LES VREGENS

On peut se dire au revoir plusieurs fois

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J’ai terminé cette nuit un très beau livre.

« On peut se dire au revoir plusieurs fois ». C’est David Servan-Schreiber qui l’a écrit.

David Servan-Schreiber, c’est le fils de Jean-Jacques, fondateur de l’Express. C’est aussi un médecin, un psychiatre, et un écrivain. Il a publié il y a quelques années deux ouvrages qui ont « fait date » :

  • Guérir
  • Anti-cancer

Traduits dans je ne sais combien de langues, malgré le tollé soulevé chez les médecins « classiques », ces livres ont eu beaucoup de succès. Parce qu’ils « parlaient » aux gens. Dans ces livres, il donnait quelques règles de vie, non pas pour remplacer la chirurgie ou les traitements conventionnels de la maladie, mais bien pour « accompagner » les malades, pour les aider à se battre, et à y croire.

Des méthodes finalement assez « logiques », du genre manger des produits sains (le corps est une machine biologique, et le carburant qu’on lui donne doit être propre), éviter les situations de stress, pratiquer l’exercice physique (pas l’ascension du mont Blanc, non, juste marcher une demi-heure par jour), le yoga, la méditation, et se rapprocher de la nature, qui est source d’apaisement, qui aide à se « ressourcer ». Contempler la mer et le ciel, marcher dans le forêt, en respirer l’odeur … Se faire du bien, être heureux avec ceux qu’on aime, et surtout ne pas oublier de rire…

Ça m’a fait penser aux préceptes des chamanes indiens. Retrouver l’harmonie avec le monde. Le respecter, l’aimer. Ne pas courir tout le temps après des chimères, l’argent, le pouvoir. Juste faire partie du « Club des vivants », comme le dit David Servan-Schreiber.

Dans ce dernier livre, publié en mai (David Servan-Schreiber est décédé le 24 juillet) il raconte l’humain qu’il a été, avant et après l’apparition de son cancer, il y a vingt ans. Le fait d’avoir été lui-même touché dans sa chair, au profond, et d’avoir été un « patient », bref, de l’autre côté de la barrière, a évidemment changé sa perception de la médecine, mais aussi des relations entre les médecins et les malades.

« J’étais plus fleur bleue, j’avais plus facilement la larme à l’œil, par exemple en regardant un film sentimental ou en écoutant de la musique. J’ai remarqué que les gens m’émouvaient beaucoup plus. C’était en fait un changement considérable, surtout dans mon métier. J’avais découvert avec émerveillement, que j’étais profondément touché par mes patients. »

« Bien sûr, le fait d’avoir traversé le miroir, d’être devenu moi-même un patient, d’avoir connu les angoisses, les peines et les espoirs d’un malade, ça aide à devenir plus humain, plus capable de se connecter avec notre condition commune. »

Il raconte aussi comment son corps petit à petit, lui échappe, mais aussi, comment il se prépare, assez tranquillement, je crois, malgré la peur, au « grand passage ». Ses armes pour l’affronter. C’est triste et émouvant, parce qu’il n’avait que cinquante ans. Mais ce n’est pas désespéré. Il écrit : « Que mon tour arrive plus tôt, c’est triste, mais ça ne constitue pas une injustice monstrueuse. J’ai tout de même eu ma chance : celle d’avoir fait des rencontres extraordinaires, d’avoir connu l’amour, d’avoir eu des enfants, d’avoir eu des frères et des amis exceptionnels, d’avoir laissé ma marque. J’ai vécu des expériences très enrichissantes, cancer compris. Ma vie, je n’ai pas l’impression de l’avoir laissée filer. Si elle devait se terminer à 50, 51 ou 52 ans, ce n’est pas tragique. Vivre jusqu’à 80 ans sans avoir rien réalisé de mes rêves et de mes aspirations, voilà qui aurait été un crève-cœur… »

Et puis, dans le dernier chapitre, intitulé « Interactions vitales », il expose sa conception du corps, de la maladie, et par voie de conséquence, de la médecine. Ou de ce qu’elle devrait être, dans un monde idéal.

« J’ai beaucoup étudié les structures neuronales (…) Ces cellules, qui, prises individuellement, ne sont ni très « intelligentes », ni très « compétentes ». Mais dès qu’elles interagissent entre elles, elles donnent naissance aux facultés mentales les plus brillantes, comme la perception, l’intelligence, la créativité, la mémoire, etc. »

Et il donne sa définition de la santé :

« (…) J’ai compris plus tard que le corps tout entier fonctionne aussi sur ce modèle de réseau : le foie interagit à chaque instant avec les reins, qui interagissent avec la tension artérielle, avec la qualité du sang, la production d’urine, les cocktails d’hormones, etc. (…) Ces propriétés constituent « l’intelligence du corps », que nous sommes plus habitués à désigner sous le nom de « santé ».

« Qu’est d’autre la santé, en effet, que le résultante d’un fonctionnement harmonieux et équilibré de tous les systèmes qui constituent l’organisme ? Quand ce fonctionnement se détraque, il ne sert à rien de s’acharner sur l’organe qui a l’air de flancher, le foie, le sang, le cœur, etc. Il faut chercher à rétablir l’équilibre de l’ensemble.

Toute la sagesse des médecines ancestrales, qu’il s’agisse de l’ayurveda, de la médecine chinoise, est d’avoir compris que soigner, c’est rétablir l’équilibre au sein du corps, et non pas se focaliser sur tel « problème » particulier. »

« La santé ne peut se concevoir qu’à l’échelle de l’organisme, voire à celle de la nature, tant il est vrai que tout est interconnecté. »

David Servan-Schreiber explique que peu à peu, les médecins dignes de ce nom intègrent la notion de « terrain » dans leurs protocoles de soins, ils pratiquent une médecine plus « holistique ».

Et il met en cause tout un système qui n’est basé que sur l’argent.

« Le principal obstacle à cette médecine intégrée, c’est qu’elle n’offre aucune occasion de gagner beaucoup d’argent. Quand un laboratoire pharmaceutique découvre un médicament (…), c’est le jackpot : le brevet va rapporter des sommes fabuleuses. Mais si on découvrait qu’en massant un certain point d’acupuncture on pouvait réduire de 30 % le besoin d’anti-inflammatoires, ce principe ne serait pas brevetable, ni ne pourrait alimenter une industrie. »

Et enfin :

L’écologie nous apprend que toute forme de vie est l’expression d’échanges au sein d’un réseau. C’est « l’intelligence de la terre ».

« C’est à la racine du problème qu’il faudrait s’attaquer : mettre fin à l’empoisonnement de l’environnement, et réformer l’industrie agroalimentaire. Au lieu de quoi, 97 % de notre effort de recherche est tourné vers les méthodes de soin et de détection… (…) Guérissons notre planète pour nous guérir. »

J’espère que David Servan-Schreiber a réussi son grand passage de l’autre côté du miroir. En tous cas, merci à lui.

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Written by Gavroche

31 août 2011 à 13 h 27 min

Une Réponse

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  1. il ressemble drôlement à son pater JJSS (ça me fait penser aux dessins de Faizant quand il représentait les politiques avec des petits cartables à leur nom), mais ce qu’il y a dans sa tête me plait beaucoup plus.
    Je ne connaissais pas, et suis tout à fait d’accord avec ce qu’il dit dans ta conclusion, merci.

    kakophone

    4 septembre 2011 at 21 h 54 min


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