LES VREGENS

M. Lehasard

with 14 comments

M. Lehasard est un drôle de type. Vraiment. Il joue avec les évènements et les circonstances de la vie comme on joue aux dés, aux cartes ou à la roulette.

 

jeudedés

Renée a 83 ans. Atteinte d’Alzheimer depuis plusieurs années, ses deux filles lui ont trouvée une place à l’EHPAD de Bondy-Nord. Très vite, Renée s’est liée d’amitié avec une autre pensionnaire de quelques années son aînée, Simone. Elles ne se quittent plus, même si elles n’échangent que de rares et brèves paroles, elles se regardent, se touchent et s’apprécient.

Vendredi dernier, Micheline visitait sa mère comme chaque semaine. L’une des filles de Simone, Edith, était là aussi. La phrase préférée que Simone aime répéter en boucle est : « Moi j’ai eu 5 filles !« 

C’est alors que, pour lui répondre d’une façon un peu renouvelée, Micheline lui dit : « Et bien moi j’ai connu une famille Garçon où ils étaient cinq !« 

« Tu as connu une famille Garçon ? » sursaute Edith. « Oui, les Garçon, à Bondy. » « Ah ben ça alors ! figure-toi que j’ai bien connu des Garçon, moi-aussi, rue Auguste Blanqui à Bondy ! » précise Edith. « Pas au 35, de la rue Blanqui quand même ? » « Si ! au 35 ! » « Ah ben alors tu as peut-être connu la famille Zaïri ? » « Les Zaïri ? Je les ai même vus arriver ! En 58. Ils étaient gentils ces gens-là ! et discrets avec ça ! » « Alors tu as connu Yamina, Amar, Leïla, Farid ?…« 

25déc2012 midi (21)

Voilà. Il est comme ça, M. Lehasard ; à la manière d’un tisserand il prend certains fils du temps et les fait se croiser, se décroiser, puis se croiser encore. Au fil de l’eau, au fil du temps qui passe. Ce même temps que Renée et Simone sont en train d’oublier, inexorablement. Tandis que deux de leurs filles, elles, le font revivre. Toutes éblouies par les coïncidences.

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Written by Juléjim

3 février 2013 à 11 h 16 min

14 Réponses

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  1. c’est une jolie histoire, car le monde est tout petit, mais c’est bon de toucher du doigt cela. et puis :

    zozefine

    3 février 2013 at 11 h 23 min

    • M. Le Hasard, je l’aime bien. Passque moi aussi, grâce à lui, j’ai découvert plein de potes (âgés)…Partout, à Paris, à Saint-Nazaire, en Bretagne, et même en Grèce…

      Ces mêmes potes ont de la famille près d’ici… Dingue, non ? 😉

      Gavroche

      3 février 2013 at 11 h 39 min

      • Oui, c’est vrai. Pour un peu on deviendrait… croyant ? Croire au hasard, en même temps, c’est pas devenir bigot. C’est juste nourrir une forme d’espérance non ? en refusant le fatalisme.

        Bisous les filles !

        🙂

        Juléjim

        3 février 2013 at 11 h 57 min

      • Agée toi-même !
        😉

        asinuserectus

        3 février 2013 at 15 h 11 min

  2. Oui, c’est dingue, le hasard… C’est une bien jolie histoire.
    J’en ai une autre, tout à fait différente à raconter. J’étais parisienne depuis quelques mois et je travaillais à Europe N°1, rue François 1er, à deux pas des Champs Elysées. Un samedi où je travaillais, avec qqs potes et collègues, nous décidons d’aller casser la croûte à la Pizza Pino sur les Champs. On nous installe au 1er étage… on mange en papottant et, un petit peu avant le dessert, je regarde les passants par la vitre, ceux qui passent en bas, sur l’avenue des Champs Elysées puisque nous sommes de ce côté-là du 1er étage. A ce moment-là, une jeune femme brune lève la tête… elle marche à côté d’un jeune homme, elle est vêtue d’une robe blanche. C’est Christine, une de mes deux chères amies d’enfance, avec son mari. Deux ans avant, j’avais été témoin de leur mariage en Haute-Savoie. Elle m’a vue au moment où je l’ai vue… Qu’est-ce qui lui a fait lever les yeux au moment où je baissais les miens ? M. Le Hasard j’imagine.
    Bien sûr, j’ai foncé dans les escaliers pendant qu’elle entrait dans le Restaurant et nous avons passé un petit moment ensemble… pas longtemps, puisque je travaillais l’après-midi… C’était l’époque des 5Oh (que je dépassais largement chaque semaine).
    Nous nous sommes reparlées de cette épisode très souvent après que je l’aie retrouvée à l’enterrement de ma mère. Là, ça n’était pas le hasard ;o).

    clomani

    3 février 2013 at 12 h 04 min

    • On est troublé quand ça nous arrive une fois, et puis à la 2e, la 3e, la 4e coïncidence, on commence à se dire « ben merde alors, y a un truc ou quoi ? »

      🙂

      Juléjim

      3 février 2013 at 14 h 01 min

      • Ben non, c’est parce qu’il n’y a PAS de truc que c’est beau, justement!

        florence

        3 février 2013 at 15 h 16 min

      • « S’il n’y a pas de truc c’est formidable, mais s’il y a un truc, reconnaissez que c’est encore plus formidable. »
        Myr et Myroska

        asinuserectus

        3 février 2013 at 15 h 43 min

  3. Oui, je sais bien qu’il n’y a pas de truc mais je pense que se poser la question fait partie du jeu et participe au mystère.

    Juléjim

    3 février 2013 at 15 h 34 min

  4. Extrait La Cantatrice chauve
    « …
    (Mme et Mr. Martin s’assoient l’un en face de l’autre, sans se parler. Ils se sourient, avec timidité).
    Mr. MARTIN. — (Le dialogue qui suit doit être dit d’une voix traînante, monotone, un peu chantante, nullement nuancée) Mes excuses, Madame, mais il me semble, si je ne me trompe, que je vous ai déjà rencontrée quelque part.

    Mme MARTIN. — A moi aussi, Monsieur, il me semble que je vous ai déjà rencontré quelque part.

    Mr. MARTIN. — Ne vous aurais-je pas déjà aperçue, Madame, à Manchester, par hasard ?

    Mme MARTIN. — C’est très possible. Moi, je suis originaire de la ville de Manchester ! Mais je ne me souviens pas très bien, Monsieur, je ne pourrais pas dire si je vous y ai aperçu, ou non !

    Mr. MARTIN. — Mon Dieu, comme c’est curieux 1 Moi aussi je suis originaire de la ville de Manchester, Madame !

    Mme MARTIN. — Comme c’est curieux !

    Mr. MARTIN. — Comme c’est curieux!… Seulement, moi, Madame, j’ai quitté la ville de Manchester, il y a cinq semaines, environ.

    Mme MARTIN. — Comme c’est curieux ! quelle bizarre coïncidence ! Moi aussi, Monsieur, j’ai quitté la ville de Manchester, il y a cinq semaines, environ.

    Mr. MARTIN. — J’ai pris le train d’une demie après huit le matin, qui arrive à Londres à un quart avant cinq, Madame.

    Mme MARTIN. — Comme c’est curieux ! comme c’est bizarre ! et quelle coïncidence ! J’ai pris le même train. Monsieur, moi aussi !

    Mr. MARTIN. — Mon Dieu, comme c’est curieux ! peut-être bien alors, Madame, que je vous ai vue dans le train ?

    Mme MARTIN. — C’est bien possible, ce n’est pas exclu, c’est plausible et, après tout, pourquoi pas !… Mais je n’en ai aucun souvenir. Monsieur !

    Mr. MARTIN. — Je voyageais en deuxième classe, Madame, II n’y a pas de deuxième classe en Angleterre, mais je voyage quand même en deuxième classe.

    Mme MARTIN. — Comme c’est bizarre, que c’est curieux, et quelle coïncidence ! moi aussi. Monsieur, je voyageais en deuxième classe.

    Mr. MARTIN. — Comme c’est curieux ! Nous nous sommes peut-être bien rencontrés en deuxième classe, chère Madame !

    Mme MARTIN. — La chose est bien possible et ce n’est pas du tout exclu. Mais je ne m’en souviens pas très bien, cher Monsieur!

    Mr. MARTIN. — Ma place était dans le wagon N° 8, sixième compartiment. Madame !

    Mme MARTIN. — Comme c’est curieux ! ma place aussi était dans le wagon n° 8, sixième compartiment, cher Monsieur !

    Mr. MARTIN. — Comme c’est curieux et quelle coïncidence bizarre ! Peut-être nous sommes-nous rencontrés dans le sixième compartiment, chère Madame ?

    Mme MARTIN. — C’est bien possible, après tout 1 Mais je ne m’en souviens pas, cher Monsieur !

    Mr. MARTIN. — A vrai dire, chère Madame, moi non plus je ne m’en souviens pas, mais il est possible que nous nous soyons aperçus là, et si j’y pense bien, la chose me semble même très possible !

    Mme MARTIN. — Oh! vraiment, bien sûr, vraiment, Monsieur !

    Mr. MARTIN. — Comme c’est curieux !.., J’avais la place N° 3près de la fenêtre, chère Madame.

    Mme MARTIN. — Oh, mon Dieu, comme c’est curieux et comme c’est bizarre, j’avais la place N° 6, près de la fenêtre, en face de vous, cher Monsieur.

    Mr. MARTIN. — Oh mon Dieu, comme c’est curieux et quelle coïncidence !… Nous étions donc vis-à-vis, chère Madame ! C’est là que nous avons dû nous voir !

    Mme MARTIN. — Comme c’est curieux ! C’est possible mais je ne m’en souviens pas, Monsieur !

    Mr. MARTIN. — A vrai dire, chère Madame, moi non plus je ne m’en souviens pas. Cependant, il est très possible que nous nous soyons vus à cette occasion.

    Mme MARTIN. — C’est vrai, mais je n’en suis pas sûre du tout, Monsieur.

    Mr. MARTIN. — Ce n’était pas vous, chère Madame, la dame qui m’avait prié de mettre sa valise dans le filet et qui ensuite m’a remercié et m’a permis de fumer ?

    Mme MARTIN. — Mais si, ça devait être moi, Monsieur ! Comme c’est curieux, comme c’est curieux, et quelle coïncidence !

    Mr. MARTIN. — Comme c’est curieux, comme c’est bizarre, quelle coïncidence ! Eh bien alors, alors, nous nous sommes peut-être connus à ce moment là. Madame ?

    Mme MARTIN. — Comme c’est curieux et quelle coïncidence ! c’est bien possible, cher Monsieur ! Cependant, je ne crois pas m’en souvenir.

    Mr. MARTIN. — Moi non plus. Madame. (Un moment de silence. La pendule sonne 2-1).

    Mr. MARTIN. — Depuis que je suis arrivé à Londres, j’habite rue Bromfleld, chère Madame.

    Mme MARTIN. — Comme c’est curieux, comme c’est bizarre ! moi aussi, depuis mon arrivée à Londres j’habite rue Bromfleld, cher Monsieur.

    Mr. MARTIN. — Comme c’est curieux, mais alors, mais alors, nous nous sommes peut-être rencontrés rue Bromfleld, chère Madame.

    Mme MARTIN. — Comme c’est curieux ; comme c’est bizarre ! c’est bien possible, après tout ! Mais je ne m’en souviens pas, cher Monsieur.

    Mr. MARTIN. — Je demeure au N° 19, chère Madame.

    Mme MARTIN. — Comme c’est curieux, moi aussi j’habite au N° 19, cher Monsieur.

    Mr. MARTIN. — Mais alors, mais alors, mais alors, mais alors, mais alors, nous nous sommes peut-être vus dans cette maison, chère Madame !

    Mme MARTIN. — C’est bien possible, mais je ne m’en souviens pas, cher Monsieur.

    Mr. MARTIN. — Mon appartement est au cinquième étage, c’est le numéro 8, chère Madame.

    Mme MARTIN. — Comme c’est curieux, mon Dieu, comme c’est bizarre ! et quelle coïncidence ! moi aussi j’habite au cinquième étage, dans l’appartement numéro 8, cher Monsieur !

    Mr. MARTIN. — (songeur). — Comme c’est curieux, comme c’est curieux, comme c’est curieux et quelle coïncidence! vous savez, dans ma chambre à coucher j’ai un lit. Mon lit est couvert d’un édredon vert. Cette chambre, avec ce lit et son édredon vert, se trouve au fond du corridor, entre les water et la bibliothèque, chère madame !

    Mme MARTIN. — Quelle coïncidence, ah mon Dieu, quelle coïncidence ! Ma chambre à coucher a, elle aussi, un lit avec un édredon vert et se trouve au fond du corridor, entre les water, cher Monsieur, et la bibliothèque !

    Mr. MARTIN. — Comme c’est bizarre, curieux, étrange ! alors. Madame, nous habitons dans la même chambre et si nous dormons dans le même lit, chère Madame. C’est peut-être là que nous nous sommes rencontrés t

    Mme MARTIN. — Comme c’est curieux et quelle coïnci­dence! C’est bien possible que nous nous y soyons ren­contrés, et peut-être même la nuit dernière. Mais je ne m’en souviens pas, cher Monsieur !

    Mr. MARTIN. — J’ai une petite fille, ma petite fille, elle habite avec moi, chère Madame. Elle a deux ans, elle est blonde, elle a un œil blanc et un œil rouge, elle est très jolie, elle s’appelle Alice, chère Madame.

    Mme MARTIN. — Quelle bizarre coïncidence ! moi aussi j’ai une petite fille, elle a deux ans, un œil blanc et un œil rouge, elle est très jolie et s’appelle aussi Alice, cher Monsieur !

    Mr. MARTIN. — (Même voix traînante, monotone). Comme c’est curieux et quelle coïncidence ! et bizarre ! c’est peut-être la même, chère Madame !

    Mme MARTIN. — Comme c’est curieux ! c’est bien possible cher Monsieur. (Un assez .long moment de silence… La pendule sonne vingt-neuf fois.)

    Mr. MARTIN. — (Après avoir longuement réfléchi, se lève lentement et, sans se presser, se dirige vers Madame Martin qui, surprise par l’air solennel de Monsieur Martin, s’est levée, elle aussi, tout doucement ; Sir. Martin a la même voix rare, monotone, vaguement chantante).
    Alors, chère Madame, je crois qu’il n’y a pas de doute, nous nous sommes déjà vus et vous êtes ma propre épouse— Elisabeth, je t’ai retrouvée !

    Mme MARTIN. — (s’approche de Mr. Martin sans se presser. Ils s’embrassent sans expression. La pendule sonne une fois, très fort. Le coup de la pendule doit être si fort qu’il doit faire sursauter les spectateurs. Les époux Martin ne l’entendent pas.)

    Mme MARTIN. — Donald, c’est toi, darling ! (Ils s’assoient dans le même fauteuil, se tiennent embrassés et s’endorment. La pendule sonne encore plusieurs fois. Mary, sur la pointe des pieds, un doigt sur ses lèvres, entre doucement en scène et s’adresse au public) … »

    sgd

    4 février 2013 at 18 h 18 min

  5. Il arrive effectivement que le hasard fasse bien les choses.

    Comme pour cette tante qui enfant avait dû, par charité chrétienne imposée, donner à grand regret sa poupée à une petite pauvresse (on disait comme ça, alors). Cet abandon avait été plus que cruellement réactivé à la fin de sa vie, avec la mort brutale de son dernier enfant. Un jour, à la kermesse du village, elle voit qu’on a mis comme lot à la roue de la fortune… une poupée ! Elle joue, et elle gagne. Pour apprendre ensuite que la fillette qui avait tourné la roue, c’était la petite-fille de la « pauvresse »…

    Dans son cercueil, il y a deux ans, elle avait demandé qu’on y mette deux objets : une photo de sa fille morte, et sa poupée.

    athalouk

    5 février 2013 at 11 h 53 min

    • Merci Athalouk. C’est une très belle histoire en effet, mariant le hasard et le jeu.

      Il suffit d’y ajouter l’amour, comme ingrédient, et nous voilà prêt à entrer en littérature… comme l’ont fait d’illustres Anciens avant nous.

      😉

      Juléjim

      5 février 2013 at 14 h 19 min

      • Elle est dans mon deuxième livre.

        Et prouve qu’aucun romancier n’aura autant d’imagination que la vie…

        Ce qui lui donne son prix, c’est que le « happy end » n’est en rien artificiel, comme souvent quand un producteur l’impose à un réalisateur pour ne pas faire fuir le public

        athalouk

        5 février 2013 at 21 h 22 min

  6. Athalouk, il me semble que le bon romancier est justement celui qui n’invente pas mais qui, tel un bon cuisinier, sait accommoder les choses de la vie pour nous en faire goûter toutes les saveurs. En tout cas, c’est celui-là qui a des chances de me toucher à travers ses livres.

    Et du coup je suis en train de me dire que c’est peut-être la raison principale pour laquelle j’ai du mal avec le genre « science-fiction ». Trop imaginatif, trop inventif.

    Juléjim

    5 février 2013 at 21 h 37 min


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