LES VREGENS

Les raisons de la grève des cheminots

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Je hais Pujadas. Sa gueule de raie me donne la gerbe. Son journal aussi. Dommage que les copains du Plan B aient rangé la laisse d’or au placard, parce que ce gars-là en mérite une en or massif, voire en platine.

 

Voix-de-son-maitre

 

Outre qu’hier la 3 a diffusé un sujet sur la désormais célèbre Crèche Baby-Loup en ne donnant qu’un seul son de cloche, celui de la direction évidemment, et cela, alors que la Cour de Cassation n’a pas encore rendu sa décision  (pas grave, chez nous, c’est la télé qui fait la justice, et les sondages qui font les élections), sur la 2, on a une fois de plus, entendu « les-usagers-pris-en-otage » par les grévistes de la SNCF, et gnagnagna…

Et entendu Valls (!) déclarer martialement que … bon, le « message » habituel.

Pour celui-là, dommage que l’entarteur ait pris sa retraite…

 

Big_brother_manuel_valls

Alors oui, les cheminots sont en grève contre la réforme ferroviaire. Ce que la télé ne dit pas, jamais, c’est que les deux syndicats en grève, la CGT et Sud-Rail y sont majoritaires. Ce qu’elle ne dit pas non plus, ce sont les raisons pour lesquelles les cheminots sont en grève.


Extrait du communiqué de Sud-Rail Paris, à diffuser partout  :
Pour nous, salariés de la SNCF, c’est douloureux car nous perdons notre salaire comme cela a toujours été le cas pendant une grève. Sinon, nous y serions tous les jours ! Nous savons aussi que notre avenir professionnel et social est en jeu.
Nous luttons contre l’éclatement de la SNCF prévu dans le projet de loi. Contrairement à ce que beaucoup de gens croient à cause des médias, il ne s’agit pas de réunifier le rail, mais de séparer complètement la gestion des voies et des quais du transport de voyageurs.
Deuxième volet de la loi : construire une nouvelle réglementation du travail alignée sur le moins-disant social. L’exemple pris par le gouvernement et le patronat est celui des routiers.
Ce n’est pas pour des raisons de concurrence car il pourrait très bien y avoir de bonnes conditions de travail identiques pour tous : la concurrence serait respectée. Loin du discours sur le développement durable et l’importance écologique du ferroviaire, il s’agit plutôt de préparer l’arrivée d’actionnaires qui eux, ont besoin de conditions sociales dégradées pour récolter des dividendes. Mais pour les usagers, cela ne fera qu’empirer les conséquences que vous subissez tous les jours.
Trains arrêtés en pleine voie ? Trois sources principales d’incidents obligent les voyageurs à rester coincés dans leur rame en pleine voie.

Première cause : le contrat entre les régions et la SNCF prévoit que la SNCF paie des pénalités en cas de retard au départ des trains. Dès lors, même si la SNCF sait que le train sera bloqué sur les voies, il part, se retrouve à l’arrêt en pleine voie, les gens coincés dans les rames. Ensuite, la SNCF explique : « c’est la faute à RFF ». La séparation entre SNCF et RFF permet ce genre de mépris des usagers.
Deuxième cause : la défaillance matérielle. Le zéro stock fait que la maintenance des rames est de plus en plus effectuée en prenant des pièces usagées sur une autre rame pour réparer une défaillance. Sauf qu’en l’absence de pièces neuves, le nombre de pannes augmente. Pour ne rien arranger, les pas de maintenance (le temps passé entre deux révisions) est allongé. Enfin, il n’est plus obligatoire d’avoir des rames « propres » ou « fonctionnelles » pour les autoriser à rouler !

Troisième cause : la maintenance des voies. L’accident de Brétigny l’a montré. La maintenance est de plus en plus négligée et les limites de l’infrastructure sont atteintes. Que fait RFF ? Il augmente les prix du « péage » que la SNCF doit payer, dont le coût est répercuté sur le prix du billet. Mais que fait la SNCF ? Elle diminue ses prestations pour récupérer ce manque à gagner. Qui est perdant ? Le voyageur et son droit à voyager en sécurité !
Boutiques fermées, guichets déserts ? 
Vous avez du mal à acheter un billet grande ligne dans une gare de banlieue ? C’est « normal ». La SNCF , à cause de la régionalisation, a décidé de séparer les gares banlieue ou TER des gares grandes lignes. Pire, elle a décidé que les personnels seraient dédiés à l’un ou à l’autre.
Parce que cela ne suffisait pas, les logiciels ne sont pas compatibles. Il est impossible de délivrer un billet grande ligne d’un terminal TER ou banlieue ! Le projet de loi prévoit d’accentuer cette séparation qui ira jusqu’aux correspondances. Un train grande ligne est en retard. Tant pis, la correspondance TER sera partie !
Personne dans les gares ?

Qui n’a pas connu une queue interminable devant des guichets, alors que des postes de travail sont fermés à côté ? La SNCF vient de sortir un plan d’avenir qui prévoit la suppression des guichets et leur remplacement par des automates. La raison invoquée ? Les usagers utilisent Internet. Pourtant, les voyageurs expliquent qu’ils préfèrent parler à une personne physique plutôt qu’à un terminal.
La direction de la SNCF utilise une technique qui a fait ses preuves. D’abord on rend les files d’attente interminables en renvoyant les usagers vers les automates puis on fait quelques promos sur internet et le tour est joué ! Pendant ce temps, le soir, combien de gares n’ont aucune présence humaine …
Voitures sales, toilettes en pannes, etc. 
Votre climatisation est en panne ? Normal ! Alors qu’une rame devait avoir l’ensemble de ses équipements en état de marche, désormais c’est fini : la règle est de l’isoler et de mettre malgré tout la rame à quai ! Pas de chance pour celui ou celle qui a réservé dans la mauvaise voiture !
Toilettes en panne ? Pour un trajet inférieur à deux heures, la SNCF a obtenu qu’elles ne soient plus nécessaires. Désormais il y a une multiplication d’arrêts en gare ou en pleine voie pour permettre aux voyageurs de faire leurs besoins…
Les rames sont sales ? Encore faudrait-il qu’elles soient nettoyées. Or, cela est rendu difficile pour deux raisons principales. D’abord, elles doivent être immobilisées le moins longtemps possible et rouler plus. Ensuite, les contrats de nettoyage passés entre la SNCF et des entreprises sont calculés sur des temps passés au nettoyage de plus en plus courts pour chaque voiture.
Pourquoi ne pas réparer le matériel ? La SNCF supprime toujours plus d’ateliers de maintenance des rames et voitures. Dès lors, il faut de bonnes raisons pour réparer car les distances entre les gares et les ateliers sont de plus en plus grandes. Enfin dans ces ateliers, c’est le désert avec la suppression des personnels qualifiés pour réparer.
Voyageurs handicapé : voyager c’est la galère ! 
Vous êtes handicapé et le contrôleur ne vous aide pas ? Malheureusement, c’est un ordre imposé par la direction de la SNCF. Il est interdit pour un cheminot en service de venir en aide à un voyageur handicapé ! C’est une faute professionnelle et en cas d’incident, la SNCF se retournera contre le cheminot ! Cette ânerie de la part de la direction fait passer le cheminot pour un … auprès des voyageurs.
Handicapé, vous n’avez pas d’aide en gare ? Malheureusement, la SNCF supprime des postes en gare et très souvent elle oblige les handicapés à faire un trajet supplémentaire pour trouver une aide. Il est de moins en moins rare d’avoir des handicapés (en banlieue notamment) qui sont obligés de descendre à une gare autre que leur destination. Dans sa grande largesse, ce service est gratuit… mais il faut réserver 48 heures avant et voyager avec un seul bagage !
Accès handicapés : le fric contre le droit d’accès. Les grandes entreprises ont réussi à faire reculer le gouvernement. L’accessibilité des gares aux handicapés est repoussée. Contrairement à ce que la direction fait croire aux voyageurs, ce n’est pas en raison d’impossibilités techniques. Il s’agit d’argent, uniquement d’argent. La SNCF, comme d’autres entreprises, ne veulent pas dépenser. Pendant ce temps, les handicapés n’ont qu’à se débrouiller !
Le projet de réforme c’est tout cela mais en pire ! 
Économiser toujours plus ! Tout ce que vous vivez n’est pas une fatalité. C’est le choix délibéré d’une politique où le service public, accessible à tous et de qualité, est remplacé par une recherche de profit.
Pourquoi la SNCF dépense-t-elle des milliards pour racheter les chemins de fer polonais ? Cet argent pourrait servir à améliorer la présence en gare, à ouvrir des guichets, à réparer le réseau. Non ! SNCF et gouvernement font d’autres choix : éclater la SNCF pour mettre en place une concurrence sauvage.
La réforme prévoit que c’est cette politique de groupe industriel (avec ses achats, ses ventes, ses liquidations et ses actionnaires) qui doit remplacer le service public.
Nous sommes déterminés à arrêter cette course folle.

SUD Rail Paris Sud-Est, 40 allée de Bercy, 75012 Paris

09 50 25 20 69

Pourquoi les usagers sont-ils en colère contre les grévistes, et pas contre la SNCF ?

Pourquoi donc nos médias n’expliquent pas les raisons de la grève aux « usagers en colère » ?

Pourquoi les médias ne nous racontent-ils pas qu’en Suède, les cheminots sont en grève depuis 15 jours, alors que dans la presse ce pays est un modèle de « libéralisation bien comprise » et qu’on a droit à tous les poncifs sur la « culture du conflit » en France, idéologique et particulariste, face aux mythifiés pays nordiques où règne une « culture du compromis », empreinte de pragmatisme et d’intérêt général ?

Comme le nôtre, le système ferroviaire suédois est déjà semi-privatisé. Depuis 2010, les opérateurs privés ont fait leur apparition, comme la Deutsche Bahn allemande, le luxembourgeois CFL, mais le principal « investisseur » c’est le français Veolia… qui s’est empressé de résilier le contrat à temps plein des cheminots, avec droits garantis, pour les ré-embaucher par la suite en contrat « zéro heure », qui permettent à l’employeur de confier des tâches à la mission à un salarié, payé à la tâche … et bien sûr non-payé entre-temps, soumis à la volonté de son patron.
Et en Suède, même si le patronat et la presse, comme chez nous, essaient de monter les usagers contre les cheminots, 70 % des Suédois se déclarent favorables à la ré-introduction du monopole public sur les chemins de fer. Les suédois sont moins cons que nous.

Du grain à moudre :
Le blog du cheminot Sylvain Bouard : pourquoi je suis en grève
Les cheminots demandent un débat télévisé

 

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4 Réponses

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  1. comme à chacun de tes articles (presque) tout est dit et expliqué. Mais hier soir encore, Pu(te)jadas faisait l’andouille en posant cette question (comme s’il ne l’avait jamais posée …) : « les jours de grèves sont-ils payés ? », c’est vrai que c’est pas un journaliste, c’est un présentateur-lecteur de prompteur occupant et usurpant la place (et la carte de presse, avec abattement supplémentaire aux impôts, normalement réservé aux journalistes à la pige, alors que lui a un contrat longue durée !) d’un vrai journaliste d’investigation sur le terrain, qui va se mêler (oh, le gros mot) aux gens de la rue …au peuple, quoi, merde !

    randal

    17 juin 2014 at 14 h 59 min

  2. En parfait accord avec ce qu’écrit (trés bien) la camarade Gavroche que j’embrasse

    Vingtras

    Anonyme

    17 juin 2014 at 16 h 32 min

  3. On ne peut plus vrai… Je confirme qu’à St Nazaire, si on est handicapé, on a intérêt à s’y prendre de bonne heure car les fauteuils roulants sont conduits sur le bon quai en traversant les rails… en général deux ou trois paires de rails… au loin, là-bas… où il n’y a pas de quai ! Si vous avez mal au dos, vous n’avez qu’à compter sur la bienveillance d’un autre passager pour vous aider à monter votre bagage : les escaliers roulants sont en panne depuis deux ans !
    Quant au traitement médiatique anti-CGT/ »grévistes suicidaires » (qui ruinent la SNCF), écoeurée. Je boycotte Poujado donc j’échappe à ses questions perfides (il n’a jamais fait grève, il essayait de venir nous briser la nôtre quand on se battait pour les précaires de l’audiovisuel public). Mais le coup « les jours de grève sont-ils payés » ? Aux journalistes de temps à autre certainement mais pas aux autres ! Quel faux derche !
    Mais sur F.Inter, c’est pareil : haro sur les grévistes ! Je ne reconnais plus ce pays de veaux ou de moutons. :o(

    clomani

    17 juin 2014 at 18 h 26 min

  4. Prise d’otage : crime passible de la cour d’assises qui est très sévère et punit le plus souvent la chose de 20 ans de réclusion. À rappeler à tous ceux qui emploie cette locution…

    Partageux

    17 juin 2014 at 19 h 39 min


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