LES VREGENS

« Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire »

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Quel drôle de bouquin !  Un bouquin drôle aussi ! Plus que ça même, tellement le récit et les personnages sont déjantés. Comme si Jonas Jonasson, l’auteur suédois aussi journaliste, était croisé avec les Monty Python ou encore avec Alexandre Astier et ses complices de Kameloot, ou… les Marx Brothers, ou… les Pieds Nickelés ! Enfin bref, un cocktail de rires et de délires consciencieusement secoué !

Le titre, déjà … Proposer un tel énoncé pour un premier roman ? est-ce bien sérieux ? et ce n’est pas le titre original, en suédois, qui change quelque chose à l’affaire : « Hundraåringen som klev ut genom fönstret och försvann » N’est-ce pas ?

« Le vieux » c’est Allan Karlsson, il est centenaire lorsque débute le récit, et c’est donc autour de sa personnalité aussi originale que particulière, que va s’enrouler (plus que se dérouler) une étrange histoire. Une histoire difficilement résumable d’ailleurs, compte tenu de ses innombrables rebondissements et ramifications. Mais essayons brièvement d’être synthétique et clair : le roman se tisse sur deux fils, l’un qui débute le lundi 2 mai 2005, jour anniversaire d’Allan, le héros principal, l’autre qui va s’initier le 2 mai 1905, jour de naissance du même Allan, pour nourrir une sorte de vrai-faux roman historique où notre héros va croiser tout un aréopage de personnages historiques au gré d’aventures plus rocambolesques les unes que les autres : Franco, Harry Truman, Staline, Mao Tsé Toung, De Gaulle, Kim Jong Il,  Lyndon Johnson etc…

Les deux fils narratifs se croisent régulièrement tout au long des pages et le dernier chapitre, le 29e, qui précède un court épilogue, vient boucler la boucle temporelle de ce XXe siècle, en reproduisant stricto sensu le texte du chapitre 1 :

« On se dit qu’il aurait pu se décider avant et qu’il aurait dû au moins avoir le courage de prévenir son entourage de sa décision. Mais Allan Karlsson n’avait jamais été du genre à réfléchir longtemps avant d’agir.

L’idée avait donc à peine eu le temps de germer dans l’esprit du vieil home qu’il avait déjà aouvert la fenêtre de sa chambre située au premier étage de la maison de retraite de Malmköping dans le Södermanland, et qu’il s’était retrouvé debout sur la plate-bande dans le jardin.

L’acrobatie l’avait un peu secoué, ce qui n’avait rien de très étonnant, vu que ce jour-là Allan allait planisphèreavoir cent ans. La réception organisée pour son centenaire, dans le réfectoire de l’établissement, commençait dans une heure à peine. L’adjoint au maire lui-même était invité. Et le journal local avait prévu de couvrir l’évènement. Tous les vieux étaient évidemment sur leur trente et un, ainsi que le personnel au complet avec Alice la Colère en tête de peloton.

Seul le roi de la fête allait manquer à l’appel. »

 ***************

Entre ces deux bornes, le lecteur va faire de fréquents allers-retours, le plus souvent en se tenant les côtes, entre ce fameux lundi 2 mai 2005 et diverses périodes, aussi historiques qu’exotiques : 1905/1929 ; 1929/1939 ; 1939/1945 ; 1947/1948 ; 1948/1953 ; 1953/1968 ; 1968/1982 ; 1982/2005. Voyage dans le temps donc mais aussi dans l’espace, car Allan est un grand voyageur : Espagne, Russie, Chine, Japon, Corée, Indonésie, France… et Suède évidemment.

A ce stade de la présentation, chacun aura compris à quel point il est difficile, voire délicat, de rendre compte de cet étonnant et attachant roman. Le mieux est donc encore d’avoir recours à quelques extraits choisis. En voici un qui a le double avantage de donner à la fois une idée d’une partie de la cavale d’Allan et de ses compagnons de voyage, ainsi que du style aussi décalé que réjouissant avec lequel cette histoire burlesque nous est contée.

Le lundi 9 mai 2005, au chapitre 15, page 228, Benny a décidé de se réconcilier avec son frère Bosse, après trente ans de fâcherie et de séparation :

« … Les deux frères étaient éclairés par le seul phare de l’autocar encore en état de marche, devant l’entrée de la grande maison de Bosse. Sa propriété s’appelait Klockaregård et se trouvait dans la plaine de dix kilomètres au sud-ouest de Falköping. Bosse rassembla ses pensées tant bien que mal et dit qu’il avait quelques questions à poser, si Benny n’y voyait pas d’inconvénient. En fonction des réponses qu’il recevrait, il verrait ce qu’il déciderait en matière d’hospitalité. Benny hocha la tête et promit de répondre sincèrement à toutes les questions que son frère jugerait bon de lui poser.

─ Alors, allons-y, dit Bosse. L’argent qui se trouve dans cette boîte a-t-il été gagné honnêtement ?

─ Absolument pas, dit Benny.

─ La police est-elle à vos trousses ?

─ Probablement, et les gangsters aussi, dit Benny. Surtout les gangsters en fait.

─ Qu’est-il arrivé à ce car ? Il est complètement défoncé à l’avant.

─ Nous sommes rentrés de plein fouet dans la voiture de l’un des gangsters.

─ Il est mort ?

─ Non, malheureusement pas. Il est couché dans le car. Il a un traumatisme crânien, plusieurs côtes cassées, une fracture au bras droit et une plaie assez importante à la cuisse droite. Son état est grave mais stabilisé, comme on dit.

─ Vous l’avez amené ici ?

─ Eh oui !

─ Il y a autre chose que je devrais savoir ?

─ Oui, peut-être faut-il que je te dise que nous avons tué deux autres gangsters en route, des copains de celui qui est à l’intérieur du car et qui est à moitié mort seulement. Ils s’entêtent tous à essayer de récupérer les cinquante millions de couronnes qui sont tombés entre nos mains par hasard.

─ Cinquante millions ?

─ Cinquante millions. Moins les frais de fonctionnement. Entre autres, l’achat du car que tu vois là.

─ Pourquoi est-ce que vous voyagez en car ?

─ Parce que nous transportons un éléphant.

─ Un éléphant ?

─ D’Asie.

─ Un éléphant ?

─ Un éléphant.

Bosse fit une pause avant de demander :

─ L’éléphant aussi a été volé ?

─ Non, je ne dirais pas ça.

Bosse fit encore une pause. Puis il dit :

─ Poulet grillé et pommes de terre sautées pour le dîner. Ça vous va ?

─ Ce sera parfait, dit Benny.

─ Tu aurais quelque chose à boire aussi ? demanda une voix très âgée venant de l’intérieur de l’autocar. »

***********************

Jonas Jonasson

Jonas Jonasson a dédié son livre à son grand-père, grand raconteur d’histoires. Il lui fait dire : « Ceux qui ne savent raconter que la vérité ne méritent pas qu’on les écoute. »

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Written by Juléjim

26 novembre 2012 à 15 h 51 min

8 Réponses

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  1. AAaah, bien vu, mister Juléjim, excellent livre !

    sleepless

    26 novembre 2012 at 20 h 38 min

    • Oui, heureuse trouvaille au détour d’un furetage libertin dans les rayonnages de ma bibli annexe préférée.
      😉

      Espérons toutefois que le projet d’adaptation ciné annoncé, s’il se concrétise, ne vienne pas, une fois encore, gâcher notre plaisir de lecteurs.

      Juléjim

      27 novembre 2012 at 14 h 14 min

      • Ben, le plus simple, ce sera de ne pas aller le voir 🙂

        sleepless

        27 novembre 2012 at 14 h 59 min

  2. Miam! J’aime bien la devise, ça donne envie de l’écouter!

    florence

    26 novembre 2012 at 23 h 32 min

  3. @Sleepless
    C’est ce que je m’étais bien juré de faire après avoir dévoré les 3 tomes de la trilogie Millénium de S. Larsson (pourtant beaucoup moins bien écrit/traduit que le livre de Jonasson semble-t-il).
    … et puis, un soir, j’ai vu le film suédo-danois de Arden Oplev à la télé… et je n’ai pas détesté. Mais je n’ai pas vu les suites 2 et 3 ni la version de Fincher avec un Blomkvist/ Bond !!!

    « Ne jamais dire jamais » tel est ma devise…

    😉

    Juléjim

    27 novembre 2012 at 15 h 29 min

    • Excellente devise !

      J’ai vu aussi la trilogie Millenium.
      Les bouquins m’ont plu, mais seulement en ce qui concerne l’histoire, la construction et la puissance de la narration. Car l’écriture est tout sauf plaisante, stylée ou remarquable (en tout cas ce que la traduction en révèle).
      C’était donc un excellent support pour un film 🙂

      Et ce qu’il y a à retenir des trois films suédois, c’est l’extraordinaire composition de Noomi Rapace.
      À se demander si elle l’égalera un jour, tant ses rôles depuis n’ont rien révélé de transcendant, hormis cette présence très particulière. Mais après tout, d’autres acteurs/actrices ont marqué par la grâce de leur présence à l’écran.

      Pas vu le Fincher.

      sleepless

      27 novembre 2012 at 18 h 21 min

      • Tout plein d’accord avec tout ça.

        😉

        Juléjim

        28 novembre 2012 at 17 h 14 min

  4. Mon avis personnel et critique sur la VF du bouquin 😉
    http://tiina-gva.blogspot.ch/2013/02/le-centenaire-qui-sauta-par-la-fenetre.html
    Pas encore fini de le lire… je le savoure en V.O., donc très lentement

    tiina

    11 mars 2013 at 22 h 47 min


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