LES VREGENS

Mali, la guerre humanitaire au service de la France à fric

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Refusant d’écouter béatement la propagande des jités, en faveur de Napoléon Hollande, désormais chef de guerre, comme son prédécesseur, sauveur des populations maliennes opprimées, et redorant au passage son blason quelque peu écorné par le tombereau de « réformes » visant à faire plaisir aux patrons (je ne vais pas en faire la liste, je sais que vous êtes informés), je me suis dit que je voulais comprendre les motivations profondes de notre gouvernement « socialiste » (rire) dans cette intervention.

Voici le résultat de mes réflexions.

carte-mali

Le Mali est un pays d’Afrique de l’Ouest, frontalier de la Mauritanie, de l’Algérie au nord, du Niger à l’est, du Burkina Faso et de la Côte d’Ivoire au sud, de la Guinée au sud-ouest et du Sénégal à l’ouest. C’est un pays pauvre (l’espérance de vie y est de 53 ans), où 90 % de la population est musulmane. C’est aussi une ancienne colonie française, devenue indépendante en 1960, qui a conservé les frontières héritées de la colonisation, ce qui a son importance, comme nous allons le voir.

Azawad_02

Car en Afrique, et de manière générale dans tous les pays anciennement colonisés, les frontières ne reflètent pas une réalité culturelle ou ethnique, mais sont simplement le résultat du partage qui eut lieu au XIXe siècle entre les puissances occidentales. Un partage aléatoire, non pas dans l’intérêt des peuples qui vivaient sur ces territoires, mais basé uniquement sur les intérêts économiques des colonisateurs. Ainsi, au Mali et au Niger, tout a commencé il y a longtemps, dès 1916, avec les revendications territoriales des touaregs. Ils revendiquent depuis presque cent ans l’indépendance de l’Azawad, qui correspond aux trois régions maliennes de Kidal, Tombouctou et Gao. Selon eux, les populations du nord et du sud du Mali sont trop différentes pour composer un État ensemble, comme le Mali et le Sénégal n’étaient pas faits pour être un seul pays. Ils en appellent depuis très longtemps à la communauté internationale, afin d’obliger le Mali à leur donner leur indépendance.

Sans résultat.

Et les touaregs ne sont pas des intégristes, leurs revendications sont avant tout politiques, et pas religieuses, même s’ils sont musulmans. 

Au départ, ils n’avaient d’ailleurs pas grand chose de commun avec les groupes islamistes liés à AQMI, dont on nous parle à longueur de jités.

Une petite partie d’entre eux semblent avoir récemment rejoint les djihadistes, en tous cas pour un certain nombre de revendications, sans doute parce que les négociations pacifiques et les appels à l’aide n’ont servi à rien.

Tout cela dans un silence médiatique assourdissant. Sur Médiapart, seul Patrig K en parlait l’an dernier. Sans mobiliser les foules, hélas.

Enfin, la CPI, en la personne de Fatou Bensouda, s’est finalement décidée à déclencher une enquête, après six mois d’hésitation. Et comme par un heureux hasard, juste après l’intervention française…

Où l’on découvre que les violences, généralement imputées aux rebelles touaregs et aux islamistes, ont également été le fait de l’armée malienne…

Notre président de la République prétend que cette guerre est purement « humanitaire », et qu’elle ne vise qu’à rétablir l’unité du territoire malien et la démocratie. A coups de bombes, si nécessaire. Et même si l’actuel président malien a pris le pouvoir suite à un coup d’état, l’an dernier.

En effet, le 21 mars 2012, un mystérieux « Comité pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’État » renverse le président Amadou Toumani Touré et déclare vouloir restaurer l’autorité malienne au Nord du pays. Ce coup d’état provoque le chaos, et le report des élections présidentielles, prévues cinq semaines plus tard… Le CNRDRE est composé d’officiers formés aux États-Unis. Il empêche la tenue de l’élection, et transmet directement le pouvoir à un des candidats, en l’occurrence le francophile Dioncounda Traore. Ce tour de passe-passe est légalisé par la CEDEAO, dont le président n’est autre qu’Alassane Ouattara, mis au pouvoir un an plus tôt … par l’armée française en Côte d’Ivoire.

Le coup d’État accentue d’ailleurs la division ethnique dans le pays. Les unités d’élite de l’armée malienne (formées aux USA) ayant un commandement touareg, rejoignent la rébellion avec armes et bagages.

Le 10 janvier, Ansar Dine —appuyé par d’autres groupes islamistes— attaque la ville de Konna, quittant le territoire touareg pour étendre la loi islamique au Sud du Mali. Le président Traore décrète alors l’état d’urgence et appelle la France au secours. Paris intervient dans les heures qui suivent pour empêcher la prise de la capitale, Bamako. Prévoyant, l’Élysée avait du reste déjà envoyé des hommes au Mali (ceux du 1er Régiment parachutiste d’infanterie de marine, dont le nom évocateur est «  la coloniale  » ; ceux du 13e Régiment de dragons parachutistes, plus des hélicoptères, des Mirage et des avions de transport …

En réalité, il est fort peu probable qu’Ansar Dine ait représenté une menace réelle, car la vraie force combattante, ce ne sont pas les islamistes, mais les nationalistes touaregs, lesquels n’ont aucune ambition au Sud du Mali, ils veulent seulement l’indépendance de l’Azawad.

Les touaregs ont d’ailleurs déclaré il y a deux jours qu’ils souhaitent combattre les islamistes, car, disent-ils, « le terrorisme a profité de l’inaction de l’Etat malien et de l’absence d’espoir du peuple du Nord, maltraité ou abandonné par le pouvoir pendant des décennies. Il faut engager désormais une vraie action« . Le MNLA (parti des touaregs qui réclame l’indépendance) a clairement exprimé sa démarcation avec AQMI, en précisant sa « disposition à agir dans le cadre d’une mobilisation de tous les pays concernés par ce fléau ».

On a vu le brillant résultat de toutes ces guerres dites humanitaires, en Afghanistan pour « libérer les femmes » (depuis, elles sont retournées sous la burqa, et c’est un président fantoche et corrompu qui est au pouvoir), en Irak, où règne depuis le chaos, et plus récemment, en Libye. Certes le tyran Khadafi est mort, exécuté sans procès, très probablement par les services secrets français, ce qui lui évitera définitivement d’être trop bavard…

La fin du régime de Khadafi a non seulement amené l’intégrisme en Libye, mais il a surtout permis aux multinationales de mettre la main sur le pétrole et le gaz libyen jusque là nationalisé (elles étaient d’ailleurs sur place avant la fin du conflit, comme par hasard), mais aussi sur une autre richesse, qui va se faire de plus en plus rare : l’eau du sous-sol libyen … La cerise sur le gâteau, c’est que les joyeux drilles d’AQMI n’ont eu qu’à se servir dans la masse d’armes abandonnées, à la fois par le régime libyen, et par les armées alliées…

Et curieusement, cette vieille chose de « communauté internationale », France comprise, n’a jamais jugé utile d’intervenir pour : les kurdes en Turquie, les tchétchènes en Russie, les femmes en Arabie Saoudite et aux Émirats, les démocrates au Bahreïn, etc. Il faut dire que dans ces pays-là, comme disait Franklin Roosevelt à propos du dictateur Somoza, les gouvernants sont des fils de pute, mais ce sont « nos fils de pute ». Comprendre : ils nous sont utiles, ils nous fournissent en pétrole et en gaz … On ne va pas se soucier des conditions de vie des populations pour si peu …

Une guerre humanitaire au Mali, donc, une de plus.

D’ailleurs, puisqu’on en parle. Ou bien Hollande est un menteur, ou alors il a du perdre la mémoire, en racontant partout que la France n’a pas d’intérêts économiques au Mali …

Richesses du Mali

Parce que contrairement à ce qu’il prétend, la société Areva a bel et bien de juteux projets. Ses projets miniers étant gelés dans ces régions, pour cause « d’insécurité » pour ses installations et ses employés expatriés, il fallait bien lui donner un petit coup de main : car les Français s’éclairent et se chauffent grâce au travail des mineurs africains, qui extraient de l’uranium pour Areva. De l’uranium qui, importé en France, alimente ensuite nos 58 réacteurs nucléaires. Et au Mali, trois zones uranifères sont connues :

  • Faléa, à l’extrême ouest du pays, où la COGEMA (devenue depuis AREVA) avait créé un aéroport dès les années 70. L’eau y est déjà contaminée (la population est contrainte de faire des kilomètres pour aller chercher de l’eau propre), et l’air pollué par des gaz radioactifs.
  • La zone des Ifoghas, au nord-est, en plein pays touareg
  • et la zone de Gao également au Nord…

Le Nord Mali, qu’il s’agit justement et comme par hasard de reprendre aux rebelles…

Et alors que la « communauté internationale » est horrifiée (à juste titre) de la démolition des sites archéologiques à Tombouctou, on ne l’entend guère sur les conséquences environnementales, culturelles et humaines de l’exploitation des mines africaines. En plus de la compromission des élites, le code minier malien ne prévoit en effet aucune contrainte pour les compagnies minières en termes de responsabilité environnementale et sociale pendant la phase d’exploration et de prospection. Du coup, le sous-sol malien est extrêmement attractif. Sur l’un des sites déjà en prospection, sur la commune de Falea, la société française Foraco, basée à Marseille, travaille dans un mépris total des populations et de l’environnement : absence d’information donnée aux riverains, forages faits à quelques mètres des habitations ou dans les champs des agriculteurs, pollution de puits par les boues issues du forage, rejets de carottes de forage dans le lit de la rivière…

Et au Niger voisin, Areva exploite deux mines d’uranium depuis le début des années 1970. Elle emploie aujourd’hui 2 600 personnes. Or, en un demi-siècle, seuls sept dossiers de maladies professionnelles d’employés travaillant dans les mines d’uranium d’Arlit et Akokan, ont été validés par la sécurité sociale nigérienne. Et sur les sept travailleurs victimes de pathologies professionnelles, cinq sont des expatriés français. Seuls deux mineurs nigériens sont concernés, alors que le personnel nigérien constitue 98% des employés d’Areva sur place. Une belle performance sanitaire … Le CRIIRAD a pourtant réalisé de nombreuses analyses sur la présence de gaz radioactifs dans l’air, l’eau et l’alimentation à Arlit. Dans cette zone, 35 millions de tonnes de déchets radioactifs sont empilés à l’air libre depuis le début de l’exploitation. Au gré du vent, du gaz radon et ses dérivés s’en échappent. Mais pour AREVA, ce n’est pas l’uranium qui provoque les maladies respiratoires, mais le sable…

Areva au Niger

Et il n’y a pas que l’uranium. Le Mali est aussi riche en gisements aurifères.Et enfin, la guerre est un excellent moyen de faire de la pub gratuite, sur le dos des populations, pour nos avions et autres instruments de mort…

Parce que, si l’on en croit le Canard enchaîné de cette semaine (page 2) François Hollande, avec son nouveau costume de « chef de guerre », a aussi endossé celui d’agent commercial de M. Dassault. Ainsi, au cours de la visite qu’il a effectuée sur la base militaire d’Abu Dhabi le 14 janvier dernier, il a déclaré martialement aux pilotes de Rafale : « Il se peut qu »on ait besoin de vos Rafale au Mali« . « Il faudra leur montrer toutes les qualités du Rafale« , et enfin, le meilleur : »C’est aussi un élément très important de votre mission : montrer que les matériels français sont les plus performants. Merci pour votre double mission, à la fois opérationnelle et commerciale…« 

Tout est dit.

Et encore et toujours, ce sont les africains eux-mêmes qui tiennent le discours le plus lucide.

Les dessous d’une intervention humanitaire

Les femmes maliennes disent non à la guerre

« Nous ne voulons plus qu’on ignore que,

sous nos foulards colorés, nous ne dissimulons pas seulement, d’un geste rapide,

les serpents indomptés de nos noires ou blanches chevelures tressées, serrées,

mais des idées. »

Du grain à moudre :

Mali, Afghanistan, les leçons oubliées

Mali, nouvelle victime désignée

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Written by Gavroche

22 janvier 2013 à 14 h 10 min

12 Réponses

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  1. C’est, mot pour mot, ce que j’aurais aimé écrire si j’en avais eu la compétence et le courage.
    Merci Gavroche. Tu as la classe journalistique, la vraie, quasi disparue aujourd’hui.
    Cela vaut plus qu’une grosse bise mais à défaut… tu peux accepter DES bises.

    papounic

    22 janvier 2013 at 14 h 37 min

  2. Pfiou, tu manquais, merci pour cet éclairage.

    Un montage vidéo sur l’influence de l’uranium dans la région.

    Pour mémoire, l’annonce de l’entrée en guerre de la France par son président, et pendant ses voeux au corps diplomatique : choix des mots « terroristes » répété, « intégristes », « agressivité qui nous menace »… et il y a, oh, tellement longtemps, en octobre/novembre 2012 : « En aucun cas, la France n’interviendra, elle-même, au Mali ».

    gemp

    22 janvier 2013 at 15 h 50 min

  3. Merci pour cette présentation limpide.
    Question subsidiaire d’une inculte en questions africaines: les Touaregs sont-ils « à cheval » sur un ou d’autres pays?

    florence

    22 janvier 2013 at 16 h 43 min

  4. J’avais voté Fromage de Guerre dans le seul et unique espoir de faire partir Malfaisant 1er.

    Je ne pensais pas qu’on aurait à ce point échangé la peste contre le choléra.

    athalouk

    23 janvier 2013 at 13 h 28 min

  5. Ces femmes ont raison de pointer les origines lointaines mais néfastes du conflit, au caractère néo-colonialiste. De dire que la guerre non seulement ne résoudra rien mais aggravera leur situation et celle de leur pays.

    Pour autant, écrire que Merah a agi et a été abattu* sans dire sur qui il a agi… Imaginer une négociation avec Ansar Dine et le MNLA… On est curieux de savoir ce que ces deux structures terroristes (en cela d’abord qu’elles terrorisent les populations qu’elles soumettent) pensent du savoir, du dialogue et de la citoyenneté qu’elles promeuvent !

    Avec le respect dû à des gens dans le pétrin, ne risquent-elles pas de jouer, à leur insu sûrement, le rôle d’idiots utiles de ces coupeurs de mains ?

    * Cette action a été une triple faute :

    – On est entré dans son jeu (voir dernière faute).
    – On l’a empêché de parler de ses accointances avec les services secrets.
    – On en a fait (ça se voit rien qu’ici) un martyr.

    athalouk

    23 janvier 2013 at 13 h 47 min

    • On peut penser que leur désir de négocier avec Ansar Dine et le MNLA relève du réalisme : c’est toujours avec un ennemi qu’on négocie, surtout quand celui-ci est en position de force.

      Pour autant, ne se font-elles pas des illusions sur le caractère démocratique et libérateur de ces fanatiques ? Je suis assez âgé pour me souvenir des cris de joie poussés par nombre de gens sincères à gauche lors de l’arrivée au pouvoir des ayatollahs en Iran : enfin périssait la dictature du Shah soutenu par l’impérialisme occidental (même que c’était vrai, cette dictature et ce soutien). Bah oui mais les Iraniens de base, qui n’ont pas fui en Suisse ou aux EU, ou qui ne se sont pas enrôlés dans les diverses brigades au service de la théocratie, eux sont toujours aussi misérables et tyrannisés voire pire, pensons par exemple aux femmes iraniennes.

      On nous disait alors, devant les premières exactions commises au nom d’Allah le miséricordieux : attendez, la situation va se normaliser, ils vont évoluer. Ben, l’attente, elle dure beaucoup !

      athalouk

      23 janvier 2013 at 14 h 15 min

  6. Correction : remplacer dans mes posts MNLA par AQMI;

    Ce que c’est de ne pas se relire assez…

    athalouk

    23 janvier 2013 at 14 h 18 min

  7. En complément, un commentaire de Robert Fisk, spécialiste du Moyen Orient…http://www.legrandsoir.info/mali-une-intervention-indecente-the-independent.html
    Et des commentaires de Michel Collon… http://www.michelcollon.info/Mali-Michel-Collon-repond-aux.html
    En ce qui me concerne, je n’ai jamais cru aux mensonges gouvernementaux !

    clomani

    26 janvier 2013 at 16 h 14 min

  8. Et voilà que le sous-sol est jonché de mines anti-personnel !!!
    http://www.francetvinfo.fr/live/message/510/3f3/dd1/cc6/f06/542/02e/3e6.html
    Encore un petit cadeau de Khaddafi à ses voisins ???
    ;o((

    clomani

    26 janvier 2013 at 17 h 20 min

  9. A écouter, très intéressante émission d’Emmanuel Laurentin (F. Culture le 7/02) sur les luttes Touaregs
    http://www.franceculture.fr/emission-la-fabrique-de-l-histoire-le-mali-44-2013-02-07

    kakophone

    1 mars 2013 at 18 h 19 min


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