LES VREGENS

(1 + 1) = 1… ou l’équation improbable

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Oui, le dernier film de Spike Jonze accorde une place prépondérante à l’intelligence artificielle ; oui, le spectateur peut avoir l’impression d’assister à un récit de science-fiction, genre Blade Runner par exemple ; certes, la plupart des critiques s’attardent volontiers sur la vie numérique des protagonistes et leur mal de vivre à la fois réel et virtuel…

Pourtant, ce qui m’est apparu central dans ce film c’est d’abord une réflexion sur le couple. Le couple et la durée sont-ils des notions inconciliables ? l’amour en couple est-il une utopie ? aimer est-il un pure folie ? le temps est-il inexorablement un tue l’amour ?…

Pour peu que le spectateur ait un vécu, un mode de vie, des soucis ou des préoccupations qui se trouvent à mille lieues de ce type de spéculations, le film de Spike Jonze risque fort de générer un ennui précoce, quasi permanent et profond  ! Je le conçois volontiers. Ainsi, Laurent Delmas, co-animateur avec Christine Masson de l’émission cinéma « On aura tout vu » sur france inter , doit correspondre à ce cas de figure si l’on en juge à la manière expéditive avec laquelle il a « exécuté » le film ce samedi matin : « 2 heures c’est un peu long pour nous refaire le coup de Hal, l’ordinateur trop « humainement intelligent » du vaisseau spatial de l’Odyssée de l’Espace de Stanley Kubrick ! »

Comparer Hal et Samantha… c’est par contre très (trop ?) rapide à mon goût. Ne serait-ce que la voix numérique et froide de l’un face à la chaude sensualité de l’autre…Enfin bref…

***

Pour rester quelques instants sur le thème de l’intelligence artificielle et des liens que les humains entretiennent avec leurs « compagnons numériques » que sont devenus nos ordinateurs, tablettes et autres smartphones, rappelons que le chef d’oeuvre de Kubrick date de 1968 (sachant qu’il était dans les tuyaux dès 1964 !). La nouvelle d’Arthur C. Clarke, The Sentinel, dont s’inspire le film, a été publiée en 1951 !

Des robots qui parlent aux humains, ça n’a donc rien de très étonnant aujourd’hui, la science ayant rattrapé la fiction depuis longtemps. Ce qui m’incline à penser que Spike Jonze n’a pas cherché à faire un film sur les ordinateurs et les humains mais une chronique psycho-sociale sur notre modernité, où le réel et le virtuel étant désormais si intimement mêlés, l’ultra-moderne solitude se répand et s’insinue dans les replis les plus intimes de nos existences grises.

 

En janvier 1976, un autre Clarke, prénommé Robert, invitait dans son émission télévisée « L’Avenir du Futur » le mathématicien Seymour Papert, chercheur au MIT, auteur de « Jaillissement de l’esprit », ainsi que d’autres scientifiques, autour du thème de l’intelligence artificielle. Titre du débat : « Les ordinateurs peuvent-ils être intelligents ? »

http://www.ina.fr/video/CPA7605251201

 

Au cours d’une autre émission, en mars 1981 (« Des ordinateurs doués de raison ? ») il fut demandé à Seymour Papert de répondre à la question : « Peut-on tomber amoureux d’un ordinateur ? » L’éminent scientifique répondit par l’affirmative !

http://www.ina.fr/video/CPA81050154

 

Here we are ! M. Papert ! Dans « Her » Theodore (Joaquim Phoenix), après un divorce douloureux, tente de tromper sa solitude (tout en essayant d’améliorer sa sociabilité) en s’offrant une compagne virtuelle, une OS, un système d’exploitation numérique. Samantha, c’est son nom, a la voix chaude, douce et sensuelle ; elle est dotée de capacités intellectuelles et cognitives qui séduisent très vite Théodore. Quant à l’éducation affective et sensorielle que Samantha pressent mais ne maîtrise pas, Theodore va se faire un plaisir de combler le manque !

Au quotidien Theodore n’est guère jovial, pourtant, professionnellement, il est très performant. Il a l’habitude de parler à un écran d’ordinateur qui reproduit instantanément ses propos en lettres manuscrites. C’est une sorte d’écrivain public sur ordinateur qui écrit des lettres à la demande de clients divers et variés, un travail où il excelle !

 

 

Pendant quelques temps tout se passe bien : Samantha « évolue », Theodore découvre peu à peu tous les aspects de cette relation virtuelle. Amy, l’une des rares bonnes amies de Theodore qui vient de se séparer d’avec son compagnon, choisit elle aussi un « compagnonnage » virtuel…

puis, la belle harmonie se dérègle progressivement. Theodore découvre que Samantha peut suivre plusieurs milliers de conversations simultanées, qu’elle se méfie d’Amy ou de l’ex de Theodore, les connexions s’espacent… une longue mise à jour… puis plus rien. Game over !

 

Ainsi donc, même en mode virtuel, les amours ne sont pas éternels ! Amy et Theodore se retrouvent sur la terrasse de leur immeuble, désabusés et pensifs…

 

Alors, (1+1)=1 improbable équation ou idéal inaccessible ? Pourtant, il existe des preuves manifestes que cela reste du domaine du possible, à certaines conditions, dans la vie réelle, du moins !

 

 

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Written by Juléjim

22 mars 2014 à 18 h 08 min

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