LES VREGENS

Croissance sans conscience

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Vous vous en rappelez certainement, le nouveau pantin qui habite à l’Élysée (avec sa bonne femme, Valérie Tweetweiler, qui-a-bien-le-droit-merdalors-de-continuer-à-travailler-pour-un-journal-de droite-vu-que-c’est-une-vraie-femme-pas-une-potiche) nous racontait il y a peu, qu’il refuserait – non mais, qui c’est le chef – de signer le dernier traité en date pour « sauver l’Europe ». Mâme Merkel n’avait qu’à bien se tenir, cette grosse dinde.

Bon c’était avant les élections. Il racontait qu’il allait, manu militari s’il le fallait, « renégocier » un « volet croissance » à ce traité… Histoire de rajouter, paraît-il, un tout petit peu – mais alors vraiment un petit peu hein, faut pas déconner – de « justice sociale » dans le bouzin.

Car depuis trente (quarante ?) ans, pour les pingouins qui nous gouvernent, toutes obédiences confondues, « la croissance » signifierait le bonheur, la joie, l’égalité-poil-au-nez, etc.

D’ailleurs, cette propagande a toujours cours : devinez qui j’ai vu hier au jité de la France « socialiste » nous asséner ses vérités premières concernant l’économie ? Je vous le donne Émile, Élie Cohen. Si, si, le même qui causait dans le poste sous Sarkozy…

Mais « la croissance » c’est quoi ?

Ben c’est tout bête : c’est l’augmentation du Péibé, c’est à dire « l’ensemble des biens et services produits contre rémunération. »

Les amis du journal « La Décroissance » nous en parlent depuis quelques années maintenant, et, alors qu’au début, on les prenait pour des allumés, adeptes du désormais célèbre « retour à la bougie », à présent, certains économistes, comme Jean Gadrey, commencent à dire que nous vivons aujourd’hui notre « crise de croissance ». Et que, quelque part, c’est tant mieux.

C’est aussi ce que je pense : quand le « système » capitaliste se sera définitivement cassé la gueule, peut-être l’humanité aura-t-elle le bon sens d’inventer autre chose.

C’est l’histoire – le conte de fées même pas drôle – du gâteau qui doit forcément grossir pour qu’on puisse laisser quelques miettes aux plus pauvres. Et jamais, jamais, on ne parle de faire des parts plus équitables de ce même gâteau … Etonnant, non ?

Jean Gadrey explique :

D’abord, à qui ont profité les dix années de croissance aux USA, entre 1997 et 2007 ? Ça s’est accompagné d’une stagnation, voire d’une régression, pour 90 % des ménages. Une très belle croissance, donc, mais qui ne profitait qu’aux 10 % et surtout au 1 % les plus riches. Les parts étaient de plus en plus inégales. Et surtout, le gâteau qui grossit sans cesse, il est de plus en plus bourré de substances et d’actifs toxiques. Il est de plus en plus empoisonné. Partager un gâteau empoisonné, qui ça fait vraiment saliver ?

Et il n’est pas optimiste :

La croissance privée dans l’austérité publique. Le sacrifice des biens communs par rapport aux biens privés. Des restrictions de budget pour la santé, l’éducation, les retraites, bref, ce qui nous apparaît le plus précieux, et des encouragements à consommer des téléphones, ou à construire des autoroutes.

Ou un aéroport à Notre Dame des Landes.

En 1968, le gauchiste Robert Kennedy (le frère de l’autre) écrivait (juste avant d’être assassiné) :

Notre PIB prend en compte la publicité pour le tabac et les courses des ambulanciers qui ramassent les blessés sur nos routes. Il comptabilise les systèmes de sécurité que nous installons pour protéger nos habitations et le coût des prisons où nous enfermons ceux qui réussissent à les forcer. Il intègre la destruction de nos forêts de séquoias ainsi que leur remplacement par un urbanisme tentaculaire et chaotique. Il comprend la production du napalm, des armes nucléaires et des voitures blindées de la police destinées à réprimer les émeutes dans nos villes. Il comptabilise la fabrication du fusil Whitman et du couteau Speck, ainsi que les programmes de télévision qui glorifient la violence dans le but de vendre les jouets correspondants à nos enfants…

En revanche, le PIB ne tient pas compte de la santé de nos enfants, de la qualité de leur instruction, ni de la gaieté de leurs jeux. Il ne mesure pas la beauté de notre poésie ou la solidité de nos mariages. Il ne songe pas à évaluer la qualité de nos débats politiques, ou l’intégrité de nos représentants. Il ne prend pas en considération notre courage, notre sagesse ou notre culture. Il ne dit rien de notre sens de la compassion, ou du dévouement envers notre pays. En un mot, le PIB mesure tout, sauf ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue.

Du coup, tout ça m’a fait penser à cet article que j’avais lu il y a quelques mois, qui évoquait le joli monde qui nous attend, bientôt :

50 ans de terrorisme agricole

Extrait :

1970-2011 : silence radio assourdissant, omerta, marginalisation des agriculteurs atteints, désinformation, publicité, média-mensonges, chantage au nombre de bouches à nourrir, alibi des ravageurs des cultures… Difficile de ne pas y voir un complot ! Par leur rôle de sentinelles muettes, complices ou mercenaires, de plus en plus de paysans sont bel et bien complices de l’épidémie de maladies chroniques qui s’annonce maintenant et qui débouchera dans les décennies à venir sur un nombre croissant de cancers. Cette crise sanitaire sans précédent parce que sans réponse et sans remède résultera d’une contamination insidieuse et irrémédiable de notre milieu et de notre alimentation. Ce billet d’humeur est dédié aux animaux non-humains qui souffrent plus et davantage depuis l’avènement de l’agriculture industrielle et de son corollaire l’élevage concentrationnaire, ainsi qu’aux victimes humaines des produits agricoles pétris de résidus chimiques. Mais pas seulement. Je le dédie aussi à la pétro-tomate sans saveur, au poivron en deuil de son sol, à la pomme de terre aux gènes de poulet, de phalène, de virus et de bactérie, au maïs aux gènes de luciole, de pétunia, de blé, de scorpion, au riz aux gènes de haricot, de pois, de bactérie et d’humain, à la fraise-melon et au melon-fraise ou kiwi, à la banane empoisonnée, à l’abricot qui ne mûrira plus, à la cerise qui pourrit rien qu’en la regardant. Et à tous les « fruits » de notre antimonde aux terroirs perdus. S’il est plus question que jamais de faire payer les pollueurs, il serait grand temps de présenter la facture qui revient aux gangsters de l’agrotoxique.

Et puis, pour contrer cette morosité ambiante, j’ai reçu ce matin des nouvelles des amis de Tarnac, auxquels j’avais, malgré mes modestes moyens, chômage oblige, adressé quelques sous. Car contrairement au percepteur, qui fait ce qu’il veut de votre pognon, y compris « sauver les banques » et fermer les hôpitaux et les écoles, à Tarnac, eux, ils créent du lien…

Grâce à l’argent collecté, ils ont agi, créé…

Contact les amis de la commune de Tarnac : act@boum.org

Adresse postale : Les Amis de la Commune de Tarnac 12, rue du Tilleul19170 Tarnac

Le blog de Jean Gadrey

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4 Réponses

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  1. Merci Gavroche. Je fais circuler ton article dans mon cercle, restreint mais c’est déjà ça, il est percutant et propre à convaincre.

    saufcila

    26 juillet 2012 at 12 h 25 min

  2. merci gavroche, et vivement tarnac-sur-lot ! article dûment copié et fesse-bouqué… c’est étrange comme ce que kennedy bob pouvait dire en 68 (mais bon, il s’est fait flinguer…) est devenu les 50 années suivantes inaudible, tabou, sous peine de se faire traiter de réac populiste à bougie. pour un pays comme la grèce, l’idée même de vouloir « relancer la croissance » est devenu une aporie et une impossibilité radicale (avec son frère jumeau meurtrier « relancer la compétitivité »). et faute d’inventer un autre discours sur ce que nous voulons de notre monde et pour le monde, on se retrouve à attendre le retour à la drachme comme une apocalypse et les émeutes prévues en septembre comme un soulagement.

    zozefine

    26 juillet 2012 at 15 h 00 min

  3. Complément par P.Krugman (traduit) sur ceux qui ont les grosses parts du gâteau, et qui se disent si essentiels à l’économie du pays:
    http://www.rtbf.be/info/chroniques/chronique_qui-sont-les-vip-paul-krugman?id=7804924&chroniqueurId=5032403

    florence

    26 juillet 2012 at 17 h 36 min

  4. Vachement bien, merci, on fait circuler.

    gemp

    26 juillet 2012 at 18 h 24 min


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