LES VREGENS

Comment ça, pauvres?

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On ne dirait pas (Oakridge, Oregon)

Jules ne m’en voudra pas de rebondir sur son article sur les « pauvres gens », car je suis tombée sur cet éditorial du New York Times, qui explore ce que recouvre ce terme et celui, plus nouveau de « presque pauvres », une catégorie sociale qui explose en ce moment aux États-Unis. Traduction:

Les pauvres, les presque pauvres et vous

Ça se passe comment, quand on est pauvre ? La plupart des Américains ne le savent heureusement pas, mais il faut que tout le monde prenne conscience d’une dure réalité : 1 Américain sur 3 (100millions de personnes) vit en-dessous ou tout près du seuil de pauvreté.

D’après les données les plus récentes, 49,1 millions d’Américains vivent sous le seuil de pauvreté (24 343$ pour une famille de 4 personnes). 51 millions sont dans la catégorie juste au-dessus, celle des presque pauvres, définie par un revenu dépassant le précédent de moins de 50%.

Les Républicains en campagne peuvent bien répéter qu’il suffit de se prendre par la main, il se trouve que plus de la moitié de ces nouveaux « presque pauvres » gagnaient autrefois davantage, et que leurs revenus se sont peu à peu érodés.

Le ralentissement économique actuel, le pire depuis les années 30, n’explique pas tout. Même avant, les revenus avaient commencé à se dégrader à cause de la stagnation des salaires, et d’une fiscalité favorable aux riches.

Les politiques et les analystes conservateurs, comme d’habitude, refusent de voir la réalité. Rick Perry et Michele Bachmann (candidats à la candidature Républicaine) se sont prononcés en faveur de plus d’impôts pour les pauvres et les presque pauvres, sous prétexte que ce serait des assistés. En fait, les salariés pauvres, s’ils ne payent pas d’impôt fédéral sur le revenu, payent bel et bien des cotisations prélevées à la base, et des impôts locaux et d’état.

Robert Rector, analyste de la fondation conservatrice Heritage, estime que les termes « pauvre » et « presque pauvre », émotionnellement connotés, laissent imaginer un niveau de pauvreté qui en réalité n’existe pas. Heritage a son propre système de classement, basé sur une liste d’équipements domestiques. Le pauvre moyen en possède 14 sur 30. Alors quoi, est-ce que la vie est si dure que ça, quand on a un frigidaire, l’air conditionné, une cafetière, un téléphone portable, et encore d’autres trucs ?

Bien-sûr, ce classement oublie que la plupart de ces équipements sont aujourd’hui indispensables et que ce à quoi les pauvres et les presque pauvres accèdent de moins en moins (l’éducation, la santé, la garde des enfants, le logement) sont bel et bien les vrais indicateurs d’un niveau de vie qui progresserait.

La moitié des 17 millions d’enfants pauvres vivent dans un foyer qui connaît au moins un des problèmes suivants : la faim, le manque d’espace, un retard de payement de loyer, ou un renoncement à se faire soigner.

Il y a aussi, de plus en plus, le problème « loin des yeux, loin du coeur ». De plus en plus d’Américains vivent dans des régions tout à fait riches ou tout à fait pauvres. L’isolement géographique des riches remet en cause leur participation aux services publics (écoles, parcs, transports), aux investissements qui bénéficient à l’ensemble de la société.

Les pauvres se débrouillent sans, les presque pauvres bricolent de salaire en salaire. La plupart des Américains ne savent pas comment ça se passe, mais si le pays ne change pas très vite de direction, ils vont être nombreux à le découvrir bientôt.

L’édito en VO :

http://www.nytimes.com/2011/11/24/opinion/the-poor-the-near-poor-and-you.html?_r=1&hp

Un plus long article détaillant les conditions des « presque pauvres » : salariés mais sans assurance santé, motorisés mais dans une quasi-épave, partageant souvent un logement à plusieurs générations:

http://www.nytimes.com/2011/11/19/us/census-measures-those-not-quite-in-poverty-but-struggling.html?ref=opinion

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Written by florence

24 novembre 2011 à 9 h 53 min

13 Réponses

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  1. Mais non, les pauvres, ça n’existe pas, voyons …

    Ça m’a fait penser à ça :

    Gavroche

    24 novembre 2011 at 9 h 59 min

  2. « Les Républicains en campagne peuvent bien répéter qu’il suffit de se prendre par la main, il se trouve que plus de la moitié de ces nouveaux « presque pauvres » gagnaient autrefois davantage, et que leurs revenus se sont peu à peu érodés. »

    ***********************************
    Et chez nous on file à toute allure le même coton. Que ce soit avec cette équipe de merde actuelle ou une alternance de drauche » qui s’annonce plus merdouilleuse que clairement de gauche !

    Le Monde de ce jeudi 24 nov. consacre un dossier à l’état de notre jeunesse. Pas de quoi se réjouir… et l’édito, intitulé « Vieux, privilégiés, égoïstes » (*) cite un chiffre accablant : plus d’un pauvre sur deux à moins de 35 ans (d’après Christian Baudelot qui publie « Refaire société » dans La république des Idées).(**)

    (*) http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/11/23/vieux-privilegies-egoistes_1608013_3232.html

    (**) http://www.repid.com/Refaire-societe.html

    julesansjim

    24 novembre 2011 at 16 h 15 min

    • Une jolie façon de monter les gens les uns contre les autres : les vieux qui profitent, les jeunes qui trinquent… Les ceusses qui se lèvent le matin, les chomistes qui s’engraissent…

      Gavroche

      25 novembre 2011 at 10 h 01 min

      • ??!!??!! Qu’est-ce qui t’inspire cette remarque ironique ? J’espère que ce n’est pas la teneur des 2 liens de mon commentaire ?

        L’édito du Monde, comme les différentes contributions du collectif de « Refaire société » n’appellent pas au conflit générationnel ou inter-classes sociales. Ils partent au contraire, l’un comme l’autre, du constat de l’appauvrissement des plus jeunes tandis que les plus âgés bénéficient encore, pour la plupart, des acquis de l’avant-crise. Ils s’en inquiètent, le Monde craint une exploitation politicienne de cette nouvelle fracture sociale et les auteurs du bouquin vont plus loin que le constat puisqu’ils proposent des pistes pour stopper cette évolution qu’ils jugent dangereuse pour la cohésion sociale.

        Mais j’ai peut-être mal compris le sens de ton commentaire ?

        julesansjim

        25 novembre 2011 at 14 h 28 min

  3. Je pense à ma copine américaine, un an de plus que moi, connue dans les années 70. Le couple vivottait : lui médecin homéopathe/naturopathe (médecines qui ne sont pas reconnues dans tous les états US), elle en faisant des bijoux, en prenant des photos, en travaillant dans la boutique « municipale » du bled où ils vivaient et étaient propriétaires au Nord de Manhattant. Ils ont vendu la petite maison, déménagé en Californie il y a deux ans. Elle m’a annoncé triomphalement en début d’année qu’elle avait trouvé un C.D.I. et qu’elle était ravie ! A 63 ans, elle s’est mise à travailler tous les jours, ce que j’ai fait moi, de 18 à 62 ans.
    C’est qu’il leur faut payer les études de leur fille et s’occuper de la belle-mère (qu’ils ont fait venir chez eux car les maisons de retraite sont inabordables) et le loyer.
    Ils ne sont pas encore pauvres… mais ils se sont appauvris, même s’ils ont toujours mordu un peu le diable par la queue.
    Donc j’imagine, pour m’être baladée là-bas dans les années 70 et 80 et avoir été déjà à l’époque choquée par la pauvreté et le rejet des pauvres, ce que ça doit être actuellement.

    clomani

    25 novembre 2011 at 9 h 55 min

  4. Je suis tombé fortuitement sur un entretien accordé par Thomas Piketty à Rue89. L’article s’intitule : « La lutte des classes n’est pas morte !  »

    Ce type est proche du PS… J’ai du mal à ne pas me demander « Mais qu’est-ce qu’il fout là ? » quand je lis les analyses qu’il fait sur la situation de plus en plus explosive vers laquelle semble dériver notre société !

    http://www.rue89.com/rue89-eco/2011/11/08/thomas-piketty-la-lutte-des-classes-nest-pas-morte-226345

    julesansjim

    25 novembre 2011 at 15 h 14 min

  5. A Jules :

    Mon commentaire n’était pas ironique, juste un chouïa perplexe devant le titre de cet article : « Vieux privilégiés égoïstes »… Pourquoi utiliser un titre pareil ? Pour faire du buzz ? Pas étonnant que ces idées soient « récupérées »…

    Les « vieux » ne sont pas « privilégiés ». Ils se sont battus pour obtenir ce qu’ils ont, ils ont cotisé pour leur retraite, et malgré tout, partout on lit ce genre de titre, pour faire culpabiliser les gens ?

    Je trouve juste normal qu’après avoir travaillé toute une vie, les « vieux » puissent encore profiter un peu de la vie. Ce qui n’est pas normal, c’est que tous les acquis sociaux obtenus par les « vieux » soient peu à peu grignotés par le pouvoir, sans que personne ne moufte vraiment. En particulier les jeunes.

    Tiens, je lisais hier soir les « Écrits politiques d’Orwell » :

    Il parle du chômage et de l’industrie anglaise en crise, entre les deux guerres (1928), à cause du charbon anglais devenu trop cher (aujourd’hui on dirait « pas compétitif ») :

    « Chaque mine est dévorée par son groupe organisé de parasites : les actionnaires, qui veulent des dividendes, et par suite, font monter le prix du charbon. (…) Pour remédier à cet état de choses, les capitalistes ont essayé de contraindre les mineurs à travailler pour un salaire insuffisant. Leurs efforts ont échoué… »

    Aujourd’hui, les capitalistes ont gagné. Et c’est toujours la même chanson, presque un siècle plus tard.

    Gavroche

    26 novembre 2011 at 10 h 49 min

    • « Mon commentaire n’était pas ironique, juste un chouïa perplexe devant le titre de cet article : « Vieux privilégiés égoïstes »… Pourquoi utiliser un titre pareil ? Pour faire du buzz ? Pas étonnant que ces idées soient « récupérées »…  »

      *****************************************
      Tu oublies un détail, ma Belle : cet édito s’adresse à un lectorat qui n’a pas pour habitude de s’en tenir aux titres de Une pour se faire une opinion ou s’informer. Et rien dans le corps de l’article ne milite en faveur de ce que tu dénonces à juste titre.
      Cela dit, c’est vrai que le titre pourrait être moins ambigu. Mais tu n’ignores pas que Le Monde sort d’une crise profonde, et la concurrence est rude entre les quelques titres en presse papier qui restent en course.

      julesansjim

      26 novembre 2011 at 11 h 49 min

      • C’est compliqué, les titres. On a souvent critiqué le choix d’@si d’une citation trompeuse en tête de ses émissions.
        A notre modeste échelle de blogueurs, vous ne trouvez pas difficile, vous, de titrer vos billets?

        florence

        26 novembre 2011 at 12 h 03 min

  6. Ouais pas facile de titrer mais perso j’adore ça. C’est un peu le même type de problème qu’on rencontre quand on écrit une chanson et qu’un vers ne colle pas. Ça demande de la précision, un certain sens du raccourci, du mot qui va faire image… Ouais, j’aime ça !

    julesansjim

    26 novembre 2011 at 14 h 08 min

    • N’empêche que c’est pas facile. Et pour les chansons, comme j’imagine pour les bouquins ou autres, comme dit Flo pour nos modestes billets de blog, trouver un titre qui va à la fois donner une idée de ce que l’on raconte, sans rebuter ni induire en erreur, c’est pas simple.

      alainbu

      26 novembre 2011 at 22 h 51 min

      • A l’inverse, j’ai déjà entendu des romanciers dire que l’idée générale ou l’envie de démarrer un nouveau roman s’était parfois construite à partir et autour d’une idée de titre. Quelques mots… et hop. Magique…

        Je crois que c’est Stephen King qui raconte un truc comme ça quelque part notamment.

        julesansjim

        27 novembre 2011 at 9 h 55 min


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