LES VREGENS

Un jour qu’il faisait nuit

with 11 comments

Les idées s’étaient égrenées

Comme des grains de sable brûlés

Les fonds marins sont remontés

A la surface un jour de Mai

Puis le désert s’est répandu

Que de mirages d’espoirs déçus

Ont asséché nos gorges nues

Comme une soif de pendu

Les seigneurs ont repris leurs Droits

Faisant à nouveau feu de tout bois

Pour éteindre le moindre éclat

Et nous laisser à jamais sans voix

L’encre a pâli sous la douleur

Elle sonde en vain les profondeurs

Cherchant un signe prometteur

Une antidote pour le malheur

 

Jeu de la mort et du hasard

Nous piétinons dans le brouillard

Souillés de sueur et de cafards

Sous le soleil il fait nuit noire

Voies sans issues, regards d’égoûts

La nausée nous prend par le cou

Et nous ployons jusqu’aux genoux

Pour mieux hurler avec les loups

Comme un troupeau à l’abreuvoir

On se bouscule sans se voir

Tissant une vie sans histoire

Sur le macadam du trottoir

Les mots ont perdu leur crédit

Les banques du sens ont tari

Les morts s’alignent sans un cri

Dans l’épaisseur d’un sang aigri

Un bourdonnement continuel

Butine un silence de miel

Dans les replis de nos cervelles

En état de siège perpétuel

Parfois protégées par la nuit

S’agitent quelques chauves-souris

Les ultrasons zèbrent l’ennui

Avant de sombrer dans l’oubli

Et le bateau qui nous emmène

Paraît plus ivre que jamais

Le poète avait vu l’envers

Nous en mesurons le revers

Comment sortir de ce néant

Je rêve parfois d’un éclair blanc

Qui effacerait l’existant

Pour nous rendre notre âme d’enfant

*********************

On pourrait penser que ce texte, mi-poême, mi chanson, a été écrit hier ou avant-hier. Pourtant, écrit vers la fin des seventies, il porte la marque d’une désespérance et d’un mal-être daté, celui des années Giscard, soit plus de trente ans.

La Nouvelle République février 1976

Publicités

Written by Juléjim

4 septembre 2011 à 19 h 19 min

11 Réponses

Subscribe to comments with RSS.

  1. De qui est ce poème ?
    En tout cas, je me souviens que nous en avions tous marre de Giscard, et de tout ce qui se passait…
    mais je ne me souviens pas avoir été aussi « désespérée » … Mais peut-être est-ce la faute de l’âge… on est moins facilement « distrait » ;o).

    clomani

    4 septembre 2011 at 20 h 00 min

    • « De qui est ce poème ? »

      ***************************
      Clo, tu te poses vraiment la question ? Comme tu es mignonne ! En 1976, j’avais 27 ans. J’en avais donc 19 en 68 et tu te souviens comment on est à cet âge, surtout si on est sentimental, romantique et épris de justice. En tant que chanteur d’un groupe de pop’rock je m’étais mis à écrire des textes que je mettais en musique sur ma guitare ; en 1974 j’ai quitté le groupe mais j’ai continué à écrire pour moi.
      Au milieu de ces années 70, oui, on a vraiment eu l’impression qu’après avoir sifflé la fin de la récré, « on » nous signifiait qu’il n’était désormais plus permis de rêver, ou bien alors dans la marge, sagement. Alors j’écrivais dans la marge.
      🙂
      Flo utilise l’expression « humeur triste » mais il me semble que c’était plus fort que ça, plus fort qu’une mélancolie ou un spleen nostalgique. Le parti communiste et la cgt étaient rentrés dans les rangs, la gauche socialo-radicale nous semblait déjà tellement ringarde. Bref, lorsque Mitterrand est arrivé en 81, il avait beau faire des discours brillants, personnellement je ne me suis pas beaucoup enflammé, même si j’étais soulagé de voir Giscard partir la queue basse et sa patate chaude en travers de la gorge.

      Et aujourd’hui, si je me projette en avril 2012, je me dis que je risque de revivre le même film, à 30 ans de distance !

      😦

      julesansjim

      5 septembre 2011 at 18 h 04 min

  2. En complément, dans la même humeur triste, un poème de 1967 d’Adrian Henri, un poète de Liverpool dont je vous causais il y a quelque temps, avec une rapide tentative de traduction:

    Adrian Henri’s Talking After Christmas Blues

    Well I woke up this mornin’ it was Christmas Day
    And the birds were singing the night away
    I saw my stocking lying on the chair
    Looked right to the bottom but you weren’t there
    there was
    apples
    oranges
    chocolates
    ….aftershave
    -but no you.

    So I went downstairs and the dinner was fine
    There was pudding and turkey and lots of wine
    And I pulled thoses crackers with a laughing face
    Till I saw there was no one in your place
    there was
    mincepies
    brandy
    nuts and raisins
    ….mashed potato
    -but no you.

    Now it’s new year and it’s Auld Lang Syne
    And it’s 12 o’clock and I’m feeling fine
    Should Auld Acquaintance be Forgot ?
    I don’t know girl, but it hurts a lot
    there was
    whisky
    vodka
    dry Martini (stirred
    but not shaken)
    …. and 12 New Year resolutions
    -all of them about you.

    So it’s all the best for the year ahead
    As I stagger upstairs and into bed
    Then I looked at the pillow by my side
    …. I tell you baby I almost cried
    there’ll be
    Autumn
    Summer
    Spring
    ….and Winter
    -all of them without you.

    Adrian Henri nous parle du blues de Noël

    Tu vois je me suis réveillé et c’était Noël
    Et les oiseaux saluaient la journée nouvelle
    J’ai vu mon bas posé sur la chaise, là
    J’ai fouillé jusqu’au fond mais tu n’y étais pas
    Il y avait
    des pommes
    des oranges
    des chocolats
    ….de l’aftershave
    -mais pas trace de toi.

    Alors je suis descendu on a mangé un dîner fin
    Il y avait du pudding et de la dinde et beaucoup de vin
    Et j’ai lancé les pétards en riant fort de ces farces
    Et puis j’ai vu qu’il n’y avait personne à ta place
    Il y avait
    du pâté
    du cherry
    des noix et des raisins secs
    ….de la purée
    -mais pas trace de toi.

    Maintenant c’est le nouvel an, on chante Ce n’est qu’un au-revoir
    Et il est minuit et ça fait vraiment plaisir à voir
    Est-ce qu’après l’au-revoir on doit tout oublier ?
    Je ne sais pas ma belle mais ça fait mal à hurler
    Il y avait
    du whisky
    de la vodka
    du Martini sec (remué,
    mais pas trop)
    …. et 12 résolutions pour la nouvelle année
    -toutes à propos de toi.

    Alors meilleurs voeux pour ce nouvel an
    Et je remonte vers mon lit en titubant
    Et puis j’ai regardé le deuxième oreiller
    …Je te le dis chérie j’ai failli pleurer
    Il y aura
    un Automne
    un Eté
    un Printemps
    ….et un Hiver
    -tous sans toi.

    florence

    4 septembre 2011 at 20 h 14 min

  3. Juléjim , merci . Nous portions aussi l’espoir de faire cesser la main-mise des « seigneurs » sur nos destinées .
    Mai 68 ne pouvait s’effacer sous quelques ricanements .
    De Juléjim , l’écriture ?

    Florence : merci . La vie est lourde à porter tout seul …

    monasourire

    5 septembre 2011 at 9 h 01 min

    • « De Juléjim , l’écriture ? »

      *****************************
      Voir plus haut ma réponse à Clo.

      😉

      julesansjim

      6 septembre 2011 at 21 h 16 min

      • J’en étais certaine . Des mots ciselés pour dire avec force nostalgie , espoir , colère . J’apprécie beaucoup .

        Mitterrand … On ne pouvait ignorer l’ambiguïté du personnage , son opportunisme bien déguisé , et ce avant internet !
        Etonnée de l’enthousiasme sans réserve de ceux qui le croyaient socialiste , – comme de la peur des électeurs de droite : prêts à se suicider ! Mon patron ( à porsche ) était au bord des larmes et parlait d’exil .

        Mitterrand a commencé le travail que finit le hongrois-national . A mon avis .

        monasourire

        7 septembre 2011 at 18 h 02 min

  4. Oh la la Mona… mes mots rougissent sous le compliment. C’est un truc assez fort de se confronter à un texte, récit, poème ou chanson, tout type d’écrit de jeunesse, à 35 ans de distance.

    Je ne sais pas si tu as revu le téléfim de Claude Goretta l’autre soir sur fr5 : « Thérèse et Léon ». En revoyant Blum louvoyer pour parvenir à ses fins, mais finalement plutôt à minima, je me disais que Mitterrand s’est peut-être pris un peu pour Blum en 81. Même si le Front populaire de 36 et la gauche du programme commun de 81 ne sont pas des séquences historiques de même intensité, ni de même portée, il y a comme une parenté au début puis c’est le grand malentendu et la désillusion.
    Quel genre de gouvernement de gauche va-t-on nous proposer cette fois-ci dans un an ? C’est la crainte d’une énième répétition qui m’inquiète.

    julesansjim

    7 septembre 2011 at 18 h 47 min

    • J’ai revu le film , oui . Tu fais bien d’aborder le parallèle avec Mitterrand et ses limites sur la durée , même pour un acteur aussi doué .
      La joie d’avoir l’occasion de mettre en oeuvre le socialisme pensé par nos prédécesseurs , je l’ai ressentie car j’ai imaginé qu’il ( Mitterrand) appliquerait les valeurs de gauche …

      Quel gouvernement de gauche l’année prochaine ?

      Crois-tu qu’ils puissent se réveiller ces uns et ces autres du P.S. , au lieu de vouloir être calife à la place du calife tout seul non mais ?
      qu’ils puissent se poser , se regarder et dire « pouce : on va construire ce projet ensemble , ne pas recommencer ce que l’on a fait en 2007 ( ne se préoccuper que d’abattre Ségolène ) ?
      Crois-tu qu’un seul d’entre eux puisse oublier le démon du pouvoir ?
      Crois-tu que ce peuple va cesser de voter pour un maître désigné par la presse de propagande ?
      Crois-tu en une possibilité d’avenir pour Mélenchon ou Joly ?

      Tu étais indigné il y a 35 ans ( Giscard président ! ) .
      Etrange impression de découvrir que l’on a été jeune adulte avec une bonne analyse de la situation , n’est-ce-pas ?
      Mais « l’éclair blanc » doit se produire dans l’esprit des gens , qu’ils arrivent à comprendre que le bateau a attaqué la falaise et qu’il faut d’urgence changer de cap et de capitaine :-))

      Quel gouvernement de gauche ?
      Ma question est : comment peser sur la conduite de ceux qui recevront le sceptre ?

      Donne-nous encore tes mots , Jules ainsi que Jim .

      monasourire

      8 septembre 2011 at 23 h 16 min

  5. « Quel gouvernement de gauche ?
    Ma question est : comment peser sur la conduite de ceux qui recevront le sceptre ? »

    *************************************
    Deux questions lourdes auxquelles je suis bien incapable de répondre d’une façon assurée.

    Je pense que des gens comme Mélenchon avec le Front de Gauche et Joly avec EELV sont des aiguillons dans les fesses molles du PS mais est-ce que ce sera suffisant pour voir se développer une vraie différence en cas de victoire du camp « de gauche » en 2012 ? Rien n’est moins sûr.
    Ce qui pèse le plus sur tout le monde actuellement c’est la crise mondiale, l’impuissance des politiques (ou leur complaisance), la malfaisance des puissances d’argent et des lobbies qui en vivent …
    Il faut une force herculéenne pour renverser cette cape de plomb.
    Quant au poids des actes désespérés, ils sont par définition sans espoir, même si ce sont des appels au secours, ils ne sont en aucune façon un recours ou une alternative ; et ça donne encore plus de raison d’être pessimiste ou résigné.

    julesansjim

    9 septembre 2011 at 21 h 58 min

  6. J’adore l’expression de l’aiguillon dans les fesses molles !
    Elles sont vraiment trop molles , les fesses de ces êtres formatés , à l’intelligence limitée par un coeur rabougri . Rien ne les fera sursauter si ce n’est un point de plus ou de moins dans les sondages ( qu’ils suivent , bien évidemment ) .
    Rien , pas un mot venu d’eux n’allume la moindre lumière . Si ce n’est peut-être Montebourg .

    Il faudrait que l’aiguillon pique nos concitoyens endormis sur leurs soucis personnels , qu’ils comprennent que le changement de direction ne viendra que des phénomènes Mélenchon et Joly ( qui nous rassurent au moins sur l’humanité ) .

    La force herculéenne , nous l’avons , si notre majorité silencieuse prend la parole .
    Le désespoir , le gros chagrin , il faut l’exprimer certes . Parce que cela donne des mots magnifiques 🙂
    J’ai appris très tôt à les laisser sortir sur mes cahiers et sous ma couette pour hurler sans inquièter ceux qui dépendaient de moi .
    Mais ensuite , il faut reprendre le chemin en se disant « qu’est-ce que je fais avec ça  » . Rien n’est inutile .
    Puis tu découvres que le monde est habité de Belles Personnes , et tu vas les chercher, pour qu’elles prennent la parole et les rênes .
    Ma dernière découverte : Louis JOINET . Interview dans SINE Mensuel N°1 .

    Le peuple d’Islande a traîné , devant un tribunal , son président , responsable et coupable de la ruine du pays .
    La Belgique fonctionne depuis un temps très long sans gouvernement .
    Alors souhaitons qu’elles s’effondrent , toutes leurs magouilles et l’organisation-chateau-de-cartes que les fous de pouvoir et de fric ont mis en place à l’insu de notre plein gré .
    Découvert par hasard un article du POINT : (mince non , ça marche pas le copier-coller , j’y retourne , suite ci-dessous )
    avec le sourire de mona

    monasourire

    10 septembre 2011 at 13 h 47 min


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :