LES VREGENS

La seule foi qui vaille : celle de l’homme en l’homme.

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Lorsqu’une très bonne amie vous dit : « Tu devrais lire ça ! » en général on s’exécute, sans hésiter. Parfois on peut regretter, bien sûr. Mais la plupart du temps on ne regrette pas et l’on se dit même : « Ce n’est pas mon ami(e) pour rien ! »

Mon amie est une experte du partage, de l’humain qui donne à l’humain, sans compter. Par une sorte de nécessité intérieure impérieuse. Et je l’aime profondément pour cela et pour d’infinies autres secrètes et intimes raisons.

Le livre qu’elle m’a conseillé, « Profanes » de Jeanne Benameur, je l’ai aimé dès les premières lignes, dès les premiers mots, tant l’écriture de Jeanne recèle ce pouvoir magique de vous scotcher là, et de n’avoir qu’une envie, en savoir plus , toujours plus, et d’avancer dans les mots avec délice. D’ailleurs, ce roman de Jeanne Benameur ressemble à mon amie, ou l’inverse, qu’importe.

Profanes

L’histoire est assez simple, on peut la dire en quelques mots. Les variations qu’y apporte l’auteure complique pourtant considérablement le fil narratif principal. Celui qui s’aventurerait à en rendre compte scrupuleusement risquerait de déflorer ce qui est au coeur du récit. Ce serait très dommageable pour les lecteurs et lectrices potentiels !

Alors faisons simple et empruntons à Aifelle1  sa présentation très réussie :

 « Octave Lassalle est un vieux monsieur de 90 ans, ancien chirurgien du cœur, retiré depuis longtemps. Sentant ses forces décliner, il anticipe l’aide dont il aura besoin et recrute quatre personnes, trois femmes et un homme, qui constitueront une équipe veillant jour et nuit à son bien-être. Chacun interviendra pour des tâches précises, dans une tranche horaire déterminée. Ils disposent tous d’une chambre au deuxième étage, libre à eux d’en disposer ou pas.

Au terme de sa vie, Octave Lassalle a besoin de creuser une vieille blessure inguérissable, la mort de sa fille Claire suivie du départ de sa femme, dont il a envié la foi, sans pouvoir la comprendre ni la partager. Ces quatre personnes si dissemblables vont tisser autour de lui un filet de liens, réinjectant de la vie là où elle était bloquée. Leur propre part d’ombre va venir en écho à celle d’Octave Lassalle, obligeant chacun à aller un peu plus loin dans une problématique personnelle. Avec beaucoup de subtilité, l’auteur nous fait pénétrer l’intimité des ces femmes et de cet homme, en gardant leur part de mystère intact… »

Merci Aifelle1 !

dessin croquis

Ce qui donne de la chair au récit c’est l’écriture de Jeanne Benameur. Elle écrit à la manière d’un portraitiste, procédant par ajouts, un trait de crayon après l’autre, chaque personnage apparaît peu à peu dans toute son humanité complexe, dévoilant ses blessures, ses cicatrices, ses désirs inassouvis, ses regrets, ses joies, ses peines…

D’ailleurs, avec Octave, qui est d’une classe au dessus du lot, j’ai ma préférée parmi les quatre personnes recrutées. C’est Hélène, qui est peintre, artiste-peintre et lectrice aussi. Un double de l’auteure ? Possible…

Voici comment Jeanne/Hélène évoque Hélène/Jeanne :

« Elle a besoin ce soir de s’appuyer à l’humanité discrète et forte de ceux qui lisent. Elle s’attarde à observer l’un ou l’autre, debout, plongé dans la lecture qui l’emporte, le corps encore posé là, devant la table ou les étagères, et déjà hors du monde. Elle les dessine dans sa tête, attend de se fondre peu à peu dans cette drôle de famille, de sentir qu’elle fait aussi complètement partie du navire silencieux et rêveur. Alors ça ira. Il faut qu’elle soit reliée au monde de cette façon avant de retourner à la demande d’Octave Lassalle. Au bouleversement qu’elle pressent. »

 

Mais tous les autres personnages sont intéressants aussi et surtout, touchants, émouvants parce qu’à l’évidence ils adhèrent au « projet » d’Octave, et collaborent avec générosité à sa démarche de « guérison ».

Une seule personne semble participer de façon négative au processus narratif, Anna, l’ex-femme d’Octave. Entre elle et lui, il y a Claire, leur fille, morte accidentellement, disparition dont ils ne se sont encore remis ni l’un ni l’autre mais pour des raisons semble-t-il bien différentes.

 *************

Jeanne_Benameur

Ce récit est une histoire d’amour, du moins c’est ainsi que moi, je l’ai reçu. Ce vieil homme qui demande l’accompagnement de ces quatre personnes encore jeunes pour l’aider à parcourir ses derniers pas dans l’existence ; cette collaboration quasi muette et discrète de chacun d’eux cherchant à faire de leur mieux ; et puis ces quelques scènes d’amour charnel entre Hélène et Jean, puis entre Yolande et Marc, que Jeanne décrit avec une pudeur sensuelle et qui est une véritable caresse, tendre et partageuse.

« … elle presse sa joue contre son ventre à lui, fort, en lui entourant la taille de ses bras. Ce geste-là lui revient de loin. C’était le temps où petite fille elle enfouissait son visage dans le tablier de peintre de sa grand-mère, pressait sa joue contre son ventre et respirait au coeur du monde, protégée de tout, aimée. Elle sent les mains de Jean dans ses cheveux. (…) Comment passe-t-on de la caresse d’enfance à la caresse des corps qui se désirent ?… »

 *****************

On se dit alors, en refermant ce livre, qu’il faut être soi-même une bien belle personne pour imaginer et mettre en mots de cette belle manière un tel récit, un tel hymne à l’amour, à l’entraide et au partage solidaire.(*)

Merci l’amie ! Je suis tout disposé à accueillir tout autre conseil de lecture de cette qualité !

 ***

 (*) Jeanne Benameur, écrit pour les petits et les grands.

 

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Written by Juléjim

4 août 2013 à 17 h 01 min

Publié dans Littérature

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4 Réponses

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  1. Vous m’avez donné envie de le lire, je vais donc de ce pas le demander à mon libraire préféré.

    raannemari

    5 août 2013 at 14 h 52 min

  2. Comme quoi « donner envie » peut devenir rapidement contagieux ! Faites suivre l’envie autour de vous !

    Merci et bonne lecture !

    Juléjim

    5 août 2013 at 16 h 49 min

  3. Lu et relu, ce livre fait chaud au coeur.

    raannemari

    22 septembre 2013 at 17 h 33 min


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