LES VREGENS

Lire et autres plaisirs

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Lorsque nous nous rendons à l’annexe de la bibliothèque municipale pour y échanger livres, magazines et revues empruntés pour 3 ou 4 semaines, c’est chaque fois un plaisir renouvelé. Car nous faisons plus qu’y emprunter des livres. Nous discutons avec le ou les bibliothécaires des romans lus, de ceux qu’on a aimés, de ceux qui nous ont déçus, des émissions littéraires vues à la télévision, des films du mois, de l’actualité de la bibliothèque et du quartier etc…

Mercredi dernier, un adolescent nous observait depuis l’ordinateur où il travaillait, à quelques mètres de la table où l’on procède à l’échange des livres. Lorsque je m’aperçus qu’il tournait ostensiblement la tête vers nous je me dis que l’écho de nos voix le gênait peut-être. Je lui posais alors la question en esquissant un début d’excuse. « Non, non, ça va ! » me répondit-il d’une voix douce, en souriant.

Il pourrait s'appeler Moussa

─ Oh mais on se connaît je crois ? dit alors l’ex-instituteur de maternelle.

Oui…

─ Tu dois être… Ibrahim ? ou bien alors non… Moussa peut-être ?

Oui c’est Moussa !

─ Mais moi tu me reconnais ?

Oui, vous êtes Jeanlui !

… Flash-back d’une petite quinzaine d’années…

… Dès la matinée de pré-inscription des nouveaux entrants, au mois de juin précédant la rentrée de septembre, Moussa, 2 ans et demi, s’était fait remarquer dans la cour par son énergie débordante, ses cris, son envie irrépressible de tout tenter, de tout tester, de tout essayer… Son égocentrisme envahissant faisait merveille.

De fait, en une année scolaire, il avait bien lessivé sa maîtresse de Petite section ! Puis, durant trois années encore, Sandrine, la jeune maîtresse de la classe multi-âges n°1.

J’eus personnellement l’occasion d’apprécier l’impact de la présence d’un tel élément dans un groupe restreint de 4 enfants de CP ; il s’agissait d’un atelier de soutien que j’avais accepté d’animer pour nourrir une liaison pédagogique entre la maternelle et l’école élémentaire. A 6 ans, Moussa pouvait, par son seul comportement incapable de s’auto-discipliner et  de se concentrer plus d’une minute, faire exploser un groupe de travail langagier composé de seulement 4 enfants et un adulte, même expérimenté ! Demandant la parole à chaque sollicitation, coupant la parole d’un camarade, ne sachant pas répondre lorsqu’on l’interrogeait, cherchant en permanence à attirer l’attention de l’adulte, toujours en mouvement, même assis sur une chaise (dont il parvenait à chuter régulièrement à force de gigoter).

LEP Georges Brassens Villepinte

─ Et là maintenant tu fais quoi ?

Ben je fais un tableau Excel.

─ Oui mais comme études, tu fais quoi ?

Je vais au lycée, à Villepinte.

─ Et… ça se passe bien ?

Oui c’est bien mais c’est loin. Je prends le bus et pis encore un autre.

─ Ben dis-donc… sacré Moussa ! t’es tout calme là !

Ouais…

─ Tu diras bonjour à ta maman pour nous deux hein ?

Ce jour-là, en quittant la bibliothèque, je repensais à ce titre d’un article lu il y a longtemps dans une revue pédagogique : « En éducation, tout est encore possible très longtemps ».

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Written by Juléjim

1 avril 2012 à 11 h 09 min

3 Réponses

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  1. Ça me rappelle une scène avec mes élèves de Troisième « allégée ». J’entre en classe, ils sont blancs comme des linges, de colère. Ils explosent : vous savez ce qu’il nous a dit, le prof de Maths ? Il a d’abord demandé qui voulait aller en Seconde générale. Il y en a quatre qui ont levé la main. Il leur a dit : c’est pas la peine d’essayer, vous n’y arriverez pas !

    athalouk

    1 avril 2012 at 11 h 58 min

    • Athalouk, vous n’ignorez pas que toutes les études sociologiques sur les lectures professionnelles des enseignants convergent depuis les années 80 en gros pour attester d’un illettrisme professionnel persistant et massif chez les enseignants (à la louche, une minorité de 20% lit pour s’informer et se former au métier, la grande majorité, quand elle s’informe professionnellement, contourne l’écrit).
      Votre collègue prof de maths en est sans doute une triste preuve : s’il avait lu, ne serait-ce que le livre de Rosenthal et Jacobson sur l’effet Pygmalion, peut-être aurait-il été moins … inconséquent ?

      *************************************
      Pour les gros curieux j’ai trouvé ce lien sur l’effet Pygmalion :

      http://www.psychologie-sociale.com/index.php?option=com_content&task=view&id=253&Itemid=84

      julesansjim

      1 avril 2012 at 18 h 21 min

  2. Je n’aime pas parler des absents, mais dirai quand même que l’adjectif « inconséquent » est dix fois trop faible pour qualifier ce personnage, ses pompes et ses œuvres.

    Ces élèves acceptaient de nous (même en râlant) toutes nos exigences d’ordre scolaire. Sauf une chose : qu’on les méprise.

    athalouk

    1 avril 2012 at 18 h 43 min


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