LES VREGENS

Il y a des 11 septembre qu’on oublie

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On n’entend plus causer que de ça. La « commémoration » des attentats du 11 septembre. … Partout, à la radio, à la télé, même au bistrot on cause du « Naïn ilévennne »… D’ailleurs, quand on tape « 11 septembre » sur gogol à la recherche d’images, on ne trouve que ceci :


D’accord, quelques milliers de personnes innocentes sont mortes ce jour là, en plein coeur de l’Amérique. En même temps que ma chienne Indi, que j’avais amenée chez le véto ce jour là. A Marseille.

Indi ressemblait beaucoup à sa petite soeur Tess...

En même temps sans doute que quelques milliers d’autres personnes dans le monde, que tout le monde a oublié, et dont personne ne « commémore » la mort soudaine.

Petite piqûre de rappel au sujet de tous ces morts anonymes, dont les américains sont directement responsables :

        – A Hiroshima et à Nagasaki

        – En Indonésie, grâce au petit coup de main au dictateur Suharto

        – Au Nicaragua, grâce là aussi à l’aide apportée à « notre fils de pute », le grand démocrate Somoza

        – Au Vietnam, ou l’agent Orange continue de sévir aujourd’hui encore (merci à Monsanto)

        – En Irak, où on a pu tester tranquillement quelques « nouveautés »

        – En Afghanistan

Et j’en oublie sûrement…

Et d’instaurer le 11 septembre comme « journée mondiale contre le terrorisme ». Parce que 3000 américains sont morts. 

Mais qui sont les terroristes, quand on réfléchit deux secondes ?

 

Car on oublie un peu vite qu’avant 2001, il y a eu 1973. Et le putsch militaire au Chili. Et l’assassinat (le suicide) de Salvador Allende. Et les mains coupées de Victor Jara. Et Pinochet, les tortures, les disparitions, les assassinats, pendant vingt ans.

Et tout ça, avec la complicité (encore) de ces mêmes amerlocains…

Car quand Salvador Allende est élu, démocratiquement, en novembre 1970, à la tête de l’Unité populaire (composée d’une coalition de plusieurs partis : socialiste, social-démocrate, communiste, bref, tous les mouvements progressistes au Chili), il souhaite tenter une expérience inédite : passer au socialisme sans violence, et légalement. Il dispose même d’une majorité parlementaire, grâce au soutien des démocrates-chrétiens.

Et dés son arrivée au pouvoir, l’Unité populaire frappe fort, et lance une politique de réforme agraire et de nationalisation des secteurs-clés de l’économie. Les mines de cuivre (qui représentent les trois quarts des exportations) sont nationalisées le 11 juillet 1971, et le gouvernement exproprie les compagnies américaines qui les exploitaient, sans les indemniser. Il accentue sensiblement la politique de redistribution des terres en faveur des paysans pauvres. La « réforme agraire » du gouvernement Allende vise à rendre la terre à ceux qui la travaillent, et crée des « centres de réforme agraire », où toutes les décisions sont prises à la majorité de tous les votants de plus de seize ans… Beaucoup d’autres entreprises sont réquisitionnées ou nationalisées (dont neuf banques sur dix). Le gouvernement Allende met en place des mesures sociales comme l’augmentation des salaires et la distribution gratuite de lait pour les enfants.

Alors, les résultats économiques de la première année au pouvoir d’Allende « apparaissent assez satisfaisants » : le PIB progresse d’abord fortement (+8 % en 1971) avant de s’effrondrer (-4,3 % en 1973), le chômage et l’inflation diminuent …

Mais la situation change : 1972 et 1973 sont catastrophiques. L’inflation explose (508 % entre décembre 1972 et décembre 1973), le PIB se contracte (-3,6 %) et la valeur de la monnaie chilienne chute. La chute du prix du cuivre d’environ un tiers de 1970 à 1972 sur les marchés mondiaux est en grande partie responsables de ces résultats… Il faut dire qu’en face, on ne reste pas inactif…

Car après l’élection de Salvador Allende, le président américain de l’époque, Richard Nixon, est « furieux ». Il « demande à la CIA de tout faire pour qu’il soit destitué, et débloque à cette fin un budget allant jusqu’à 10 millions de dollars. »

John Dinges, Les Années Condor, comment Pinochet et ses alliés ont propagé le terrorisme sur trois continents, La Découverte, 2005, p. 32.

Deux documents déclassifiés de la CIA montrent qu’en 1970, le président Nixon souhaitait qu’Allende soit renversé, en étranglant l’économie et en déclenchant un coup d’État …

« Quand Nixon voulait étrangler le Chili », Le Monde, 11 décembre 1998. Voir aussi : « Des archives confirment le rôle de la CIA dans le renversement de Salvador Allende », Le Monde, 16 novembre 2000.

Selon William Colby, directeur de la CIA de 1973 à 1976, la CIA aurait eu pour mission de déstabiliser le régime chilien afin « d’alimenter un climat propice au coup d’État »

(William Colby, 30 ans de CIA, 1978)

Et Salvador Allende en était parfaitement conscient :

EXTRAITS DU DISCOURS DE SALVADOR ALLENDE PRONONCÉ À L’ONU, LE 4 DÉCEMBRE 1972

“Le drame de ma patrie est celui d’un Vietnam silencieux. Il n’y a pas de troupes d’occupation ni d’avions dans le ciel du Chili. Mais nous affrontons un blocus économique et nous sommes privés de crédits par les organismes de financement internationaux.”

“Nous sommes face à un véritable conflit entre les multinationales et les États. Ceux-ci ne sont plus maîtres de leurs décisions fondamentales, politiques, économiques et militaires à cause de multinationales qui ne dépendent d’aucun État.
Elles opèrent sans assumer leurs responsabilités et ne sont contrôlées par aucun parlement ni par aucune instance représentative de l’intérêt général. En un mot, c’est la structure politique du monde qui est ébranlée. Les grandes entreprises multinationales nuisent aux intérêts des pays en voie de développement. Leurs activités asservissantes et incontrôlées nuisent aussi aux pays industrialisés où elles s’installent. Notre confiance en nous-même renforce notre foi dans les grandes valeurs de l’humanité et nous assure que ces valeurs doivent prévaloir. Elles ne pourront être détruites !”

D’ailleurs, dès novembre 1970, Henry Kissinger, Secrétaire d’État de Richard Nixon, avait déclaré dans un discours prononcé à l’occasion de l’élection de Salvador Allende : « Je ne vois pas pourquoi il faudrait s’arrêter et regarder un pays devenir communiste à cause de l’irresponsabilité de son peuple. »

Ben oui, même si rien n’a jamais été prouvé (une commission … américaine avait décrété dans le « rapport Church », paru il y a quelques années, que les États-Unis étaient innocents comme l’agneau qui vient de naître) il est clair que le gouvernement amerlocain a clairement cherché à détruire l’expérience socialiste au Chili. Par exemple en réduisant les crédits, qui passent de 300 à 30 millions de dollars. Sauf pour l’armée, qui elle envoie ses cadres « se former » aux États-Unis… Un hasard, sans doute.

Quant à la CIA, elle disposait d’un gros budget pour soutenir l’opposition à Salvador Allende. Elle l’emploiera principalement pour aider les partis politiques et les journaux anti-Allende, mais aussi directement pour soutenir les camionneurs en grève. Avec l’aide des multinationales, dont ITT :

Dans Une histoire populaire des États-Unis, Howard Zinn écrit, page 615 :

«  En 1970, John McCone (un responsable d’ITT, ancien directeur de la CIA) disait à Henry Kissinger (secrétaire d’état), et à Richard Helms (directeur de la CIA), que ITT souhaitait verser un million de dollars au gouvernement pour l’aider à renverser le gouvernement de Salvador Allende au Chili… »

Evidemment, le 11 septembre 1973 est une fête pour l’administration américaine.

Même si la dictature de Pinochet s’est mise en place ce jour-là, une des premières « personnalités » étrangères à se rendre au Chili fut … Milton Frieldman, le père du néolibéralisme. Plus de 30 ans après, Pinochet est mort et n’a jamais été jugé, grâce à la duplicité de la Grande Bretagne, et malgré le courage du juge Garzon, qui lui, est poursuivi par la « justice »…

Après avoir été testé sur le cobaye chilien, le système néolibéral s’est répandu comme une traînée de poudre. Et le dernier coupable vit des jours heureux, il est même prix Nobel de la paix : il s’appelle Henry Kissinger…

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11 Réponses

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  1. C’est fou parce qu’en septembre 71, je travaillais à la rédaction d’Europe N° 1, et je me souviens parfaitement du drame que ça avait représenté, à l’époque, ce 11 septembre… (onze de setiembre qu’on pourrait dire ;o)… puisque je fais partie de ceux qui disent neinileven pour parler d’il y a 10 ans…)
    Nous étions tous atterrés, nous savions ce qui se passait… les journalistes en parlaient…
    Mais dans ma mémoire, les films et les documentaires que j’ai vus à ce sujet se mélangent avec la réalité… j’ai le souvenir que nous étions au courant des exactions de Pinochet… des « pseudo opposants » dans les stades… J’ai aussi l’impression qu’on a assez vite parlé de l’intervention amerlocaine en sous-main… mais je ne sais pas si je ne me fais pas des illusions sur lémédia de cette époque là parce que j’y travaillais, et que c’est assez loin dans le passé…
    En tout cas, merci pour cette piqûre de rappel… j’avais un peu oublié le « contexte » …

    clomani

    10 septembre 2011 at 19 h 43 min

    • Missing, de Costa-Gavras, raconte bien ce que tu décris: les stades, la « disparition » d’un journaliste qui a compris le rôle des militaires américains sur lesquels il tombe par hasard.

      florence

      11 septembre 2011 at 12 h 15 min

  2. Trop forte. Merci beaucoup pour cet hommage.

    gemp

    10 septembre 2011 at 21 h 21 min

  3. ¿ Y te recuerdo Victor ? ¡ Le han cortado los dedos porque su voz, su canto y su guitarra estabán demasiado bellos ! ¡ El Arte y la Belleza son muy peligrosos por los fascistas !

    julesansjim

    10 septembre 2011 at 21 h 46 min

  4. merci pour ce rappel précis 🙂

    overdose du nineleven, mais il faut dire aussi que contrairement aux autres événements 9 sept. du passé, celui-là a été vécu en direct, retransmis jusqu’à overdose, ça marque davantage parce que ça a réellement eu un impact sur notre journée alors qu’on n’était pas directement concerné-e-s et à des milliers de kms de là. et puis en plus c’était les rois du monde…. (bof)

    ceci dit, j’ai l’impression que cette année la démesure des commémorations rappelle justement à plus d’un-e le coup d’état du Chili, et c’est tant mieux.
    sur Plume de Presse aussi : http://www.plumedepresse.net/je-paierai-de-ma-vie-la-loyaute-du-peuple/

    kakophone

    11 septembre 2011 at 10 h 32 min

    • J’ai d’ailleurs failli rajouter cette phrase à cet article : « Les Américains se sont beaucoup demandé après le 11 septembre 2001 pourquoi tant de gens dans le monde semblaient les détester. Sans doute pour ce genre d’opérations où ils ont bafoué la démocratie et changé la vie de milliers de gens au nom de leurs intérêts économiques. »

      Gavroche

      11 septembre 2011 at 10 h 56 min

  5. le pays de la liberté, les pères fondateurs, les bâtiments qui « grattent » le ciel, la patrie où tout est possible, La Fayette nous voilà, le « happy days », la comédie musicale, etc … etc…
    L’Amérique qu’on aime c’est bien souvent celle de réfractaires, de « révolutionnaires » longtemps rejetés. Ils ont finalement pu émerger pour donner une vitrine très alléchante au reste du monde. Mais c’est au réel, duplicité, comme le révèle, en effet Howard Zinn. Les USA, c’est – des siècles plus tard – un rêve d’empire à la manière de Rome : par exemple être présent partout dans le monde. Comme pour Rome où chaque citoyen Romain était intouchable – où qu’il se trouve – il doit en être de même pour chaque amerlocain …
    Alors, imaginez … se prendre 4 avions-bombes chez eux par une bande de va-nu-pieds avec des cutters … et n’avoir rien vu venir … Car al-quaida a gagné, au final . Petit cours de guérilla des fanatiques : utiliser le terrorisme (qui frappe les esprits – et l’opinion publique, dans les « démocraties ») pour amener les dites « démocraties » à employer une riposte disproportionnée, de telle manière que la « démocratie » n’en soit plus une … Et aujourd’hui, le résultat (sous Obama !) , Patriot Act, Guantanamo, Irak martyr, Afghanistan au bord de la déroute, transports aériens quasi impraticables, informatique inquisitrice… Beau monde que l’Amérique lègue à ses propres enfants . Sans parler du délabrement de leur système financier qui est de l’auto-anthropophagie – j’sais pas si ça se dit ! – en gros qui se bouffe lui-même en entrainant les autres … et jusqu’où ?
    Marre de cette saloperie.

    randal

    11 septembre 2011 at 11 h 17 min

  6. Le onze septembre 2001 sortait le dernier album studio de Noir Dez’ avec la chanson Le Grand Incendie

    le onze septembre 1995 sortait l’album One Hot Minute de Red Hot Chili Pepper avec la chanson Aeroplane

    merci pour cet article Gavroche

    alainbu

    11 septembre 2011 at 18 h 45 min

    • C’est fort de café, la sortie du disque de Noir Déz…Merci pour l’info ! (et le rappel de la chanson)…

      clomani

      12 septembre 2011 at 13 h 00 min

  7. Con Allende en la mémoria

    alainbu

    11 septembre 2011 at 19 h 45 min

  8. alainbu

    15 septembre 2011 at 8 h 12 min


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