LES VREGENS

« La Vie domestique »

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Troisième film d’Isabelle Czajka. Le 1er c’était « L’année suivante »,la colère et l’errance d’une ado de 17 ans ; ensuite, ce fut « D’amour et d’eau fraîche », la difficile insertion dans le monde du travail d’une Bac+5 de 23 ans.

A chaque fois, les compliments pleuvent :

lannéesuivante

« Très beau film sur l’adolescence et sur le deuil sur fond de société de consommation omniprésente et oppressante… sobre et émouvant avec une jeune comédienne époustouflante ! »(in télérama.fr le 10/02/2007 à propos de « L’année suivante »)

Damouretdeaufraîche

« La peinture fine du monde du travail et d’une société qui n’épargne pas sa jeunesse la forçant à renoncer à ses rêves : un film réussi et le beau portrait d’une fille actuelle. » (in télérama.fr le 12/09/10 à propos « D’amour et d’eau fraîche »)

***

A chaque fois aussi, le regard que pose la cinéaste sur ses personnages et leur milieu de vie est sans concession, sans pour autant porter de jugement de valeur. Dans « La Vie domestique » ce sont quatre femmes encore jeunes, « bien propres sur elles », que la caméra nous montre tour à tour, ou ensemble, pataugeant dans une existence saturée d’ennui, frôlant la vacuité…

Ces jeunes femmes ont des maris qui, eux, sont overbookés ! Tellement pris par leurs obligations et leurs responsabilités professionnelles , les gentils maris, que c’est à peine s’ils voient leurs épouses respectives ployer sous les tâches domestiques (les courses, le ménage, les repas, les enfants…) et devenir quasi inconsistantes à force de mener des vies dépourvues de sens. Devenues femmes d’intérieur, sans véritable implication sociale à l’extérieur, elles survivent dans un entre-soi en apparence douillet mais vide de sens. Le mariage, les enfants, la maison, autant de choix, autant de tâches à accomplir quotidiennement, de façon répétitive pour la plupart. Les voilà domestiquées ! d’où ce titre, à double sens : la vie domestique.

Décrits à grands traits en quelques plans-séquences sans complaisance, chaque personnage, notamment les hommes, peuvent sembler grossièrement caricaturés ; pourtant, au travers de ce que nous montre et nous démontre Isabelle Czajka, en procédant avec rigueur par diverses touches aussi précises que subtiles, on a le sentiment de toucher à une certaine vérité du quotidien de ces gens. On peut même s’y reconnaître…

 

« La vie domestique » est adapté d’un roman de Rachel Cusk, Arlington Park. À travers ses huit héroïnes, le livre brosse le portrait de la femme d’aujourd’hui en Occident.

 Arlington Park

 

Voici ce que dit Isabelle Czajka à propos de son travail d’adaptation :

« De mon côté, j’ai resserré l’intrigue sur quatre d’entre elles, et plus particulièrement sur Juliette, née de la fusion de deux personnages du roman. J’en ai confié le rôle à Emmanuelle Devos. Peu d’actrices ont un registre aussi large : elle sait être virevoltante dans une scène et dégager une douleur beaucoup plus intérieure dans la suivante. »

Le film met en scène des hommes (les maris) qui semblent ignorer, ou s’accommoder, du quotidien bien peu épanouissant et peu valorisant sur le plan personnel de leurs épouses ; en cela, c’est un film féministe, qui plaide pour la cause des femmes, sans pour autant adopter une tonalité militante et revendicative(*). Le personnage incarné par Emmanuelle Devos, prénommée Juliette, représente la possibilité, l’espoir d’un changement de statut, l’esquisse d’une douce révolte. A la différence des trois autres, qui brûlent leur ennui dans les magasins ou les papotages autour d’une tasse de thé, Juliette, ex-prof de Lettres, espère et convoite un poste en responsabilité dans l’édition. En attendant elle anime un atelier littéraire auprès de jeunes lycéennes en bac-pro et écrit des articles dans des revues littéraires pour lesquels elle est rémunérée.

laviedomestique

Dans un échange mère-fille, alors que la maîtresse de maison s’active aux fourneaux, tandis que monsieur se fait beau avant d’accueillir les invités d’un soir, la prise de conscience progresse à l’écoute de cette mère (sublime Marie-Christine Barrault), désormais veuve, esseulée, égrenant son passé de soixante-huitarde, ses choix, ses regrets, la nostalgie d’un temps révolu. Pourquoi pas maintenant ? demande Juliette. Trop tard ! répond la mère, désabusée, en tirant sur sa cigarette.

L’ultime scène du film la montrera s’opposant au désir de son mari dans le regard duquel l’assurance sereine d’un bonheur domestique et conjugal inamovible semble céder la place à une inquiétude pleine d’incertitude et d’interrogation devant la douce mais ferme opposition de sa femme. Enfin ?

***

(*) le roman de Rachel Cusk adopte un ton bien plus corrosif. A l’image de ces propos attribués à la Juliet d’Arlington Park : «  « Tous les hommes sont des assassins, pensa Juliet. Tous. Ils assassinent des femmes. Ils prennent une femme et, petit à petit, ils l’assassinent. »

 

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5 Réponses

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  1. Que dire de plus que ce que tu as commenté, Jules ? Franchement, j’ai eu envie de baffer les maris (j’étais, une fois encore, la seule à ricaner à la moindre de leurs répliques), je me suis un peu retrouvée dans cet ennui qui suinte lorsqu’elles vont faire du shopping… parce que je m’ennuie à mourir quand je vais faire du shopping, sauf que j’y vais tout le temps seule parce qu’à deux ou trois, c’est l’enfer…
    Je crois que j’ai vu, dans ce film, tout ce qui m’a toujours fait peur dans la vie conjugale : l’ennui, la répétitivité, le manque de défi de cette vie maritale… Et en effet, j’ai beaucoup aimé le monologue de la mère (M.C. Barrault), décrivant sans amertume mais avec réalisme son passé de femme mariée…
    Ca ne donne vraiment pas envie ;o)). J’aime mieux mon mariage (blanc) avec un noir, même s’il m’a coûté cher en préoccupations, discussions, fric, énergie, etc… et ma vie en solitaire même si elle n’a pas été toujours drôle.

    clomani

    20 octobre 2013 at 20 h 47 min

    • « j’ai eu envie de baffer les maris… »

      ******************
      Et ça ne s’arrange pas, j’ai l’impression ! Je ne sais pas si tu as vu l’itw de cette psy qui a étudié les divorces chez les sexas, c’était sur la 5, le replay est par là :
      http://pluzz.francetv.fr/videos/c_a_vous.html
      Une fois à la retraite (vers 60 ans donc) les mecs se tirent au bout de 25 ou 30 ans de mariage, laissant leur femme gérer la solitude, la perte de ressources, le désamour etc… d’après les chiffres c’est quasi exponentiel aujourd’hui ! Et ils se barrent avec une plus jeune bien sûr, tant qu’à faire !

      ******************
      Personnellement, je conçois qu’on puisse aimer une autre femme que son épouse au bout de 20 ou 25 ans de vie conjugale (je sais de quoi je parle) mais si on aime et si on respecte sa compagne, on se démerde pour ne pas tout détruire égoïstement et on ménage son… ménage. Ceci n’est plus valable quand des gens mal mariés se sont supportés en se détestant cordialement des dizaines d’années évidemment. Une fois les enfants élevés et autonome, on peut espérer dire stop à l’enfer conjugal quand même, c’est humain !

      😉

      Juléjim

      20 octobre 2013 at 21 h 18 min

  2. Oui, j’en connais quelques unes, larguées à presque 60 balais… dont une ancienne collègue obligée de travailler (garder des mômes) au noir à 63 ans pour « tenir jusqu’à 65 ans » où elle touchera une maigre retraite. Son ex lui paie une petite pension, elle vit à Paname dans le 13 m2 de sa fille partie étudier aux USA… J’en connais une autre qui a fait l’inverse : une fille que je croyais libre, qui s’est mariée avec un bourge à 35 balais… pour le plaquer comme une vieille chaussette « après que les filles aient grandi » . J’ai rarement autant pleuré que le jour de leur mariage… Elle a plaqué son mec pour se remettre immédiatement avec un autre et elle râle parce que l’ex ne veut pas divorcer, parce que « c’est compliqué » avec le nouveau (qui a un petit cancer de la prostate)… etc.
    Moi je pense que l’enfer conjugal devrait être stoppé quand il commence à montrer le bout de son nez… parce que ce sont toujours les enfants qui trinquent dans ces situations… en premier ;o(

    clomani

    21 octobre 2013 at 10 h 50 min

  3. Le « pendant » amerlocain à ce film… bien plus « poignant » quand on connaît la bienpensance de l’Américain Moyen… « Les noces rebelles » , ici en streaming : http://www.play-streaming.com/films/drame/852-les-noces-rebelles-en-streaming.html

    clomani

    22 octobre 2013 at 8 h 58 min

    • Oui, j’ai vu ça. Merci pour le lien.

      😉

      Juléjim

      22 octobre 2013 at 9 h 07 min


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