LES VREGENS

Ces saloperies de platanes

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Samedi, je me suis rendue aux assises départementales de l’environnement, dans un petit village pas loin d’ici, Carnac-Rouffiac. Le thème en était « agriculture et biodiversité ». Quelques stands de bouffe bio, des conférences sur les abeilles qui meurent à petit feu, sur le bois raméal fragmenté, etc.

Il faisait beau, et pourtant, il n’y avait pas grand monde. Sans doute les lotois avaient-ils autre chose à faire : genre les courses de la semaine au supermarché du coin.

J’y ai rencontré des responsables associatifs, la plupart d’âge certain, à croire que vraiment, à part pour quelques retraités, « l’écologie ça commence à bien faire », et que nos concitoyens s’en tamponnent grave le coquillard…

Bref. J’y venais pour tenter de comprendre pourquoi, on allait abattre 36 platanes centenaires dans le quartier de Bégoux, près de Cahors.

Du coup, j’ai tenté (naïve que je suis) de parler avec l’un des partisans de ce massacre programmé, je me demande d’ailleurs ce qu’il faisait là, vu que la première phrase qu’il m’a dit c’est « je ne suis pas là pour faire de la provocation »… Il portait des lunettes de soleil qu’il n’a pas enlevées durant toute la durée de notre conversation, je n’ai donc pas pu voir ses yeux, qu’il devait avoir très fragiles, sans doute.

Il a bien essayé de motiver sa position (y paraît qu’il est de gauche) : « Oui, vous comprenez, à Bégoux, le FN progresse … » Ah … Et « les gens ont besoin de sécurité ». Ah.

Ce Monsieur et ses voisins sont décidément très ennuyés par les feuilles de ces saloperies de platanes qui souillent leur pelouse à l’automne. Y paraît que du coup, rien n’y pousse. Ben oui, c’est con, les arbres, ça perd généralement ses feuilles en automne…

D’après les mauvaises langues, certains auraient aussi « légèrement » outrepassé (oh, pas grand’chose, « juste 50 cm ») les limites de leur propriété … En fait, c’est juste ces saloperies de platanes qui eux, ne sont pas règlementaires…

J’ai évidemment eu droit au couplet : « les arbres sont malades ». C’est bête, mais le Préfet a dit que non. Puis « ils sont en fin de vie ». C’est vrai, ça, cent cinquante ans, ça suffit… Puis « ils sont dangereux ».

La preuve, y’en a un qui est tombé l’an dernier. Ces saloperies de platanes ne sont pas entretenus, ni même élagués depuis vingt ans : c’est donc pour ça qu’il faut les couper.

Définitif, rédhibitoire. Et irréparable.

Alors, ce matin, sur place, alors qu’une entreprise venue de l’Yonne (y paraît qu’il n’y a pas d’élagueurs dans le Lot…) était venue installer ses engins, nous étions quelques uns, venus là, effarés, quelque peu désespérés, la boule dans la gorge, en compagnie d’autant de ces messieurs des forces de l’ordre, RG compris (ils vont finir par devenir des potes, ceux-là, à force) que de manifestants.

On a admiré ces arbres centenaires, vivants, majestueux, qui nous faisaient profiter de leur ombre bienfaisante (il faisait 35°) aperçu les nids des oiseaux et des pipistrelles … ils sont sympas, les élagueurs, il paraît qu’il vont d’abord boucher les trous, avant d’abattre les arbres : les oiseaux et autres bestioles qui salopent les trottoirs mourront donc asphyxiés plutôt que SDF.

Oui, c’est un beau quartier, Bégoux :

On est aussi allé parler aux gens, les dénommés riverains de ce petit quartier pavillonnaire de la banlieue de Cahors :

  • Ils vont tomber malades un jour, alors autant les couper tout de suite, hein… Comme je risque un jour d’attraper le cancer, j’ai donc décidé de me suicider tout de suite…
  • C’est dangereux, mettez des gilets fluos… On s’est baladé tout le matin sur cette route, il y avait quelques voitures, et la JRI de France 3 était même assise par terre, en plein milieu de la route, cette inconsciente.
  • Vous êtes pas d’ici, alors, ça vous regarde pas… Et bien voilà, c’est dit. Ah les braves gens qui sont nés quelque part… ou la banlieue qui entre sournoisement dans les esprits…

 

Car en fait, il s’agit bel et bien d’intérêts particuliers : ceux des riverains directs de cette route. Par opposition à tous les autres, les pas d’ici. Les lotois d’ici par rapport aux l’ôte-toi de-là…

Une fois que ces saloperies de platanes auront été irrémédiablement abattus, « ils » aménageront enfin les abords de leurs maisons. Enfin, on espère…afin que Monsieur puisse faire son footing sur le bitume (c’est bon pour les mollets, le bitume), que Maman puisse faire rouler sa poussette jusqu’à la supérette, en slalomant entre les cacas de chien, junior aller en classe sans être gêné dans sa progression par ces saloperies de platanes.

Ils seront donc, ces braves gens, « en sécurité ». Car c’est toujours vrai, « La France a peur », peur de son voisin, des voitures, de la météo, de l’avenir. Peur de vivre.

Quel beau quartier ce sera, demain, avec la vue paradisiaque sur les entrepôts de Point P… Car oui, hélas, 36 platanes centenaires vont bel et bien être abattus, sans autre forme de procès, durant les trois jours à venir.

Les élus œuvrent, disent-ils, pour « l’intérêt général ». La preuve, le bois vivant de ces arbres sera recyclé, promis, juré. Les habitants de Bégoux ont donc les élus qu’ils méritent.

Plus d’infos sur le sujet :

Vive le bitume, mort aux arbres

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3 Réponses

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  1. Ah les gilets fluos. J’ai commencé un livre sur l’utopie mortifère de la sécurité totale (pas sociale, hein, ne pas confondre) le jour où j’ai vu, dans un bourg de campagne, des écoliers partir pour pique-niquer (on était donc le midi) : ils portaient tous un gilet fluo.

    Les arbres et leur rôle dans notre vie. Hier, j’ai rencontré un retraité de l’ONF. Il a eu la chance de partir avant la prise pouvoir de sadiques « manageant » les humains à la France Télécom. Ces gens qui aiment la nature des forêts, sa lenteur, sa paix, n’ont pas eu l’écorce assez dure pour résister aux tronçonneuses technocratiques.

    athalouk

    10 septembre 2012 at 18 h 37 min

  2. « afin que Monsieur puisse faire son footing sur le bitume  »

    ******************************
    Dis-donc, t’as à redire contre le footing peut-être ?
    🙂
    N’empêche, parole de footingneur, courir en plein soleil sur le bitume c’est doublement con.

    Est-ce que les opposants au massacre ont contacté le M. jardinage de Franc-inter, Alain Baraton ? Il est très opposé aux élagages et tailles intempestives des végétaux et je l’ai déjà entendu relayer des combats de ce genre durant ses chroniques du samedi matin.

    http://www.maison-deco.com/jardin/jardiniers/Alain-baraton-le-jardinier-de-Versailles

    Juléjim

    10 septembre 2012 at 19 h 02 min

  3. pourtant je suis au courant de ce genre de chose puisque tous les jours moi aussi je souffre et je suis révoltée par ce type de vandalisme …. je faisais une recherche sur notre cher nouveau ministre de l’environnement et je suis tombée sur votre excellent article. du coup je me suis abonnée à votre « journal »

    FANARTZIS Héléna

    30 juillet 2013 at 23 h 05 min


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