LES VREGENS

Quels dédales !

with one comment

Comme c’est compliqué, le processus électoral américain ! Et encore, on n’en est qu’à la sélection des candidats républicains. De huit, on est passé à quatre. Quatre millionnaires, dit-on, qui courent d’État en État selon le calendrier des primaires, mais surtout qui tentent de lever le plus de fonds possible à travers les « super PACs » (Political Action Committees), qu’officiellement ils ne pilotent pas eux-mêmes (interdiction de se « coordonner »), et dont les contributeurs viennent d’être rendus publics.

Mais ce dédale-là, l’humoriste Stephen Colbert l’a très bien ridiculisé en montant son propre super PAC avec son complice Jon Stewart, à qui il a transféré son argent à l’antenne, lors d’un mémorable épisode de son émission, supervisé par un vrai avocat.

En 5 minutes il explique, ou plutôt démontre, qu’être associés en affaires ne compte pas comme de la « coordination », que le personnel du nouveau super PAC peut être le même que celui de l’ancien, et que le transfert d’argent se fait par la signature d’un unique document. On ne peut pas faire mieux, c’est là: http://www.colbertnation.com/the-colbert-report-videos/405889/january-12-2012/indecision-2012—colbert-super-pac—coordination-resolution-with-jon-stewart

Donc, je préfère vous parler d’un autre dédale, encore un, celui qui est en première page du New York Times aujourd’hui. C’est le dédale de la vie quotidienne des nouveaux pauvres à New York, les SDF insoupçonnés qu’on croise dans les bus et les métros, parcourant le réseau en tous sens de foyers en petits boulots, avec des escales pour déposer les enfants à la crèche ou à l’école.

Vous perdrez bien dix minutes à repérer les trajets quotidiens de Tonya Lewis entre le Queens et Brooklyn; elle, elle y passe quatre heures par jour.

Départ en bus pour rejoindre le terminus de la ligne de métro J (ligne marron, sud-est du Queens), changement à Broadway Junction après 14 arrêts, puis ligne L (grise) vers le sud-est, et encore un bus. Sauf qu’il faut aussi un petit trajet après la première heure de travail pour déposer le petit à la crèche. Tonya Lewis travaille comme aide à domicile. Le grand (15 ans), lui, aura pris deux autres changements à partir de Broadway Junction (lignes C, bleue, vers le sud-ouest puis S, grise, vers le sud) pour se rendre au lycée dans un autre quartier de Brooklyn.

Pourquoi habiter si loin du travail, du lycée, de la crèche ? Parce que le compagnon a perdu son emploi, puis le couple s’est séparé. Puis, à cause des restrictions budgétaires du système Medicaid qui finance l’employeur de Mme Lewis, son nombre d’heures de travail a chuté de moitié. Le loyer était devenu trop cher. Elle a pris ce que la ville lui a trouvé : un foyer. Elle doit plus de 4000$ à son ancien propriétaire.

En théorie, le système des foyers s’est beaucoup amélioré : un lieu d’accueil centralisé permet d’affecter les demandeurs en quelques heures. Il y a 40 000 places, occupées aux trois quarts par des familles. Mais comment quitter ensuite le système, comment retrouver un vrai logement ?

le très beau centre d'accueil... sans ses usagers

Des travailleurs sociaux ont beau aider, au rez-de-chaussée du foyer, les demandeurs de HLM à monter des dossiers, il n’y a que 6 000 logements sociaux par an qui se libèrent, pour 100 000 personnes sur les listes. Temps d’attente : 7 ans.

Il y avait un système qui payait une partie des loyers de logements privés, mais l’État s’est désengagé, et la ville seule ne pouvait le financer. Ce système n’existe donc plus. Mais c’est compliqué : des associations de soutien aux SDF étaient contre de toute façon, car elles le voyaient comme un alibi pour éviter de construire des logements sociaux.

Pour que les pensionnaires ne s’incrustent pas au-delà des 6 à 9 mois habituels, il reste donc les règlements des foyers, censés les décourager de se complaire dans cette solution : pas de visites, pas de décoration aux murs, pas de meubles personnels.

Le service municipal d’aide aux SDF a une position ambiguë : s’il appelle de ses voeux des hausses de salaires minimum, il serait aussi pour un assouplissement des normes, afin de pouvoir loger plus de personnes par immeuble. Son directeur, Seth Diamond a un discours qui vaut son pesant de cacahuètes : « Ma philosophie est une compassion de professionnel. Il y a une obligation réciproque d’être acteur de sa réussite. » Il trouverait sans-doute condamnable l’attitude de Tonya Lewis, qui  n’emploie jamais le mot SDF avec son fils de 15 ans : ils disent « notre situation » ou « ce qui nous arrive en ce moment ».

On va peut-être proposer à cette famille un autre foyer, dans Brooklyn. Cela raccourcirait les trajets quotidiens, mais Tonya Lewis s ‘inquiète de quitter des lieux familiers, un foyer dont elle apprécie aussi la propreté. Seth Diamond trouverait sans-doute cela complaisant.

C’est tellement plus simple de s’en tenir à des choix clairs et nets.

M.Romney, R.Santorum, N.Gingrich, R.Paul

L’article du New York Times :
http://www.nytimes.com/2012/02/05/nyregion/ordinary-families-cloaked-in-a-veil-of-homelessness.html?pagewanted=1&hp

Une galerie de portraits des pensionnaires du foyer où vit Mme Lewis :
http://www.nytimes.com/interactive/2012/02/05/nyregion/portraits-of-the-new-homeless.html?ref=nyregion

la station de Broadway Junction

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Written by florence

5 février 2012 à 15 h 03 min

Une Réponse

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  1. « De huit, on est passé à quatre. Quatre millionnaires, dit-on… »

    *********************************
    Et ben, quelque soit le gagnant on peut dire qu’ils ont des chances de décrocher le gros lot, les électeurs américains…

    😦

    julesansjim

    5 février 2012 at 19 h 07 min


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