LES VREGENS

Les ombres chinoises

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Bon, je vous préviens, le texte qui suit n’incite ni à l’allégresse ni à entonner l’hymne à la joie. La seule excuse que je me trouve c’est qu’il s’accorde à l’air du temps de nos sociétés si modernes qu’elles en deviennent inhumaines. Et aussi que c’est la saison qui veut ça.

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J’ai incorporé le 1er régiment de dragons basé à la caserne de Lure début août 1971. Classe 71/08. J’avais 22 ans. Après deux mois pénibles, moralement et physiquement, pendant lesquels j’effectuais mes classes, autrement dit, en langage militaire, j’accomplissais ma formation militaire de conscrit, je me retrouvais un soir d’octobre de garde pour la nuit devant la caserne. Le texte que j’écrivis quelques temps plus tard est une trace et un écho de cette période qu’on souhaiterait volontiers oublier, et qui reste là, indélébile, dans un recoin de la mémoire. 

 

1er régiment de dragons (Lure, Haute Saône)

Les ombres chinoises

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Huit heures du soir, l’ombre s’étale

Sur l’avenue déjà déserte

Une fenêtre au teint verdâtre

Palpite au creux d’un mur gris sale

Et sur le trottoir qui somnole

Se tient un bien triste spectacle

Trahis par la lueur blafarde

Deux vieux font des ombres chinoises

Le sommeil souffle les bougies

La ville n’est plus qu’un grand lit

Où chacun verse dans l’oubli

La part inconsciente de sa vie

Je suis seul au bord de la tombe

L’angoisse au ventre, la mine sombre

Devant moi se déroule un drame

Sous la lune brille une larme

Dans un halo de fumée grise

Une ombre tricote des chausses

L’autre suit le jeu des aiguilles

En écumant sa pipe chaude

Sans bruit s’est refermée la porte

Sur l’antichambre de la mort

Ils n’espèrent plus rien du dehors

Déjà on entend le croquemort

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Written by Juléjim

6 novembre 2011 à 18 h 01 min

Publié dans humeur, Société

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3 Réponses

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  1. Je ne le trouve pas si triste ce poème, il est beau, son tempo s’accorde au temps.
    un temps qui échappe encore aux yeux d’un jeune dragon 🙂

    kakophone

    8 novembre 2011 at 21 h 41 min

  2. Merci Kako de voir de la beauté là où j’ai sans doute cherché à me soulager d’une pesanteur trop lourde pour mes frêles épaules de conscrit sursitaire.
    Mais une avenue mal éclairée à la sortie d’une petite ville de garnison dans l’Est de la France, c’est quand même pas folichon, folichon. Surtout pour un « jeune dragon » !
    😉
    Quant au temps qui échappe… cette année d’armée m’a semblé la plus looooooonnnnngue de toute ma courte existence, à l’époque. Pendant plusieurs mois après ma libération j’ai rêvé que j’y étais encore, me réveillant parfois le matin, dans le coltard, en me posant encore la question.
    Entre milles autres choses, le service militaire, même pour un an, est une épreuve du temps, quand on est antimilitariste. Un temps précieux qu’on nous a volé. Quand je pense que d’autres ont fait beaucoup plus ! Parfois même en temps de guerre…

    julesansjim

    9 novembre 2011 at 17 h 05 min

  3. j’étais moi aussi de la 71/08 et je peut assurer que ce n’est pas le meilleur moment de ma vie que j’ai passé là . je vais bientot avoir 64 piges et j’y pense encore et il y a des gars qui ont vécu de pire au cours de leur service !

    lesueur

    26 mai 2014 at 15 h 28 min


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