LES VREGENS

Petit cours d’économie à l’usage des mal-comprenants

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Dont je suis. N’allez pas dire que ça y est, la Gavroche a chopé le melon. Et qu’elle prétend donner des leçons…

Alors, pendant qu’on nous bassine avec les primaires socialistes, car ça y est, nous allons avoir un candidat « président normal » en 2012 …

… comme si le choix du vizir allait changer vraiment les choses, comme si les élections prochaines avaient vraiment de l’importance, les « bâtisseurs de ruines » (comme les appelle Pierre Rimbert dans le dernier numéro de Manière de voir) continuent à œuvrer dans l’ombre.

En effet, l’économie aujourd’hui est au service des banquiers. Bon, ça, vous le saviez déjà. Ceux qui décident, ce n’est pas nous qui les choisissons. Et ça a commencé il y a trente ans.

Pourquoi en est-on arrivé là ?

  • A partir des années 70, les fameuses années Reagan, Thatcher, et les « Chicago-boys » de Milton Friedman, les états ont fait graver dans le marbre un principe : il leur était désormais interdit d’emprunter directement à leur banque centrale, qui devait devenir « indépendante » (en clair, privée), et ils se sont donc retournés, à grands frais, vers les fameux lémarchés
  • Second « principe » : il fallait baisser les impôts. Des grosses entreprises, évidemment. Les États se sont donc retrouvés, tout à fait logiquement, avec moins de recettes.

Ainsi, au début des années 90, soit vingt ans plus tard, les banques américaines faisaient plus de profits que l’industrie… C’est « la City » et Wall Street qui avaient pris le pas.

Du coup, les gouvernements se retrouvent avec moins d’argent et une dépendance accrue vis-à-vis de leurs créanciers, privés.

Et tous acceptent, à droite, comme « à gauche », cet état de fait : l’économie fonctionne à l’envers.

  • Normalement, les banques devraient être conçues comme des pompes à crédit pour financer ce que nos politiques appellent aujourd’hui sans rire « l’économie réelle. »
  • En réalité, ce n’est pas ça du tout. C’est l’inverse qui se produit. Et c’est l’économie réelle qui finance des conglomérats financiers … Et les Etats, c’est à dire les contribuables qui « sauvent les banques ».

Logique. Il faut bien que quelqu’un paye. Les banques ayant spéculé sur la « bulle immobilière », rêvant d’une hausse sans fin, ont perdu. Des dettes, encore des dettes, et au bord de la faillite, les États les ont jugées trop importantes (puisqu’elles sont censées financer l’économie) pour les laisser tomber. Et comme les États non plus n’avaient plus d’argent… Devinez qui a payé ? Devinez ce qui constitue « la dette » que nous sommes censés éponger ?

Et vous imaginez que les banques ont dit merci ?

Même pas. A la place, elles crachent à la gueule de ceux qui les sauvent :

La Banque centrale européenne (indépendante, haha) a détaillé en août dernier les « conditions » de son aide à l’Italie.

Extrait du journal gauchiste le Figaro, le 9 aout 2011 :

« En premier lieu, la BCE demande à M. Berlusconi de procéder par décret, d’application immédiate, et non par projet de loi, que le Parlement met toujours du temps à approuver. »

C’est vrai, quels emmerdeurs ces « élus du peuple »… Pourtant godillots …

Mais ce n’est pas tout :

« S’agissant du code du travail en vigueur depuis 1970, la BCE demande de rendre plus flexibles les procédures de licenciement et de privilégier les accords au sein des entreprises aux conventions sectorielles négociées à l’échelon national. C’est un point capital : M. Sergio Marchionne, le patron de Fiat, ne cesse de dénoncer la rigidité de l’embauche et des licenciements. »

Et chez nous, alors ? Quid de la « Banque de France » ?

Pas la peine d’aller regarder sur Wikipédiatre, parce que vous n’apprendrez rien de concret. Sauf que la Banque de France, est elle aussi, « indépendante ».

Y’a écrit ça :

« 1993 : réforme capitale : indépendance »

Rien d’autre.

Il se trouve qu’au printemps 1993, une loi a été votée assurant « l’indépendance de la Banque de France. » Il paraît que c’était (d’après la droite) « la condition d’une coopération monétaire renforcée avec l’Allemagne, et une baisse des taux d’intérêt. » Baisse qui devait au passage, faire baisser le chômage…On a vu le résultat.

Cette loi fut aussi votée par « la gauche » :

« Personnellement, j’étais plutôt pour que nous restions avec le statut qui est le nôtre. Mais si l’indépendance de la Banque de France est une condition de l’avancée vers l’union monétaire d’un couple franco-allemand, je voterai pour. »

Et c’est signé Lionel Jospin, alors premier secrétaire du PS…

Qu’est-ce que ça veut dire, concrètement ?

Tout simplement que depuis 1993, ce ne sont plus les élus du peuple qui décident. Nos politiques ont confié aux seuls banquiers la maîtrise des taux d’intérêt et de la monnaie. Le but étant, clairement « d’agir dans la durée pour assurer la stabilité des prix sans trop tenir compte des échéances politiques et de la situation de l’emploi. » (Le Figaro, février 1993).

Et le président de la Bundesbank de déclarer : « Seule une institution indépendante est en mesure de résister aux tentatives, en pratique toujours réitérées par les hommes politiques, d’imprimer à la politique monétaire des objectifs souvent incompatibles avec celui de la stabilité comme de celui de la croissance et de l’emploi… »

Jacques Delors en était d’ailleurs parfaitement conscient : « Il sera difficile de concilier l’indépendance en matière monétaire avec la responsabilité politique et démocratique. »

Philippe Seguin aussi : « Cela revient à confier un pouvoir exorbitant à un clan de technocrates qui peuvent engendrer des crises terribles sans avoir à rendre de compte à personne. »

Les banques centrales (dont la Banque de France) et la Banque centrale européenne ne peuvent désormais plus « solliciter ni accepter les instructions des institutions communautaires, et des gouvernements des Etats membres » (article 130 du Traité de Lisbonne).

Il fallait bien protéger les banquiers … Et bien c’est fait.

Petit rappel historique (et nostalgique)  :

Le 25 juillet 1936, une réforme fut votée : le Front populaire supprima le « conseil de régence » de la Banque de France, et le remplaça par une assemblée générale composée des quarante mille actionnaires de la Banque.

Ce « conseil de régence » était composé des membres éminents des fameuses  Deux cents familles dont de pauvres gars nommés François de Wendel, le baron Rodolphe Hottinguer, le baron Jacques de Neuflize, le baron Edouard de Rothschild, et le marquis Louis de Vogüé …

Évidemment, ils ont vivement protesté, arguant que leur éviction les empêcherait de s’opposer « aux espérances d’une manne généreuse distribuée à tout venant par la Banque de France… » Si l’argent sert à n’importe qui et surtout à l’intérêt général, où va t-on ?

Ils s’étaient aussi empressés d’envoyer leur pognon ailleurs. La solidarité nationale, déjà.

Et le 2 décembre 1945, la banque de France était nationalisée. Afin « qu’aucun monopole, aucune coalition ne soit en mesure de faire pression sur l’État. »

C’est bien oublié aujourd’hui. Et que le vizir s’appelle Sarkozy en 2012, ou qu’il soit un « président normal », ça n’y changera pas grand chose. Il y aura juste un ruban rose autour du tube de vaseline.

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5 Réponses

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  1. Magistral. Merci.

    Ça fait quelques semaines que je dois mettre en ligne chez moi un Chouard qui détaille quelques soucis liés à l’Union Européenne: http://www.dailymotion.com/playlist/x1otnh_gemp_etienne-chouard-sortir-de-l-ue/1

    gemp

    10 octobre 2011 at 15 h 42 min

  2. Limpide.

    alainbu

    10 octobre 2011 at 18 h 33 min

  3. Et puis il y a ce fameux article 123 aussi :

    « L’article 123 du Traité de Lisbonne dispose que : « 1. Il est interdit à la Banque centrale européenne et aux banques centrales des États membres, ci-après dénommées »banques centrales nationales », d’accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux institutions, organes ou organismes de l’Union, aux administrations centrales, aux autorités régionales ou locales, aux autres autorités publiques, aux autres organismes ou entreprises publics des États membres ; l’acquisition directe, auprès d’eux, par la Banque centrale européenne ou les banques centrales nationales,des instruments de leur dette est également interdite »

    … pour mieux permettre désormais aux banques privées de faire leur fructueux commerce !
    C’est vraiment de la m… en bâton ce p… de traité !

    😦

    julesansjim

    10 octobre 2011 at 21 h 15 min

    • C’est dans la vidéo instructive de Chouard citée plus haut, parmi d’autres, 10 autres.

      gemp

      10 octobre 2011 at 21 h 32 min

      • Merci pour la playlist gemp ! Ce Chouard est vraiment chouette ! En plus il a l’art de dire des choses terribles avec une voix calme, mesurée… ce qui donne plus de force encore à son propos.

        A la tienne Etienne !

        **********************************
        Je fréquente peu ma banque, bien qu’elle soit « populaire », paraît-il. C’est un tort, sûrement, mais je ne suis pas du tout un homme d’argent ; sa valeur d’usage me suffit amplement, tant que mon compte est suffisamment approvisionné. J’avais une conseillère très avenante, humaine, arrangeante, à l’écoute. Je viens d’apprendre qu’elle avait pris une année sabbatique… A mon avis, je ne la reverrai pas de sitôt, elle va changer d’air, ou de crèmerie : The times they are a-changin’.

        julesansjim

        11 octobre 2011 at 12 h 09 min


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