LES VREGENS

Une Lorraine au coeur d’acier

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Il ne m’aura fallu qu’une petite heure pour me rendre au pied du podium dressé en bord de Seine, entre le Trocadéro et la Tour Eiffel. Les « métallos de Florange », eux, ont marché durant 9 jours, parcourant plus de 300 km pour atteindre hier en fin d’après-midi la Dame de fer, faite d’acier lorrain. Tout un symbole.

Avant que la musique donne les marcheurs sont montés sur la scène pour s’adresser chacun leur tour à la foule venue les saluer et leur manifester un soutien sans faille. Et c’est une bien belle humanité qui s’est exprimée là. Ces grands gaillards (certains sont près de la retraite quand d’autre ont encore la trentaine) ont évoqué la solidarité qu’ils ont rencontrée au cours de leur périple jusqu’à Paris ; ils ont dit qu’ils luttaient pour la région lorraine, son industrie, ses emplois mais aussi qu’ils se battaient pour la jeunesse de ce pays, cette France-là paie un lourd tribu à une politique économique et sociale où le chômage n’est pas un problème, mais LA solution, semble-t-il, pour certains esprits forts. Et puis bien sûr ils ont remercié chaleureusement tous ceux qui, par leur soutien, leurs aides et leurs encouragements leur permet de tenir ; spéciale dédicace à leurs proches et à leurs familles.

Cette humanité-là, moi, me fait craquer, tellement je l’aime. J’avais gardé mes lunettes de soleil pour ne pas avoir l’air ridicule.

Tous ensemble ! Tous ensemble !

Cette fin d’après-midi était saturée de symboles, oui, mais aussi bourrée de contrastes : de l’autre côté du pont d’Iéna, sous chaque pilier de la tour Eiffel, se pressaient des cohortes de touristes, tournant le dos à ce qui vibrait pourtant fortement sur l’esplanade du Trocadéro. Les forces de l’Ordre avaient d’ailleurs fermé l’accès par le pont dans le sens tour —> trocadéro, contraignant ceux qui souhaitaient traverser à un détour de plusieurs minutes par un autre pont. « Vous désirez soutenir les marcheurs de Florange ? et bien, marchez donc un peu ! » semblait nous dire le ministre de l’Intérieur. Par contre, dans l’autre sens, pas de problème ! venez, venez, braves gens ! visitez la tour Eiffel ! Paris ! Paris ! champagne ! Folies Bergères ! Notre-Dame de Paris ! Touristes de tous les pays, consommez ! Consommez ! Grrrrr !!!

Solidarité, ténacité, dignité

En écoutant nos courageux et exemplaires sidérurgistes, ouvriers et syndicalistes, unis dans la lutte, je repensais à ces propos insultants et choquants proférés par ce qui nous sert de président de la République depuis 5 ans, notre président-candidat, à l’encontre de ces mêmes hommes venus lui demander des comptes le 15 mars dernier. Non seulement ils n’eurent droit qu’à une fin de non-recevoir mais ils furent malmenés, gazés, repoussés sans ménagement par les crs. Et le président-candidat justifia cette brutalité en les traitant de « casseurs ». Quel classe et quel sens du dialogue social !

Edouard Martin, l’un des plus emblématiques parmi les délégués syndicaux, lui fit par voie de presse cette réplique cinglante : « C’est au contraire lui qui, depuis ses déclarations de 2008 à Gandrange (Moselle), trahit la confiance des métallurgistes lorrains ». (en février 2008, Nicolas Sarkozy s’était engagé à faire prendre en charge par l’Etat «tout ou partie des investissements nécessaires» pour maintenir l’aciérie en activité. Mais celle-ci a été définitivement fermée le 31 mars 2009)
« Ces attaques contre la CFDT, qui viennent après d’autres lancées contre la CGT, reviennent à cracher sur le monde ouvrier. Nous accuser d’avoir voulu casser son QG de campagne alors que nous étions venus à Paris pour dialoguer, c’est instiller la haine et le mensonge ».

Sur la scène, l’un des marcheurs a dit « Non, la France n’est pas individualiste ! durant notre voyage nous avons rencontré une France solidaire ! » S’il a raison alors c’est qu’il y a deux France : celle du partage, qui est là, sous nos yeux mouillés, et puis celle des intérêts partisans et cupides, qui agit sournoisement en se cachant derrière l’hypocrisie, le mensonge, l’opacité et la cupidité des marchés financiers. Avec un problème supplémentaire pour notre république : son président ne semble représenter que cette France, détestable aux yeux du plus grand nombre, et se contrefoutre des volontés du peuple souverain. Jusqu’à quand ce scandale, cette escroquerie perdurera ?

Et si cette France coupée en deux n’était finalement et durablement que l’expression d’une lutte de classes ? Raaaah la la j’oubliais … la lutte des classes c’est du passé, donc complètement dépassé, paraît-il. Ben voyons donc !

Les sidérurgistes lorrains sont exemplaires parce qu’ils nous montrent la voie : ils se battent dignement, avec courage, intelligence, créativité et humour. La grande classe quoi !

300km à pied, ça n'use que les souliers !

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Written by Juléjim

8 avril 2012 à 11 h 20 min

7 Réponses

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  1. L’ami Didier Porte râlait sur Médiapart, en disant qu’il y avait bien peu de monde pour soutenir les gars de Florange.

    Le seul bémol (mais il me paraît fondamental) que je mettrais, moi, c’est que les syndicalistes l’ont répété : « ils ne font pas de politique, mais veulent seulement défendre leurs emplois… » Alors que cette lutte (comme toutes les autres) est éminemment politique.

    Un seul candidat est allé à leur rencontre, pour les féliciter, et les encourager : ce n’est pas vraiment étonnant, c’était Jean-Luc Mélenchon.

    Gavroche

    8 avril 2012 at 11 h 43 min

    • Méluche est dans son rôle, en tant qu’homme politique et candidat à la prez. Mais les syndicalistes le sont tout autant lorsqu’ils disent « ne pas faire de politique ». Parce qu’un syndicaliste défend des salariés face à un patron, c’est son mandat, il est socio-économique. S’il se met à revendiquer une orientation idéologique ou politique il sort des clous et tend le bâton pour se faire battre. Je ne t’apprends rien du reste, en disant cela.

      Et puis il y a une unité syndicale à préserver… et entre la cgt, la cfdt et fo il y a plus que des nuances en terme de sensibilité purement politique entre ces organisations.
      Sinon, je n’ai guère de doute sur la couleur politique du bulletin que les 20 marcheurs et leurs proches mettront dans l’urne le 22 avril.

      julesansjim

      8 avril 2012 at 11 h 57 min

      • heu oui et non
        faire du syndicalisme c’est de fait un acte politique, surtout quand les enjeux comme pour eux sont au niveau national
        et les syndicats sont assez clairement notés, si ce n’est affiliés, proches de tel ou tel parti. même s’il est vrai qu’en dehors des « combats » nationaux, les sections locales des syndicats sont davantage le reflet de l’engagement de leur-e-s délégué-e-s.

        kakophone

        8 avril 2012 at 21 h 28 min

  2. Je viens de voir un reportage (trop court) sur l’arrivée des Florange à Paris et le concert qui a suivi…
    Juste derrière : enchaînement sur Toulouse, le 5 avril …
    Avant, j’avais lu ton article, Jules…
    Tout ça m’a complètement bouleversée…
    Quant à la politique, pour moi, on en tous tous les jours ! Tous les choix que l’on fait au cours de notre vie d’adulte, c’est de la politique… Il n’y a pas que dans les urnes qu’on choisit -et encore, le choix est là, limité- . On peut choisir de consommer dans la norme, d’économiser, de faire chi… les autres ou de les respecter, de s’enrichir en faisant des saloperies ou en travaillant dignement, de boire pour oublier (quoique là, je ne suis pas si sûre que ça que ce soit un choix), de voler, mentir ou rester honnête…
    Ca devrait avoir quelque chose à voir avec la morale, la politique.

    clomani

    8 avril 2012 at 15 h 17 min

  3. « Faire du syndicalisme c’est de fait un acte politique, surtout quand les enjeux comme pour eux sont au niveau national »

    **********************
    Oui Kako dans le sens ou quasiment tout est politique, l’engagement syndical n’échappe pas à la règle. Ce que je veux dire c’est qu’il y a des codes et qu’un militant ou un délégué syndical, au risque de ne plus représenter l’ensemble des salariés qu’il est sensé défendre professionnellement, ne peut pas s’exprimer, ni se comporter comme un militant politique. Il en va de même, dans une certaine mesure, pour les militants associatifs.
    Il n’est cependant pas interdit de « lire entre les lignes » ou d’écouter « entre les mots » mais la règle du jeu veut que ça reste « indicible ».

    julesansjim

    8 avril 2012 at 21 h 49 min

    • Si j’ai bien compris les développements de Mélenchon là-dessus, ce qu’obtiennent les luttes syndicales, ce n’est pas juste contre « un patron » Tant, justement, que le droit du travail reste sous forme de loi, générale, et non d’accord boîte par boîte. C’est tout l’enjeu actuel.

      (Pourquoi tu crains d’être ridicule quand tu es ému, toi?)

      florence

      9 avril 2012 at 13 h 27 min

      • Oui je sais, c’est un peu … ridicule, cette peur du … ridicule. Surtout qu’étymologiquement « émotion » et « émeute » ont la même racine : le mouvement.

        1 Vx. Mouvement (du corps, d’un corps). — Spécialt. Mouvement (par oppos. à l’état normal de calme) d’un corps collectif, agitation et fermentation populaire à l’occasion d’un événement inquiétant, pouvant dégénérer en troubles civils ; par ext., ces troubles. è Conspiration, émeute, révolte, sédition.

        « L’émotion de Catilina » (Montaigne). | Calmer l’émotion populaire. | Une grande émotion se dessinait dans l’armée.

        1 Rome autrefois a vu de ces émotions (…)
        Quand il fallait calmer toute une populace,
        Le sénat n’épargnait promesse ni menace (…)
        (Corneille, Nicomède, v, 2.)

        d’après le Grand Robert…

        🙂

        julesansjim

        9 avril 2012 at 15 h 35 min


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