Ils vivent dans le quartier le plus cher de Hambourg, où le moindre appart vaut quasiment 4 millions. Mais attention, hein, écolo en diable, le quartier… On se chauffe à la bio masse, y’a plein d’espaces verts, et des pistes cyclables pour bobos friqués. Les pauvres, eux, vivent toujours à côté des vieilles centrales à charbon.

Bref, tout ce petit peuple, on le voit aussi, dans les jités, participer aux « marches blanches » pour « rendre hommage » à une jeune fille assassinée, pleurer devant le ministère à Oslo. Apporter des fleurs pour les morts. Appeler à la guillotine pour le salaud qui… On les voit partir en vacances au bord de la mer, s’entasser dans les embouteillages, élire la miss camping de l’année. Heu-reux…

On ne les a pas vus dans les manifs (faut bien bosser) et sans doute n’en verra t-on pas beaucoup dans les bureaux de vote, bientôt. Ils ne font pas de politique. Comme les indiniais, qui le revendiquent haut et fort.

On voit ces bons cons, râler après la bande de voyous qui ont osé racketter les automobilistes d’un parking de 40 places, à l’entrée de Marseille. Oh, pas un gros racket, hein, 5 euros pour sortir du parking… Le temps d’oublier que les racketteurs en chef, c’est aux gouvernement qu’ils sont. Et à la tête des grosses boîtes du CAC 40. Et des banques… Même la famine en Somalie, c’est eux. Faut bien que les multinationales vivent, n’est-ce pas.

Goldman-Sachs provoque une crise alimentaire

L’Ethiopie cède des terres agricoles à des compagnies étrangères

Et l’ONU est carrément complice de la famine…

Et tout ça, dans l’indifférence quasi générale. Merde, c’est l’été, les vacances… On va pas en plus, se prendre le chou. Tous ces « braves gens », ces marseillais de mes deux (ils pourraient être parisiens) ben ils parlent « d’insécurité », et on voit l’entrée de Marseille pleine de détritus, et pis tiens, là, les « vendeurs à la sauvette », ce marché quotidien de la misère, pis les caravanes misérables d’une poignée de roms, forcément mauvais, forcément voleurs…

Pendant ce temps, les bons français oublient que les vrais responsables dorment bien tranquillement, et sont définitivement à l’abri de la pauvreté. Ils oublient le chômage, la crise, ils oublient que peut-être si on embauchait des éboueurs bien payés, Marseille serait propre. Si les roms avaient des conditions de vie acceptables, ils ne squaterraient pas les terrains vagues. Si, et si… Je peux toujours rêver.

Bon, soyons rassurés. C’est la collectivité qui va payer pour le gardiennage de ce fameux parking marseillais. Et Vinci qui encaissera. Le libéralisme a gagné.

Et le PS a un programme. Rire. Et applaudit au « blanchiment » de DSK.

Le plus drôle, c’est que quand la révolte gronde « dans les pays arabes », tous saluent « le courage » des peuples qui veulent « la démocratie ». BHL et la « gôche » réunis dans un même élan, tiens. Mais quand c’est chez nous, ce ne sont pas des révoltes, ni des révolutions, mais des « émeutes ». Comme à Londres.

Quelle violence à Tottenham

Crise financière et émeutes de Londres, les signaux d’alarme

Emeutes de Londres : ces jeunes savent qu’ils n’ont pas d’avenir

Censure des réseaux sociaux, éléments de sociologie des émeutes

Interventions d’Alain Bertho sur les émeutes en Angleterre

Voilà. Tout ça. Mais Agnès Maillard, sur le Monolecte dit tellement mieux que moi cette espèce de désespoir qui parfois m’étreint …

Pourtant.

Tout ça n’empêche pas, Nicolas, qu’la Commune n’est pas morte…

Ben ouais. Toujours dans le registre de la synchronicité cher à l’ami Pow, cette vieille chanson quelque peu oubliée me trottait dans la tête depuis deux jours. Je la fredonnais tout en touillant mes confitures de pêches.

Et devinez quel texte j’ai trouvé hier en ouvrant les dossiers « Manière de voir » du Diplo sur les révolutions ? Cette chanson-là. Avec en exergue, cette citation de Daniel Bensaïd : « Bien sûr, nous avons eu davantage de soirées défaites que de matins triomphants. Et, à force de patience, nous avons gagné le droit précieux de recommencer ».

Car à bien y réfléchir, comment l’humanité a t-elle progressé, depuis des millénaires, sinon de révolution en révolution ? Le premier article de ces dossiers évoque  Mary Harris Jones, dite « Mother Jones », la mère du syndicalisme américain.

Honte à moi, une illustre inconnue. Faut dire que rien n’existe en français. En anglais, une biographie, The autobiography of Mother Jones, parue en … 1925 à Chicago, évidemment. Flo, si jamais ça te dit…

Dans cette autobiographie, elle décrit ainsi le travail des enfants dans une filature de coton, en 1906 : « Petites filles et petits garçons, pieds nus, allaient et venaient entre les rangées de broches interminables, ils approchaient des machines leurs petites mains décharnées pour renouer les fils cassés. Ils rampaient sous les machines pour les huiler. Jour et nuit, nuit et jour, ils changeaient les broches. Des petits enfants de six ans, aux visages de vieux de soixante ans, faisaient leurs huit heures par jour pour dix cents. Quand ils s’endormaient, on leur lançait de l’eau froide à la figure et la voix du directeur tonnait par-dessus le fracas incessant des machines. »

Alors si cette petite bonne femme, née en 1837, qui a perdu son homme et ses quatre gosses, qui vivait dans la misère, a trouvé l’énergie pour vivre presque 100 ans et pour se battre encore et toujours, pour un monde plus juste et plus humain, de quel droit baisserais-je les bras, hein ? Y’aura toujours un moyen d’emmerder les gendarmes et la maréchaussée. Non mais sans blague.

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24 Réponses

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  1. Mais non, l’indifférence générale, je crois que c’est une illusion, ce sont les outils pour faire quelque chose de la colère, qui manquent. Enfin je crois.
    La page wiki sur Mother Jones détaille un peu sa « carrière »:
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Mary_Harris_Jones

    florence

    25 août 2011 at 17 h 44 min

    • Oui, si tu cliques sur son nom dans l’article, tu trouves la page wiki… Pas trouvé grand chose d’autre.
      Tu verras, c’est magique, ça ouvre même le lien sur une autre page… :-))

      Quant aux outils manquants, je ne sais pas. Peut-être l’envie de les utiliser manque-t-elle aussi. A suivre, donc.

      Gavroche

      25 août 2011 at 18 h 10 min

      • Voir le verre à moitié vide, ou le verre à moitié plein ? Des indifférents, des apolitiques y en a toujours eu, y en aura toujours mais des révoltés, des rebelles, des militants, des engagés, des enragés, y en a toujours eu aussi et y en aura toujours ! La preuve : Mother Jones hier, et aujourd’hui, dans les pays arabes, des hommes, des femmes qui risquent leur vie pour mettre hors d’état de nuire, un à un, les dictateurs.

        C’est malheureux à dire mais chez nous, en France, en Europe y a pas assez de miséreux encore, pas assez de souffrances pour faire une masse critique. On nous maintient dans le mou, le flou, le cotonneux. Et y a tellement de business qui entretient ça : les médias avec la télé en tête, toutes sortes de lobbies avec les syndicats qui fonctionnent plus comme des groupes de pression corporatistes que comme de véritables instances de protection, de défense et de lutte pour les droits des salariés, sans parler de la plupart des partis politiques qui sont arrivistes ou opportunistes puisque les membres qui les composent sont eux-mêmes « arrivés », cyniques et installés dans le moelleux des fauteuils de la république. Qu’ils soient dans le camp majoritaire ou dans l’opposition c’est kif kif, en réalité.

        Tout ça pour te dire, Gavrochounette, que pour éviter la déprime il vaut mieux être indifférent aux indifférents et attentif à tout ce qui palpite et vit encore. Et tant pis si on n’est pas assez nombreux pour foutre le grand bazar ! Ne sommes-nous pas assez nombreux déjà pour être heureux et fiers d’être ce que nous sommes ? de vrais gens et des gens de bien !

        Bordel !

        🙂

        julesansjim

        25 août 2011 at 19 h 14 min

      • Je viens de lire votre échange (musclé) Gavroche versus Zoze. Ça marque plus une différence d’approche qu’une divergence sur le fond. Gavroche s’interroge et s’impatiente à propos d’une praxis, de la mise en action d’une pratique révolutionnaire, Zoze se préoccupe des conditions psycho-mentales susceptibles de mettre un sujet dans le désir de changer, d’agir, de combattre…
        Pour moi, vous avez raison toutes les deux mais tort d’opposer ces deux approches qui peuvent être complémentaires. Les opposer c’est mettre un coup d’arrêt à la réflexion et à la pensée, c’est comme se figer dans l’immobilité. Et c’est dommage.

        Je voulais ajouter à propos des outils qui manquent, que le principal outil de l’homme, ancien ou nouveau, c’est son cerveau. Or un cerveau ça ne se développe pas tout seul, il lui faut vivre toutes sortes d’interactions (familiales, sociales, scolaires, artistiques, morales etc…) pour devenir un cerveau d’homme.
        Dans la formation de ce cerveau vous savez comme moi l’importance déterminante de ce que représente le temps de la formation scolaire (de 3 à 16, 18, 20, 25 ans, c’est selon). Concernant l’homme nouveau que Michel Serres appelle de ses vœux, pour qu’il y ait « nouveauté » encore faut-il que le système éducatif, dans sa philosophie et l’efficience égalitaire de ses différents dispositifs, soit lui-même profondément rénové pour ne pas dire révolutionné. Et ça, pour ce que j’en perçois de là où je suis désormais, on n’en a jamais été autant éloigné. Michel Serres ne peut pas ignorer l’état de délabrement dans lequel se trouvent des pans entiers du système scolaire. Il ne semble guère en tenir compte dans ses prédictions pourtant.

        julesansjim

        25 août 2011 at 21 h 30 min

  2. j’aimerais bien que tu me dises ce que tu penses de la conférence de michel serres donnée à grenoble, et de son modèle donnant l’individu moderne, qu’il nous faut intégrer (work in progress), comme une des ruptures fondamentales d’avec le monde d' »avant ». si ce qu’il dit est vrai, alors je crois que nous manquons effectivement des outils pour penser cet individu dans son rapport à ce qui est collectif, et « prochain » (cf serres de nouveau). c’est en cours. notre génération ne verra probablement pas cet homme nouveau émerger, mais c’est de lui que viendra un monde plus… je sais pas. plus quelque chose.

    nous, comme une troupe de très vieux éléphants sages, nous voyons bien les pièges et les impasses. mais nous vivons sur une frontière, et c’est toujours désagréable, ça s’appelle le cul entre deux chaises, entre une conception du monde et une autre. nous sentons, avec nos trompes expérimentées, les senteurs du nouveau monde, et douloureusement la mort de notre monde à nous. et nous avons nos grosses pattes enfoncées dans la boue des contradictions qu’implique ce tuilage entre ancien et moderne, vieux et nouveau, passé et futur.

    je vais faire une hypothèse toute personnelle : je vais ajouter à la liste des ruptures faite par serres celle de la psychanalyse. avec tous ses défauts (je renvoie aux tout de même passionnantes conférences à caen de onfray sur le « freudo-marxisme »), la psychanalyse affirme une chose, que ce soit pour freud ou pour fromm : la vie de l’animal social se fait au prix de son individualité fondamentale. et le fait d’avoir établi, révélé, décrypté cela a en quelque sorte révélé l’individu à lui-même. c’est une (re)découverte, une rencontre, une prise de conscience, lourde de conséquences, de désirs de quelque chose d’autre. d’un rapport du moi au monde qui ne soit pas sacrificiel. et je pense qu’on est en plein milieu du gué, un pied d’un côté, un pied de l’autre, avec la peur de sauter sur l’autre versant, et la rage ou l’angoisse (ou simplement le non-désir) de devoir retourner en arrière.

    et on a tout à refaire, tout à réapprendre, tout à réinventer. pendant ce temps-là, c’est la mort partout, la famine, les guerres, les crises et la pauvreté, mais aussi les révolutions (des révolutions d’individus clamant LEUR liberté d’être et de faire et de penser). ben oui, c’est comme ça.

    tout le problème sera de trouver le temps d’émerger, de passer de l’autre côté du gué, d’intégrer cette nouvelle donne, l’individu, dans nos modèles de société. et c’est là que ça coince. parce que l’air, la terre, l’eau et le feu. gê. gaïa. bien sûr. il faut toujours un méchant dans une histoire. sinon, on n’a pas d’histoire. ni d’Histoire…

    zozefine

    25 août 2011 at 18 h 56 min

    • Bon, je vais encore être désagréable.

      Excuse moi, mais tout ramener à un bla bla sur la philosophie et sur la psychanalyse, je suis plus que sceptique. Concrètement, je doute qu’aussi bien les gamins dont parle Mother Jones que ceux qui crèvent de faim aujourd’hui en Somalie sous les yeux de leur mère en aient quelque chose à battre. Alors, c’est peut-être « comme ça ». Mais je ne l’accepte pas. Je ne l’accepte plus.

      La « rupture avec le monde d’avant », il est grand temps de la faire… Les tunisiens et les autres se sont arrêtés de causer cinq minutes, et ils se sont bougé le cul. Les syriens sont même en train de mourir, dans l’indifférence de cette vieille pute de « communauté internationale », qui ne fait qu’agiter ses petits bras, comme pour Israël, d’ailleurs… Mais on s’en fout, c’est loin, et ce ne sont que des bougnoules.

      Quant à Onfray, bon dieu, comment peut-on le citer en exemple. Ah il est bien dans l’air du temps, celui-là, il est à la philosophie ce que Houellebecq est à la littérature…

      Je pense exactement ceci : http://susauvieuxmonde.canalblog.com/archives/2010/02/28/17058464.html

      Et au moins, c’est drôle !

      @Jules :

      Tu as raison, nous ne sommes pas encore assez misérables.

      « C’est seulement lorsque ceux d’en bas ne veulent plus, et que ceux d’en haut ne peuvent plus continuer à vivre à l’ancienne manière, c’est alors seulement que la révolution peut triompher. »

      Lénine, dans La maladie infantile du communisme.

      Gavroche

      25 août 2011 at 19 h 40 min

      • C’est vrai que c’est drôle, la loi Onfray =D

        gemp

        25 août 2011 at 22 h 16 min

  3. ça c’est vrai, tu es désagréable !

    bon, en 1er je me débarrasse d’onfray. s’il y a une chose qu’on ne peut pas me reprocher c’est de suivre les modes, les chouettes ou les mauvaises. pas d’où je parle. d’onfray, je ne connais, exclusivement, que ce que j’écoute sur FQ dans ses confs sur le freudo-marxisme. d’onfray, je me fous totalement. j’écoute ce qui est dit de la psychanalyse, et ça pourrait être tartempion, ça serait la même chose. j’écoute ce qui est dit, et pas ce qu’IL dit, et je ne suis pas d’accord avec tout. et j’ai pas eu besoin d’onfray pour avoir mon opinion et mon expé de la psychanalyse. le fait est que cette « invention » d’un certain individu dans nos cultures occidentales a été une rupture que n’ont pas connue d’autres cultures, et qui nous imprègne, en bien ou en mal. le fait est que moi (pas onfray), au pif et à ma mesure, je date l’entrée en jeu de l’individu dans tout ce qu’il a de magnifique et de misérable de l’émergence de ce drôle de trio, le ça, le moi et le surmoi dans le petit bonhomme, qui, tout d’un coup, n’est plus seulement la fourmi dans la fourmilière, mais aussi un moi, moi et moi, et encore moi, et toujours moi. je sais pas s’il faut le déplorer ou s’en réjouir, mais c’est un fait. rager contre notre égocentrisme d’occidentaux, c’est rager contre l’émergence de ce petit bonhomme qui dit MOI JE. et le petit bonhomme n’a aucune intention de renoncer à ce MOI JE.

    donc il faut réinventer un discours politique, un discours sur l’autre et les prochains, mais aussi les lointains, en tenant compte de ce fait. MOI JE pense (mais c’est bien ça, non, le sens de la présence de chacun de nous sur ces blogs, ces forums, ces mailists ?! chacun s’autorise de sa propre parole et la confronte à celle des autres, non ?) que c’est pas notre génération qui verra émerger une nouvelle manière de penser le politique. je me répète, mais je pense que notre génération est une sorte de génération « sacrifiée », perdue dans ses repères, incapable de concevoir le futur, parce que trop attachée au passé. peu importe qu’on ait raison, et de bonnes raisons pour désespérer, le discours de demain, il n’est pas de notre côté.

    si je caricature ce que tu dis, en gros tu dis : « Mais on s’en fout, c’est loin, et ce ne sont que des bougnoules. », en ajoutant les somaliens (et on pourrait y mettre aussi les coréens du nord, les tibétains, etc.). mais, franchement, est-ce que ça les intéresse une seconde que nous on en ait à foutre d’eux ? ils ont le futur pour eux, ils sont jeunes, ils en veulent, les révolutions ça se passe pas dans la gaité et la bonne humeur, c’est du sang et des larmes, ils sont prêts à en payer le prix, ils se décolonisent mentalement et pratiquement à pas de géant, ils en ont marre de leurs dictateurs mis au pouvoir par les pouvoirs occidentaux, ils nous chient à la gueule et ils ont bien raison.

    quant à savoir pourquoi, ici, on fout pas un boxon définitif et radical, ben vous donnez la réponse : on n’a pas le dos au mur, pas assez, ou depuis pas assez longtemps, et puis il y a encore beaucoup beaucoup de soupapes de sécurité, par exemple les élections,par exemple les réunions de chouettes gens pensant la même chose.

    je pense à un truc que reich disait. bon c’était dans le cadre d’une théorie un peu délirante, mais la question est judicieuse, et si on arrivait à y répondre en fonction de nos données à nous, on aurait une réponse utilisable : il s’étonnait (en pleine crise financière, déjà) non pas que des gens dans le désespoir se mettent à piller, voler, faire des casses, mais pourquoi TOUS les gens dans la misère ne pillaient pas, ne volaient pas, ne faisaient pas des casses.

    zozefine

    25 août 2011 at 20 h 54 min

    • zulézim, pas facile de répondre à un commentaire qui est placé avant ce qu’il commente !! juste un truc : si tu écoutes la conférence de serres (et pourtant j’ai plein de critiques, hein, mais c’est un bon point de con/divergence pour discuter), moi je le trouve très très très pessimiste au contraire. il dit ce qu’il y a/aurait à faire, mais il a l’air de douter que ce soit possible. c’est vrai qu’il n’entre pas en matière sur l’educ.nat. mais ce n’était pas non plus son objet, il me semble. et comme que comme, merci de ta synthèse réconciliatrice. je te fais remarquer de rien de ce que je dis ne contredit ce que dit gavroche. je n’oppose rien à rien. je dis juste, et en ça je dis la même chose que flo, mais je le développe à ma sauce, qu’on n’a pas les outils pour penser le monde futur, et que c’est pas notre génération qui les forgera. on peut, on doit juste en donner les conditions de possibilité. et là où ça fait mal, et là où ça TE fait mal en particulier, c’est qu’on les donne pas, pour les raisons que tu donnes.

      zozefine

      25 août 2011 at 21 h 48 min

      • Je n’ai pas eu le temps d’écouter la conf de Serres, pas celle-là en tout cas mais j’ai lu il y a quelques mois un texte de lui en pdf qui était une réflexion sur l’école de demain. C’était peut-être sur Mediapart que j’avais récupéré ça et j’avais dû m’empresser de le mettre sur la mail-list. Bon. Il est très « nouvelles technologies » Michel Serres dans son appréhension de l’école du futur, ça compte bien sûr mais le compte n’y est pas pour autant. Car s’il s’agit de former des « hommes nouveaux » qui, aujourd’hui, dès maintenant, forme les formateurs de ces « hommes nouveaux » ? Autrement dit, ce seront encore des hommes et des femmes qui devront former/éduquer les enfants du prochain siècle, pas des machines, même si ces machines feront partie des outils indispensables pour appréhender le monde, s’exprimer, communiquer, créer etc… (comme elles le sont déjà et de plus en plus incontournables).

        Je pense que comme toi, comme Gavroche et bien d’autres nous avons toujours été minoritaires et nous le resterons longtemps encore ; je crois qu’il faut s’efforcer de ne pas désespérer de cet état minoritaire, il faut faire avec et l’assumer, vaille que vaille. Là où ça peut paraître désespérant c’est quand les minorités se bouffent entre elles le peu de terrain conquis par chacune d’entre elles … alors qu’une minorité qui soutient ou épaule une autre minorité c’est toujours une force minoritaire mais qui se renforce.

        julesansjim

        25 août 2011 at 22 h 17 min

      • Jules, lire The Diamond Age fiction éminemment intéressante à propos de l’éducation par les machines. Même si je crois qu’elle n’est pas pour demain — même si certains vont tenter de la pousser avant sa maturité.

        Mais surtout, je veux bien le texte de Serres. La conférence ne parle pas du tout de ça.

        gemp

        26 août 2011 at 0 h 11 min

  4. @ Jules : eh bien oui, tu as tout dit. C’est un problème d’éducation et de culture. C’est ce que je hurlais sur les forums au sujet des émeutes en Grande Bretagne, c’était le sujet de mon « accrochage » avec AA. Pas de conscience de classe sans éducation.

    Et vu ce que devient l’école dans nos contrées « civilisées », c’est pas gagné. Ne parlons même pas des médias dominants. Ils sont à pleurer, de vraies machines à propagande, et j’ai envie de casser quelque chose chaque fois que je regarde les jités.

    Gavroche

    25 août 2011 at 21 h 44 min

  5. Tiens, mon premier commentaire ici. Vous retrouvez ça chez moi plus tard, ça vous fera du temps libre, et en plus c’est court. Gilles Deleuze qui explique ce que c’est pour lui d’être « de gauche »:

    Et j’aime bien la note « positive » de la fin de ce post, moins désespérant que les précédents, merci ^^

    gemp

    25 août 2011 at 21 h 47 min

    • merci pour ces 3′ de deleuze. je sais pas comment tu concilies ça avec le prochain de serres, mais merci.

      zozefine

      25 août 2011 at 21 h 54 min

      • Eh bien ça me semble assez simple. Deleuze identifie deux manières de percevoir: à partir de soi jusqu’à l’ensemble et l’inverse qui, pour lui, est la perception « de gauche ».

        On pourrait dire que dans la première, tout le monde est « autre », puisqu’on se prend comme référent, on nie l’autre, nos intérêts passent avant. En revanche, partant de l’ensemble, il est plus simple de voir que nous sommes tous « prochains », puisque sur le même vaisseau, surtout aujourd’hui.

        Serres voyait dans l’abolition des distances provoqué par les nouvelles technologies cette notion de « tous prochains », ce qui a soudainement rendu toutes les parties du vaisseau à notre pas de porte. Je n’arrive pas très bien à formuler ça. La pensée de Deleuze était issue de l’ancien Monde. Le nouveau, que décrit Serres, ne fait que considérablement amplifier cette vision.

        gemp

        25 août 2011 at 22 h 11 min

      • J’avais déjà vu cette vidéo de Deleuze sur « être de gauche ». Je viens de la revisionner (merci à Gemp) et… je tique. Sur la manière d’être qu’il définit avec l’image de l’adresse et le rapport au monde/rapport à soi, ok j’adhère, c’est simple et lumineux. Mais là où la démonstration dérape pour moi c’est lorsqu’il prend l’exemple des japonais. Les japonais sont un peuple tout à fait estimable mais sont-ils tous de gauche ? Suffit-il de regarder le pourtour avant de considérer sa propre situation ? ça me paraît un peu vaseux sur ce point. Ensuite, il y a la référence au tiers-mondisme, qui elle est datée, en plus. Là aussi, suffit-il de se concentrer politiquement sur la misère endémique des pays du Sud pour être de gauche ?
        En outre, en 2011, vu l’extrême complexité d’un monde formaté par la mondialisation économique et financière, la « perception » du philosophe Gilles Deleuze (dans les années 80) me paraît devoir être réactualisée.
        Enfin, dernier bémol, sur les belles âmes… Vous en connaissez beaucoup, vous, des gens de droite dont on peut dire qu’ils ont une « belle âme » ? Moi j’ai le sentiment qu’elles sont quasiment toutes à gauche, les belles âmes (oui, ok, dsk, je sais). Peut-être suis-je sectaire, ou naïf, remarquez bien ?

        julesansjim

        26 août 2011 at 10 h 40 min

    • Ça m’a rappelé des souvenirs…

      Et c’est exactement ça, être de gauche, c’est une perception différente du monde. Se dire que les peuples du tiers-monde sont plus proches de nous que les gens qui nous côtoient tous les matins dans la rue en bas de chez nous. C’est partir de l’horizon pour arriver à sa petite personne. Et pas l’inverse.

      Or, le « moi je », c’est l’inverse.

      Et comme le dit très justement Deleuze, ce n’est pas une question de « belle âme » (trop curé pour moi), mais de perception.

      Merci Gemp.

      Gavroche

      25 août 2011 at 22 h 14 min

      • En tant qu’ignare (je connais très mal la philosophie et les philosophes dont vous parlez, encore moins les psys, sauf que j’ai lu Fromm et Freud quand j’étais jeune, Groddeck même), je ne ferais qu’un court commentaire…
        Je crois que la révolution, elle commence avant tout par soi-même, puis au contact des autres… et que tout est fait en ce moment pour noyer les individualités dans la masse de la bienpensance… quelqu’un l’a dit mieux que moi… Ainsi, dans tant de bruit, comment arriver à penser juste (le « penser juste » étant on ne peut plus personnel et individuel, chacun le sien, du moment qu’il n’écrase pas les autres).

        clomani

        26 août 2011 at 9 h 16 min

  6. @ Gemp pour The Diamond Age :

    je suis très peu science-fiction comme gars. Désolé…

    Et puis s’il y a un domaine où traditionnels/réactionnaires et novateurs/révolutionnaires s’affrontent depuis des siècles c’est bien sur le terrain de l’éducation et de l’école. Selon un dosage quasiment inchangé aussi, à savoir un cheval d’idées reçues héritées de la plus pure tradition, une alouette d’esprit novateur s’appuyant sur les acquis de la recherche en éducation.

    Alors, la science-fiction appliquée à l’éducation … un chouïa d’innovation et on est déjà en 2050 !

    🙂

    julesansjim

    26 août 2011 at 14 h 20 min

  7. Je viens de voir l’article et les comms.. je vais rester très basique, la philo c’est pas mon truc, z’êtes trop intellos pour moi, les gens :-).
    Le côté mystico-gélatineux, c’est pas mon truc non plus.

    On peut s’investir dans des luttes sans en faire parade, ça permet de ne pas être importuné-e par des beaufs, clairement je fait profil bas, c’est devenu une habitude, parce que dans ma ville, le milieu instit c’est une radio-blabla qui diffuse à tous vents, et que de toute façon je suis censée être neutre par tout, pour tout, et que le seul moyen que j’aie de montrer cette façade-là c’est de bien la blinder pour pas que qqun-e ait envie d’aller y fouiner derrière.
    Par ailleurs, une foi perso n’empêche pas l’investissement politique ou humanitaire (ou inclusif).
    Enfin, certains rassemblements (je ne parle pas de religion, de secte ou de parti où s’encarter et/ou perdre son individualité dans des rites qui vous promettent un monde rose bonbon) qui peuvent être axés sur le ‘spirituel’ (alors là, mettez ce que vous voulez) sont aussi des rassemblements activement humanitaires.
    Et qui n’en font pas étalage, notamment par souci de libre arbitre de chacun-e, inside ou outside ledit rassemblement.
    Le monde n’est pas toujours moche en somme 🙂

    Tiens, je me pose une question sans doute mille fois posée et de ce fait stupide: rendre publics ses engagements, luttes et activités, dans le monde hypra médiatisé où nous vivons, n’est-ce pas contre productif?Ou du moins prendre le risque de voir les choses dévoyées?

    Enfin à titre perso si j’ai du mal à être physiquement présente, je l’ai dit sur le forum, c’est pas par indifférence aux gens; c’est même exactement l’inverse: je ressens trop fort les choses.
    Et mon histoire perso fait que j’ai souvent besoin de fuir, bon j’ai déjà expliqué.
    Donc je présume que pas mal de gens peuvent être dans le même cas.
    Suffit de trouver un modus vivendi pour se côtoyer, en respectant la manière que chacun-e peut avoir d’aimer ses semblables.Je sais c’est pas facile.
    Meb, sauvage, mais impliquée 🙂

    mebahel5

    26 août 2011 at 16 h 56 min

    • Tu peux pas savoir combien ça me fait plaisir que tu sois viendue. Dans tous les sens du terme. Et que tu aies commenté, toi qui es si peu présente.

      C’est un truc que j’ai du mal à comprendre (pas du mal à accepter, hein) vu que moi j’ai une vraie grande gueule. Forcément, le silence et la discrétion ça m’interpelle au niveau du vécu :-))

      Et je voudrais (re)dire ici que je ne fais de « reproches » à personne.

      Et tu as raison, le monde n’est pas toujours moche.

      Gavroche

      26 août 2011 at 17 h 10 min

      • Oh chuia là hein, je lis, je vous lis, mais je n’ai pas grand chose d’intelligent à dire, alors bon…

        Avoir une grande gueule ça doit pouvoir aider, des fois, j’ai souvent regretté de ne pas avoir cette capacité là.
        Je grommelle et je fais une gueule de raie, paraît que j’avais des zoeilz qui faisaient peur, aussi (bon, je me suis soignée), mais à vrai dire la grande gueule ça sert quand on est en réunion de gens, et ça, je sais pas faire.
        Mes activités militantes se sont toujours faites dans l’ombre, la porte parole, la leadeuse, c’est clairement pas moi 🙂

        Sinon en effet, il ne s’agit pas de reproche, mais d’une grande déception certainement, c’est sûr que tout serait plus simple si on se trouvait avec des gens qui réagissent et fonctionnent tout pareil….mais kesskon s’ennuierait, des fois 🙂

        En somme, la vie ne manque pas d’intérêt dramatique, au sens plein du terme

        mebahel5

        26 août 2011 at 19 h 48 min

    • Je viens de lire un article-entretien qui me semble être un possible prolongement de nos échanges provoqués par le billet de Gavroche. Il s’agit du dernier ouvrage de Jeremy Rifkin :

      « Une nouvelle conscience pour un monde en crise », de Jeremy Rifkin, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Françoise et Paul Chemla, éd. Les liens qui libèrent, 656 p., 29 €.

      http://www.telerama.fr/idees/sortir-de-l-egoisme-pour-sauver-la-planete,68939.php

      Rifkin structure son analyse et ses propositions autour du concept d’empathie (ce qui rejoint quelque part la définition de Deleuze à propos de la perception de l’Autre et du monde). Mais il m’a l’air bien optimiste le brave homme…

      « “Les consciences changent quand se produisent, conjointement, une révolution de la production d’énergie et une révolution des communications. Quand les deux se combinent, c’est bien tout notre rapport à l’espace et au temps qui change, notre modèle de civilisation. Et notre empathie qui s’élargit.” (J.Rifkin)

      julesansjim

      26 août 2011 at 21 h 35 min


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