LES VREGENS

« Deux jours, une nuit » : Marion et « les frères »

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J’ai beaucoup aimé le dernier film des Dardenne « Deux jours, une nuit ». J’ai trouvé le couple formé par Sandra/Marion Cotillard et Manu/Fabrizio Rongione absolument formidable, si humainement exemplaires et émouvants l’un et l’autre. Pourtant, je n’avais pas envie d’en faire un billet… Je me disais qu’après tout ni la réputation des frères Dardenne, ni la renommée désormais internationale de Marion Cotillard n’avaient besoin de mon modeste soutien ou de publicité promotionnelle.

Dardenne1

Et puis… il y a eu ces 25% d’électeurs qui ont choisi le front national pour ne pas les représenter, tout en les « représentant » (cherchez l’erreur !), au parlement européen. Il y a eu en même temps tous ceux, beaucoup trop, qui ont choisi le parti de s’abstenir, et parmi eux, des amis que j’aime et respecte…
Il y a eu, depuis ce sinistre dimanche soir, des kilomètres d’analyses, d’explications, de commentaires… certains pessimistes, d’autres plus relativistes, mais malgré tout ce que j’ai pu lire ou entendre, ce qui m’est resté dans l’oreille, ce sont d’une part les cris de jouissance des responsables fn, et de l’autre le retentissant cri de souffrance, d’hébétude et de désespoir qu’expriment les suffrages ou le mutisme de certains concitoyens.

Alors je me suis dit :  » Ce sont des hommes comme les frères Dardenne qui ont raison quand, au travers de leurs films, ils montrent que l’humain, même lorsque tout semble se liguer contre lui, dispose longtemps d’un dernier recours, de l’ultime pouvoir, celui de dire non ! »
Toute la filmographie de ces deux cinéastes belges se nourrit de cette dynamique, de cette énergie du refus de la fatalité : La Promesse, Rosetta, Le Silence de Lorna, Le Gamin au vélo… etc…

Dardenne2

Tangui Perron, dans son superbe article sur Regards.fr, définit ainsi la mécanique qui fait avancer les personnages des Dardenne :

« La psychologie des personnages, toujours ancrés socialement, très souvent à la frontière du prolétariat et du sous-prolétariat, n’est jamais livrée par des ruses et facilités scénaristiques, mais elle affleure dans leurs mots et leurs silences, dans leurs corps en mouvement, corps évoluant et parfois butant dans un décor quotidien et banal. Le déterminisme social est là, massif, injuste, mais les personnages sont toujours confrontés à des choix moraux qui repoussent un peu l’idée de fatalité sociale et familiale – et ces choix esquissent des libérations éventuelles. »

D’ailleurs, après avoir lu l’analyse si pertinente de Tangui Perron, on peut se demander ce qu’il conviendrait d’ajouter pour convaincre tout un chacun, éventuellement en quête de raisons d’espérer, de ne pas passer à côté de ce film !
Si, une conclusion peut-être ? (signée Tangui Perron !)

« Passés maîtres dans l’art de créer des choix à l’intérieur des choix, des crises à l’intérieur des crises, les frères Dardenne indiquent clairement la solution pour une de leur protagonistes : oser dire non pour la première fois – et quitter son mari. Les cinéastes articulent ainsi l’individuel et le collectif, mais s’ils dessinent subtilement le portrait d’une classe ouvrière si fragile, plus fraternelle en définitive qu’on ne le croit, ils esquissent également, le plus souvent en hors-champ, le portait du capital. Et l’on découvre que la volonté de baisser les soi-disant « coûts du travail » dissimule souvent la volonté, parfois perverse, d’éliminer les plus faibles. »

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Written by Juléjim

4 juin 2014 à 15 h 54 min

4 Réponses

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  1. … l’on découvre que la volonté de baisser les soi-disant « coûts du travail » dissimule souvent la volonté, parfois perverse, d’éliminer les plus faibles.

    mais non, on ne découvre pas !
    Sous de nouveaux vocables (éléments de langage … en novlangue) c’est l’essence même du capitalisme (libéralisme … en novlangue) : si t’es fort, tu gagnes … et malheur aux faibles, z’ont qu’à être forts, non mais ! et se battre, comme le personnage de Marion Cotillard ?
    mais même ça, ce n’est pas tous les individus qui en sont capables… et alors, pour ceux-là, qu’est-ce qu’on fait ?

    randal

    4 juin 2014 at 18 h 47 min

    • Tu parles pour toi Randal mais le film ne s’adresse pas qu’à celles et ceux qui ont déjà tout vu et tout compris depuis longtemps ! En tout cas je l’espère.
      D’ailleurs le film n’oppose pas les forts et les faibles. Le personnage de Sandra se remet à peine d’une dépression lorsqu’elle apprend la mauvaise nouvelle et à plusieurs reprises elle est au bord de l’abandon. Quant à ceux qui ne peuvent pas se battre, même s’il ne s’agit pas de les abandonner, on peut toujours se battre pour eux, mais peut-on vraiment gagner à leur place ?
      Et puis, après tout, se battre pour les autres, il y a belle lurette que c’est ce que font aussi les syndicats non ?

      Juléjim

      4 juin 2014 at 19 h 03 min

  2. Si si ce magnifique film valait bien un billet ..Tu as eu raison d’en parler .
    Justement je l’ai vu le soir des élections .. et je me disais :Ce n’est jamais aussi « noir » et aussi « désespéré » que ce que l’on veut nous faire croire . Pouvoir continuer à dire « non » !
    J’en suis ressortie pleine d’espoir une fois de plus en redécouvrant combien la solidarité humaine tissée d’amour et d’amitié peut régénérer les esprits et les coeurs les plus flapis redonner une formidable envie de vivre !
    Il y eu un soir, il y eut un matin…. il y aura un miracle au bout, peut-être pas celui espéré au début, bien plus beau encore puisqu’il laisse entendre qu’un bienfait n’est jamais perdu et que la force retrouvée des uns est redonnée aux autres, comme une épatante victoire de la générosité sur l’égoïsme, de la solidarité sur l’individualisme. On croit que tout est fini …. et Sandra retrouve ici le goût de chanter…
    Reste à souhaiter que ce film soit vu par un très grand nombre de personnes !! Juliette

    Anonyme

    9 juin 2014 at 11 h 15 min

    • « … et Sandra retrouve ici le goût de chanter… »

      ****************
      Et elle ne chante pas n’importe quoi : un tube tellement « rock’n roll » des années tellement « 60 » !

      « Gloria » (1964)

      Juléjim

      9 juin 2014 at 17 h 40 min


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