LES VREGENS

Vive la Commune !

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Le 18 mars 1871, c’était il y a 142 ans, le peuple prenait le pouvoir à Paris.

La reddition ayant été signée le 1er septembre 1870, le Second Empire s’effondre comme un château de cartes. Sous la pression populaire, et pour éviter une révolution, la République est proclamée. C’est Adolphe Thiers qui devient premier ministre.

Et pour restaurer « l’ordre républicain » (1), il faut d’abord désarmer Paris. Le gouvernement est décidé à rétablir son autorité, avant que les députés, d’abord installés à Bordeaux, ne se réunissent à Versailles (2). Il ne s’agit pas seulement de récupérer les canons, mais d’arrêter les meneurs révolutionnaires…

Ainsi, dès le 16 mars, le gouvernement tente d’enlever de force les canons installés place des Vosges. Il échoue.

En effet, Adolphe Thiers avait ordonné la construction des fortifications qui entouraient Paris (il était ministre de Louis-Philippe) officiellement pour défendre la ville contre d’éventuels ennemis, mais surtout, pour mettre un terme aux insurrections populaires : il suffisait d’enfermer les insurgés dans la ville, puis de les écraser. Durant la Révolution de 1848, Thiers avait d’ailleurs déjà proposé ce plan au roi Louis-Philippe pour briser la révolution parisienne.

Bref, le 17 mars 1871, histoire de couper les têtes, il organise l’arrestation de d’Auguste Blanqui à Bretenoux, dans le Lot, et le fait transférer en Bretagne, sous surveillance militaire, avec ordre de tirer en cas d’évasion.

Le même jour, le gouvernement, réuni au ministère des Affaires étrangères, décide de récupérer les 227 canons qui sont entreposés à Belleville et à Montmartre. Les Parisiens se sentent directement menacés, et considèrent ces canons comme leur propriété, puisqu’ils les ont eux-mêmes payés par souscription, lors de la guerre contre la Prusse. Ils se croient sans défense vis-à-vis d’éventuelles attaques des troupes gouvernementales (comme en juin 1848), mais disposent ce jour-là de près de 500 000 fusils. Ce qui fait toute la différence.

Le 18 mars, à trois heures du matin, la troupe se met donc en route, et prend la direction de Paris pour aller récupérer les canons. Mais la population qui se réveille, se rassemble, les gardes nationaux arrivent, en armes. Le Comité central, alerté du mouvement de troupes, fait battre l’alarme dans le 11e arrondissement, et ordonne d’élever des barricades dans le quartier.

« Dans l’aube qui se levait on entendait le tocsin ; nous montions au pas de charge, sachant qu’au sommet il y avait une armée rangée en bataille. Nous pensions mourir pour la liberté. On était comme soulevés de terre. Nous morts, Paris se fût levé. Les foules à certaines heures sont l’avant-garde de l’océan humain… La butte était enveloppée d’une lumière blanche, une aube splendide de délivrance. La troupe fraternise avec le peuple, l’insurrection gagne Paris quartier par quartier, surprenant à la fois le gouvernement et le Comité central… »

Louise Michel

8 heures : des soldats du 88e régiment de ligne sont les premiers à fraterniser avec la population, refusant de tirer sur la foule. La plupart des autres lignards suivront, abandonnant leur matériel. Les délégués des quartiers encore tranquilles continuent d’arriver en masse autour de l’Hôtel de Ville.

Les barricades se dressent dans le faubourg Saint-Antoine et à Ménilmontant.

13 heures : le général Lecomte est transféré à Montmartre sur l’ordre d’un comité local de vigilance. Il est pris à partie par la foule et par ses propres soldats. Il y est rejoint par un autre prisonnier, le général Clément-Thomas, un des auteurs de la sanglante répression du soulèvement de juin 1848 (3). Ils seront fusillés en fin d’après-midi.

Vers 14 heures, le Comité central de la Garde nationale donne l’ordre à tous les bataillons de converger sur l’Hôtel de Ville. À ce moment-là, Montmartre, la gare de Sceaux, la mairie du 14e, la gare d’Orléans, le Jardin des Plantes, le palais du Luxembourg, la mairie du 5e sont aux mains des insurgés. Une colonne venue de Montmartre marche vers la place Vendôme où se trouve le quartier général de la Garde nationale.

Affolé par des Gardes nationaux qui défilent devant le ministère où les ministres se terrent, Thiers décide de quitter Paris pour Versailles et ordonne l’évacuation totale des troupes et le départ de tous les fonctionnaires.

L’Hôtel de Ville, où Jules Ferry tente d’organiser la résistance est abandonné par les soldats.

Vers 20 heures, l’état-major de la Garde nationale, place Vendôme et la Préfecture de police sont au mains de la Commune, alors que l’Hôtel de Ville est encerclé. Vers 23 heures, l’Hôtel de ville est envahi, et le comité central de la Garde nationale s’y installe.

C’est le début de la Commune de Paris, qui va durer 72 jours.

Une semaine plus tard, des élections sont organisées pour désigner les 92 membres du Conseil de la Commune :

Citoyens,

Ne perdez pas de vue que les hommes qui vous serviront le mieux sont ceux que vous choisirez parmi vous, vivant votre vie, souffrant des mêmes maux. Défiez-vous autant des ambitieux que des parvenus ; les uns comme les autres ne consultent que leur propre intérêt et finissent toujours par se considérer comme indispensables. Défiez-vous également des parleurs, incapables de passer à l’action ; ils sacrifieront tout à un beau discours, à un effet oratoire ou à mot spirituel. Evitez également ceux que la fortune a trop favorisés, car trop rarement celui qui possède la fortune est disposé à regarder le travailleur comme un frère. Enfin, cherchez des hommes aux convictions sincères, des hommes du peuple, résolus, actifs, ayant un sens droit et une honnêteté reconnue. Portez vos préférences sur ceux qui ne brigueront pas vos suffrages ; le véritable mérite est modeste, et c’est aux électeurs à choisir leurs hommes, et non à ceux-ci de se présenter. Citoyens, Nous sommes convaincus que si vous tenez compte de ces observations, vous aurez enfin inauguré la véritable représentation populaire, vous aurez trouvé des mandataires qui ne se considèrent jamais comme vos maîtres.

Le Comité Central de la Garde Nationale (4)

(1) Une salade que les gouvernements socialistes continuent à nous servir

(2) Là aussi, tout un symbole, et on a vu en 2008, nos bons députés et sénateurs s’y réunir à nouveau pour nous cracher à la gueule.

(3) Et c’est la République qui réprime dans le sang la révolution parisienne. 5 000 morts, 1 500 fusillés sans jugement, 25 000 arrestations et 11 000 condamnations à la prison ou à la déportation en Algérie.

La révolution de 1848 est l’acte de naissance de l’indépendance du mouvement ouvrier. Face à la bourgeoisie satisfaite de la situation, les ouvriers n’ont pas oublié les mots d’ordre de la République sociale … Et évidemment, les classes dirigeantes se méfient des classes dangereuses parisiennes. Après 1948, la république sociale disparaît et la peur des rouges conduit à des votes de plus en plus conservateurs. Une grande partie du peuple parisien se détourne de cette République qui a fait tirer sur le peuple. Louis-Napoléon Bonaparte sait en tirer profit lors du coup d’état du 2 décembre.

Une des conséquences de ces Journées de Juin 1848 est, quelques années plus tard, la destruction symbolique des quartiers centraux parisiens par le baron Haussmann, dont les percées urbaines ont coupé en leur cœur les lieux de l’insurrection, où étaient dressées de nombreuses barricades, mais aussi d’où venaient de nombreux insurgés, ouvriers et artisans de la fabrique parisienne.

Car à Paris, la mixité sociale qui régnait dans les quartiers depuis le Moyen Âge, a presque disparu avec les transformations réalisées sous le Second Empire. Les classes populaires sont parquées à l’est de la ville, ouvriers , petits artisans et petits commerçants dont la situation sociale est assez proche de celle des ouvriers.

Mais les classes populaires ont commencé à s’organiser. Ainsi, le droit de grève a été accordé en 1864, et en 1868, c’est la loi sur la liberté de la presse qui permet l’émergence de revendications nouvelles : nationalisation des banques, des assurances, des mines, des chemins de fer…

Les Communards sont logiquement des ouvriers du bâtiment, des journaliers, travailleurs du métal, ouvriers d’ateliers ou de petites fabriques. De petits patrons côtoient des salariés, et les femmes, elles aussi, prennent part à la lutte, et s’organisent au sein de comités et de clubs.

(4) Je ne sais pas pour vous, mais je trouve ce texte d’une surprenante actualité.

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5 Réponses

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  1. ce matin du 18 mars,j’ai posté sur mon blog Vingtras de Mediapart un billet intitulé : « Anniversaire rouge et noir »

    Anonyme

    18 mars 2013 at 15 h 48 min

  2. merci gavroche pour ce rappel. un autre « gavroche » pour narrer la commune, henri guillemin, conteur indépassable et passionné : http://www.rts.ch/archives/dossiers/henri-guillemin/3477764-la-commune-de-paris.html

    zozefine

    18 mars 2013 at 17 h 36 min

  3. Merci pour cet anniversaire. Merci beaucoup.

    gemp

    19 mars 2013 at 1 h 30 min

  4. […] _ Epilog: BESETZT DEN ÖFFENTLICHEN RAUM! – VIVE LA COMMUNE kunst – https://cafemusique.wordpress.com/2013/03/18/vive-la-commune/ […]

  5. […] vous avais parlé ici des élections pendant la Commune de […]


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