LES VREGENS

« Journal d’un corps » (Daniel Pennac)

with 3 comments

Depuis quelques semaines, pour diverses raisons, j’avais perdu l’envie et le goût de tisser laborieusement quelques phrases par ici, afin que quelque chose qui ressemble à un texte ait l’air de tenir un peu debout.

Et puis, voilà que je tombe malade ! D’abord une sorte d’eczéma de contact, suite à la manipulation un peu soutenue et prolongée de divers matériaux de construction (ciment, sable, graviers, vieilles dalles…), et ensuite, au bout de quelques jours de traitement, une grande lassitude qui s’abat sur mon dos, mes jambes, mes articulations… Un genre de crise d’anémie est suspectée par la Faculté ? Examen sanguin programmé… à suivre…C’est durant cette période de « grand rien faire », où je me traînais du lit, au canapé, puis du canapé au lit, que j’ai démarré la lecture du dernier livre du toujours inventif et imaginatif Daniel Pennac « Journal d’un corps ». Etant donné le sujet abordé dans ce livre, j’étais sans doute dans les meilleures dispositions pour y être particulièrement réceptif. Mais aussi mon âge avançant, mais aussi la malice de l’auteur et son grand art de conteur.

Aujourd’hui, je ne suis encore que convalescent mais j’ai terminé la lecture de « Journal d’un corps » avec l’envie d’en parler et d’en faire éventuellement partager mon plaisir de lecteur.

Ceux qui ont lu du « Pennac » connaissent et apprécient, en général, la fluidité de son écriture ainsi que ses fulgurances qui vous bouleversent au détour d’une phrase. Dans ce dernier opus, Pennac a fait preuve d’une grande « malice » romanesque. A moins que ce ne soit de la pudeur ? Avec un avertissement (au lecteur ?), signé D.P.,  puis un prologue, en forme de lettre testamentaire adressée à sa fille Lison, datée et signée Papa, l’auteur multiplie les masques narratifs, avant de prêter sa plume au narrateur qui nous invite à pénétrer dans les replis les plus intimes de sa mémoire et de son corps tout entier.

Au final, ce livre, qui n’est ni un roman, et encore moins une auto-fiction, peut s’appréhender comme tel. Ce récit, on ne peut plus nombriliste, et qui dit « je » en permanence, est aussi la traversée d’une existence, allant de 1923 à fin 2010 (de 13 à 87 ans), jalonnée de quelques repères historiques à peine soulignés, qui nous parle pourtant du monde et des autres. Pour mieux nous parler de notre propre corps, de notre propre altérité. Le tout, dans une tonalité enjouée, une petite musique qui nous rappelle quasi en permanence que rien n’est grave, que tout vaut la peine d’être vécu et que tout finit par passer… Tout, c’est-à-dire y compris nous.

On ne raconte pas un livre pareil. On incite à y aller voir. Tout au plus peut-on donner à voir et à entendre le talent et la beauté de plume de ce grand conteur philosophique qu’est Daniel Pennac :

« 13 ans, 1 mois, 8 jours                                                                              mercredi 18 novembre 1936

 

Je veux écrire le journal de mon corps parce que tout le monde parle d’autre chose.« 

 

« 86 ans, 9 mois, 16 jours                                                                            lundi 26 juillet 2010

 

Nous sommes jusqu’au bout l’enfant de notre corps. Un enfant déconcerté.« 

Un point de vue de critique.

Des points de vue de lecteurs.

***************************

Ainsi donc, mon propre corps , malade et fatigué des efforts répétés que je lui imposais depuis quelques jours, m’aurait-il interpellé, en m’imposant à son tour une pause pour un repos salutaire ?

Mais alors, qui dois-je remercier : mon corps au bord de la rupture de fatigue ?  ou Daniel Pennac ?

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Written by Juléjim

12 juin 2012 à 21 h 32 min

Publié dans humeur, Littérature, maladie

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3 Réponses

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  1. ah oui, après avoir lu ce qu’en disait Anna, je l’ai acheté mais pas encore lu.

    du coup je n’ai fait que survoler ce que tu en dis, tu m’excuseras mais je n’ai pas envie d’en savoir trop pour l’instant. Je reviendrai après 🙂

    kakophone

    13 juin 2012 at 12 h 27 min

    • Ah tiens, je ne connaissais pas « Anna » cette grande lectrice, fan de Pennac !
      Et hop ! dans les « Marc Tapage » !

      Merci Kako !

      😉

      Juléjim

      14 juin 2012 at 18 h 04 min

  2. Ahhhh, bon. Va m’être difficile de ne pas le lire, maintenant. Je vais m’arranger pour tomber malade.

    gemp

    13 juin 2012 at 16 h 23 min


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