LES VREGENS

« Le mythe de l’ouvrier? » Tiens, tiens…

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Un des principaux journalistes économiques du Guardian, Aditya Chakrabortty, nous offre aujourd’hui un épilogue ahurissant (dans la section Opinion).

Précision : Arthur Scargill fut le chef des syndicats des mineurs, notamment pendant la grande grève de mars 1984-mars 1985, qui déboucha sur une défaite et les lois anti-syndicats de Mme Thatcher.

Traduction :

LE NOUVEAU STYLE SCARGILL : AU-DELA DE LA NOSTALGIE

La nouvelle ligne inspirée de l’ancien chef du syndicat des mineurs nous rappelle une époque où on prenait les ouvriers au sérieux

avril 1984

avril 1984

Jusqu’à ce week-end, je croyais que les stylistes s’inspiraient des célébrités artistiques, éthérées, éternellement sveltes. Comme Jean Seberg en pull marin. C’était avant que je découvre la nouvelle ligne Arthur Scargill de chez Burton.

Si, si. Grâce au travail d’un étudiant styliste, Liam Hodges, la marque lance une ligne inspirée par l’ancien syndicaliste. Après avoir vu un documentaire sur la grande grève et étudié ce qui était tendance à la mine, Hodges a créé 14 modèles, dont bien-sûr une grosse veste (à £180, hum).

Dieu sait ce qu’en pense le plus célèbre Marxiste de Barnsley (ville natale de Scargill), surtout que ces produits sont vendus par une marque propriété de Sir Philip Green, qui aurait dû être anobli pour services rendus au développement de l’évasion fiscale. (…)

Mais il y a là quelque chose de sérieux, que Hodges formule bien quand il explique son attirance pour la grève des mineurs : « Ça fait quelque chose, un groupe qui se bat pour la justice. Je dois être un peu nostalgique. » Dixit un jeune de 24 ans originaire du Kent, né bien après les grandes luttes. (…)

Je n’imagine pas un instant que les trentenaires qui portent ce genre de vêtements (d’autres marques ont lancé des lignes « tradition ») seraient prêts à échanger leur vie d’employés dans les services contre un travail à la mine. « On n’y voyait pas à deux mètres à cause de la poussière, racontait autrefois Scargill. Je devais me gratter les lèvres avant de manger mes sandwiches. »

Mais il ne suffit pas de reprendre mécaniquement ce que les gens de Westminster récitent depuis 30 ans : l’industrie, c’est mal, les services, c’est bien, les métiers créatifs, encore mieux. Car même dans l’état de déliquescence où elle est aujourd’hui, l’industrie offre plus d’emplois à plein temps que le petit commerce et la finance réunis. Et ces formules oublient que les ouvriers de l’industrie avaient su s’assurer un certain niveau de salaire et de sécurité de l’emploi. (… ) Aujourd’hui, regardez ce que connaissent les enfants de ces ouvriers : des kyrielles de stages, des postes fractionnés, des emplois auprès de sous-traitants.

Au fur et à mesure que les Anglais perdaient leur pouvoir d’achat et leur pouvoir tout court, on les a encouragés à se voir moins comme des travailleurs que comme des consommateurs. Ce sont les « aspirants », comme disait Blair, la « classe moyenne dépouillée » à laquelle Ed Miliband s’adresse. Ce genre d’appel ne suggère pas à son auditoire qu’il est productif, ou que son travail est essentiel au fonctionnement du capitalisme. (…)

La même tendance gagne jusqu’à l’extrême-gauche : « Nous sommes les 99% » n’a qu’un sens démographique, le slogan s’adressant à ceux qui constituent le bas de la pyramide moderne. Si l’on compare ça à « Travailleurs de tous les pays, unissez-vous », on voit ce qui a disparu. D’ailleurs, le dernier homme politique à avoir employé ce slogan, c’est George Osborne, quand il a lancé cet automne son nouveau système, qui propose aux salariés de renoncer à leurs droits de salariés, contre des actions de leur entreprise.

Voilà, le fait qu’on puisse se décrire comme un travailleur est devenu une boutade lancée par un ancien élève de grande école privée à la Conférence du Parti Conservateur. Nous sommes des consommateurs ou des aspirants consommateurs (autrement dit : des consommateurs frustrés). L’industrie ? C’est devenu quelque chose qu’on voit le week-end dans les musées, ou qu’on achète en ville à des prix extravagants.

Mais attendez un peu de voir mes nouvelles casquettes Krasucki.

http://www.guardian.co.uk/commentisfree/2012/dec/10/new-arthur-scargill-chic-nostalgia

Note : L’épisode d’Osborne lançant pour rire le slogan communiste est véridique. Sa proposition est bien réelle aussi.

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Written by florence

11 décembre 2012 à 1 h 19 min

2 Réponses

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  1. En un sens, j’ai été ouvrier. Au boulot à six heures, nous vivions, dans l’atelier où je travaillais ,dans une poussière, impalpable souvent, de papier. Parfois c’était salissant, comme l’encre d’imprimerie des imprimantes crachant leurs « listings » à toute allure, et qi’il fallait nettoyer soigneusement au moins une fois par jour. C’était très bruyant. C’était une sorte d’industrie de transformation : des chèques remplis se voyaient transformés en lignes comptables, par la grâce de bandes magnétiques qu’il fallait porter à la salle informatique, à côté.

    C’est dans cette ambiance bien particulière que j’ai vu en 1983 une femme jeune et encore inconnue, Ségolène Royal. Elle « faisait le tour des popotes » à la suite de son élection qui l’a lancée.

    Oui, nous étions des ouvriers. Avec le statut d’employés de banque. Cherchez l’erreur.

    babelouest

    11 décembre 2012 at 2 h 02 min

  2. Bah, il y a quelques années, ce taré de Galliano avait bien conçu une collection sur le look clodo.

    Il y a des coups de lance-flamme qui se perdent…

    athalouk

    11 décembre 2012 at 21 h 09 min


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