LES VREGENS

Louise Wimmer

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Si vous avez envie d’avoir une vie de merde,  la recette est assez simple (plus encore si vous êtes une femme !):

1- vous quittez le domicile conjugal, en plantant mari et enfant(s).

2- vous stockez tout ce qui vous appartient (vêtements, bijoux, meubles, babioles…) dans un box ou un garage.

3- vous gardez votre voiture, qui vous servira éventuellement d’abri pour y dormir en attendant de trouver un appart. Prévoyez d’être très patient, endurant, voire résilient…

4- vous collectionnez petit boulots sur petit boulots, sous-payés, en horaires décalés, le genre « épanouissant » donc,  style « ménage de chambres d’hôtels » ou « technicienne de surface »

Voici résumé à gros traits le récit et le propos du film de Cyril Mennegun, intitulé « Louise Wimmer » patronyme du personnage principal incarné magistralement par Corinne Masiero.

Corinne Masiero alias Louise Wimmer

Le réalisateur le dit sans ambages : il voulait éviter à tout pris le style larmoyant et la posture victimaire. Une totale réussite, où la performance d’actrice de Corinne Masiero y est pour beaucoup.
L’intuition de Cyril Mennegun (dont c’est le premier long métrage) semble avoir été décisive ; Corinne Masiero est connue dans le milieu du théâtre et de la télévision, quasiment pas au cinéma et c’est une chance pour le film ! Si le réalisateur avait confié le rôle de Louise à une actrice de cinéma telle que Sylvie Testud, Sandrine Bonnaire ou Isabelle Carré, le témoignage porté par le rôle risquait de disparaître derrière la performance de l’actrice « bankable ». On aurait parlé d’un rôle césarisable etc… et le vrai sujet traité par le film serait passé au second plan… De plus, il est à craindre qu’une trop grande notoriété de l’héroïne aurait pu perturber un processus d’identification qui pour le coup fonctionne à merveille. Le spectateur est très vite en empathie avec cette courageuse Louise qui en bave.

Outre une performance de grande valeur de la part de son actrice principale, le film de Cyril Mennegun est un témoignage fort sur la précarité. C’est aussi une prise de parole très pertinente et opportune sur le scandaleux problème du mal-logement.
Le spectateur prend peu à peu conscience à quel point cet appartement qu’attend Louise depuis des mois est vital pour elle ; en être privée est une souffrance de tous les jours, un handicap majeur qui la contraint à toutes sortes de ruses et de subterfuges. Car Louise a honte, elle cache sa situation de sdf à tout le monde : à ses proches, son amant, ses employeurs successifs, les amis qu’elle se fait ici ou là, les services sociaux qu’elle relance avec constance. On finit par avoir peur pour elle. On redoute une agression durant la nuit, qu’on la dépouille du peu qu’elle possède, que le gérant de l’hôtel ne la licencie, que les huissiers ne mettent leurs menaces à exécution en saisissant ses modestes biens entassés dans un box ou sous une bâche au travail de son ex-mari.
Enfin, là où le film est des plus précieux du point de vue du message socio-politique qu’il délivre, c’est lorsque vers la fin le spectateur voit se dérouler sous ses yeux le processus qui fait que les gens qui n’ont rien, ou quasiment rien, sont amenés par la force des choses à se contenter finalement de bien peu ( tel l’appartement au 15e étage d’une tour d’un quartier excentré qu’une jeune assistante sociale a fini par lui trouver). Louise, qui est passée tout près du « break down » à certains moments, peut enfin sourire.
Restent dans la vraie vie, plusieurs millions de personnes qui souffrent depuis trop longtemps d’être mal ou pas logés du tout. Certains en meurent car l’hiver ne connaît pas la solidarité. Tandis que quelques nantis spéculent sur la pierre et le bâti, en toute saison et en toute impunité surtout. Ceux-là devraient avoir honte et payer pour ça !

Je suggère que l’on soutienne ce film, en allant le voir et en en parlant autour de soi. Par la même occasion, on peut faire savoir à Eric Cantonna que sa dernière initiative de citoyen engagé dans le combat contre le mal-logement est une bonne idée. Il est impératif de mettre nos responsables politiques devant leurs responsabilités. Maintenant !

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9 Réponses

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  1. Cantona président ? Non.
    Ou quand la politique devient un cirque médiatique…
    Oui, il est bien gentil, le Canto, mais je le préfère sur un stade (même quand il cogne) ou comme acteur.

    Comme ici, dans Les enfants du marais :

    Cantona dans les enfants du marais

    Après sa « petite phrase » sur les banques, avait-il vidé son compte (sans doute plus fourni que le mien) : la réponse est non.

    Gavroche

    11 janvier 2012 at 16 h 15 min

    • T’emballe pas la belle enragée… Vider les banques c’était juste une provoc cantonesque et sans doute une bourde car en ne donnant pas l’exemple Cantona s’est pas mal décrédibilisé sur ce coup-là. Maintenant pour le mal logement ça me semble plus sérieux. Cantona roule pour la fondation Abbé Pierre, pas pour lui perso et surtout pas pour devenir président. Ce n’est pas une façon idiote ou stérile d’utiliser les médias, je trouve.

      ***************************************************
      « Eric Cantona, 45 ans, se définit comme un « citoyen engagé » et « attentif à notre époque, aux chances qu’elle offre aux plus jeunes – trop limitées – aux injustices qu’elle génère – trop nombreuses, trop violentes, trop systématiques ».

      Son message, affirme-t-il, est « simple mais clair ». Il s’agit d’un » message de vérité mais de respect ; un message solidaire et puissant […] un message attendu par notre pays et par ces millions de familles dont on oublie les souffrances quotidiennes et desquelles la puissance publique s’est éloignée ». S’adressant aux élus destinataires de sa lettre, il dit vouloir « requérir [leur] signature dans le cadre du débat politique dans lequel le pays s’engage ». »

      ******************************************************
      Quand au fait que son compte bancaire soit plus fourni que le mien, ça ne me choque pas et je m’en fous un peu. Ce type a plus de talent(s) que moi, il me semble. Tout dépend de ce qu’il fait de son fric. S’il l’utilise comme il le fait de son image « bankable » pourquoi pas ?

      julesansjim

      11 janvier 2012 at 21 h 58 min

      • Ce type a plus de talent(s) que moi

        Non plus… Décidément t’as tout faux….. 🙂
        .

        Gavroche

        11 janvier 2012 at 22 h 03 min

  2. Dans le genre, il y a aussi « 8 fois debout » : femme, divorce, poor jobs, expulsion, bagnole, etc…

    Agnès

    11 janvier 2012 at 17 h 09 min

    • Oui merci Agnès, celui-là je l’ai raté à la sortie et après… pschittt, un film chassant l’autre…

      Pour rattraper un peu le coup, une critique qui donne envie :

      http://television.telerama.fr/tele/films/8-fois-debout,14449252,critique.php

      **********************************
      Ça semble en effet traiter aussi de la précarité mais plus du côté de la difficulté à trouver un emploi. Denis Podalydès est vraiment un comédien intéressant, ne serait-ce qu’au travers des choix qu’il fait et des projets où il s’engage.

      julesansjim

      11 janvier 2012 at 22 h 09 min

  3. @ Gavroche

    Et toi t’es pas objective alors pouet pouet !

    🙂

    julesansjim

    11 janvier 2012 at 22 h 11 min

  4. Merci Jules. Tu donnes toujours envie d’aller voir des films, ou de lire. C’est même gênant, je n’aurai pas le temps, pas le temps de tout voir …. de tout faire….. Je ne suis pas une triple buse, mais une triple boulimique, et toi du es un triple I comme Intelligence. ;-))

    bysonne

    15 janvier 2012 at 23 h 21 min

  5. Ma Bysonne triple A (A comme Amour) si ça peut te consoler, sache que moi aussi je rate plein de choses : je ne vais pratiquement plus au théâtre, au concert… et il m’arrive de culpabiliser. Quant à lire tout ce qui me fait envie… pas l’temps ! pas l’temps !

    🙂

    Ce foutu temps qui manque toujours et nous échappe ! Une seule alternative à mon avis : privilégier la qualité sur la quantité. Et puis aussi se faire un memento culturel en notant dans un coin les titres de livres, de films, de spectacles qui passent sous nos yeux et se dire « ça sera pour plus tard, un jour ou l’autre… »

    julesansjim

    16 janvier 2012 at 14 h 58 min

  6. Triple A comme Amour, je prends, comment n’y ai-je pas pensé ? Je me laisse envahir par ce monde de brutes, snif, je viens d’écouter les économistes atterrés chez Mermet, cette émission me redonne du cœur à l’ouvrage. Méluche monte, bonne nouvelle !

    « ça sera pour plus tard, un un jour ou l’autre … » C’est bien le problème, je ne fais plus d’illusion …

    bysonne

    16 janvier 2012 at 17 h 06 min


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